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Cours Or & Argent en

John Law et la Banque Royale, 1719

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Extrait des Archives : publié le 02 mars 2010
1646 mots - Temps de lecture : 4 - 6 minutes
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SUIVRE : John Law
Rubrique : Université de l'or




Quand John Law a fait face à la dette énorme de l’Etat en France au dix-huitième siècle, il a émis beaucoup de papier monnaie -avec succès- et le pays s’est senti riche. Il était intelligent, courageux, charmant, honnête – et pour un temps- extrêmement populaire. Malheureusement, il a ainsi ruiné tous ceux qui avaient de l’argent en France, ce qui a fait de l’ombre à ses autres qualités. Il est intéressant de se pencher sur ce qui s’est passé.

Apprendre son métier

John Law était écossais. Il est né à Edimbourg en 1671, d’un père banquier et joaillier qui avait réussi. A l’âge de 14 ans, il commença son apprentissage dans ces métiers et s’en retourna à 17 ans, juste à temps pour hériter de son père qui décéda cette même année. Il était déjà connu alors pour ses talents mathématiques et sa popularité auprès des dames.

Riche du domaine familial, il s’en fut à Londres où il ajouta le jeu à ses compétences. Il gagnait régulièrement et s’attira ce mélange de respect et de jalousie qui poursuivent un homme qui réussit tant aux tables de jeux qu’en chambre.

Malheureusement, ses conquêtes en chambre cachaient certains risques. Londres était à cette époque un lieu où l’honneur d’une dame était une raison suffisante pour mourir (c’était il y a vraiment longtemps) et quand Law fut défié en duel, et qu’il accepta, il tira sur son adversaire et, ce qui n’était pas déraisonnable, le tua.

Condamné à être pendu, il est communément accepté qu’il obtînt une aide amicale pour s’échapper pendant le procès en appel et comme Londres était n’était plus un lieu sûr pour lui, il se mit en route pour l’Europe continentale.

Obtenir le meilleur poste

Pendant quelques années, il vécut grâce à son esprit dans les salons. Il était gros joueur et ce train de vie le conduisait à entrer en contact régulier avec le duc d’Orléans. Et pourtant, de manière surprenante pour un joueur, il existait des signes précurseurs montrant que Law croyait fermement à un destin plus élevé. Il avait déjà, sans qu’on le remarqua beaucoup, publié des traités sérieux d’économie et s’intéressait de près aux métiers de la finance dont il avait tout appris à Amsterdam. Le duc pensait suffisamment de bien de lui pour prendre au sérieux ses idées sur le commerce et la finance.

L’Histoire, pendant ce temps, poursuivait normalement son cours avec un grand roi. Louis XIV était mourant et ayant été largement célébré et honoré pendant toute sa vie, on se souviendrait bientôt de lui avec quelque amertume en raison de la taille de la dette nationale qu’il laissait à ses héritiers. A sa mort, le jeune Louis XV avait seulement sept ans et c’est le duc d’Orléans qui fut nommé Régent. Son problème immédiat, c’étaient les trois millions de livres emprunté par feu le Roi.

Une dévaluation eu lieu rapidement. Le gouvernement ôta 20% de la quantité de métal précieux des pièces,  ce qui n’eut d’autre conséquence que mener à l’éviction des pièces anciennes en circulation. Ensuite, l’Etat décida d’offrir des primes aux informateurs dénonçant les thésaurisateurs. Les coupables étaient enfermés à la Bastille.

Alors que les choses se détérioraient, Law était introduit auprès du duc à Paris. Son plan était simple. On lui donnerait une banque et la gestion des revenus royaux et le droit d’émettre de la monnaie-papier. Le papier serait garanti par une combinaison des revenus royaux et de ses domaines –une idée qu’il avait proposé dans ses articles sérieux plusieurs années plus tôt.

La Banque de France royale

Le 5 mai 1716,  la banque de Law fut créée. Ses billets seraient ensuite utilisés pour le paiement des impôts. Son capital était constitué de 25% en pièces et 75% de bons du Trésor -trop nombreux- comptabilisés à leur valeur nominale (mais qui à cette époque se négociaient avec un taux d’escompte élevé).
Ensuite en garantissant sa monnaie-papier non pas par n’importe quelle monnaie mais par les pièces émises lors de la création de ses billets, il vit rapidement que son papier était préféré aux pièces récemment dévaluées et qui allaient certainement être encore dévaluées davantage. Grâce à cette manœuvre impressionnante, il récolta la majeure partie du stock de métal précieux du pays. A la fin de l’année, ses billets valaient 15% de plus que les pièces équivalentes et la dette de l’Etat se négociait à environ 80% en dessous de sa valeur nominale.

Il n’avait pas encore fini. Son projet suivant était d’activer l’optimisme des possessions françaises aux Etats-Unis. Il persuada donc le duc de lui octroyer un monopole complet sur le négoce de la partie française du Mississippi. Ayant déjà le contrôle de la frappe de la monnaie, de l’émission du papier-monnaie et de la levée des impôts, il eut alors le pouvoir exclusif du plus grand espoir français- le commerce avec le nouveau monde. Il leva du capital de manière conventionnelle en vendant ses actions pour un prix fantastique payable en bons du Trésor très discomptés et dont personne ne pouvait se débarrasser suffisamment vite.

