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Apologie et critique de la démocratie

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Extrait des Archives : publié le 26 août 2013
942 mots - Temps de lecture : 2 - 3 minutes
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Rubrique : Fondamental

 

 

 

 

Les débats sur la pertinence de la démocratie remontent  à l’antiquité. Les régimes démocratiques émergent, disparaissent, et reviennent. Même ses défenseurs finissent par avoir des réserves. Ce fut le cas de Jean-Jacques Rousseau. Après avoir expliqué dans  le Contrat social les mérites de la démocratie comme manifestation de la volonté sociale, il reconnait ensuite qu’un territoire vaste et peuplé se doit d’être centralisé autour de l’autorité d’une aristocratie ou d’un monarque.


Plus récemment, la remise en question de la démocratie a gagné du terrain avec l’échec de plus en plus évident de l’expérience démocratique en Afghanistan et la désillusion du printemps arabe. En outre, les dérives ponctuellement autoritaires des gouvernements démocratiques occidentaux en inquiètent plus d’un. La question se pose également du mérite d’un système qui permet à une majorité relative de la population citoyenne de disposer de la propriété des autres.


Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est important de remarquer que la démocratie n’organise pas à proprement parler la façon dont les ressources publiques et privées sont distribuées ou redistribuées. La démocratie n’est en fait qu’une méthode d’élire les membres de l’État ou alors, dans son état le plus pur, une manière plébiscitaire d’approuver ou pas une proposition de loi ou une action proposée par les membres d’un gouvernement. Ainsi, un système démocratique ne règle pas en soi la question du rapport entre le gouvernement et les libertés individuelles des citoyens, d’où de nombreuses critiques pas toujours bien étayées.


Les détracteurs de la démocratie avancent ainsi souvent que celle-ci serait une illusion. Elle ne serait ni participative ni représentative, car une majorité relative peut arriver à imposer sa vision au détriment du reste de la population.


Si l’argument est vrai, il est néanmoins naïf car quelles sont les alternatives ?  La première est tout simplement l’absence de démocratie dans un régime autocratique. Dans ce cas-là, aucune participation ni représentativité ne peut être imaginée. Une autre alternative est la sécession individuelle. Elle incarne en quelque sorte la représentativité absolue. Elle est cependant très limitée car pratiquement impossible dans un monde où les propriétés et copropriétés abondent, du domicile aux voies publiques, en passant par la sécurité. Une hiérarchie devient alors nécessaire pour garantir une prise de décision efficace lorsque le veto individuel et la sécession sont rendus impossibles par la complexité croissante d’une copropriété pratiquement indivisible. Reste l’émigration qui permet d’opter pour une démocratie plus participative et représentative. L’individu vote avec ses pieds et quitte le pays avec ses talents et ses biens. Il est intéressant de remarquer que c’est la seule alternative viable à la démocratie aujourd’hui car elle reste relativement accessible aux citoyens.


Une autre critique souvent avancée par les détracteurs de la démocratie est qu’elle ne garantirait pas à elle-seule les libertés individuelles. Les exemples en la matière abondent : l’Allemagne entre 1933 et 1944, le Venezuela et ses alliés depuis l’élection d’Hugo Chavez, les États-Unis et nombre de pays développés à propos desquels on a récemment découvert l’ampleur des programmes de surveillance informatique de leur population respective.


Personne ne nie que des gouvernements au sein de démocraties puissent abuser de leur mandat. Cependant, tant que la dénonciation, voire l’arrêt de ces abus reste possible, c’est que ces « démocraties » gardent justement un minimum de semblant de représentativité citoyenne. C’est seulement quand la démocratie disparait complètement que cette dénonciation n’est plus possible. Peut-on imaginer une dénonciation ouverte de la surveillance du gouvernement chinois en Chine ? Ou en Corée du Nord ? L’opposition au Venezuela reste audible, malgré l’autoritarisme du gouvernement car celui-ci veut garder un fondement démocratique – même faible – à  son régime. De même, aux États-Unis, les critiques de l’administration Obama au sujet de l’alerte lancée par Snowden ne cessent de monter à travers la presse et autres organismes civiques.


La démocratie est également attaquée dans sa dimension économique. Elle serait propice à la croissance de l’État, pour preuve l’endettement des démocraties occidentales. L’argument laisse penser que toutes les démocraties sont également endettées ou se révèlent incapables de contrôler leurs finances publiques. Or, le problème du surendettement public est aussi vieux  que l’État lui-même. Une des principales causes de la Révolution française n’était-elle pas déjà le surendettement de la monarchie absolue.


Une autre critique de nature économique consiste à affirmer que c’est la concurrence – et non la démocratie – qui permet de sauvegarder les libertés individuelles des citoyens. Selon cette hypothèse, les États se concurrenceraient entre eux pour proposer les meilleures conditions d’accueil du capital et des citoyens productifs. Or, l’Histoire de l’humanité nous montre que la concurrence entre États s’est surtout concrétisée par des guerres, au temps, par exemple, des cités-états gréco-romaines ou entre  pays européens depuis la chute de l’Empire Romain et ce jusqu’à la moitié du 20ème siècle. L’Histoire montre aussi un aspect particulièrement intéressant pour le sujet qui nous occupe, à savoir que les pays les plus puissants étaient aussi les cités-états ou pays qui respectaient le mieux les libertés individuelles: Athènes, Rome, les Pays-Bas, l’Angleterre, les États-Unis… Or, ces pays ou concurrents pratiquaient justement la démocratie sous une forme ou sous une autre.


En fait, le critère de la prospérité économique ne suffit pas pour distinguer entre différents régimes. Il y a sans doute autant d’exemples de démocraties prospères que de régime autocratiques. Il est donc très difficile de déterminer le rôle bénéfique ou pernicieux de la démocratie sur le développement socio-économique d’un pays.


C’est pourquoi nous voulons suggérer que la question du  rôle de la démocratie dans l’évolution socio-économique d’un pays est mal posée. Il se pourrait qu’elle ne soit pas un principe fondateur des libertés individuelles mais qu’elle en soit plutôt conséquence.


À suivre.


 

 

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Gabriel A. Giménez-Roche est professeur et responsable du département économie du Groupe ESC Troyes et maître de conférences à Sciences Po Paris. Son domaine de recherche est l'analyse économique de l'entrepreneuriat et son contexte socio-institutionnel. Il est également chercheur associé de l’Institut économique Molinari.
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A notre époque, la démocratie sans contrôle par les citoyens "on line", des élus de tous horizons, est un leurre !
Bon. Un diagnostic subjectif parmi bien d'autres, donc. La ou les suites concernent les remèdes ?
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Intéressant ; vite, la suite.
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A notre époque, la démocratie sans contrôle par les citoyens "on line", des élus de tous horizons, est un leurre ! Lire la suite
zelectron - 26/08/2015 à 18:47 GMT
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