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«
Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains
chaque individu, et l'avoir pétri à sa guise, le souverain
étend ses bras sur la société tout entière; il en
couvre la surface d'un réseau de petites règles
compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les
esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne
sauraient faire jour pour dépasser la foule; il ne brise pas les
volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige; il force
rarement d'agir, mais il s'oppose sans cesse à ce qu'on agisse; il ne
détruit point, il empêche de naître; il ne tyrannise
point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il
hébète, et il réduit enfin chaque nation à
n'être plus qu'un troupeau d'animaux timides et industrieux, dont le
gouvernement est le berger. »
Alexis de Tocqueville
De la Démocratie en Amérique (1840)
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