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Le budget doit être équilibré. Le Trésor doit être plein. La dette doit être réduite. Et l'arrogance de élus doit être controllée.
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Publié le 10 mai 2012
1163 mots - Temps de lecture : 2 - 4 minutes
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Mots clés associés :   Bce | Bundesbank | Chômage | Crise Grecque | Dette | Dia Bras | Espagne | Fmi | Grèce | Portugal | Zone Euro |

 

 

 

 

Va-t-on cette fois encore simplement gagner un peu de temps ? Cette lancinante question est à nouveau posée. Les tractations vont bon train afin de parvenir à dégager les termes d’un compromis franco-allemand, avec comme horizon incertain l’infléchissement de la stratégie de désendettement. Les rencontres se précipitent et les déclarations fusent, préliminaires à la rencontre d’Angela Merkel et de François Hollande planifiée pour la semaine prochaine, puis au sommet informel des chefs d’État et de gouvernement du 23 mai prochain.

 

Le gouvernement allemand s’arc-boute sur le respect du pacte budgétaire, François Hollande voulant l’élargir avec un pacte de croissance. Les Espagnols devraient néanmoins bénéficier d’un étalement du calendrier de réduction de leur déficit, après l’avoir déjà imposé une première fois, officiellement pour des raisons « exceptionnelles » et pratiquement parce qu’ils ne pourront jamais atteindre leurs objectifs.

 

Cela ouvrira la porte à des accommodements ultérieurs de même nature au profit du Portugal et de l’Irlande. Leur retour sur le marché, prévu en 2013, est d’autant moins vraisemblable que la crise grecque ne peut qu’inciter les investisseurs à se détourner de leur dette, anticipant des secousses ultérieures. Une fois les grands principes réaffirmés, il est toujours possible de les assouplir.

 

Un silence arrangeant entoure l’éventualité de nouvelles initiatives de la BCE – au nom du respect de son indépendance. Ce sera son bon vouloir d’engager ou non une troisième opération de prêt à moyen terme et faible taux d’intérêt, afin de continuer à soutenir les banques, dans l’espoir d’éviter de trop fortes restrictions sur le crédit qui accentueraient les tendances récessives.

 

Au chapitre de la croissance, il reste du grain à moudre. Une fois acquis que la Banque européenne d’investissement devrait être le bras armé de sa relance, il restera à déterminer le montant de sa recapitalisation et des fonds qu’elle sera autorisée à lever sur le marché, ainsi que les grandes lignes des investissements qu’elle sera amenée à engager. C’est l’ampleur de l’investissement qui fait débat, et l’on risque fort de se retrouver avec un budget symbolique, expression d’un geste politique plus que d’une politique de relance. Avec des résultats qui se feront attendre et peu d’impact sur le chômage.

 

Plus discrètement, le gouvernement allemand vient de donner des signes d’évolution de sa politique. En lâchant la bride aux augmentations de salaire et en faisant reconnaître, via la Bundesbank, que l’Allemagne pourrait avoir « un taux d’inflation supérieur à la moyenne de la zone euro », ce qui aboutirait mécaniquement à améliorer la compétitivité relative des pays à l’inflation inférieure à cette même moyenne. On est là au centre de la problématique du déséquilibre de compétitivité européen, perçu comme principal facteur de la crise, une analyse dont l’avantage est d’éluder l’état réel du système financier.

 

La Grèce vient troubler ce bel ordonnancement. L’Espagne également, car le marché obligataire se cabre devant la montée de sa crise tous azimuts : banques, régions, Etat central… Un nouvel épisode s’y prépare, porteur de risque de contagion; il pourrait vite atteindre le refinancement de la dette italienne et toucher les banques allemandes et françaises, très exposées en Espagne.

