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Entretien avec Cécile Philippe, par Grégoire Canlorbe pour l’Institut Coppet, 1ère partie

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Publié le 11 décembre 2014
1344 mots - Temps de lecture : 3 - 5 minutes
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Grégoire Canlorbe : Pourriez-vous commencer par nous rappeler votre parcours intellectuel, universitaire et professionnel ? En particulier pourriez-vous revenir sur les raisons qui vous ont successivement poussée à fonder l’Institut Economique Molinari, à mettre en place l’Université d’Automne en économie autrichienne et à écrire vos deux essais respectifs sur le développement durable et sur le modèle français ?

 

Cécile Philippe : Après un bac B d’économie, j’ai intégré l’université Paris-Dauphine afin d’y faire ce qu’on appelait à l’époque une maîtrise de sciences de gestion. Je n’y ai pas trouvé mon bonheur. Entre le modèle IS-LM, la théorie néoclassique et la théorie de la valeur travail chez Marx, je n’arrivais pas à trouver de réponse à ma grande question : comment fonctionne le monde et nos institutions. Du coup, j’ai multiplié les démarches entrepreneuriales en suivant le cursus création d’entreprise, en participant à un raid humanitaire en Afrique et en voyageant en Asie. C’est alors que j’ai eu l’idée de suivre - toujours à Dauphine, un Desup de gestion des entreprises dans les pays en développement. Grand bien m’en a pris. Car outre le fait d’être entourée dans le cadre de ce diplôme d’élèves de différentes nationalités – notamment africains et asiatiques – aussi intéressants que sympathiques, j’ai eu aussi la chance cette année là (en 1998) de découvrir l’école d’économie autrichienne.

 

En effet,  le professeur Pascal Salin enseignait alors un cours d’économie internationale et il nous mentionna des auteurs comme Friedrich A. Hayek, Ludwig von Mises, etc. Ce fut comme un déclic. Moi qui n’avais qu’une chose en tête depuis mon entrée à l’université – la quitter pour trouver un job -  je ne pouvais plus envisager de m’arrêter en si bon chemin.. Il fallait que j’en sache plus maintenant que j’avais trouvé ce qui faisait sens pour moi.

 

Du coup, j’ai enchaîné avec un DEA au Centre d’analyse économique de l’université Aix-Marseille III. J’y ai passé une année passionnante avec des professeurs comme Gérard Bramoullé, Jacques Garello, Jean-Pierre Centi et cela m’a décidé à faire une thèse à Paris sous la direction de Pascal Salin. En toute dernière année de thèse, je me suis vu offrir une bourse privée (la Rowley Fellowship) par le Mises Institute et il n’en fallu pas plus pour que je m‘envole vers les Etats-Unis. Je suis restée à Auburn (Alabama) environ un an et demi et cette expérience au sein d’un think-tank a été très marquante pour moi. En effet, cet institut fêtait en 2002 ses 20 ans et je restais ébahie devant le travail accompli. Ayant moi-même une fibre intellectuelle et entrepreneuriale, je me suis alors dit que l’idéel serait de conjuguer les deux en créant à mon retour en Europe un think-tank qui serait dédié aux questions d’analyse des politiques publiques. C’est ce que j’ai fait en 2003 : en même temps que je soutenais ma thèse, je créais l’institut économique Molinari.

 

Après, tout est question d’opportunité et de rencontres. Au Mises Institute, j’ai eu la chance de rencontrer Guido Hulsmann qui depuis est devenu professeur à l’université d’Angers. Dès la création de l’IEM, j’ai par ailleurs crée un séminaire Action humaine qui consistait à décortiquer et analyser l’ouvrage de Ludwig von Mises. Il rassemblait des personnes comme Marian Eabrasu, Gabriel Gimenez-Roche, Nikolay Gertchev, etc. avec lesquels j’ai noué des liens amicaux et intellectuels durables. Ensemble, avec le soutien du créateur du site Internet 24hgold tout aussi féru que nous d’économie autrichienne, nous avons pu réaliser un rêve : mettre sur pied une université d’automne visant à initier les jeunes et les moins jeunes à ce courant de pensée économique sans doute trop méconnu et que je crois néanmoins fondamental à la compréhension du monde qui nous entoure.

 

Grégoire Canlorbe : En panne depuis trente ans le marché du travail français fait l’objet d’une attention particulière de votre part dans votre récent ouvrage Trop tard pour la France ? De nos jours il semble être communément admis que le chômage, d’une manière générale, doit sa raison d’être à deux phénomènes bien distincts. Le chômage dit classique résulte de la décision prise par les entreprises de limiter les embauches, au motif qu’elles jugent le coût du travail trop élevé ou les rigidités sur le marché du travail trop importantes ; et ce, malgré la demande potentiellement soutenue qui leur est adressée.