“C’est alors que la griserie de la spéculation commença se répandre sur la nation. La banque de Law avait réalisé tant de bien, que toutes les promesses qu’il pensait être autorisé à faire pour l’avenir étaient crues instantanément. Le Régent conférait chaque jour de nouveaux privilèges à l’entrepreneur fortuné. La banque obtint le monopole de la vente de tabac, le droit unique de raffinage de l’or et de l’argent et fut finalement élevée au rang de Banque Royale de France. En plein milieu de l’extase dûe à la réussite, Law et le Régent oublièrent tous deux la maxime proclamée si bruyamment par ce dernier, selon laquelle un banquier qui émettait du papier-monnaie sans le garantir par des fonds équivalents méritait la mort. Dès que la banque privée devint une institution publique, le Régent fut à l’origine de la fabrication de billets pour plus de mille millions de livres. Ce fut le premier écart aux principes sains et un pour lequel on ne peut pas blâmer Law. » Charles Mackay -1841.

Peu de temps après, le monopole des droits de commerce avec l’Est fut également octroyé à la compagnie et dans une succession d’émissions d’actions- chacune à un prix plus élevé que la précédente – un public complaisant se battait pour le droit de convertir ses bons du trésor qui possédaient de moins en moins de valeur en échange des billets de Law et des certificats de participation du Mississippi proliférant de toutes parts.

La bête avait développé sa propre dynamique. Paris fleurissait. Les biens de luxe étaient vendus dès qu’ils entraient dans les magasins. Les jardins proches de la banque de Law s’étaient transformés en une cité de tentes et servaient de bourse financière impromptue. La valeur des biens immobiliers et des loyers explosait alors que le marché des actions montait et montait jusqu’à ce que les propres cochers des spéculateurs deviennent eux-mêmes des magnats et emploient ceux qui avaient été leurs égaux.

Le duc en conclut que ce qui était clairement bénéfique dans cette quantité particulière pourrait difficilement ne pas être deux fois aussi bénéfique dans une quantité deux fois plus grande. Et que dire du commerce supplémentaire et de la simple difficulté à distribuer suffisamment de liquidités pour tenir le rythme de la conversion des actions de la compagnie ? Il se décida donc à émettre encore plus de papier-monnaie en contournant Law, qui lui probablement en connaissait les risques, mais qui avait probablement déjà suspendu sa discipline rigoureuse de banquier au profit des applaudissements nombreux de son ingénuité financière. De plus, l’en empêcher aurait très certainement ennuyé son patron.

C’était à peu près à cette époque, tandis que Paris frétillait et se ravissait, que le Prince de Conti arriva avec l’intention d’acheter autant d’actions qu’il pourrait en obtenir. Il fut outragé qu’on lui refuse sa part entière et envoya trois charriots à la banque de Law pour demander une restitution immédiate - en pièces d’or- de son stock complet de billets émis par Law.

Le prince fut payé mais fut aussi instruit, qu’au risque de déplaire grandement au duc –une chose fort peu conseillée-, il devait rendre deux charriots immédiatement. Il le fit. Mais ce fut suffisant pour que les opérateurs les plus malins entrevoient la lumière.

Au début, par petites quantités les professionnels commencèrent à convertir leur papier. Les pièces, les lingots et toutes les autres choses de valeur étaient subrepticement transportés ailleurs – en Belgique, Hollande et Angleterre.

Bientôt, il devint nécessaire de fixer par décret la prime que les billets, de manière naturelle, avaient appelé sur les pièces et le parlement déclara qu’à partir de maintenant les pièces n’auraient plus comme valeur que 95% de celle du papier. Le décret fut tout aussi utile que les décrets similaires du passé et du présent.

Law n’eut pas d’autre choix que de jouer le dernier atout de sa carrière de banquier. Mettant en jeu sa dernière autorité, il abolit les pièces comme moyen d’échange et, ensuite en février 1720, déclara illégal la possession d’or si minuscule soit-elle sous quelque forme que ce soit. Il ferma ensuite les frontières et envoya des instructions pour que tous les relais de poste refusent des chevaux frais à quiconque voyagerait vers l’étranger avant qu’un inspecteur n’ait contrôlé ses bagages. Les amendes substantielles qui étaient imposées étaient partagées avec les individus remplis d’esprit public qui remplissait le rapport.

En août de cette même année, c’en fut fini et John Law devint l’homme le plus haï de France. Heureusement pour lui, il vivait à Venise. Comme tous les joueurs de talent, il s’en était allé vers le jeu suivant grâce auquel il continua son existence pendant encore 9 ans. Beaucoup de l’argent qu’il gagna à cette époque provenait sans doute de ce qui lui avait échappé dans la fuite des capitaux qu’il avait rendue hors-la-loi.


Paul Tustain

Président

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