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Ce que je crois II

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Extrait des Archives : publié le 24 mai 2013
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Les Questions d'économie politique et de droit public (1961) sont composées de deux volumes d'essais et d'articles écrits entre 1845 et 1861. Ils couvrent des sujets tels que la liberté d'expression, le libre-échange, l'offre privée de sécurité, le droit de la guerre, et la propriété intellectuelle



Suite de l’article précédent


Il s’agit maintenant de savoir quelle voie il faut suivre pour obtenir ce résultat le plus promptement et de la manière la moins coûteuse.


On peut employer deux procédés essentiellement différents : la force ou la persuasion. On peut imposer le progrès ou le faire accepter.


Jusqu’à nos jours, l’école de la force, procédant par voie de révolutions et de guerres est demeurée prépondérante, et, à une époque récente, un souverain puissant, en jetant l’Europe dans les hasards d’une nouvelle crise, se glorifiait de faire « la guerre pour une idée. » Depuis la fin du siècle dernier, l’école de la force bouleverse le monde en vue de hâter ses progrès et, selon toute apparence, elle le bouleversera longtemps encore. [xiii]


L’école de la persuasion, procédant par voie de propagande pacifique, en revanche n’est guère en crédit; au moment où nous écrivons du moins elle est complétement effacée par les hauts faits de sa rivale.


Enfin, il y a l’école des éclectiques qui sont tantôt pour l’emploi de la force, tantôt pour l’emploi de la propagande pacifique, selon que les circonstances leur paraissent devoir faire préférer l’un ou l’autre de ces procédés.


Nous appartenons pour notre part, exclusivement, à l’école de la persuasion. Nous répudions, de la manière la plus absolue, le concours de la force pour la réalisation de nos idées. Nous condamnons, en conséquence, *à priori*, toute révolution, toute guerre entreprise en vue d’accomplir un progrès, si légitime et si nécessaire que ce progrès puisse paraître.


Peut-être n’est-il pas inutile dans un moment où les révolutions et les guerres « pour une idée » sont populaires, de résumer les raisons qui nous portent à les condamner comme instruments de progrès, et à séparer ainsi complétement notre cause de celle des révolutionnaires.


En premier lieu, c’est parce que nous ne nous croyons point, nous créature sujette à l’erreur, le droit d’imposer nos idées. Nous sommes, par exemple, [xiv] bien convaincu que l’amélioration matérielle, intellectuelle et morale du sort de nos semblables, dépend de l’application de nos principes ; nous croyons que l’abondance dans la production, la justice dans la répartition de la richesse ne peuvent être obtenues que par la suppression des monopoles, des priviléges, des réglementations et des interventions de tous genres qui attentent à la liberté et à la propriété des classes les plus nombreuses de la société. C’est là une vérité qui nous paraît claire comme la lumière du soleil, et nous sacrifierions au besoin toute la part de biens moraux et matériels que nous possédons, notre réputation et notre vie, pour l’attester. Mais si nous avons le droit de sacrifier les biens qui nous appartiennent (encore faudrait-il cependant que nous eussions satisfait à toutes nos obligations positives envers nos proches, pour avoir pleinement le droit de nous donner ce luxe du martyre) sommes-nous les maîtres de disposer, au profit de notre cause, de ce qui appartient à autrui? En admettant même que notre jugement, naturellement faillible, ne nous ait point trompés, en admettant que la théorie dont nous sommes les propagateurs, soit la seule juste, la seule utile, la seule vraie, avons-nous bien le droit de lever, pour l’établir, des impôts sur la vie et sur la propriété de nos semblables? [xv]