Coexistant avec ce premier type de chômage le chômage dit keynésien provient quant à lui de débouchés anticipés insuffisants. Dans les limites imposées par les capacités de production disponibles, le volume de la production s’adapte en effet au volume de la demande qui est anticipé par les entreprises. Il n’est pas garanti que ce volume anticipé par les entreprises soit suffisant pour embaucher tous ceux qui souhaiteraient trouver du travail au taux de salaire en vigueur.

A cet égard le remède qui s’impose pour résorber le chômage (notamment en France) est de relancer la demande – via la manipulation des taux d’intérêt, la hausse des dépenses publiques ou la redistribution des revenus ; et non point simplement d’assouplir les contraintes juridiques pesant sur le marché du travail.

Comment résumeriez-vous votre position sur cette vision des choses mainstream ?

 

Cécile Philippe  : Effectivement, je consacre un chapitre entier au marché du travail français. Je suis d’ailleurs convaincue que s’il est une réforme à faire en premier, c’est bien de s’attaquer à ses trop nombreuses rigidités. Il n’est pas surprenant que la France soit classée en la matière en 113ème position sur 142 pays par le Forum économique mondial. Notre marché du travail cumule tous les handicaps : un Smic élevé, une durée légale du travail stricte, un monopole de l’assurance chômage, un niveau de protection de l’emploi extrême sans oublier des charges sociales et des aides élevées.

 

Ma position concernant la vision que vous exposez est de rappeler qu’il y a en fait une certaine compatibilité entre ce que Keynes écrivait et ce que vous appelez la vision classique. En effet, les keynésiens partent du principe qu’il y a une certaine rigidité des salaires à la baisse. Par conséquent, il faut en quelque sorte leurrer les travailleurs en leur offrant des salaires nominaux plus élevés mais qui au final se révèlent des salaires réels plus faibles, permettant aux entreprises de « sauver les meubles. » Sauf que ce n’est qu’une façon d’avouer que le marché du travail ne fonctionne justement pas comme un marché.

 

Les offres et les demandes ne se rencontrent pas librement, ce qui empêche l’émergence de contrats satisfaisant les attentes des employeurs comme des demandeurs d’emploi. La liste des atteintes portées par l'actuel droit du travail à la liberté contractuelle et à la liberté d’association est extrêmement longue : « La liberté du travail est supprimée avant seize ans et après un âge variable selon les catégories mais autoritairement fixé ; les clauses du contrat de travail sont définies à l’avance ; le travailleur est obligé subséquemment de cotiser à un régime d'assurance vieillesse dont les termes lui sont imposés et de participer à un système de protection contre le chômage ; les heures de travail sont définies par le législateur […] ; le contrat individuel n’a pas force obligatoire si ses clauses diffèrent de celles du contrat type des conventions collectives, qui, de plus, peuvent être étendues par décision administrative à des entreprises qui ne sont initialement pourtant pas parties – l'existence même de ces conventions constituant en soi une atteinte à la liberté du travail puisqu'elles imposent des ententes horizontales obligatoires entre travailleurs et firmes. » [1]

 

Si on arrivait à faire fonctionner le marché du travail normalement, on parviendrait sans doute à diminuer fortement le chômage, au point de l’amener à ce qu’on appelle son niveau naturel, comprenant le chômage dit volontaire.

 

De plus, les remèdes préconisés par Keynes créent sans doute beaucoup plus de problèmes qu’ils n’en résolvent puisque la manipulation des taux d’intérêt est à l’origine des cycles économiques et des graves crises financières qui secouent nos sociétés. Nous y reviendrons.

 

À suivre

 

 



[1] Vincent Valentin, Les Conceptions néo-libérales du droit, Économica, 2002. Cité dans Simonnot, 2004, p. 264.

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Cécile Philippe est docteur ès sciences économiques de l'Université Paris-IX Dauphine et d'un Desup en gestion des entreprises dans les pays en développement. C'est au sein d'un think tank américain qu'elle a terminé sa thèse portant sur les théories de l'information et l'émergence d'un marché de l'information sur Internet. De retour en Europe, elle a crée en 2003 l'Institut économique Molinari, dont elle assure depuis la direction. Auteur d'un grand nombre d'articles publiés dans des journaux aussi bien francophones qu'anglophones, elle a publié en 2007 son premier livre aux Éditions JC Lattès intitulé "C'est trop tard pour la terre". Le livre s'intéresse aux questions d'environnement et cherche à mettre fin à un certain nombre de mythes, en particulier celui qui consiste à croire que réglementation et taxation vont de pair avec amélioration de l'environnement. Elle est intervenue à maintes reprises à la radio (BFM, RFI, etc.) et à la télévision (France 3, LCI, etc.) sur des questions de politiques publiques.
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