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L'épargne et l'économie américaine
Par Gerard Jackson - BrookesNews.com
Publié le 12 octobre 2010
1251 mots - Temps de lecture : 3 - 5 minutes
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Il y a quelque temps, David Malpass, auteur financier et économiste en chef chez Bear Stearns (oui, la même Bear Stearns) a déclaré que l’épargne américaine était sous-estimée en cela qu’elle exclut « les améliorations de cash-flow grâce aux gains réalisés sur les actions, les maisons, et le refinancement des emprunts immobiliers ». Je ne suis pas en train de parler de Malpass dans le but de m’en prendre à Bear Stearns et à la qualité de ses conseillers : c’est le travail du marché. Ce que Malpass a fait, c’est d’attirer par inadvertance l’attention sur la confusion qui règne dans les commentaires économiques relatifs à la nature de l’épargne et à son importance critique pour le bien-être économique.

 

La plupart des économistes définissent l’épargne comme de la consommation différée. Mais cette définition est très trompeuse, car elle confond la demande pour détenir du cash avec l’épargne. Pour l’école autrichienne d’économie, l’épargne est un processus qui reporte la consommation présente en faveur d’une plus grande consommation future, grâce à l’expansion de la structure de capital, et qui accroît ainsi la production future. Cette définition exclut clairement les encaisses. Si nous nous appuyons sur la définition autrichienne, nous voyons que « les améliorations de cash-flow grâce aux gains réalisés dans les actions » ne peuvent pas, en soi, être définies comme de l’épargne. Pour qu’elles soient de l’épargne, elles doivent être investies.

 

Le logement est un bien de consommation, et non « une forme d’épargne » comme l’affirment tant d’économistes. La différence fondamentale entre un bien de capitalisation (bien futur) et un bien de consommation (bien actuel) est que les services d’un bien de capitalisation sont consommés indirectement, tandis que les services d’un bien de consommation sont consommés directement. Menger, le fondateur de l’école autrichienne, non seulement traitait les biens de capitalisation comme quelque chose de concret plutôt que d’abstrait, mais a également expliqué que ces biens devaient être organisés dans un ordre particulier afin de former un ensemble cohérent. Il affirmait que par conséquent

« la classification des biens en moyens de production et en biens de consommation (biens d’ordre supérieur et biens d’ordre inférieur) est scientifiquement justifiée... » (Carl Menger, Principles of Economics, Libertarian Press, Inc., 1994, p. 303).

Il s’ensuit que la différence économique fondamentale entre un hamburger et une maison n’est pas la durabilité, mais le temps. Dans les mains des consommateurs, ils deviennent tous deux des biens de consommation. Tandis que les services directs d’une maison peuvent être consommés sur de nombreuses années, les services du hamburger sont consommés en quelques minutes. De l’autre côté, les biens de capitalisation sont utilisés pour produire directement et indirectement des biens de consommation. Une autre caractéristique qui définit les biens de capitalisation est leur reproductibilité : par exemple, la terre n’est pas un capital. Certains Autrichiens ne sont pas d’accord sur le point du capital et de la durabilité. Hayek considérait que les maisons étaient des biens de capitalisation « en cela qu’elles sont impermanentes ». De plus,

« nous devons les remplacer par quelque chose si nous voulons conserver un niveau de revenus donné... (Frederich von Hayek, The Pure Theory of Capital, The University of Chicago Press, 1975, pp. 77-78).

Ici, le problème est que si la durabilité devient un facteur définissant, qu’est-ce qui va empêcher les gens de définir les voitures de collection, les télévisions, les livres, les meubles, les couverts, les bagues de mariage, etc., comme du capital ? Il en résulterait que le capital perdrait sa signification réelle. Nous voyons maintenant que cette incompréhension provient de la confusion entre durabilité et biens de capitalisation. La durabilité est un caractère secondaire et ne saurait en aucune façon définir un bien de capitalisation.

