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Charles II et les bâtons de comptage

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Extrait des Archives : publié le 28 mai 2009
1117 mots - Temps de lecture : 2 - 4 minutes
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Rubrique : Histoire de l'or




(…)

L’autre fait historique que l’on peut considérer comme l’ancêtre du système monétaire de monnaie fiduciaire moderne est l’application, dans l’Angleterre médiévale, de la méthode du bâton de comptage pour enregistrer le remboursement des dettes (cliquez ici pour lire l’article de Wikipedia sur le sujet)

Dans l’économie principalement agricole du Moyen Âge, les impôts étaient habituellement payés avec des biens, et les paiements étaient enregistrés à l’aide d’entailles sur des bâtons de bois, qui ensuite étaient coupés en deux dans le sens de la longueur (le serf redevable en gardait une moitié comme preuve de paiement). C’était une méthode ingénieuse pour éviter la contrefaçon.

En 1100 après J.-C., le roi Henri Ier monta sur le trône d’Angleterre, et adopta la méthode de la taille pour l’enregistrement des paiements des impôts. À l’époque d’Henri II, les impôts étaient prélevés deux fois par an, et les bâtons de taille accusant paiement des impôts de Pâques commencèrent bientôt à circuler sur un marché secondaire, c’est-à-dire qu’ils commencèrent à être acceptés en paiement contre des biens et des services à moindre prix, puisqu’ils pouvaient plus tard être présentés comme preuve que les impôts étaient payés.

Il ne fallut pas longtemps au roi et à son trésorier pour réaliser qu’ils pouvaient émettre des bâtons de taille en avance, afin de financer des « dépenses urgentes » (comme on peut s’y attendre, ces urgences étaient souvent liées à la guerre, le deuxième passe-temps des gouvernements après l’extorsion de l’argent des impôts).

La vente de ces droits sur les revenus futurs des impôts créa le marché pour la dette du gouvernement, également une composante essentielle du système moderne de monnaie fiduciaire.






Un bâton de bois se faisant passer pour de l’ « argent ».



En 1660, après une brève interruption expérimentale avec un gouvernement pseudo républicain sous Cromwell, la monarchie anglaise fut réinstallée et Charles II commença à régner mais avec des pouvoirs très réduits, surtout dans le domaine des impôts.

Puisque le roi devait mendier l’argent des impôts au Parlement, il avait énormément de mal à payer ses très nombreuses factures. À chaque fois que Charles obtenait, de haute lutte, la permission du Parlement d’augmenter les impôts, il allait immédiatement encaisser les reçus d’impôts futurs en vendant à moindre prix des bâtons de taille aux orfèvres. Ceci nécessita l’introduction de la méthode déjà mentionnée consistant à rendre une telle dette payable au porteur, ce qui permit aux orfèvres de la vendre sur le marché secondaire afin de récolter des fonds pour prêter davantage au roi.

Ils commencèrent également à payer des intérêts aux déposants, afin d’attirer davantage de fonds. À ce stade, les affaires des orfèvres étaient bonnes, car le roi était l’équivalent d’un excellent emprunteur, sur qui l’on pouvait toujours compter pour payer sa dette grâce aux reçus des impôts futurs. Personne ne trouva problématique que les coffres comptèrent bientôt plus de bouts de bois que d’or. Cette dette gouvernementale représentait un marché actif, et les orfèvres en profitaient bien.

Entre-temps, le roi décida de circonvenir au Parlement et commença à émettre des bâtons de taille à sa guise (notons que la moitié de l’un de ces bâtons, qui restait à la trésorerie, possédait un manche et était appelé le « stock », terme qui a évolué jusqu’à décrire les actions des sociétés cotées en bourse aujourd’hui).

Naturellement, Charles II était plus qu’heureux d’échanger des bouts de bois contre de l’or, et comme on pouvait s’y attendre, il déclencha bientôt un véritable boom du crédit en augmentant sa production de bâtons de bois.





Charles II, le « Monarque Joyeux », dans toute sa splendeur, les yeux rivés sur le butin



Pourquoi était-il surnommé le «Monarque Joyeux » ? Eh bien, vous seriez joyeux aussi si vous pouviez déclencher un énorme boom du crédit en échangeant des bouts de bois contre de l’or.

Alors, que fait un roi avec tout cet or reçu en échange de bouts de bois ? Au cours de ses 25 ans de règne, il perdit trois guerres (deux contre les hollandais et une contre les Français), il survécut à quatre parlements différents (dont seulement le premier lui était hostile), il aida à créer la compagnie des Indes orientales, conclut des accords douteux avec Louis XIV (son cousin), engendra une horde d’enfants illégitimes dont il en reconnut 14, et était célèbre pour sa cour hédoniste. En effet, tout cela était très « joyeux ».

Bien sûr, il existait une limite naturelle à cette expansion de la dette. Une fois que tout l’argent des déposants avait été transféré au roi, il ne pouvait se procurer des dépôts supplémentaires d’or qu’en offrant des taux d’intérêt supérieurs à ceux d’avant.

En 1671, l’escompte annuel sur la dette du roi avait atteint 10 %, et en raison du remboursement de fonds gigantesques collectés par de nouvelles émissions de dette, il était clair que les choses ne marchaient plus pour lui. Soudainement, et de manière plutôt commode, Charles se souvint de l’existence d’une loi contre l’usure, et les taux d’intérêt supérieurs à 6 % furent interdits.

Avec tous ses prêts récents, comportant un escompte bien plus important, il déclara tout simplement la dette illégale, et cessa de la rembourser (à quelques judicieuses exceptions près). En une nuit, les bâtons de taille du roi redevinrent ce qu’ils avaient toujours été : des bouts de bois sans valeur.

Les créditeurs du roi, principalement les orfèvres et leurs clients, avaient littéralement tiré la courte paille (si vous demandiez d’où venait cette expression, c’est de là).




Charles II comme il semble qu’on s’en souvienne aujourd’hui, un chevalier en armure brillante, et non le voleur tyrannique qu’il était en réalité.

Bien que les bâtons de taille étaient encore utilisés jusqu’au début du XIXe siècle, et formèrent même une partie du capital de la banque d’Angleterre lorsque celle-ci fut fondée en 1694, le marché secondaire ne s’est jamais vraiment remis de ce coup. D’un coup de crayon, Charles avait anéanti la plus grande partie du système bancaire bourgeonnant de Londres, et transformé un très grand nombre de ses créditeurs en contribuables involontaires sans ressources.

Et pour comble, il gagna même une victoire de propagande, car le peuple rendit les orfèvres responsables de la situation (bien sûr, ces derniers n’étaient pas totalement innocents, et par-dessus tout, ils avaient été crédules).
 
En revanche, ce qu’a réussi le système de bâtons de taille et son application par Charles II fut de soulever la question de savoir comment on pourrait faire « fonctionner » un système de monnaie fiduciaire



A suivre


Mish

GlobalEconomicAnalysis.blogspot.com





ish's Global Economic Trend Analysis

Réflexions sur de débat de l’inflation /déflation/stagnation et autres remarques sur l’or, l’argent, les monnaies, les taux d’intérêts et les politiques monétaires affectant les marchés mondiaux.




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