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Affaire Goldman Sachs : justice corrompue ou secteur financier devenu intouchable ?

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Publié le 13 août 2012
1091 mots - Temps de lecture : 2 - 4 minutes
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Rubrique : Editoriaux

 

 

 

 

La première hypothèse qui vient à l’esprit devant la décision du Département de la Justice américain, vendredi, de ne pas poursuivre la banque Goldman Sachs pour les faits qui lui sont reprochés dans la crise des subprimes, est bien entendu celle de la corruption au sein de ce ministère. Les faits sont en effet connus et éminemment condamnables : ventes jouant sur la confiance de produits dépréciés aux meilleurs clients de la firme, organisation par celle-ci de paris et participation active de sa part à ces paris sur des titres adossés à des prêts hypothécaires, alors que ces titres ont été manipulés pour être de la pire qualité possible.


La question qui se pose alors est celle-ci : « Est-il envisageable qu’il ne s’agisse pas ici d’un cas de corruption ? ». Et la réponse est en fait « Oui » : il existe d’autres explications possibles et le sénateur Carl Levin lui-même, qui avait dirigé la commission d’enquête sénatoriale américaine, bien que totalement écœuré, l’envisage, puisqu’il dit de la décision du ministère de la justice qu’elle est : « le produit de lois trop faibles ou d’application trop faible de ces lois ».


Évoquer une « application trop faible des lois », c’est affirmer que le ministère de la justice est complice. Alors accusation de corruption de la part de M. Levin ? Pas nécessairement : il pourrait s’agir de la simple conséquence d’un rapport de force défavorable au ministère de la justice dans un bras de fer avec Goldman Sachs. J’ai eu l’occasion de rapporter ici diverses anecdotes prouvant que le rapport de force entre firmes transnationales, et parfois simplement nationales, et États, est biaisé en faveur des premières de manière tout à fait générale.


Parler de « lois trop faibles », c’est dire que, dans les termes que j’employais plus haut : « ventes jouant sur la confiance de produits dépréciés aux meilleurs clients de la firme, organisation par celle-ci de paris et participation active de sa part à ces paris sur des titres adossés à des prêts hypothécaires, alors que ces titres ont été manipulés pour être de la pire qualité possible », ne tombent pas sous le coup de la loi américaine. Aussi inquiétant que cela soit, ce n’est pas impossible. Voyons pourquoi.


D’abord : « vente de produits financiers avariés aux meilleurs clients de la firme ». M. Milton Friedman, professeur d’économie à l’Université de Chicago pendant près de trente ans, Prix Nobel d’économie en 1976, a répandu avec succès l’opinion selon laquelle une firme travaille uniquement pour ses actionnaires : ni pour ses clients, ni pour ses employés. M. Friedman est considéré comme le second économiste le plus éminent du XXe siècle (après John Maynard Keynes), l’un de ses livres a été vendu à un million d’exemplaires. Dans cette perspective, la vente de produits avariés est justifiée si elle augmente les profits.


Ensuite : « organisation de paris truqués sur l’effondrement d’un secteur financier ». Lors de son audition devant la commission du Sénat américain présidée par Carl Levin, en avril 2010, Lloyd Blankfein, P-DG de Goldman Sachs a affirmé que l’idée que les paris financiers sont condamnables n’a pas de sens pour lui puisqu’il s’agit avec un pari d’une variété de « transfert de risque ». Je notais dans l’un de mes billets consacrés à cette audition : « Merci à Mme le sénateur McCaskill d’avoir rappelé au patron de Goldman Sachs la différence entre une assurance et un pari. Blankfein lui a répondu que pour le market maker il n’y a pas de différence, à quoi elle lui a répondu très justement que pour l’Américain moyen, le problème est probablement là ». L’erreur est bien entendu grossière puisqu’un pari crée de toute pièce un risque qui n’existait pas jusque-là. Quoi qu’il en soit, je suis certain que l’on découvrira sans peine une demi-douzaine d’économistes détenteurs des chaires d’économie parmi les plus prestigieuses pour confirmer sans broncher les propos de M. Blankfein que les paris sont des « transfert de risque » comme les autres.