Par conséquent, le Ministère américain du Commerce a parfaitement raison lorsqu’il définit « l’argent dépensé pour rembourser un emprunt immobilier dans le même panier que l’argent dépensé pour la consommation quotidienne ». Les fonds de pension sont-ils de l’épargne ? Eh bien, ce que les Américains appellent comptes 401 K  sont de l’épargne mais seulement dans la mesure où ils correspondent à la définition autrichienne de l’investissement. Lorsqu’un compte 401 K est « investi » dans des biens de consommation, il devient de la « désépargne ».

Comme preuve que les Américains épargnent, il a été remarqué par certains commentateurs que les 400 Américains les plus riches ont vu leurs actifs nets augmenter énormément au cours des dernières années. Et alors ? Si l’on considère la quantité de crédit que la Fed a injecté dans l’économie américaine au cours des quelques dernières années, une grande partie de cette richesse pourrait s’avérer largement illusoire. Il suffit de se souvenir de l’effondrement récent de Bear Stearns pour réaliser à quelle vitesse la richesse de papier peut s’évanouir.

Malheureusement, l’idée selon laquelle la propriété foncière devrait être incluse dans toute mesure de l’épargne est une erreur tenace. Considérer ce type de capital comme de l’épargne est une idée absurde selon laquelle parce que les États-Unis possèdent le taux le plus élevé de propriété foncière de leur histoire, les Américains ne peuvent pas être des paniers percés. Mais comme je l’ai déjà expliqué, les maisons ne sont pas des biens de consommation. Tout investissement véritable qui est liquidé pour acheter un logement est de la désépargne.

Par exemple, si les investisseurs vendent leurs actions afin d’acheter des maisons plus grandes, ils sont clairement en train de désépargner. Que cela résulte en une baisse de l’épargne totale dépend entièrement de  la question de savoir si d’autres, sur le marché, augmentent leur épargne d’au moins autant. Le fait que leurs maisons soient un actif ne change pas davantage la situation que s’ils dépensaient leur argent dans des voitures de collection. Affirmer cela devrait être un truisme : bien que toutes les formes d’épargne soient des actifs, tous les actifs ne sont pas de l’épargne.

Bien que ce soit l’esprit d’entreprise qui dirige l’économie, c’est l’épargne qui l’alimente. Sans l’épargne, l’économie finit par régresser et le niveau de vie finit par baisser. Ainsi, les Américains mettent-ils assez de côté pour satisfaire leurs futures aspirations matérielles ? Honnêtement, je n’en sais rien. Cependant, la leçon que les Asiatiques comprennent et que de nombreux Américains aujourd’hui doivent réapprendre, c’est que c’est l’épargne, et pas la consommation, qui est à la base du niveau de vie. Et c’est la raison pour laquelle la proposition faite par les Démocrates d’augmenter les impôts pourrait faire sombrer l’économie américaine.

Selon Irwin M. Stelzer, « l’ère des puristes du libre-échange et du non-interventionnisme du gouvernement est terminée, si tant est qu’elle ait jamais existée ». (The Credit Crisis of 2008: As was the case a century ago, it's good to have a J.P. Morgan when you need one, National Review Online, 31 Mars 2008, Volume 013, Numéro 28). Stelzer  relate le cas de la Knickerbocker Trust Company qui a chaviré en 1907, lorsque la bulle a éclaté. Heureusement pour les actionnaires, J.P. Morgan est arrivé à la rescousse. Comme de coutume avec les experts en économie, M Stelzer s’est trompé.

À la base de la bulle et de l’effondrement de Knickerbocker, il y avait une expansion monétaire mise en œuvre par le système des banques de réserve et des banques centrales de réserve. Lorsque l’expansion monétaire a cessé, un resserrement du crédit est survenu, Knickerbocker a découvert que les titres qu’il avait acceptés comme nantissement ne valaient désormais plus rien. Une fois encore, la vraie leçon n’a pas été retenue.

 

 

 

 

Gerard Jackson
www.brookesnews.com

 

Gérard Jackson est l’éditeur de Brookesnews.com

 

 

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