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Démobilisation militaire et bureaucratique

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Extrait des Archives : publié le 17 octobre 2012
1116 mots - Temps de lecture : 2 - 4 minutes
( 5 votes, 4,8/5 ) , 3 commentaires
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Quand, après chaque grande guerre, on parle de démobiliser, on voit toujours renaître la crainte qu'il n'y ait pas assez de travail pour tous et que se produise une crise de chômage. Il est exact que, lorsqu'on rend la liberté à des millions d'hommes à la fois, il peut s'écouler un certain temps avant que l'industrie privée ne puisse les réemployer, quoique l'expérience du passé montre qu'au contraire une telle résorption s'est opérée avec rapidité plutôt qu'avec lenteur. La crainte du chômage n'apparaît que parce que l'on ne considère qu'un côté de la question.

 

On se représente les soldats, libérés en masse, envahissant le marché du travail. D'où va venir le « pouvoir d'achat » nécessaire pour les employer ? Si nous supposons que le budget de l'État est en équilibre, la réponse est facile. L'État n'aura plus à les entretenir. Mais les contribuables pourront désormais garder l'argent qui était nécessaire à cet entretien, et le consacrer à s'acheter des biens nouveaux. La demande, en d'autres termes, sera accrue d'autant pour des fins civiles, et ainsi pourra fournir du travail à cette main-d'œuvre supplémentaire que représentent les soldats libérés.

 

Si, au contraire, les forces armées ont été soutenues par un budget qui n'était pas en équilibre, c'est-à-dire par des emprunts ou par toute autre espèce de déficit des finances publiques, le cas est quelque peu différent. Mais cela soulève aussi un autre genre de problème : celui des finances en déficit, dont nous étudierons les effets dans un chapitre ultérieur. Il nous suffit, pour l'instant, de noter que le déficit financier n'a aucun rapport avec la remarque précédente, car si l'on doit poser en principe qu'il peut se trouver quelque avantage à avoir un budget en déficit, on peut précisément maintenir ce même déficit en réduisant les impôts, dans la mesure même où on les maintenait pour faire face aux dépenses de guerre.

 

Mais la démobilisation ne nous trouvera pas au point de vue économique dans la même situation que pendant la guerre. Les soldats, dont les dépenses étaient couvertes par les impôts demandés aux civils, ne vont pas devenir des civils improductifs que d'autres civils entretiendront. Ils deviendront des civils qui se suffisent à eux-mêmes. Si on avait retenu dans l'armée des hommes qui n'étaient plus nécessaires à la défense du pays, cela eût été pur gaspillage. Ils seraient en effet restés improductifs, et les contribuables n'auraient bénéficié d'aucun avantage en échange des sommes qu'ils auraient payées pour eux ; mais maintenant les contribuables vont consacrer ces mêmes sommes à payer les démobilisés redevenus des civils, en échange des biens ou des services que ceux-ci vont apporter à la collectivité. La production nationale, tout comme la richesse de chacun, en sera augmentée d'autant.

 

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Le même raisonnement s'applique aux fonctionnaires civils quand ils sont trop nombreux, ou ne fournissent pas à la communauté des services sensiblement équivalents aux traitements qu'ils reçoivent. Pourtant chaque fois qu'on fait un effort pour en réduire le nombre, s'élève une protestation qui qualifie cette réforme de « déflationniste ». Allez-vous priver de leurs pouvoirs d'achat tous ces fonctionnaires ? Allez-vous faire tort aux cultivateurs et aux commerçants à qui ils ne pourront plus rien acheter ? Vous voulez donc réduire le « revenu national » et contribuer à créer ou intensifier une crise ?

 

Là encore, l'illusion provient de ce que l'on se borne à considérer les effets que cette mesure aura sur les fonctionnaires licenciés et les commerçants qui vivent de cette clientèle. On oublie, là aussi, que si ces fonctionnaires sont remerciés, l'argent des contribuables qui servait à les entretenir se trouve libéré. On oublie, là aussi, que le pouvoir d'achat des contribuables et leur revenu montent dans la mesure même où descendent ceux des fonctionnaires remerciés. Si les commerçants qui ravitaillent ces fonctionnaires ont un manque à gagner, d'autres un peu plus loin augmenteront leurs gains au moins autant. Washington deviendra une ville moins prospère et fera peut-être vivre moins de magasins, mais d'autres villes en alimenteront davantage.

