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L’exemple africain
Ces éléments liés à la propriété et
à son exercice ont des effets très positifs, comme le montrent
les exemples du Zimbabwe, de la Namibie et de l’Afrique du Sud. Les
choses ont changé depuis 2000, mais il s’avère
qu’au cours des quarante dernières années, alors que les
animaux sauvages dans ces pays étaient en voie d’extinction,
comme les rhinocéros, les léopards, ils ont connu un renouveau.
Il faut dire que la colonisation avait entraîné une nouvelle
gestion des ressources, avec l’agriculture intensive sur les terres
humides et fertiles et l’élevage du bétail. En même
temps, le problème de l’extinction des animaux sauvages se
posant déjà, des parcs nationaux avaient été mis
en place ainsi qu’un contrôle de la chasse, ce qui se pratique
dorénavant dans tous les pays du monde, en particulier dans le pays
considéré comme le plus libéral : les États-Unis,
qui compte le plus grand nombre de parcs nationaux pour gérer la faune
et la flore, mais dont les résultats ne sont pas toujours excellents.
Toujours est-il que ces réglementations ont eu des effets très
pervers comme l’illustre l’exemple du Zimbabwe. Les
éleveurs, n’ayant aucun moyen de tirer profit de la
présence des animaux sauvages qui constituaient au contraire une
menace pour leur bétail, ont commencé à les exterminer
eux-mêmes pour protéger leurs élevages. Les chasseurs,
qui ne pouvaient chasser sur leurs terres que pendant des périodes
limitées, chassaient sur les terres publiques, aggravant le
problème en exterminant les animaux de trophée.
Progressivement, on a assisté à la disparition de ces animaux
jusque dans les années 1960, puis 1979, quand au Zimbabwe, les
pouvoirs publics ont rendu aux propriétaires le total contrôle
de la gestion des animaux sauvages. C’est alors qu’ils se sont
lancés dans l’industrie touristique du safari, qui connaissait
déjà un grand succès au Kenya. Dans les années
2000, toutes les espèces rares, les girafes, les rhinocéros,
les éléphants étaient de nouveau présents dans ces
régions.
Responsabiliser pour valoriser et préserver
Quand une ressource présente de la valeur, le marché,
fondé sur les droits de propriété, ne manque pas de les
valoriser. Dans le droit de propriété, il existe deux volets.
Le premier est que chacun est propriétaire de son bien et a une
incitation à le valoriser. Le second est que le droit de
propriété crée des garde-fous très clairs
à la pollution engendrée sur la propriété des autres,
au risque de nuire à ces propriétés et de devoir
compenser ces nuisances.
Sur le premier point, lorsqu’on garantit aux propriétaires le
droit de bénéficier de leurs investissements, c’est le
meilleur cadre institutionnel pour le développement personnel et
économique, et qui permet de préserver et de valoriser les ressources.
La surexploitation, l’épuisement des ressources n’est pas
une caractéristique de l’économie de marché, mais
une caractéristique de l’accès libre aux ressources que
l’on appelle en économie la fameuse « tragédie des
communs », développée dans un article de 1968 par Garett
Hardin qui donne en exemple ce champ de fourrage laissé en libre
accès à tous les éleveurs d’un village qui vont y
faire paître leurs troupeaux.
Ceux-ci ne sont nullement incités à limiter la quantité
de têtes sur le champ parce qu’ils n’y ont pas
intérêt, étant donné la gratuité. Le
résultat est qu’ils utilisent cette ressource sans essayer de la
préserver.
Évidemment, aujourd’hui, quantité d’exemples de ce
type existent. Le fait que les océans n’appartiennent à
personne ne donne aux pêcheurs aucune incitation à limiter leur
pratique, même s’ils risquent de tarir la ressource. Même
chose pour l’eau et les propriétaires fonciers connaissent la
problématique des captages d’eau. Dans beaucoup de pays,
l’eau n’est jamais valorisée à son juste prix. On
assiste à d’importants gaspillages et à de
véritables conflits sur la gestion de l’eau.
Le droit de propriété fait que les gens n’auront pas
intérêt à abuser d’une ressource de crainte
qu’autrui ne le fasse à leur place. Certes, il ne va pas
empêcher la consommation des ressources, que d’aucuns pourront
considérer comme une dénaturation de l’environnement.
Mais il va inciter les individus à agir de façon avisée,
pour éviter de compromettre la valeur de leur bien. La valeur
d’un champ ou d’une forêt dépend de ce qu’ils
pourront produire dans le futur.
Leur prix est égal à la valeur espérée de leurs
rendements futurs. Surexploitées, ces ressources perdent de la valeur.
C’est ainsi qu’indépendamment de toute
réglementation, les individus ont intérêt à ne pas
surexploiter les ressources rares qui leur appartiennent.
Le deuxième aspect, tout aussi important, est que le droit de
propriété confère à son propriétaire le
droit d’utiliser une ressource et de l’échanger, mais il
est limité par le droit que les autres exercent sur leur propre
propriété. Avec la propriété vient la
responsabilité et en particulier celle de ne pas nuire à la
propriété d’autrui. Ce système de marché
n’est pas sans garde-fou, bien au contraire ; il rend responsables les
individus des pollutions qui pourraient endommager la propriété
d’autrui et les incite donc à produire sans nuire à
celle-ci.
Pour conclure, les droits de propriété fournissent les
incitations et la souplesse nécessaires à la
créativité des hommes pour qu’elle leur profite et
qu’elle profite aux générations futures. La nature se
porte mieux lorsque les gens peuvent se consacrer à la poursuite de
leur intérêt dans un contexte où ils sont tenus responsables
de leurs actions, mais où ils sont également libres
d’innover.
Cécile
Philippe
Institut Economique
Molinari
Cécile
Philippe est le directeur de l’Institut Economique Molinari, un
organisme de recherche et d'éducation visant à entreprendre et
à stimuler l'approche économique dans l'analyse des politiques
publiques. Il a été baptisé du nom de Gustave de
Molinari, économiste et journaliste franco-belge qui a oeuvré
toute sa vie à promouvoir cette approche.
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