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Va-t-on
cette fois encore simplement gagner un peu de temps ? Cette lancinante
question est à nouveau posée. Les tractations vont bon train
afin de parvenir à dégager les termes d’un compromis
franco-allemand, avec comme horizon incertain l’infléchissement
de la stratégie de désendettement. Les rencontres se
précipitent et les déclarations fusent, préliminaires
à la rencontre d’Angela Merkel et de
François Hollande planifiée pour la semaine prochaine, puis au
sommet informel des chefs d’État et de gouvernement du 23 mai
prochain.
Le
gouvernement allemand s’arc-boute sur le respect du pacte
budgétaire, François Hollande voulant l’élargir
avec un pacte de croissance. Les Espagnols devraient néanmoins
bénéficier d’un étalement du calendrier de
réduction de leur déficit, après l’avoir
déjà imposé une première fois, officiellement
pour des raisons « exceptionnelles » et pratiquement parce
qu’ils ne pourront jamais atteindre leurs objectifs.
Cela
ouvrira la porte à des accommodements ultérieurs de même
nature au profit du Portugal et de l’Irlande. Leur retour sur le
marché, prévu en 2013, est d’autant moins vraisemblable
que la crise grecque ne peut qu’inciter les investisseurs à se
détourner de leur dette, anticipant des secousses ultérieures.
Une fois les grands principes réaffirmés, il est toujours
possible de les assouplir.
Un
silence arrangeant entoure l’éventualité de nouvelles
initiatives de la BCE – au nom du respect de son indépendance.
Ce sera son bon vouloir d’engager ou non une troisième
opération de prêt à moyen terme et faible taux
d’intérêt, afin de continuer à soutenir les
banques, dans l’espoir d’éviter de trop fortes
restrictions sur le crédit qui accentueraient les tendances
récessives.
Au
chapitre de la croissance, il reste du grain à moudre. Une fois
acquis que la Banque européenne d’investissement devrait
être le bras armé de sa relance, il restera à
déterminer le montant de sa recapitalisation et des fonds
qu’elle sera autorisée à lever sur le marché,
ainsi que les grandes lignes des investissements qu’elle sera
amenée à engager. C’est l’ampleur de
l’investissement qui fait débat, et l’on risque fort de se
retrouver avec un budget symbolique, expression d’un geste politique
plus que d’une politique de relance. Avec des résultats qui se
feront attendre et peu d’impact sur le chômage.
Plus
discrètement, le gouvernement allemand vient de donner des signes
d’évolution de sa politique. En lâchant la bride aux
augmentations de salaire et en faisant reconnaître, via la Bundesbank,
que l’Allemagne pourrait avoir « un taux d’inflation
supérieur à la moyenne de la zone euro », ce qui
aboutirait mécaniquement à améliorer la
compétitivité relative des pays à l’inflation inférieure
à cette même moyenne. On est là au centre de la
problématique du déséquilibre de compétitivité
européen, perçu comme principal facteur de la crise, une
analyse dont l’avantage est d’éluder l’état
réel du système financier.
La
Grèce vient troubler ce bel ordonnancement. L’Espagne
également, car le marché obligataire se cabre devant la montée
de sa crise tous azimuts : banques, régions, Etat central… Un
nouvel épisode s’y prépare, porteur de risque de
contagion; il pourrait vite atteindre le refinancement de la dette italienne
et toucher les banques allemandes et françaises, très
exposées en Espagne.
Deux
plans de sauvetage et une restructuration massive de dette
après, la Grèce est plus que jamais à la dérive,
ne laissant pas d’autre issue prochaine qu’une sortie de la zone
euro ou la mise sur pied d’un troisième plan dont la
crédibilité est par avance minée. L’Eurosystème en ferait cette fois-ci les frais, les
banques centrales nationales ayant récupéré les titres
de la dette grecque dont les banques se sont délestées en
échange des prêts de la BCE. Un défaut de la Grèce
aurait également comme conséquence de devoir passer aux profits
et pertes tous les prêts déjà accordés par
l’Union européenne et le FMI, qui se retournerait vers ses
États membres…
Il
va falloir plus que le sens du compromis pour faire face à ces menaces
qui ont pris une fois de plus de vitesse les autorités
européennes. La « coalition des bonnes volontés »
que Mario Monti appelle de ses vœux va devoir faire preuve de beaucoup
d’inspiration. « L’équilibre entre la croissance et
la discipline budgétaire » préconisée par la Commission
va devoir être trouvé. Exprimant son désarroi, Michel
Barnier en a appelé à la tenue d’une « convention
citoyenne » où pourraient s’exprimer les dirigeants des
entreprises et des syndicats et les responsables politiques, afin de tenter
de réduire « la fracture qui s’est créée
entre les élites, les dirigeants et les peuples »…
Pris
de court, les dirigeants européens ne vont pas retenir le versement
à la Grèce, dès demain, de 4,2 milliards d’euro
sur les 5,2 prévus, afin d’éviter un défaut qui ne
leur laisserait pas le temps de se retourner. Au-delà, c’est le
flou. On sait que 450 millions d’euros d’obligations venant
à échéance doivent être remboursés par la
Grèce le 15 mai prochain, et 3,3 milliards d’euros le 18 mai
à la BCE… Les réunions de la troïka
destinées à débloquer la tranche suivante des
prêts ont toutes été suspendues. Celle-ci comprend 23
milliards d’euros destinés à la recapitalisation des
banques grecques et 8 milliards pour faire face aux engagements.
Le
gouvernement allemand, la Commission et la BCE affectent
l’intransigeance, dans l’espoir de favoriser la très
hypothétique constitution d’un gouvernement assurant la
continuité à Athènes, de nouvelles élections ne
pouvant avoir lieu que dans un mois, c’est-à-dire dans une
éternité.
Du
côté espagnol, le gouvernement va injecter 7 à 10
milliards d’euros dans Bankia, la 4ème
banque du pays issue de la restructuration des caisses
d’épargne, après avoir transformé la
créance de 4,5 milliards d’euros qu’il détient,
prenant le contrôle de la banque en détenant dorénavant
indirectement 45% de son capital. Bankia a inscrit
à son bilan 37,5 milliards d’euros d’actifs immobiliers
fin 2011, dont 31,8 milliards sont aujourd’hui problématiques.
Parallèlement, le gouvernement va exiger des banques espagnoles
qu’elles fassent de nouvelles provisions pour pertes qui pourraient
atteindre 35 milliards d’euros, venant s’ajouter aux 53,5
milliards déjà identifiés. La question est posée
de savoir comment les banques, et par défaut l’État,
pourront faire face à de tels besoins de recapitalisation. Ce matin,
Jörg Asmussen suggère de placer dans
une bad bank unique tous
les actifs toxiques des banques espagnoles, et advienne que pourra ! Il y a
de l’affolement dans l’air.
La
même question est sur le tapis des négociations
européennes. Il n’y a pas d’autre solution que de
permettre au futur Mécanisme européen de stabilité (MES)
de prêter directement aux banques sans passer par les États,
seule manière d’arrêter le jeu de la patate chaude, tout
au moins dans l’attente du moment où celles-ci devront
rembourser le MES dont les États sont les actionnaires et les
garants… Le système financier européen à inventé le mouvement perpétuel.
Si
la Grèce venait à faire défaut, ceux qui se sont
opposés dès le départ à son sauvetage
trouveraient l’excellente occasion de réclamer
l’arrêt de cette stratégie, puisqu’ils pourraient
faire valoir qu’ils avaient raison…
Vite,
un compromis !
Billet rédigé par
François Leclerc
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