 

Une fois de plus pourtant la question ne s'arrête pas là. Non seulement la pays ne se porte pas plus mal d'avoir renoncé à ses fonctionnaires en surnombre que s'il les avait gardés, il se porte beaucoup mieux. Car ces gens sont obligés de chercher des emplois privés, ou de s'établir à leur compte. Et le pouvoir d'achat augmenté des contribuables, ainsi que nous l'avons constaté pour la démobilisation des soldats, va accentuer ce mouvement. Ces fonctionnaires ne trouveront du travail que dans la mesure où ils rendront des services à ceux qui les emploieront — ou plutôt aux clients des patrons qui leur procurent des emplois. Au lieu d'être des parasites, ils sont devenus vraiment des hommes et des femmes productifs.

 

Je répète qu'en tout cela je ne parle pas des fonctionnaires dont les services sont indispensables. Les sergents de ville, les pompiers, les balayeurs, les employés sanitaires, les juges, les députés, les agents d'exécution — j'entends tous ceux qui sont nécessaires — rendent des services productifs aussi importants que n'importe quel membre de l'industrie privée. Ils permettent à celle-ci de fonctionner dans une atmosphère de loi, d'ordre, de liberté et de paix. Mais la seule justification de leur existence réside dans l'utilité de leurs services et nullement dans le « pouvoir d'achat » qui leur est alloué par le fait qu'ils émargent au budget.

 

Cet argument du « pouvoir d'achat » est inouï quand on y songe un peu sérieusement. On pourrait aussi bien l'appliquer à un escroc ou à un voleur qui vous dépouille. Quand il vous a pris votre argent, il a davantage de pouvoir d'achat. Grâce à cela, il fera vivre des restaurants, des boîtes de nuit, des tailleurs, peut-être même des travailleurs de l'automobile. Mais, pour chaque dépense qu'il fait, la vôtre est diminuée d'autant puisque vous avez tout cet argent de moins à dépenser. Il en est de même des contribuables qui ont d'autant moins de travail à donner que leurs impôts aident à rétribuer davantage les fonctionnaires. Quand votre argent vous est volé, vous ne recevez rien en échange. Quand votre argent vous est pris par l'impôt pour rétribuer des fonctionnaires inutiles, la situation est exactement la même. Et en vérité, nous avons de la chance encore quand ces bureaucrates inutiles ne sont que des fainéants inoffensifs. Mais par les temps qui courent, ils sont plus probablement des réformateurs inflexibles qui s'emploient à découvrir et à démanteler la production.

 

Quand nous n'avons pas de meilleur argument pour garder un groupe quelconque de fonctionnaires que celui de leur laisser leur pouvoir d'achat, cela prouve qu'il est grand temps de s'en débarrasser.

 

Remerciements : Hervé de Quengo, et traduction par Mme Gaëtan Pirou

 

 

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Henry Hazlitt (28 novembre 1894 - 8 juillet 1993) est un philosophe, essayiste, et journaliste libertarien américain. Journaliste au Wall Street Journal, à Newsweek et au New York Times, il s'est fait connaître grâce à son livre L'Économie en une leçon (en), un ouvrage de vulgarisation sur les principes de l'économie de marché, basé sur Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas de Frédéric Bastiat. Auteur prolifique, il est aussi l'auteur d'une œuvre majeure sur l'éthique, The Foundations of Morality.
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Cet article est d'une limpidité exemplaire, merci Mr HAZLITT.
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"Car ces gens sont obligés de chercher des emplois privés, ou de s'établir à leur compte."
C'est sûr qu'après avoir passé des années comme improductifs et s'être justifiés par leur droit de veto, se mettre à leur compte, surtout avec la législation actuelle, ça va leur faire drôle !
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le plus drôle c'est quand il vont enfin connaître le grand bonheur d'être soumis au R.S.I.
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