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L’Economie politique en une leçon : Chapitre XXIX – La réaffirmation de la leçon

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Extrait des Archives : publié le 10 novembre 2012
3464 mots - Temps de lecture : 8 - 13 minutes
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L'économie politique, ainsi que nous l'avons vu et revu, est la science qui consiste à déceler les conséquences secondes. C'est aussi la science qui aperçoit les conséquences générales. C'est la science qui montre les effets d'une politique préconisée ou actuelle, non seulement sur quelque groupe particulier et à courte échéance, mais sur tous les groupes et à longue échéance.

 

Telle est la leçon qui a été l'objet propre de ce livre. Nous l'avons exposée d'abord sous une forme schématique, squelettique, puis nous l'avons étoffée et nourrie par une série d'applications et d'exemples concrets.

 

Mais au cours de ces illustrations particulières, d'autres leçons générales nous ont été suggérées ; aussi croyons-nous utile de nous les préciser davantage à nous-mêmes maintenant.

 

En vérifiant que l'économie politique est une science qui révèle les conséquences des actes, nous avons pu nous rendre compte aussi de ce que, comme la logique et les mathématiques, c'est une science qui reconnaît certaines implications inévitables.

 

Illustrons cela par une équation algébrique élémentaire.

 

Supposons que si X=5, X+Y=12. La solution de cette équation est que Y=7 ; mais il en est ainsi précisément parce que l'équation nous dit effectivement que Y=7.

 

Cette affirmation n'est pas faite directement mais elle est implicitement contenue dans l'équation elle-même.

 

Ce qui est vrai de cette équation élémentaire l'est aussi des équations les plus compliquées et les plus difficiles qu'on rencontre en mathématiques. La solution du problème est déjà contenue dans son énoncé. Sans doute est-il nécessaire de l'en extraire. Elle peut parfois causer à celui qui la cherche et qui résout l'équation une étonnante surprise. Il peut même lui arriver d'éprouver le sentiment de découvrir quelque chose d'entièrement nouveau, un frisson le traverse comme si « en surveillant les cieux, une nouvelle planète surgissait tout à coup dans le champ de son appareil ». Son sentiment d'une découverte peut être justifié par les conséquences théoriques et pratiques qui résultent de la solution de son équation. Cette découverte pourtant se trouvait incluse dans l'énoncé même du problème. On ne s'en avise pas tout de suite, car les mathématiques sont là pour nous rappeler que les conséquences nécessaires ne sont pas nécessairement des vérités apparentes.

 

Tout cela est également vrai pour l'économie politique. En cela, l'économique peut se comparer à la mécanique. Quand un ingénieur pose un problème, il lui faut d'abord dénombrer tous les éléments qui le composent. S'il doit construire un pont qui reliera deux points donnés, il lui faut tout d'abord déterminer la distance qui sépare ces deux points et leur nature topographique précise, connaître le poids maximum que ce pont devra porter, étudier l'élasticité et la résistance de l'acier ou des divers matériaux qui serviront à le construire, ainsi que la force des tractions et vibrations auxquelles il sera soumis. L'étude minutieuse de ces éléments a déjà été largement faite pour lui par ses prédécesseurs. Ceux-ci ont aussi élaboré de difficiles équations mathématiques, grâce auxquelles — connaissant la résistance de ses matériaux et les tensions auxquelles on les soumettra — il lui sera loisible de déterminer le diamètre, la forme, le nombre et la structure de ses piles de pont, de ses câbles et de ses poutrelles.

 

L'économiste, lui aussi, placé devant un problème à résoudre, doit s'attacher à connaître à la fois les faits essentiels qui le composent, ainsi que les déductions plausibles qu'il peut tirer de ces faits. Le côté déductif de l'économique n'est pas moins important que l'aspect purement inductif. L'on pourrait dire ce que Santayana dit de la logique (et que l'on pourrait également dire des mathématiques) qu'il sert « à irradier la vérité », de telle sorte que « lorsque dans un système de logique, il existe un terme pour décrire un fait, tout l'ensemble des conséquences qui peuvent se déduire de cette donnée devient, pourrait-on dire, incandescent » [1].

