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(Absence de) futur

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Publié le 04 novembre 2017
799 mots - Temps de lecture : 1 - 3 minutes
( 4 votes, 5/5 ) , 1 commentaire
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Rubrique : Editorial du Jour

Je suis récemment allé voir Blade Runner 2049 histoire de me faire une idée de la vision du futur que nous sert aujourd’hui l’usine à rêves d’Hollywood. Le film s’est trouvé être une excellente illustration de notre surinvestissement dans une technologie aux rendements décroissants qui nous mène tout droit vers la ruine, et du techno-narcissisme qui afflige la classe supposée pensante de la société, qui ne comprend absolument pas à quoi est lié cet effondrement. Plus Hollywood met en scène de magies informatiques, moins ses histoires deviennent cohérentes. Hollywood s’effondre, et ce n’est pas qu’à cause des singeries d’Harvey Weinstein.

Les films de ce genre concernent toujours plus le moment présent que l’avenir, et Blade Runner 2049 est truffé de rétro-anachronismes – d’objets qui nous entourent et n’existeront certainement plus dans le futur. Le maître-mot de nombreuses dystopies futures des temps modernes est la présence supposée d’automobiles.

Le film original de Mad Max n’était pas seulement qu’une longue course poursuite – bien que tout ce dont se souviennent ceux qui l’ont vu semble être son paysage désertique et la combinaison en cuir de Mel Gibson. Au fil et à mesure que les séries se sont succédées, les véhicules comme les courses poursuites sont devenus de plus en plus grandioses, jusqu’à ce que dans la plus récente édition, le film ne concerne plus que Charlize Theron au volant d’un camion. Je me suis toujours demandé où Mel achetait ses nouveaux filtres et durites de radiateurs, et où il faisait le plein. Dans un monde aussi brisé, il n’existerait pas de chaîne de production et d’approvisionnement.

Blade Runner 2049 commence donc par une scène montrant le détective, joué par Ryan Gosling, dans une voiture volante, filant au-dessus d’un paysage ressemblant plus à la carte mère d’un ordinateur qu’à un paysage terrestre. Au fil et à mesure de l’histoire, il rentre et sort de sa voiture volante plus souvent qu’une maman de San Fernando pendant ses rondes quotidiennes pour ses enfants. Voilà qui nous envoie un message bien plus significatif que les captures monotones de la production, qui veut que nous ne puissions imaginer aucun avenir – ou aucune société humaine – qui ne soit pas centré sur les voitures.

Mais n’est-ce pas exactement là la raison pour laquelle nous avons investi tant d’espoir (et tant de subventions publiques) dans les activités d’Elon Musk ? Après tout, le Grand rêve de notre culture d’idées chimériques est d’être à jamais capables de conduire jusqu’à l’hypermarché le plus proche. C’est la fantaisie ultime de notre société superficielle de la consommation. Ceux-là même qui nous vendent ce mode de vie, et qui en tirent profit, l’espèrent tout autant que les schnocks sous-payés et suralimentés qui peuplent les rayons de produits en réduction. Dans les sombres recoins de notre mythologie postmoderne, il n’existe pas d’avenir, pas de vie humaine, sans les voitures.

Ce qui nous mène au faux raisonnement très commun au genre de la science-fiction : la technologie peut l’emporter sur la nature et continuer d’exister. C’est là que notre techno-narcissisme se fait le plus sentir. Les films Blade Runner se passent dans la banlieue de Los Angeles, peuplée de mégastructures qui vibrent de publicités holographiques. D’où vient l’énergie qui sert à construire tout cela ? Supposément de quelque chose que M. Musk est en train d’inventer et dont nous n’avons pas encore entendu parler. Très franchement, je ne crois pas en un tel miracle.

Les citoyens de cette Los Angeles de 2049 sont une cohue de charognards en guenilles qui enchaînent les bols de ramen sous une bruine sans fin. Il semblerait qu’ils n’aient rien à faire d’utile. Je ne peux pas m’empêcher de me demander comment cette économie hypothétique peut supporter une telle population de laissés pour compte. Nous savons comment notre économie actuelle soutient les millions de gens qui ne travaillent pas, et qui enchaînent les bols de ramen entre deux visites au salon de tatouage : grâce à des subventions basées sur une fraude comptable garantie par des réserves décroissantes de pétrole pouvant être extraites du sol. Mais cela ne pourra pas continuer bien longtemps. Vous savez pourquoi ? Parce que tout ce qui ne peut pas durer, ne dure pas.

S’il y a un point sur lequel Blade Runner 2049 ne se trompe pas, c’est son emprunt rétro-anachronique au présent de notre culture dénuée de joie de vivre. Le talent de cette vision du futur ressort particulièrement de l’absence totale de talent dans la vie américaine postmoderne. Tout est question de surfaces mécaniques, et plus rien n’a de substance.

Je suis sorti de la salle au bout de deux heures. Pour moi, le film était trop morne, et trop intellectuellement insultant. Mais je ne blâme pas Ryan Gosling. L’air sceptique qu’il arbore tout au long du film est simplement parfait.

 

 

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James Howard Kunstler est un journaliste qui a travaillé pour de nombreux journaux, dont Rolling Stones Magazine. Dans son dernier livre, The Long Emergency, il décrit les changements auxquels la société américaine devra faire face au cours du 21° siècle. Il envisage un futur prochain fait de crises sociales à répétition, la fin de la Surburbia et du modèle économique associé et une guerre mondiale pour les ressources en énergie. Il prédit la déconstruction des empires européens et américains et pense que, lorsque les convulsions seront terminées, le monde reviendra à un modèle décentralisé et local.
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Merci James pour cette lecture du film.
Toujours riche d'en découvrir une autre que la sienne. Et vraiment merci pour cela.
J'ai juste adoré ce film malgré deux-trois longueurs au début.
Le propos n'est pas d'imaginer le futur. Le propos était de faire vivre l'imaginaire campé en 1982. De faire vivre une histoire et montrer les évolutions et dérives de l'hypertechnologie comme seule religion (IA, gadgets, hologrammes, CRM++, quantified self ...).
L'autre dimension illustrée est la destruction de la planète, que ce soit par explosion ou par surchauffe on va vers ces immenses déserts autour de quelques oasis d'enfers de béton et lumières.
Et nous laisse avec un questionnement vertigineux : quelle est la nature de la combinaison de l'espèce humaine et de l'espèce "IA" ? On comprend mieux la perplexité ou l'étrangeté du comportement que l'on a demandé de jouer à Gosling ...
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Merci James pour cette lecture du film. Toujours riche d'en découvrir une autre que la sienne. Et vraiment merci pour cela. J'ai juste adoré ce film malgré deux-trois longueurs au début. Le propos n'est pas d'imaginer le futur. Le propos était de faire  Lire la suite
Paperon - 04/11/2017 à 15:11 GMT
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