Avons-nous bien le droit d’apporter au milieu d’eux la dévastation et le carnage, sous le prétexte d’améliorer non leur sort, qui ne peut que s’aggraver dans la tourmente, mais celui des générations à venir? Avons-nous bien le droit de décimer une génération par la conscription, les mitraillades ou la guillotine, de la ruiner par les assignats, les réquisitions et les contributions de guerre pour augmenter le bien-être des générations futures? Qui nous a rendus ainsi les maîtres de la vie et de la mort? Qui nous a investis du droit d’offrir au Dieu que nous adorons des sacrifices humains? Sommes-nous des prêtres de Jaggernaut et la vérité est-elle une idole barbare qui ne puisse se frayer un chemin que sur des cadavres? Et si nous nous trompons, si cette théorie que nous prétendons imposer par les baïonnettes et la guillotine, si cette théorie est fausse! Si au lieu de la vérité nous n’en possédons que le vain mirage, de quelle responsabilité terrible n’aurons-nous pas à supporter le poids pour avoir sacrifié des millions de créatures humaines à ce fantôme décevant, à cette ombre engendrée par notre orgueil et notre ignorance? Car si on peut nous contester même le droit d’imposer la vérité, ne nous exposons-nous pas à commettre le plus grand et le moins excusable des crimes en imposant l’erreur? [xvi]


En second lieu, si nous quittons le terrain des idées pour descendre sur celui des faits, nous trouverons que l’expérience condamne chaque jour davantage la force comme instrument de progrès.


De tous temps, on a troublé et ensanglanté le monde au nom du progrès; mais depuis la fin du siècle dernier, cette mauvaise pratique des temps de barbarie a passé à l’état de système. Tantôt, c’est la monarchie constitutionnelle qu’il s’agit de substituer violemment à la monarchie absolue; tantôt la république qu’il s’agit de mettre à la place de la monarchie constitutionnelle; tantôt encore, c’est un gouvernement étranger qu’on veut renverser pour le remplacer par un gouvernement national; tantôt une nouvelle organisation de la société que l’on veut substituer à l’ancienne. La révolution américaine, la révolution de 1789, les guerres de la République et de l’Empire, les insurrections des colonies espagnoles, les révolutions réussies de 1830 en France et en Belgique, les révolutions avortées en Italie et en Pologne; enfin, la nouvelle série de révolutions et de guerres dont le coup de pistolet du boulevard des Capucines, en 1848, a donné le signal ont eu, toutes, le Progrès pour objet. Toutes aussi pouvaient invoquer des griefs légitimes. Car les gouvernements contre lesquels elles étaient dirigées laissaient évidemment fort [xvii] à désirer. Mais si l’on fait le compte des millions de vies qu’elles ont sacrifiées, des milliards qu’elles ont coûtés, soit par les frais et les ravages immédiats des appareils de destruction qu’elles ont mis en œuvre, soit par les crises qu’elles ont occasionnées; si encore de la sphère des intérêts matériels on passe à celle des intérêts moraux et que l’on fasse le compte des atteintes portées à la moralité générale par la pratique du meurtre, du pillage et des confiscations en masse, on se convaincra qu’à tous égards le bilan de ces révolutions se solde en déficit; que si elles ont emporté quelques-uns des obstacles qui obstruaient la route du progrès, elles ont ralenti en revanche la marche des sociétés, en décimant les populations, en dévorant leurs capitaux actuels et en hypothéquant leurs capitaux futurs par les emprunts publics, qu’elles ont enfin abaissé l’étalon de leur moralité en propageant dans leur sein les habitudes de la violence et de la spoliation. En faisant, pour tout dire, l’inventaire complet de ces révolutions, si légitimes qu’aient pu être les griefs qu’elles avaient pour objet de redresser, en comparant ce qu’elles ont coûté avec ce qu’elles ont rapporté, on se convaincra certainement que leur passif matériel et moral dépasse de beaucoup leur actif et on les condamnera comme des banqueroutes de la civilisation. [xviii]


— Mais, objectent les adeptes de l’école de la force, supposons que ces révolutions et ces « guerres pour une idée » n’eussent pas eu lieu; supposons que les amis du progrès se fussent interdit de recourir à la force pour le faire prévaloir, les nations ne seraient-elles pas demeurées au point où elles étaient il y a un siècle? Nous avons marché dans le sang et à travers les ruines, cela est vrai; mais nous avons marché. Eussions-nous mieux fait de demeurer immobiles?