 

Or très peu d'esprits se rendent compte des données implicitement contenues dans les jugements économiques qu'ils ne cessent de porter. Quand ils annoncent, par exemple, que le salut économique réside dans l'accroissement du crédit, c'est tout comme s'ils disaient que le salut économique consiste à s'endetter davantage. C'est là deux façons de dire la même chose sous deux angles différents. Quand ils affirment que l'on retrouvera le chemin de l'abondance en faisant augmenter les prix agricoles, c'est tout comme s'ils disaient que le chemin de l'abondance pour les citadins est de payer leurs vivres plus cher. Quand ils affirment que, pour accroître la richesse nationale, il faut multiplier les subventions du Gouvernement, ils affirment du même coup que pour augmenter la richesse du pays, il faut augmenter les impôts. Quand ils insistent pour que l'objectif principal du pays soit d'accroître les exportations, la plupart d'entre eux ne comprennent pas qu'ainsi, finalement, ils réclament l'augmentation des importations. Et quand ils affirment que, presque dans tous les cas, la voie du salut consiste à augmenter les salaires, ils n'ont fait que trouver une autre façon de dire que la voie du salut consiste à augmenter le coût de production.

 

De même que toute pièce de monnaie a son côté pile et son côté face, de même chacune de ces propositions a sa part de vérité et sa part d'erreur, et ce n'est pas parce qu'un remède qu'on propose a un équivalent moins attrayant qu'il est dépourvu de tout mérite. Il peut se produire des cas où le fait d'accroître ses dettes n'est pas pris en considération, en raison des résultats que le nouvel emprunt va permettre d'obtenir ; il est des cas également où un gouvernement ne peut éviter de donner des subventions pour réaliser un programme nécessaire, des cas où une industrie peut se permettre d'accroître son coût de production, et ainsi de suite. Mais il faut chaque fois regarder l'avers et le revers de la médaille, s'assurer que les avantages et les inconvénients de la résolution prise ont été bien pesés, et que toutes les conséquences qui y sont impliquées ont été étudiées. Malheureusement il est rare qu'on se préoccupe de tout cela.

 

2

 

Les exemples que nous avons analysés nous ont appris incidemment une autre leçon que voici : Quand nous étudions les conséquences des différentes solutions envisagées, non seulement sur quelques groupes particuliers et dans un avenir proche, mais sur l'ensemble de l'économie et à plus lointaine échéance, les conclusions auxquelles nous sommes conduits correspondent généralement avec celles que le bon sens naturel nous propose. Il ne viendrait à l'idée de personne ignorant des opinions courantes de la littérature des demi-savants économistes en vogue, que c'est un avantage appréciable d'avoir sa vitre brisée ou de subir la destruction de villes entières ; que procéder à des travaux publics inutiles n'est rien moins que du gaspillage ; qu'il est dangereux de voir de longues files de chômeurs reprendre le travail ; que le machinisme qui accroît la richesse et soulage l'effort de l'homme doit être redouté ; que les obstacles à une production et à une consommation libres accroissent la richesse ; qu'une nation s'enrichit en forçant ses voisins à acheter ses produits à un prix inférieur à leur coût de production ; que l'épargne est absurde ou nuisible et que la prodigalité est source de prospérité.

 

« Ce qui est prudence dans la conduite d'une famille particulière — écrivait Adam Smith avec son robuste bon sens, en réponse aux sophistes de son temps — peut rarement être taxé de folie dans le cas d'un grand royaume ». Mais des hommes moins éminents se perdent en complications diverses. Il ne se donnent pas la peine de reprendre leur raisonnement, même quand il les conduit vers des conclusions évidemment absurdes. Le lecteur, selon ses croyances, tiendra pour exact ou non l'aphorisme de Bacon : « Un peu de philosophie conduit l'homme à ne pas croire, mais beaucoup de philosophie le ramène à Dieu. » Il est certainement vrai, en tout cas, qu'une teinture d'économie politique peut conduire aux conclusions paradoxales et absurdes que nous avons détaillées, mais qu'une étude approfondie de l'économie ramène les esprits au bon sens. Car l'étude approfondie de l'économie politique consiste à considérer toutes les conséquences qu'une certaine politique entraîne au lieu de n'envisager que celles qui sont immédiatement visibles.