Mais il y a d’autres explications possibles au blanchiment vendredi de Goldman Sachs par le Département de la Justice que l’émasculation des lois par l’autorité des économistes, et la principale est la raison d’État : les opérations de la firme Goldman Sachs sont peut-être à ce point liées au fonctionnement-même de l’État américain que toute véritable mise en cause est inenvisageable.


J’ai rapporté ici au fil des années les hypothèses de différents traders par ailleurs blogueurs ou autrement médiatiques, selon qui Goldman Sachs est le bras armé de l’État américain dans la manipulation en vue de créer un « vent d’optimisme » sur les marchés boursiers, autrement dit l’instrument du « Plunge Protection Team », l’équipe de protection contre la plongée, comme on surnomme le « Groupe de Travail sur les Marchés Financiers » constitué du Secrétaire au Trésor, du Président de la Fed, de la Présidente de la Securities and Exchange Commission (le régulateur des marchés au comptant) et du Président de la Commodity Futures Trading Commission (régulateur des marchés à terme). Il n’existe pas de preuves de telles allégations, les esprits curieux consulteront cependant régulièrement le site de la firme de collecte d’information relative aux transactions financières qu’est Nanex.


Est-ce à dire qu’il n’existe qu’une alternative : soit le ministère de la justice américain est corrompu d’une manière ou d’une autre dans cette affaire, pour raisons pécuniaire ou d’État, soit le secteur financier dans son ensemble est désormais intouchable ? Non, car comme le prouvent les actions récentes menées par les régulateurs américains contre les banques britanniques Barclays et Standard Chartered, certains établissements financiers de premier plan sont aujourd’hui sur la sellette et sérieusement mis à mal. Les Britanniques trouveront cependant saumâtre qu’il existe de ce point de vue, deux poids, deux mesures, et nul doute que les prochaines révélations compromettantes sur Goldman Sachs viendront en représailles de cette direction-là. À moins bien sûr que, comme l’affirme le trader indépendant Alessio Rastani, Goldman Sachs ne dirige véritablement le monde, auquel cas rien ne se passera. Il ne s’agit pas là d’une hypothèse que l’on puisse balayer d’un simple revers de main.


(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.


 

 

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Paul Jorion, sociologue et anthropologue, a travaillé durant les dix dernières années dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix. Il a publié récemment L’implosion. La finance contre l’économie (Fayard : 2008 )et Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte : 2007).
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Bas, les deux mon capitaine =__=
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bonjour, tous corrompus 100 % bien d accord ,ah ! concernant GS

