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À qui appartient notre corps ?

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Extrait des Archives : publié le 09 juin 2001
1363 mots - Temps de lecture : 3 - 5 minutes
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Rubrique : Fondamental




Alors que les fumeurs et fabricants de cigarettes sont l'objet d'une persécution de plus en plus agressive par les gouvernements (voir LES FUMEURS DANS LE COLLIMATEUR, p. 9 et SUR LES HISTOIRES QUI SE TERMINENT MAL, p. 7), le mouvement en faveur d'une décriminalisation de la marijuana prend de l'ampleur aussi bien au Canada qu'ailleurs en Occident.


La Chambre des Communes a, il y a quelques semaines, formé un comité pour étudier la question, et des députés de tous les partis se sont prononcés en faveur d'une telle mesure. De nombreux pays européens en sont déjà rendus là et même aux États-Unis, malgré la poursuite fanatique d'une « guerreà la drogue » par l'État fédéral, la porte s'entrouve dans plusieurs États qui permettent une utilisation limitée à des fins thérapeutiques. 


Corps fumé 


Il y a un tas de bons arguments pour mettre fin à cette persécution.  
 
          D'abord, s'il n'y pas encore de consensus sur les vertus thérapeutiques de la marijuana, il est tout à fait évident que ses effets néfastes ont été complètement exagérés, sinon carrément inventés. Des millions de Nord-Américains ont déjà fumé du pot. Nous en connaissons tous qui ont fait l'expérience ou qui continuent à en consommer. Pourtant, quand entend-on parler de personnes qui ont des troubles de comportement majeurs parce qu'ils fument? Jamais! Alors que les alcooliques dépressifs, violents, imprudents et accrochés semblent être légion, les fumeurs de pot ne causent aucun trouble. Pourquoi s'attaquer à des gens qui veulent se détendre et rigoler? 
 
          Non seulement cette persécution est-elle futile, mais elle coûte une fortune et a des effets désastreux. Environ 40 000 faux criminels sont arrêtés chaque année au Canada pour possession de marijuana, sans effet apparent sur la vente et la consommation. Le marché noir engendre évidemment une véritable criminalité, de la violence et des guerres de gangs, tout comme la Prohibition a engendré des Al Capone dans les années 1920. Mais les policiers ont beau faire leur petit spectacle à la télé pratiquement toutes les semaines après une descente ou une perquisition quelconque pour montrer comment ils ont porté un « dur coup » à un « important réseau de trafiquants », il y a longtemps que plus personne ne croit qu'on pourra mettre fin à ce trafic par la répression. 
 
          Ces arguments utilitaristes, et bien d'autres, ont leur pertinence. Les gouvernements se rendent compte que cette guerre à la marijuana est inutile, néfaste et de plus en plus impopulaire, et c'est pourquoi ce mouvement de libéralisation va sans doute se poursuivre. Tant mieux. S'agit-il cependant des raisons les plus fondamentales? La réponse à une seule question suffirait en fait à clore ce débat demain matin: À qui appartient notre corps? À l'État ou à nous? 


Corps public 


L'un des accomplissements majeurs de la civilisation occidentale est l'idée que les gens peuvent adopter les croyances religieuses, philosophiques ou idéologiques qu'ils veulent et que l'État n'a pas à s'en mêler ni ne doit persécuter ceux qui s'écartent de l'opinion de la majorité. Jusqu'au 17e siècle, on emprisonnait, torturait, ou brûlait encore les hérétiques et ceux qui critiquaient le souverain. Aujourd'hui, la liberté de religion et d'opinion distingue les pays civilisés des autres, tels que l'Iran, l'Afghanistan ou la Chine, où l'on est encore persécuté pour ses croyances. On a en gros accepté l'idée que le pouvoir ne doit pas s'exercer sur l'esprit des gens, c'est-à-dire que notre conscience nous appartient et que ce qu'elle contient ne regarde personne d'autre que nous. 
 
          L'État impose bien certaines limites à l'expression verbale ou écrite de nos idées, et on voit même poindre quelques nouvelles menaces à la liberté de conscience – la rectitude politique vise carrément à criminaliser certaines idées – mais en gros, il y a eu un progrès considérable sur ce plan au cours des derniers siècles. 
 
