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Dépense publique, austérité et croissance

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Publié le 23 juin 2012
735 mots - Temps de lecture : 1 - 2 minutes
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Rubrique : Or et Argent

 

 

 

 

Le débat  doit être tranché : il faut choisir entre austérité et croissance. Ce sera nécessairement soit l’un, soit l’autre, ces deux notions s’excluant mutuellement. C’est en tout cas ce que les médias ressassent à longueur de journée. Evidemment, comme nous le verrons plus tard, poser la problématique sous ces termes biaise le débat.


Cela correspond d’ailleurs à une manipulation de rhétorique assez grossière, identifiée par Arthur Schopenhauer dans son livre L'art d'avoir toujours raison sous la dénomination de ‘fausse alternative’. Il s’agit de donner le choix entre deux options A et B, suggérant par là même que l’univers des possibles se réduit à ces deux choix et qu’ils s’excluent l’un l’autre. Si nous ne sommes pas pour B, alors nous sommes nécessairement pour A. Ou alors vous êtes pour A, donc vous êtes contre B. Et pour mieux emmener son interlocuteur où l’on veut, une des deux propositions doit être communément admise. Dans le cas présent, nous ne pouvons être que pour la croissance, donc nous devons rejeter l’austérité. CQFD.


D’ailleurs, les médias ne cessent de le rappeler : l’austérité a déjà été testée et est responsable de la situation économique actuelle. Et qui plus est, elle vient d’être rejetée en bloc par les électeurs grecs et français. On aboutit ainsi à cette conclusion absurde que pour sortir de cette crise de la dette, il faut… plus de dettes !


Selon wiktionnaire, l’austérité est une « politique visant à réduire la dépense publique ». Regardons donc l’évolution des dépenses publiques sur les 5 dernières années connues :





On voit que la zone euro est loin d’avoir subi une cure d’austérité massive puisque l’on observe juste un léger reflux en 2010 et 2011, après une nette augmentation entre 2006 et 2009. On ne constate des baisses qu’en Espagne et surtout en Grèce. Sinon, les dépenses publiques restent à chaque fois au-dessus du niveau d’avant crise. La France a de son côté augmenté de manière ‘remarquablement’ régulière ses dépenses publiques. Celles-ci sont passées de 952,6 à 1 118,5 milliards d’euros entre 2006 et 2011, soit une progression de 165,9 milliards d’euros.


Pour compléter voici ci-dessous les évolutions non plus en euros courants mais en pourcentage du PIB :




On le voit clairement, les dépenses publiques ont significativement augmenté jusqu’à 2009 avant de redescendre en 2010 et 2011, sans retrouver leurs niveaux de 2006.A noter que la décrue la plus faible entre 2009 et 2011 a eu lieu en France, là où précisément les dépenses publiques étaient pourtant les plus élevées.


Les français ne sont toutefois pas aussi réticents à l’austérité que l’on veut bien le croire. En effet, un récent sondage montrait que pas moins de 60% d’entre eux plébiscite cette solution pour relancer la croissance. De nombreuses études (par exemple ici et ) ont d’ailleurs montré que pour ramener un budget à l’équilibre il convenait de privilégier les baisses de dépenses plutôt que les hausses d’impôts. Cette deuxième étude, menée par l’American Enterprise Institute, détermine même une configuration optimale : 85% de baisse des dépenses et 15% de hausse des impôts.


Mais l’austérité entraînerait-t-elle une baisse du niveau de vie ? Réduire les déficits affecte nécessairement le train de vie : on vit toujours mieux à crédit qu’à budget équilibré ! Mais chacun comprend que cela n’est pas un mode de vie soutenable (même pour un État), que la fuite en avant ne peut durer éternellement et que la réalité finit toujours par nous rattraper. Quand au niveau absolu des dépenses publiques, il est neutre pour le pouvoir d’achat global des citoyens d’un État. En effet, comme l’avait justement noté l’économiste français Frédéric Bastiat, «  l'État ne peut rien donner aux citoyens qu'il n'ait commencé par le leur prendre ».


L’augmentation des dépenses publiques, qui a creusé les déficits, est défendue par la théorie keynésienne comme un remède censé pallier à une baisse de l’activité économique. Pour analyser l’efficacité de cette relance keynésienne, on étudie donc la corrélation entre la croissance et l’évolution de la dépense publique :






Alors que l’on aurait pu s’attendre à court terme à une augmentation (certes payée à crédit) de l’activité économique plus importante dans les pays ayant procédé à une relance keynésienne, les résultats empiriques font au contraire apparaître une corrélation négative de -20% entre les deux variables. L’augmentation des dépenses publiques pour relancer la croissance n’est donc en général même pas efficace à court terme, elle est contre-productive.


 

 

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Après un diplôme de Statisticien et d’Actuaire à l’Institut de Statistique de l’Université Pierre et Marie Curie (Université Paris VI), il a d’abord exercé la fonction d’économiste, avant de se tourner vers l’actuariat et l’ingénierie financière. Il travaille actuellement dans la direction financière d’une grande banque française.
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Criant d'actualité, malheureusement.
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