 

Deux plans de sauvetage et une restructuration massive de dette après, la Grèce est plus que jamais à la dérive, ne laissant pas d’autre issue prochaine qu’une sortie de la zone euro ou la mise sur pied d’un troisième plan dont la crédibilité est par avance minée. L’Eurosystème en ferait cette fois-ci les frais, les banques centrales nationales ayant récupéré les titres de la dette grecque dont les banques se sont délestées en échange des prêts de la BCE. Un défaut de la Grèce aurait également comme conséquence de devoir passer aux profits et pertes tous les prêts déjà accordés par l’Union européenne et le FMI, qui se retournerait vers ses États membres…

 

Il va falloir plus que le sens du compromis pour faire face à ces menaces qui ont pris une fois de plus de vitesse les autorités européennes. La « coalition des bonnes volontés » que Mario Monti appelle de ses vœux va devoir faire preuve de beaucoup d’inspiration. « L’équilibre entre la croissance et la discipline budgétaire » préconisée par la Commission va devoir être trouvé. Exprimant son désarroi, Michel Barnier en a appelé à la tenue d’une « convention citoyenne » où pourraient s’exprimer les dirigeants des entreprises et des syndicats et les responsables politiques, afin de tenter de réduire « la fracture qui s’est créée entre les élites, les dirigeants et les peuples »…

 

Pris de court, les dirigeants européens ne vont pas retenir le versement à la Grèce, dès demain, de 4,2 milliards d’euro sur les 5,2 prévus, afin d’éviter un défaut qui ne leur laisserait pas le temps de se retourner. Au-delà, c’est le flou. On sait que 450 millions d’euros d’obligations venant à échéance doivent être remboursés par la Grèce le 15 mai prochain, et 3,3 milliards d’euros le 18 mai à la BCE… Les réunions de la troïka destinées à débloquer la tranche suivante des prêts ont toutes été suspendues. Celle-ci comprend 23 milliards d’euros destinés à la recapitalisation des banques grecques et 8 milliards pour faire face aux engagements.

 

Le gouvernement allemand, la Commission et la BCE affectent l’intransigeance, dans l’espoir de favoriser la très hypothétique constitution d’un gouvernement assurant la continuité à Athènes, de nouvelles élections ne pouvant avoir lieu que dans un mois, c’est-à-dire dans une éternité.

 

Du côté espagnol, le gouvernement va injecter 7 à 10 milliards d’euros dans Bankia, la 4ème banque du pays issue de la restructuration des caisses d’épargne, après avoir transformé la créance de 4,5 milliards d’euros qu’il détient, prenant le contrôle de la banque en détenant dorénavant indirectement 45% de son capital. Bankia a inscrit à son bilan 37,5 milliards d’euros d’actifs immobiliers fin 2011, dont 31,8 milliards sont aujourd’hui problématiques. Parallèlement, le gouvernement va exiger des banques espagnoles qu’elles fassent de nouvelles provisions pour pertes qui pourraient atteindre 35 milliards d’euros, venant s’ajouter aux 53,5 milliards déjà identifiés. La question est posée de savoir comment les banques, et par défaut l’État, pourront faire face à de tels besoins de recapitalisation. Ce matin, Jörg Asmussen suggère de placer dans une bad bank unique tous les actifs toxiques des banques espagnoles, et advienne que pourra ! Il y a de l’affolement dans l’air.

 

La même question est sur le tapis des négociations européennes. Il n’y a pas d’autre solution que de permettre au futur Mécanisme européen de stabilité (MES) de prêter directement aux banques sans passer par les États, seule manière d’arrêter le jeu de la patate chaude, tout au moins dans l’attente du moment où celles-ci devront rembourser le MES dont les États sont les actionnaires et les garants… Le système financier européen à inventé le mouvement perpétuel.

 

Si la Grèce venait à faire défaut, ceux qui se sont opposés dès le départ à son sauvetage trouveraient l’excellente occasion de réclamer l’arrêt de cette stratégie, puisqu’ils pourraient faire valoir qu’ils avaient raison…

 

Vite, un compromis !

 

 

Billet rédigé par François Leclerc

 

 

 

 

 

 

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