 

3

 

Dans le cas de notre étude nos avons ainsi redécouvert un ancien ami : l'Homme oublié de William Graham Summer. Le lecteur se souvient certainement de cet essai de Summer qui parut en 1883, et où il écrivait :

 

« Sitôt que A remarque quelque chose qui lui paraît aller mal et dont X est gêné, il en parle longuement avec B, puis A et B font ensemble une proposition de loi afin de porter remède à ce mal et de secourir X. Leur proposition de loi s'efforce toujours de déterminer ce que C fera pour X, ou dans les cas les meilleurs, ce que A, B et C, feront pour X... Ce que je veux, c'est considérer C... je l'appelle "l'Homme qu'on oublie"... Il est celui auquel on ne pense jamais. C'est lui cependant la victime des réformateurs, des penseurs sociaux et des philanthropes, et j'espère vous démontrer, avant d'en avoir terminé, qu'il mérite votre attention à la fois par ce qu'il est, en soi, et à cause des charges dont on l'accable. »

 

Ce n'est pas la moindre ironie de l'histoire que, lorsque l'on redonna vie, aux environs de 1930, à « l'Homme oublié », on pensa non à C mais à X, et C, à qui on demandait d'aider plus de X que jamais était plus complètement oublié que jamais. C'est toujours C, l'Homme oublié, à qui l'on fait appel pour étancher le cœur saignant du politicien en lui faisant payer les frais de ses générosités par procuration

 

4

 

L'étude ainsi faite de notre leçon ne serait pas achevée si, avant de la terminer, nous négligions d'observer que l'illusion fondamentale dont nous nous sommes occupés ne se produit pas par hasard, mais systématiquement. Elle est en vérité le résultat de la division du travail.

 

Dans une société primitive, ou dans un groupe de pionniers, avant que ne se produise la division des tâches, l'homme travaille uniquement pour lui-même ou pour sa famille proche. Ce qu'il consomme s'égalise avec ce qu'il produit. Il existe un rapport direct et étroit entre son rendement et la satisfaction de ses besoins. Mais dès que s'instaure une division du travail précise et minutieuse, ce rapport cesse d'exister. Je ne produis plus toutes les choses dont j'ai besoin, mais peut-être seulement une seule d'entre elles. Et avec le revenu que je retire de la fabrication de cette seule chose ou du service que je rends, j'achète tout le reste. Je souhaite que le prix de tout ce que j'achète soit bon marché, mais il est de mon intérêt de vendre cher ce que je produis ou le service que je rends. Si bien que, tout en souhaitant l'abondance pour toutes les autres marchandises, il est de mon intérêt que ce que je produis soit, au contraire, une chose rare et faite en petite quantité. Plus elle sera rare, en comparaison des autres, plus grande sera la récompense attribuée à mes efforts.

 

Ceci ne veut pas dire que je vais m'efforcer de réduire ma production et mon rendement. Car pour ce produit donné je suis producteur parmi beaucoup d'autres, et si la libre concurrence existe, cette restriction individuelle de production ne me rapporterait rien. Au contraire, si, par exemple, je suis agriculteur et que j'ai semé du blé, je souhaiterai avoir une récolte aussi belle que possible. Si je ne me préoccupe que de mon bien-être matériel et n'ai aucun souci humanitaire, je désirerai que les récoltes de tous les autres producteurs de blé soient aussi mauvaises que possible, car pour que ma propre récolte puisse se vendre au cours le plus élevé, j'ai intérêt à ce qu'il y ait peu de blé sur le marché (ou tout autre succédané qui puisse se substituer à lui).

 

En temps normal, ces sentiments égoïstes n'auraient aucune action sur la récolte totale du blé. Car, là où existe la concurrence, chaque cultivateur est contraint de donner le maximum d'efforts pour obtenir la plus belle récolte que ses terres puissent lui apporter. Si bien que le mobile de l'intérêt personnel (qui, à tort ou à raison, est une force bien plus constante que celle de l'altruisme) pousse au rendement maximum.

 

Mais s'il apparaît une possibilité pour le cultivateur de blé ou tout autre groupe de s'unir pour éliminer la concurrence, et si le Gouvernement encourage ou laisse faire cette union, la situation change du tout au tout. On peut concevoir que les cultivateurs persuadent leur Gouvernement, ou mieux encore un organisme mondial, de la nécessité de réduire les surfaces cultivées en blé. Il en résultera une production moindre, ce qui élèvera les cours ; et si le prix du boisseau de blé s'élève proportionnellement plus que ne s'abaisse la production, alors les cultivateurs se trouveront en meilleure posture qu'avant. Ils obtiendront plus d'argent, ils pourront alors se procurer plus d'objets qu'auparavant. En dehors d'eux, tout le monde il est vrai sera lésé, car, toutes choses égales par ailleurs, chacun devra donner davantage de ce qu'il produit pour obtenir moins de ce que le cultivateur produit.