          Là où l'on recule toutefois, c'est sur la question de la propriété de notre corps. De nombreux sujets de controverse achoppent directement sur ce point: non seulement la consommation de drogue ou de tabac, celle d'aliments perçus comme néfastes pour la santé, mais également la prostitution, les mariages polygames, les questions reproductives (voir LA GUERRE CONTRE LE CLONAGE, p. 10), le suicide assisté (voir L'EUTHANASIE: UN CHOIX INDIVIDUEL DANS UNE SOCIÉTÉ LIBERTARIENNE, le QL, no 61), ou encore le port de la ceinture de sécurité ou du casque à bicyclette.  
 
          Sauf dans le cas de l'avortement, aucune de ces actions ne crée de « victime » autre que la personne qui décide de se faire quelque chose à elle-même. Dans tous les cas pourtant, l'État intervient, et intervient dans certains cas de plus en plus, présumément pour protéger le « bien-être de la population » 


  Le ministre québécois des Transports Guy Chevrette a ainsi annoncé il y a quelques jours qu'il donnait un an aux cyclistes pour devenir plus prudents et réduire le nombre d'accidents causant une blessure à la tête, sinon il allait imposer le port du casque protecteur. La déclaration est typique de l'absurdité collectiviste qui passe pour un « débat de société » aujourd'hui. Le ministre lance une mise en garde à un groupe de citoyens qui n'ont rien en commun, à part la pratique d'un sport, et les menace de tous les punir collectivement s'ils ne font rien pour changer une statistique qu'il consultera l'an prochain.  
 
          Chaque cycliste a pourtant ses propres habitudes, ses propres habiletés, un niveau de risque tolérable qui le caractérise. En bout de ligne, c'est lui qui va se blesser à la tête ou ailleurs s'il a un accident, et c'est lui qui devrait pouvoir décider s'il souhaite ou non réduire ses risques en portant un casque. Il n'est pas non plus responsable du comportement des autres. 
 
          Mais le ministre le voit autrement. Et il n'y a qu'une façon d'expliquer cette perspective: il croit que les corps des cyclistes appartiennent en fait à l'État, et qu'il est donc justifié d'imposer à chacun de changer son comportement pour son propre « bien » 


Corps nationalisé


Cette prétention n'est bien sûr jamais aussi clairement explicitée. Mais c'est elle qui sous-tend tous les arguments sur la nécessité de réglementer ceci ou cela même si aucune victime ne peut être trouvée.  

          L'État n'a bien sûr jamais cessé de réglementer les comportements sexuels au nom de la moralité, et ces restrictions puritaines existent toujours. Des lois qui interdisent la sodomie entre deux adultes consentants existent encore dans certains États américains. En Australie, une nouvelle loi permet à la police de trouver chez les fournisseurs de service Internet l'information pour retracer ceux qui regardent de la pornographie, ce qui constitue maintenant un crime. Et l'hypocrisie générale règne encore presque partout sur le sujet de la prostitution.  
 
          Ce qui est nouveau, ce sont toutes ces questions qui ont un impact sur la santé, qui offrent un terrain fertile aux autocrates qui veulent imposer leur propre vision d'une vie saine. 
 
          La nationalisation de nos corps est en effet le résultat direct de la nationalisation des services de santé. À partir du moment où la santé est publique, où nous payons tous pour les soins de tout le monde, toute restriction peut se justifier par la réduction des « coûts sociaux ». Vous fumez? Vous allez coûter plus cher à la société! Vous augmenter vos risques d'accident à bicyclette? Vous allez coûter plus cher à la société!  
 
          Nous sommes encore, et de plus en plus, au stade de l'Inquisition moyenâgeuse sur ce plan. Les raisons pour justifier une intervention de l'État dans le but de protéger les gens contre eux-mêmes sont infinies. Trop de consommation de sel, selon les conclusion d'une commission en France! Et n'est-il pas néfaste de consommer trop de gras ou de ne pas faire assez d'exercice? L'État doit intervenir! (voir Prix Béquille de bronze, le QL, no 51) 
 
          Les bien-pensants sont les nouveaux puritains, les nouveaux inquisiteurs (voir LES FASCISTES DE LA SANTÉ, le QL, no 15), et comme ceux d'époques révolues qui se réclamaient de l'autorité divine, ils croient avoir la légitimité morale pour régir ce que nous faisons avec notre corps. La seule différence est qu'ils le font, aujourd'hui, au nom du bien public et qu'ils ont remplacé Dieu par l'État. 


            

Martin Masse

Le Quebecois Libre



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