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A neuf repas de l’anarchie - Jeff Thomas

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Publié le 26 avril 2016
1405 mots - Temps de lecture : 3 - 5 minutes
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Rubrique : Editorial du Jour

En 1906, Alfred Henry Lewis a décrété qu’ « il n’y a que neuf repas entre l’humanité et l’anarchie ». Depuis lors, son observation a été répétée par des gens de tous les horizons, depuis Robert Heinlein jusqu’à Leon Trostky.

Contrairement à toutes les autres marchandises, la nourriture est une nécessité qui ne peut attendre. S’il y avait une pénurie de chaussures, nous pourrions très bien nous en sortir des mois durant, voire des années. Une pénurie d’essence serait plus difficile à surmonter, mais nous y survivrions grâce aux transports en commun. Ou nous nous mettrions à marcher plus, si nécessaire.

Mais la nourriture est différente. S’il y avait une interruption du réseau de distribution de nourriture, la peur se propagerait dans l’immédiat. Et si le rétablissement de ces réseaux était incertain, cette peur se ferait plus prononcée encore. Après seulement neuf repas de manqués, il y a de fortes chances que nous commencions à paniquer et soyons prêts à commettre un crime pour obtenir de quoi manger. Si nous voyions notre voisin avec une miche de pain, nous pourrions aller jusqu’à dire « Je suis désolé, vous êtes un bon voisin, et nous sommes amis depuis des années, mais mes enfants n’ont rien mangé aujourd’hui – je dois avoir ce pain – même si cela veut dire que je dois vous tuer ».

Nul besoin de spéculer là-dessus. Après tout, nous n’avons pas de quoi nous inquiéter de la possibilité d’un tel scénario. Penchons-nous donc sur l’industrie de la distribution alimentaire, comparons-la à la direction actuelle de l’économie, et voyons si nous devrions nous inquiéter.

L’industrie alimentaire opère typiquement sur des marges très fines – très souvent inférieures à 2%. Traditionnellement, les vendeurs de gros reposent sur deux semaines de réserves et des plans de paiement de trente jours. Mais le resserrement accru du système économique depuis ces huit dernières années a forcé un grand nombre de participants à l’industrie à se tourner vers des réserves et des plans de paiement de trois jours. Ce système fonctionne très bien, mais il a moins de marge de manœuvre et aurait plus de mal à supporter un gros choc.

Si une inflation significative prenait place (disons 3%), tous les profits seraient perdus pour le mois en cours, pour les fournisseurs comme pour les vendeurs de détail. Mais les produits pourraient toujours être remplacés et vendus à prix accru le mois suivant. Si l’inflation perdurait sur plusieurs mois, en revanche, l’industrie serait incapable de couvrir l’écart, même si de meilleures conditions étaient attendues sous quelques mois. Une incapacité de verser l’intégralité de ses paiements signifierait, pour un revendeur, une réduction de ses commandes. Et donc moins de produits dans les rayons. Plus la tendance inflationniste se poursuit, plus les prix grimpent pour combler le manque à gagner. Et moins il y a de produits en rayons.

Depuis l’Allemagne en 1922 jusqu’au Venezuela en 2016, en passant par l’Argentine en 2000, c’est ce qui s’est passé à chaque fois que l’inflation est devenue systémique plutôt que sporadique. Chaque mois, des magasins ont fermé, à commencer par les moins bien capitalisés.

En période économique prospère, cela signifierait une meilleure opportunité de faire des affaires pour les magasins solvables, mais en période d’inflation, ces derniers ne sont pas en mesure d’élargir leurs activités non-profitables. En conséquence, les volumes de nourriture disponibles diminuent en parallèle à la sévérité de l’inflation.

En revanche, la demande en nourriture ne diminuerait pas d’une seule miche de pain. La fermeture de magasins serait ressentie presqu’immédiatement dans les villes, et forcerait les habitants d’un quartier à aller chercher ce dont ils ont besoin dans le quartier voisin. Un danger commencerait à se présenter si les magasins du quartier d’à côté fermaient, et que les habitants des deux quartiers devaient se rendre dans un troisième pour trouver de quoi manger. A ce moment-là, une miche de pain aurait trois acheteurs potentiels, et justifierait un meurtre. Virtuellement, personne ne tolèrerait bien longtemps voir ses enfants manquer de pain parce que d’autres ont envahi son supermarché local.

L’industrie toute entière en serait impactée. A mesure que les détaillants disparaîtraient, il en irait de même pour les fournisseurs, qui se trouvent au sommet de la chaine alimentaire. Et cette situation ne se développerait pas de manière ordonnée, ou dans une zone spécifique. Le problème serait national. Les fermetures se multiplieraient partout, au hasard, et affecteraient toutes les régions. Des émeutes de la faim prendraient place, d’abord dans les villes, puis se propageraient à d’autres communautés. Les acheteurs, de peur de faire face à des pénuries, achèteraient tout ce qu’ils trouveraient de disponible.

Plus important encore, c’est le caractère imprévisible des livraisons qui fait grimper le sentiment de peur, et génère panique et violence. Rien de ce qui précède n’est spéculation : il s’agit d’une tendance historique – d’une réaction de la nature humaine lorsque se développe une inflation systémique.