— Vous attribuez, répondrons-nous, aux révolutions et aux guerres révolutionnaires, les progrès que la société a réalisés depuis un siècle. Êtes-vous bien sûrs que ces progrès ne se soient pas accomplis *malgré* les révolutions et les guerres? Examinez-les un à un, en appliquant aux faits politiques et économiques la seule méthode qui puisse donner des résultats positifs, la méthode d’observation et d’analyse, et vous vous convaincrez aisément que ces progrès avaient été préparés aux époques où l’ancien Régime subsistait encore; qu’ils étaient en voie d’accomplissement lorsque la tourmente des révolutions et des guerres révolutionnaires a éclaté sur le monde; enfin que la société marchait, qu’elle ne demeurait pas immobile, et que chaque progrès accompli soit dans l’ordre moral, soit dans l’ordre matériel frayait la route à un autre progrès. La société ne serait [xix] donc pas demeurée stationnaire, en admettant qu’elle eût été privée de l’auxiliaire prétendu des révolutions et des guerres « pour une idée. » A quoi nous ajouterons qu’elle aurait marché plus vite si, au lieu de demander à la force le triomphe de leur cause, les hommes du progrès s’en étaient absolument interdit l’usage pour recourir seulement à la propagande pacifique, si, en prenant le progrès pour but, ils avaient pris pour moyen non la force, mais la persuasion.


Citons deux exemples à l’appui, l’un choisi dans les temps anciens, l’autre à l’époque actuelle.


Le premier et le plus significatif, c’est l’exemple du christianisme. A l’époque où cette nouvelle doctrine religieuse apparut dans le monde, les circonstances étaient certes peu favorables à la propagande pacifique. Il fallait lutter à la fois contre des difficultés matérielles et des difficultés morales qui pouvaient sembler insurmontables. Les moyens de circulation pour les hommes étaient lents, et pour les idées plus lents encore. Le paganisme était tout puissant et il avait pour appui d’un côté la forte organisation de l’Empire romain, de l’autre les appétits brutaux et l’ignorance des masses. Il fallait que les apôtres de la foi nouvelle, après avoir surmonté l’obstacle des distances et de l’insuffisance des moyens matériels de propagande, [xx] se résignassent à être lapidés par le peuple ou livrés aux bêtes par les Césars. Cependant, le christianisme, précisément parce qu’il s’interdisait l’emploi de la force, vint à bout de tant d’obstacles et il acquit, par cette libre conquête des âmes, un ascendant moral que ses fautes et ses crimes, son intolérance et sa corruption, résultats de son alliance impie avec la force, ont pu affaiblir plus tard, mais qu’ils n’ont pu réussir encore à effacer.