 

Si bien que l'ensemble du pays sera appauvri d'autant. Il le sera de la quantité de blé que l'on n'a pas fait pousser, mais ceux qui ne considèrent que les gains des cultivateurs constateront un gain, oubliant la perte bien supérieure qui en est la conséquence.

 

Et cette loi s'applique à tout autre exemple. Si, grâce à des conditions atmosphériques favorables, il se produit une récolte exceptionnelle d'oranges, tous les consommateurs en bénéficieront. Le monde sera enrichi de ce surplus d'oranges. Celles-ci seront meilleur marché, mais ce fait même peut très bien réduire les bénéfices des producteurs d'oranges, à moins que la production plus élevée ne compense, et au-delà, la diminution des prix. En tous cas, si l'état du marché reste inchangé et que ma récolte personnelle ne soit pas plus abondante qu'à l'ordinaire, je suis bien certain, en ce qui me concerne, que la chute des cours dus à l'abondance de la récolte générale me causera une perte certaine.

 

Et ce qui s'applique aux modifications de l'offre est également vrai pour les modifications de la demande, que celles-ci soient provoquées par des inventions ou des découvertes nouvelles ou par des variations dans le goût. Une nouvelle machine à récolter le coton, bien qu'elle doive réduire les prix des sous-vêtements et des chemises pour chacun, et augmenter la richesse générale, mettra en chômage des milliers d'ouvriers qui faisait la cueillette à la main. Un nouveau métier à tisser, fabriquant un meilleur tissu, et plus rapidement que les anciens, rendra inutiles des milliers de vieilles machines, détruisant du même coup une partie des capitaux investis dans cet outillage, appauvrissant ainsi leurs possesseurs. Le développement de l'énergie atomique, quoiqu'il puisse devenir une source de bienfaits incomparables pour l'humanité tout entière, est sérieusement redouté des propriétaires de mines de charbon ou de puits de pétrole.

 

De même qu'il n'est pas de progrès technique qui ne risque de nuire à quelques-uns, de même tout changement dans le goût du public ou dans les mœurs, même en bien, peut nuire à quelques autres. Le développement de la tempérance obligerait des milliers de cafés à fermer boutique. Le goût du jeu, s'il faiblissait, obligerait les croupiers ou les racoleurs de paris aux courses à rechercher un travail plus productif. Si les hommes devenaient chastes, la plus ancienne professions du monde péricliterait.

 

Mais ce ne sont pas seulement ceux qui vivent des vices des hommes qui souffriraient d'une soudaine amélioration des mœurs. Ceux qui seraient le plus touchés encore sont ceux qui ont pour mission de veiller à cette amélioration. Les prédicateurs n'auraient plus aucun sujet de sermon, les réformateurs sociaux n'auraient plus rien à réformer, et il n'y aurait plus de demande pour leurs services ni de cotisations et dons pour les faire vivre.

 

S'il n'y avait plus de criminels, nous aurions besoin de moins d'avocats, de juges et de pompiers, de moins de geôliers, de serruriers et même de sergents de ville (sauf pour les embarras de circulation).

 

Dans une économie où règne la division du travail, il arrive forcément un moment où pour satisfaire avec plus d'efficacité les besoins des hommes, le progrès ruine certains d'entre eux, soit parce qu'ils avaient placé des capitaux dans une affaire devenue périmée, soit que, pour réussir, ils aient peiné pour acquérir une grande habileté maintenant dépassée. Si le progrès était complètement uniforme, à tous les échelons de l'économie, cet antagonisme entre l'intérêt de tous et celui de quelques-uns — à supposer même qu'il survienne — ne susciterait aucun problème grave. Si, dans la même année où la récolte de blé mondiale s'est accrue, la mienne s'est accrue dans une même proportion, si les récoltes d'oranges et des autres produits agricoles se sont accrues dans la même mesure et si le rendement des produits industriels s'est élevé et que leur coût unitaire de production soit tombé en proportion, alors moi, cultivateur de blé, je ne souffrirai pas du fait que la récolte mondiale de blé aura augmenté. Le prix du boisseau de blé peut fléchir, la somme totale que je toucherai pour le rendement accru de mon champ peut fléchir, mais si, à cause même de l'accroissement de la production dans tous les domaines, je puis tout acheter à meilleur marché, je n'aurai finalement pas à me plaindre. Et si le prix de toutes choses diminuait dans les mêmes exactes proportions que le prix de mon blé, je gagnerais finalement exactement en proportion de l'augmentation totale de ma récolte, et tout le monde de même ferait des bénéfices proportionnés à l'approvisionnement de toutes marchandises et services.