Puis arrive la cavalerie

A ce moment-là, il devient extrêmement urgent pour le gouvernement central de prendre des mesures et de contrôler l’industrie alimentaire pour qu’elle serve les besoins politiques plutôt que la demande, exacerbant ainsi le problème. Les fournisseurs se trouveraient forcés de livrer aux quartiers où les émeutes sont les plus explosives, même si les détaillants locaux étaient incapables de payer. De plus en plus de fournisseurs feraient faillite.

Certains livreurs commenceraient à refuser de desservir certains quartiers, et les militaires pourraient avoir à contrôler l’arrivée des livraisons.

Mais pourquoi s’inquiéter de ce qui précède ? Après tout, l’inflation est aujourd’hui contenue, et bien que les gouvernements manipulent les chiffres économiques, le niveau d’inflation actuel n’est pas suffisant pour créer un tel scénario.

Que faudrait-il pour que le scénario précédent se produise ? Historiquement, tout a toujours commencé par une dette excessive. Nous savons que la dette n’a encore jamais été si importante. Les marchés des actions et obligations traversent des bulles de proportions historiques. Elles finiront par éclater, mais quand ? Dans un an ? Dans six mois ? La semaine prochaine ?

Avec un effondrement des marchés vient invariablement une déflation, à mesure que les gens tentent de se débarrasser de leurs actifs pour couvrir leurs pertes. La Réserve fédérale et d’autres banques centrales ont annoncé qu’elles imprimeraient autant d’argent que possible pour combattre la déflation. Malheureusement, l’inflation a des effets bien plus importants sur les prix des marchandises que des actifs. Les prix des marchandises flamberont, pour réduire davantage le pouvoir d’achat des consommateurs et leurs chances d’acheter des actifs, même à prix réduits. Ainsi, les propriétaires d’actifs devront baisser leurs prix à mesure que grandira leur désespoir. La Fed imprimera davantage pour combattre la déflation, et nous entrerons dans une période de concurrence entre déflation et inflation.

Lorsqu’une telle situation s’est présentée par le passé, aucun gouvernement n’a jamais fait ce qu’il fallait. Ils ont en effet fait tout le contraire – ils ont continué d’imprimer. La nourriture existe toujours, mais les détaillants ferment leurs portes parce qu’ils n’ont plus de sous. Les fournisseurs ferment eux-aussi parce qu’ils ne reçoivent pas les paiements que leurs doivent les détaillants. Les producteurs réduisent leur production parce que leurs ventes diminuent.

Dans tous les pays qui sont passés par là, le gouvernement a fini par sortir du tableau pour laisser prévaloir le marché libre, venu redonner de l’énergie à l’industrie pour enfin favoriser un retour à la normale. La question n’est pas de savoir si la civilisation disparaîtra (elle ne le fera pas), mais de savoir jusqu’où peut aller une société qui traverse une crise alimentaire, parce que même les meilleurs d’entre nous pourraient paniquer et devenir une menace potentielle pour quiconque conserverait une boîte de soupe dans son cellier.

La peur de mourir de faim est fondamentalement différente des autres peurs de pénurie. Même les personnes les plus douces paniquent. En de telles circonstances, il est avantageux de vivre en campagne, aussi loin du centre de panique que possible. Il est aussi avantageux d’accumuler des réserves nourriture à l’avance histoire de pouvoir survivre plusieurs mois. En revanche, même ces mesures ne sont pas garanties. Aujourd’hui, les autoroutes et les voitures personnelles rendent très facile pour quiconque de se déplacer là où des biens alimentaires peuvent encore se trouver. Au mieux, il faudrait se préparer à traverser la crise dans un pays moins susceptible d’être touché par une inflation de grande importance – où les chances d’une crise alimentaire sont faibles et où la sécurité est plus assurée.

 

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Si je peux écrire ces quelques lignes,c'est parce que pendant la guerre mes grands-parents maternels ont quitté Lyon où il n'y avait plus rien à manger pour la campagne Iséroise. Là,ce fut l'opulence,chaque paysan ayant de quoi vivre en autarcie (basse-cour+potager+céréales+vignes...) tout en vendant le surplus.J'ai eu la chance de connaitre cette France profonde pendant toute mon enfance.Malheureusement,tous les paysans sont morts,leurs maisons rachetées comme résidences secondaires par les Lyonnais,et plus aucune terre n'est exploitée,adieu veaux vaches cochons.Où aller pour survivre désormais?
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En mai 68, de Gaulle a fait rationner les carburants, donc moins de mouvements des personnes. La grande distribution n'existait pas, on faisait ses courses au marché ou dans les magasins de détail. Tout le monde a survécu.
Si problème identique à l'heure actuelle, une fois les grandes surfaces pillés, ce sera la foire d'empoigne sur fond de règlements de comptes inter-ethniques.
Quant à l'agriculture, il n'y a pas un paysan sur deux qui a un potager!
Là, ce sera la vraie révolution....
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Si je peux écrire ces quelques lignes,c'est parce que pendant la guerre mes grands-parents maternels ont quitté Lyon où il n'y avait plus rien à manger pour la campagne Iséroise. Là,ce fut l'opulence,chaque paysan ayant de quoi vivre en autarcie (basse-c  Lire la suite
docandis - 27/04/2016 à 07:29 GMT
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