Eh bien! si la propagande pacifique a pu donner ces résultats éclatants il y a dix-huit siècles, dans un temps où les instruments matériels qui lui servaient d’auxiliaires étaient si imparfaits, et où l’éducation intellectuelle et morale des masses était si peu avancée, que ne pouvons-nous pas attendre d’elle aujourd’hui? Les moyens matériels de propagande ont acquis une puissance et un développement qui tiennent du prodige. Nous avons la vapeur pour transporter les hommes, la presse et l’électricité pour transporter et propager les idées. Grâce à ces outils merveilleux de la circulation, une idée peut se répandre aujourd’hui plus rapidement dans le monde civilisé tout entier qu’elle ne le pouvait autrefois dans une seule province ou dans un canton. En outre, les idées nouvelles trouvent partout pour les accueillir une classe chaque jour plus nombreuse d’esprits avides de [xxi] lumières et sympathiques à tout progrès. L’opinion publique subit leur impulsion et malgré la routine, malgré la résistance des intérêts et des préjugés, elle finit toujours par accepter et par faire prévaloir les idées vraiment justes, vraiment progressives. Sans doute, il y a encore des pays où toutes les voies ne sont pas ouvertes à la propagande pacifique, où les idées nouvelles, bonnes ou mauvaises, vraies ou fausses, sont arrêtées par une douane intellectuelle, restrictive ou prohibitive. Mais il en est des idées comme des produits matériels; quand on refuse de les laisser passer librement, elles passent en fraude, et la contrebande qui s’en fait est d’autant plus active que la prohibition dont elles sont l’objet est plus rigoureuse. Nulle part donc la propagande pacifique ne rencontre plus d’obstacles qu’elle ne puisse surmonter et qu’elle ne surmonte. D’ailleurs, en rencontrât-elle, le progrès se ferait encore. Car il en est des institutions comme des machines : quand les nouvelles sont vraiment supérieures aux anciennes, quand elles constituent un progrès réel, elles s’imposent par la force des choses, et soit par la propagande directe de la vérité, soit par le rayonnement naturel de la vérité, le progrès s’accomplit.


N’en avons-nous pas eu un exemple merveilleux, et [xxii] c’est le second que nous nous proposions de citer, dans l’agitation anglaise pour la liberté commerciale? Quelques hommes obscurs, mais pleins de foi dans leur idée se réunissent pour attaquer le monopole des lois-céréales, que l’aristocratie la plus riche et la plus puissante du globe considérait comme le fondement même de sa grandeur. D’abord, leur entreprise est taxée de chimérique et ils parlent dans le vide. Ils ne se laissent point décourager. Ils se servent sans relâche de la parole et de la presse pour gagner des partisans à leur cause et, au bout de dix ans, ils obtiennent, non seulement l’abolition des lois-céréales, mais encore celle du système protecteur tout entier. Mieux encore. Cette réforme pacifiquement accomplie se répercute dans le reste du monde : partout des réformes douanières sont entamées à l’imitation des réformes anglaises, et sans les révolutions et les guerres qui sont venues se mettre en travers de l’œuvre des réformateurs, le monde jouirait aujourd’hui du bienfait de la liberté commerciale.


En présence de ces résultats du procédé de la force se servant des baïonnettes, au besoin même de la guillotine pour frayer la voie aux idées, et répandant dans le monde la dévastation et le carnage pour le faire progresser, et du procédé de la persuasion qui s’adresse à la raison, à l’esprit de justice, et dont les victoires plus [xxiii] complètes et plus sûres que celles de la force ne coûtent aucune larme à l’humanité, nous n’hésitons point. Nous repoussons de toute notre énergie l’intervention de la force pour imposer les idées; nous nous en tenons à l’emploi exclusif de la persuasion pour les faire accepter. Nous sommes, dans l’intérêt bien entendu du progrès, hostile à toute révolution, si légitime qu’elle puisse paraître, et nous considérons les révolutionnaires comme des esprits arriérés qui, en mettant au service de la Civilisation les procédés de la Barbarie, ralentissent ses progrès au lieu de les accélérer. Alors même que les doctrines dont ils se font les apôtres armés se confondraient avec les nôtres; alors même qu’ils travailleraient comme nous à dégager la liberté et la propriété de leurs entraves séculaires, au lieu de les renforcer et de les étendre, nous répudierions leur concours. Car ils suivent la tradition du Koran, tandis que nous suivons celle de l’Évangile. [xxiv]




A suivre

 

 



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Gustave de Molinari (1819 - 1912) est un économiste belge. Disciple de Frédéric Bastiat, il est considéré comme le fondateur de l'anarcho-capitalisme. Il était partisan du libre-échange laissé à sa propre impulsion. Les Soirées de la rue Saint Lazare ont été écrites au lendemain de la Révolution de 1848 quand des politiciens socialistes sont arrivés au pouvoir et ont essayé de mettre en place le premier État-providence moderne de l’histoire.
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