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L'hubris des hommes de l'état en matière de monnaie.

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Publié le 27 avril 2019
910 mots - Temps de lecture : 2 - 3 minutes
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Rubrique : Editoriaux

I. Echanges et facultés individuelles.

1. Avant que l'homme ait inventé l'échange "indirect" de marchandises, voire de « données », avec autrui, il n’existait que l'échange de matières, de données, entre deux personnes (échange bilatéral, synallagmatique, de pair à pair…), l’échange "direct".

2. Par comparaison avec les échanges « indirects », les échanges « directs » cachaient des actions que l'homme, en partie ignorant de la réalité, n'avait pas la capacité de mener avec autrui.

3. Son incapacité allait de pair avec son infirmité à défaut d'en être synonyme (cf. Poincaré et savant, 1908).

II. Pensée et coûts.

4. Si l'homme est en partie ignorant de la réalité, il est aussi "esprit" et "pensée", "roseau pensant" ("reed who is thinking"...).

Incapacité ou infirmité de l'homme cachaient des coûts jugés très élevés (dont des coûts d'échange) qu'il leur donnait.

D’ailleurs, s'il avait jugé le coût de l'acte d'échange satisfaisant, il n'aurait pas recherché d'invention ou d'innovation en la matière l’amoindrissant.

Il l'a jugé "trop élevé", il l’a surtout jugé s’opposer et nuire, en conséquence, à des actes d'échanges.

5. Et sa démarche l'a amené à inventer des moyens d'amoindrir les coûts progressivement.

Il a donc fait des recherches à cause des obstacles que, le cas échéant, y mettaient les hommes de l'état et leurs réglementations nouvelles destinées soi-disant à favoriser l'amélioration.

Et les recherches ont abouti.

III. La course poursuite.

6. Ce qu'on dénomme "monnaie" aujourd'hui a été exemplaire.

La monnaie est apparue comme intermédiaire des échanges (cf. J.B.Say, 1815 ou ce billet d'octobre 2016), l’échange indirect complétant désormais l’échange direct.

7. Mais, dès l'origine, les hommes de l'état semblent s'être intéressés à l’invention.

Ils sont convenus de se donner le monopole de production des "pièces de monnaie" et d'obliger les gens à les accepter (Menger, 1892, Mises 1917-18).

8. L’actualité du XVIIème siècle a conduit des banquiers à s’intéresser aux "billets" qu’ils offraient ou aux "comptes de dépôt" des gens chez eux.

Ils en sont arrivés à confondre "pièces de monnaie" et "billets" ou "comptes de dépôt" des gens chez eux, les jugeant "parfaitement substituables".

9. Mais, dans la foulée, les hommes de l'état sont parvenus à donner à une banque de leur juridiction le privilège de tutelle des autres banques (en France, ce fut la « Banque de France »).

10. Début XXème siècle, au lendemain de la guerre de 1914-18, des économistes ont réussi à convaincre les hommes de l'état qu'ils pourraient restaurer leur économie détruite, en accroissant le développement de la quantité de monnaie dont ils étaient supposés « maîtres ».

Dans le cadre de la conférence monétaire internationale de Gènes (1922), les hommes de l'état des pays participants convinrent de plus d'autoriser les échanges internationaux en billets et comptes de dépôts jusqu'alors interdits, à certaines conditions (cf. Rueff, 1971 ou ce billet de novembre 2010 ).

11. La décennie suivante, en ordre dispersé, ils abandonnèrent des conditions de l'autorisation. 

12. Au lendemain de la guerre de 1939-45, dans le cadre de la conférence monétaire internationale de Bretton Woods (1944), pour les mêmes raisons qu'en 1922, ils autorisèrent les échanges internationaux à des conditions voisines en leur adjoignant une organisation nouvelle, à savoir le Fonds monétaire international (cf. billet de mars 2009 ).

13. La suite est bien connue, je la laisse de côté, y compris les absurdités dites à propos de la réglementation en France de 1973 (cf. ce billet de mars 2011 ).

IV. La cybermonnaie.

14. Reste que tout cela ne doit pas faire oublier la dernière innovation de l'homme en matière de monnaie, à savoir la "cybermonnaie" (cf. billet de juillet 2017 ).

La cybermonnaie témoigne du dernier amoindrissement des coûts de l'échange obtenu.

Si tel n'avait pas été le cas, la cybermonnaie n’aurait pas vu le jour.

Désormais, à chacun de mettre en concurrence les propriétés de ces nouveaux intermédiaires des échanges proposés avec ce que le cartel des producteurs de monnaie obligatoire impose aujourd'hui (et cela depuis la décennie 1930, cf. ce billet d'août 2013 ), à commencer par conditionner l’opinion sur « le » taux d’intérêt de la banque centrale ou des banques centrales.

15. Soit dit en passant, l’accent mis sur « le » taux d’intérêt est une façon de confondre « monnaie » et « finance ».

Jusqu’aux élucubrations de Keynes, monnaie et prix en monnaie allaient de pair, finance et taux d’intérêt de même.

Les élucubrations ont consisté d’abord à introduire la notion de « liquidité » dans la théorie économique.

Ensuite, elles ont voulu qu’existassent, d’un côté, une « préférence pour la liquidité » reliant la quantité de liquidité demandée et « le » taux d’intérêt et, de l’autre, un monopole de production de la banque centrale sur la quantité de liquidité.

Laissons de côté l’économétrie de toutes ces hypothèses, domaine qui, rappelons-le, a vu le jour dans la décennie 1930 et contre quoi peu se sont opposés (cf. Hutt, 1956).

16. A qui le crime profite-t-il ?

A ceux qui considèrent d’un bon œil la politique monétaire de l’état, comme si une telle politique pouvait exister et avoir de l'efficacité! (cf. billet de mai 2015).

V. Un dernier mot.

17. Tout cela ne doit surtout pas autoriser l'hubris des hommes de l'état sur le sujet (cf. billet de mai 2018 ).

A priori, comme par le passé, le cartel s'oppose à cette nouvelle forme d'intermédiaire des échanges en faisant valoir les pires méthodes, des anciennes comme des nouvelles.

Il ne faut pas en être dupe.

 

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Georges Lane enseigne l’économie à l’Université de Paris-Dauphine. Il a collaboré avec Jacques Rueff, est un membre du séminaire J. B. Say que dirige Pascal Salin, et figure parmi les très rares intellectuels libéraux authentiques en France. Publié avec l’aimable autorisation de Georges Lane. Tous droits réservés par l’auteur
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