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Effets de Cantillon et distorsion de la structure productive

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Extrait des Archives : publié le 29 octobre 2012
928 mots - Temps de lecture : 2 - 3 minutes
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Au cours de cette série d’articles (1, 2, 3, 4), nous avons pu constater que toute variation monétaire redistribuait le pouvoir  d’achat et entraînait une restructuration de la production. Tant que la production monétaire est soutenable – c’est-à-dire que la production monétaire évolue en fonction de l’offre et de la demande de monnaie par le marché — ces effets redistributifs et de restructuration peuvent être considérés comme naturels. Par contre, les effets de Cantillon qui résultent de l’offre croissante de moyens dits scripturaux par les banques, souvent sous la forme de crédit, créent des distorsions.



En fait, l’injection de moyens scripturaux implique une augmentation des promesses de paiement sans que l’offre monétaire de base augmente à la même vitesse. Or, si le récepteur d’un crédit n’est pas un producteur de monnaie, il doit se procurer de quoi payer cette promesse par le biais de la production de biens réels. L’idée derrière la création de nouveaux moyens scripturaux est précisément de permettre aux agents économiques d’exploiter leur potentiel productif sans avoir besoin d’une épargne préalable, c’est-à-dire, d’un capital réel dûment formé par une renonciation temporaire de consommer immédiatement. Néanmoins, le manque d’épargne additionnel dans une économie indique clairement que les agents ne sont pas prêts à transférer leur pouvoir d’achat aux investisseurs, mais plutôt aux biens de consommation.



Le crédit à la production donne du pouvoir d’achat aux producteurs. Cet avantage doit cependant être justifié par une demande plus forte pour leurs produits dans le futur. Or, l’absence d’épargne supplémentaire de la part des individus indique clairement que les consommateurs ne souhaitent pas attendre pour obtenir ces produits mais les veulent maintenant. L’expansion des crédits scripturaux résulte alors en un rapport de force entre producteurs et consommateurs pour les ressources réelles disponibles. Les premiers utilisent leur nouveau pouvoir d’achat scriptural pour attirer ces ressources vers la production des secteurs primaires et intermédiaires de l’économie (par exemple, la production de matières premières, biens industriels, et la construction). Les consommateurs, par contre, utilisent leur pouvoir d’achat pour consommer des ressources réelles. Cette volonté consommatrice est renforcée par le crédit consommateur et par la corrosion du pouvoir d’achat des consommateurs résultante de la hausse des prix initiée par les effets de Cantillon nés de ce rapport de force. Les consommateurs sont donc incités à dépenser leurs encaisses monétaires plus vite, pour ainsi éviter une corrosion de leur pouvoir d’achat trop conséquente.



Les investisseurs quant à eux reçoivent un pouvoir d’achat artificiellement gonflé dans le présent. Ils devront cependant le rembourser dans le futur, à un moment où leur pouvoir d’achat risque d’être plus faible du fait de l’inflation accumulée entretemps et d’un possible manque d’intérêt des consommateurs pour leurs produits. Néanmoins, ceci n’est pas visible dans un premier moment. La hausse hétérogène des prix relatifs et la pression consommatrice conduisent à des flux de trésorerie qui compensent apparemment largement les  coûts d’exploitation calculés à leur valeur historique. En outre, comme l’expansion scripturale s’accompagne d’une baisse des taux d’intérêt, le coût d’opportunité d’usage du capital devient plus bas. Les investissements des producteurs semblent ainsi rentables.



Dans un premier moment, les producteurs peuvent souvent compter des capacités de productions oisives pour faire face à l’urgence de la pression consommatrice. D’autres éléments permettent d’y faire face comme le recours aux travailleurs immigrants ou les investissements dans le secteur des services.  Cependant, tôt ou tard, la demande croissante de biens de consommation doit nécessairement conduire à l’allongement des processus de production afin de rendre une plus grande offre disponible. Car pour ce faire, il devient nécessaire de produire plus d’énergie, de moyens de télécommunications, de biens de constructions, etc., ce qui nécessite des processus de production longs.



Progressivement, les coûts d’exploitation des producteurs augmentent plus vite que leurs recettes et ils ont de plus en plus de mal à faire face à leurs obligations financières. C’est ainsi que les investissements envisagés sur des périodes trop longues deviennent impossibles à soutenir faute de capital réel. Les défauts de paiement se multiplient dans l’économie forçant les banques à une contraction du crédit scriptural. La crise s’installe et la pression consommatrice se relâche, mais il est déjà trop tard. Une liquidation et un réajustement douloureux de la structure de production deviennent alors nécessaires.



Le crédit sans épargne préalable crée l’illusion qu’on peut soutenir des processus de production sans avoir l’accord des consommateurs – qui le donnent en choisissant de  consommer moins pour épargner et investir afin de consommer plus demain. Les effets de Cantillon issus de ces variations de monnaie scripturale sont donc bien différents des effets de Cantillon naturels au fonctionnement d’une économie reposant sur des bases monétaires saines. Ces derniers sont simplement la conséquence des échanges réels entre agents économiques. Les autres  créent une situation illusoire  où le pouvoir d’achat pourrait être augmenté sans un effort d’épargne et de production préalable à la consommation effective.



Il devient alors clair que les politiques monétaires visant à soutenir la croissance ou à relancer l’économie par le biais d’injections monétaires successives tendent plutôt à redistribuer le pouvoir d’achat monétaire des agents économiques tout en le réduisant.



En conclusion, les effets de Cantillon sont des effets réels de redistribution du pouvoir d’achat qui entraînent une modification de la structure de production du fait d’une variation monétaire. Cela montre que la monnaie n’est jamais entièrement neutre ni à court ni à long terme. Nombre de « spécialistes » négligent de prendre en compte ces effets et préfèrent mener des politiques populaires à court terme mais qui appellent à moyen terme des réajustements d’autant plus sévères que le laxisme monétaire a été important.




 

 

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Gabriel A. Giménez-Roche est professeur et responsable du département économie du Groupe ESC Troyes et maître de conférences à Sciences Po Paris. Son domaine de recherche est l'analyse économique de l'entrepreneuriat et son contexte socio-institutionnel. Il est également chercheur associé de l’Institut économique Molinari.
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