|
|
Il
y a quelque temps, David Malpass, auteur financier
et économiste en chef chez Bear Stearns
(oui, la même Bear Stearns) a
déclaré que l’épargne américaine était
sous-estimée en cela qu’elle exclut « les
améliorations de cash-flow grâce aux gains
réalisés sur les actions, les maisons, et le refinancement des
emprunts immobiliers ». Je ne suis pas en train de parler de Malpass dans le but de m’en prendre à Bear Stearns et à la qualité de ses
conseillers : c’est le travail du marché. Ce que Malpass a fait, c’est d’attirer par
inadvertance l’attention sur la confusion qui règne dans les
commentaires économiques relatifs à la nature de
l’épargne et à son importance critique pour le
bien-être économique.
La
plupart des économistes définissent l’épargne
comme de la consommation différée. Mais cette définition
est très trompeuse, car elle confond la demande pour détenir du
cash avec l’épargne. Pour l’école autrichienne
d’économie, l’épargne est un processus qui reporte
la consommation présente en faveur d’une plus grande
consommation future, grâce à l’expansion de la structure
de capital, et qui accroît ainsi la production future. Cette
définition exclut clairement les encaisses. Si nous nous appuyons sur
la définition autrichienne, nous voyons que « les
améliorations de cash-flow grâce aux gains
réalisés dans les actions » ne peuvent pas, en soi,
être définies comme de l’épargne. Pour
qu’elles soient de l’épargne, elles doivent être investies.
Le
logement est un bien de consommation, et non « une forme
d’épargne » comme l’affirment tant
d’économistes. La différence fondamentale entre un bien
de capitalisation (bien futur) et un bien de consommation (bien actuel) est
que les services d’un bien de capitalisation sont consommés
indirectement, tandis que les services d’un bien de consommation sont
consommés directement. Menger, le fondateur de l’école
autrichienne, non seulement traitait les biens de capitalisation comme quelque
chose de concret plutôt que d’abstrait, mais a également
expliqué que ces biens devaient être organisés dans un
ordre particulier afin de former un ensemble cohérent. Il affirmait
que par conséquent
« la classification des biens
en moyens de production et en biens de consommation (biens d’ordre
supérieur et biens d’ordre inférieur) est
scientifiquement justifiée... » (Carl Menger, Principles
of Economics, Libertarian
Press, Inc., 1994, p. 303).
Il
s’ensuit que la différence économique fondamentale entre
un hamburger et une maison n’est pas la durabilité, mais le
temps. Dans les mains des consommateurs, ils deviennent tous deux des biens
de consommation. Tandis que les services directs d’une maison peuvent
être consommés sur de nombreuses années, les services du
hamburger sont consommés en quelques minutes. De l’autre
côté, les biens de capitalisation sont utilisés pour
produire directement et indirectement des biens de consommation. Une autre
caractéristique qui définit les biens de capitalisation est leur
reproductibilité : par exemple, la terre n’est pas un
capital. Certains Autrichiens ne sont pas d’accord sur le point du
capital et de la durabilité. Hayek considérait que les maisons
étaient des biens de capitalisation « en cela qu’elles
sont impermanentes ». De plus,
« nous devons les remplacer
par quelque chose si nous voulons conserver un niveau de revenus
donné... (Frederich von Hayek, The Pure Theory of Capital,
The University of Chicago Press, 1975, pp. 77-78).
Ici,
le problème est que si la durabilité devient un facteur
définissant, qu’est-ce qui va empêcher les gens de
définir les voitures de collection, les télévisions, les
livres, les meubles, les couverts, les bagues de mariage, etc., comme du
capital ? Il en résulterait que le capital perdrait sa
signification réelle. Nous voyons maintenant que cette
incompréhension provient de la confusion entre durabilité et
biens de capitalisation. La durabilité est un caractère
secondaire et ne saurait en aucune façon définir un bien de
capitalisation.