Dans le secteur agricole, les autorités américaines sont une fois de plus dominantes. Les données économiques réelles sont manipulées en fonction des besoins des positions des banques sur les marchés des matières premières et notamment de la banque Goldman Sachs.
Goldman Sachs a été dénoncé par le magazine « Rolling Stones » dans un dossier très complet en 2009, comme ayant initié et fomenté des bulles successives sur différentes matières premières ou autres valeurs, dans le but unique de faire des « coups » financiers successifs.
Goldman Sachs est la banque dominante aux Etats Unis, qui a mis des hommes-liges, à tous les niveaux des ministères et des administrations américains.
Une déclaration du Ministère de l’Agriculture annonçant une sécheresse, va faire s’envoler les cours, permettant à la banque pré-positionnée à la hausse de faire des bénéfices…puis la Banque se positionne avec levier à la baisse, avant que le Ministère annonce d’excellentes récoltes, bien meilleures que prévue, faisant s’effondrer la bulle.
Si on suit un secteur d’assez près, les manoeuvres sont évidentes, cela se voit dans les cours.
Si on oublie ces manipulations à court terme orchestrées par Goldman Sachs, la réalité des cours montre une très forte hausse sur plusieurs années. Les cours du maïs en novembre 2011 étaient 3 fois plus élevés que durant la période 2003- 2006 et plus de deux fois les valeurs de 2009. La hausse des
cours du maïs va faire s’envoler les cours du poulet et de toute la filière de viande aviaire. Un article du Telegraph en 2010 prédisait que les prix de la viande allaient être tels dans un proche futur, que les classes défavorisées en Grande Bretagne devraient devenir végétariennes. Boutade ?
En mars 2012, un ancien vice-président de Goldman Sachs
démissionne après 25 ans de maison et publie dans le Financial Times une lettre ouverte dénonçant la Banque. A la sortie de ses études, il était fier d’avoir été sélectionné parmi près de 10.000 candidats pour intégrer cette prestigieuse maison. Le maître-mot d’alors était de servir le client le
mieux possible, même au détriment des bénéfices de la banque. Il est fier d’avoir lui même formé plusieurs générations de stagiaires dans cet esprit d’une éthique irréprochable. Dans sa lettre, il dénonce l’esprit nouveau qui domine depuis une dizaine d’années, où les réunions du matin commencent par « la chasse aux éléphants ». Les éléphants étant les produits ou valeurs, qui ne peuvent plus rapporter à la Banque et qu’il faut essayer de fourguer aux clients en leur promettant la lune. Les clients ne sont plus respectés par les courtiers de Goldman Sachs, ce ne sont que des citrons, qu’il faut presser pour le plus grand profit de la
Banque.
L’auteur de cette lettre ouverte a démissionné ne pouvant plus continuer à travailler sans éthique. Pour lui, une banque ne peut survivre en méprisant ses clients.
Goldman Sachs comme on le sait désormais a falsifié les comptes de la Grèce pour lui permettre de rentrer dans la communauté monétaire européenne, engendrant les problèmes que l’on connaît aujourd’hui.
L’ancien vice-président de Goldman Sachs pour l’Europe, Mario Draghi, après avoir été formé aux Etats Unis, a eu d’importantes responsabilités au ministère des finances en Italie. Il a privatisé tous les joyaux de la République, vendant à l’oligarchie la Compagnie pétrolière, les raffineries, les ports, les autoroutes, les acieries, etc., etc.
Aujourd’hui, cet homme de GS dirige la Banque Centrale Européenne. Le bilan de la BCE est totalement déséquilibré, montrant un levier de 36 par rapport à ses fonds propres.
L’ancien responsable pour l’Allemagne à la BCE, après avoir donné sa démission, a dénoncé la montagne d’obligations pourries, qui truffent le bilan de la banque centrale, la rendant aujourd’hui insolvable à ses yeux.
Si la Réserve Fédérale est en faillite, la BCE ne vaut guère mieux.
Pour prolonger la survie du système, les Banques Centrales ne peuvent que continuer à imprimer à l’infini par milliers de milliards. C’est ce que font la Bank of Japan, la Bank of England, la BCE et la Réserve Fédérale.
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mon cher Paul ,
vous trouvez vraiment que le fait que des banques soit condamnees a de simples amendes suffisent avous faire ecrire qu'il n'y a pas corruption ?.
D'autant que ce sera leurs clients qui finiront par payer ses dites amendes.
je trouve pour ma part , qu'une telle fraude ne pourrait existee si ce n'etait pas le cas, ni existee ni durer aussi longtemps.
on a eu droit au systeme du fusible de tres haute volee la, et dans la situation actuelle les gens ne se rendent plus compte des effets,et des consequences pour eux de ce qui se met en place.
les medias relates les faits sur la pointes des pieds , pourtantla nature de ses fraudes s'avere monstrueuses , plusieurs centaines de milliards, alors qu'ils ont faits des tonnes avec une ancienne employee de banque qui avait fait un peu de maddoxie en france.
ils ne prendraient pas de tels risques ,si la justice etait appliquee de la meme facon pour tous.
Goldman Sachs et certainement un maillon important du systheme , mais pas le seul loin sans faut.
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snow78 - 14/08/2012 à 18:35 GMT
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