 

Mais le progrès économique ne s'est jamais réalisé et ne se réalisera probablement jamais de cette manière uniforme. Il se produit tantôt dans un secteur de la production, tantôt dans un autre. Et si l'offre d'une marchandise que j'aide à fabriquer croît brusquement, ou bien si une nouvelle invention ou découverte rend tout d'un coup mon travail inutile, alors ce que le monde gagne ainsi devient une tragédie pour moi et pour le secteur de production auquel j'appartiens.

 

Or, bien souvent, ce n'est pas le gain dû à la production accrue ou à la nouvelle découverte qui frappe le plus l'observateur même le plus objectif, c'est la perte concentrée sur un secteur donné.

 

Qu'il y ait plus de café pour chacun et à meilleur marché, on ne s'en aperçoit pas, on remarque seulement que les producteurs de café ne peuvent plus gagner leur vie à vendre à ce prix plus bas. On oublie que la nouvelle machine fabrique plus de chaussures et à meilleur marché, on remarque que des hommes et des femmes sont mis par elle au chômage. Il est juste — et en fait, c'est essentiel pour une complète compréhension du problème — que l'on reconnaisse la condition de ces gens, qu'on étudie avec la plus grande sympathie et que l'on s'attache à voir si l'on ne pourrait pas faire servir une partie des bénéfices réalisés grâce à ce progrès particulier, à aider les victimes qu'il a faites, à leur trouver un nouveau travail inutile dans un autre secteur de la production.

 

Mais la solution ne peut jamais consister à réduire l'offre artificiellement, à entraver les nouvelles inventions ou découvertes, ou à rémunérer des gens pour qu'ils continuent à remplir une tâche qui n'a plus aucune valeur. C'est pourtant là ce que le monde entier n'a cessé de faire, en instituant les tarifs douaniers, en détruisant les machines, en brûlant les sacs de café, en multipliant les politiques de restriction. Ce sont là les effets de la stupide doctrine de la richesse par la rareté.

 

Doctrine qui malheureusement garde toujours une part de vérité pour un groupe quelconque de fabricants pris isolément. Dans la mesure où ils peuvent fabriquer en petite quantité un produit qui reste rare, alors que tout ce dont ils ont besoin, ils trouvent à l'acheter en abondance. Mais cette doctrine est toujours fausse si on considère l'ensemble des groupes, elle ne peut s'adapter à tous les secteurs économiques. Elle n'est pas susceptible d'une application généralisée, et si on la tentait, ce serait un suicide économique.

 

Et voici maintenant notre leçon présentée sous sa forme la plus générale. Bon nombre de théories qui paraissent exactes quand on considère un secteur isolé de l'économie s'avèrent absurdes quand on examine les besoins variés de tous, sous l'angle du consommateur comme sous l'angle du producteur.

 

Saisir les problèmes dans leur ensemble, et non pas seulement en leurs différents fragments, tel est l'objectif de la science économique.

 

Note

 

[1] Santayana. Le Royaume de la Vérité (1938, p. 16).

 

Remerciements : Hervé de Quengo, et traduction par Mme Gaëtan Pirou

 

 

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Henry Hazlitt (28 novembre 1894 - 8 juillet 1993) est un philosophe, essayiste, et journaliste libertarien américain. Journaliste au Wall Street Journal, à Newsweek et au New York Times, il s'est fait connaître grâce à son livre L'Économie en une leçon (en), un ouvrage de vulgarisation sur les principes de l'économie de marché, basé sur Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas de Frédéric Bastiat. Auteur prolifique, il est aussi l'auteur d'une œuvre majeure sur l'éthique, The Foundations of Morality.
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