Par
conséquent, le Ministère américain du Commerce a
parfaitement raison lorsqu’il définit « l’argent
dépensé pour rembourser un emprunt immobilier dans le
même panier que l’argent dépensé pour la
consommation quotidienne ». Les fonds de pension sont-ils de
l’épargne ? Eh bien, ce que les Américains appellent
comptes 401 K sont de l’épargne mais
seulement dans la mesure où ils correspondent à la
définition autrichienne de l’investissement. Lorsqu’un
compte 401 K est « investi » dans des biens de consommation, il
devient de la « désépargne ».
Comme
preuve que les Américains épargnent, il a été
remarqué par certains commentateurs que les 400 Américains les
plus riches ont vu leurs actifs nets augmenter énormément au
cours des dernières années. Et alors ? Si l’on
considère la quantité de crédit que la Fed a
injecté dans l’économie américaine au cours des
quelques dernières années, une grande partie de cette richesse
pourrait s’avérer largement illusoire. Il suffit de se souvenir
de l’effondrement récent de Bear
Stearns pour réaliser à quelle vitesse la richesse de papier
peut s’évanouir.
Malheureusement,
l’idée selon laquelle la propriété foncière
devrait être incluse dans toute mesure de l’épargne est
une erreur tenace. Considérer ce type de capital comme de l’épargne
est une idée absurde selon laquelle parce que les États-Unis
possèdent le taux le plus élevé de
propriété foncière de leur histoire, les
Américains ne peuvent pas être des paniers percés. Mais
comme je l’ai déjà expliqué, les maisons ne sont
pas des biens de consommation. Tout investissement véritable qui est
liquidé pour acheter un logement est de la désépargne.
Par
exemple, si les investisseurs vendent leurs actions afin d’acheter des
maisons plus grandes, ils sont clairement en train de désépargner.
Que cela résulte en une baisse de l’épargne totale
dépend entièrement de
la question de savoir si d’autres, sur le marché,
augmentent leur épargne d’au moins autant. Le fait que leurs
maisons soient un actif ne change pas davantage la situation que s’ils
dépensaient leur argent dans des voitures de collection. Affirmer cela
devrait être un truisme : bien que toutes les formes
d’épargne soient des actifs, tous les actifs ne sont pas de
l’épargne.
Bien
que ce soit l’esprit d’entreprise qui dirige l’économie,
c’est l’épargne qui l’alimente. Sans
l’épargne, l’économie finit par régresser et
le niveau de vie finit par baisser. Ainsi, les Américains mettent-ils
assez de côté pour satisfaire leurs futures aspirations
matérielles ? Honnêtement, je n’en sais rien.
Cependant, la leçon que les Asiatiques comprennent et que de nombreux
Américains aujourd’hui doivent réapprendre, c’est
que c’est l’épargne, et pas la consommation, qui est
à la base du niveau de vie. Et c’est la raison pour laquelle la
proposition faite par les Démocrates d’augmenter les
impôts pourrait faire sombrer l’économie
américaine.
Selon
Irwin M. Stelzer, « l’ère des puristes du libre-échange
et du non-interventionnisme du gouvernement est
terminée, si tant est qu’elle ait jamais existée ».
(The Credit Crisis of 2008: As was the case a century ago, it's
good to have a J.P. Morgan when you need one, National Review Online,
31 Mars 2008, Volume 013, Numéro 28). Stelzer relate le cas de la Knickerbocker
Trust Company qui a chaviré en 1907, lorsque
la bulle a éclaté. Heureusement pour les actionnaires, J.P.
Morgan est arrivé à la rescousse. Comme de coutume avec les
experts en économie, M Stelzer s’est
trompé.
À
la base de la bulle et de l’effondrement de Knickerbocker, il y avait
une expansion monétaire mise en œuvre par le système des
banques de réserve et des banques centrales de réserve. Lorsque
l’expansion monétaire a cessé, un resserrement du
crédit est survenu, Knickerbocker a découvert que les titres
qu’il avait acceptés comme nantissement ne valaient
désormais plus rien. Une fois encore, la vraie leçon n’a
pas été retenue.
|
|