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L'ouvrier doit gagner ...

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Extrait des Archives : publié le 10 mai 2012
2529 mots - Temps de lecture : 6 - 10 minutes
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Les économistes amateurs réclament toujours de « justes prix » et de « justes salaires ». Ces conceptions nébuleuses d'une justice économique nous viennent tout droit du moyen âge. Les économistes classiques les remplaceront par la notion bien différente des prix fonctionnels et des salaires fonctionnels. Les prix fonctionnels sont ceux qui permettent le plus grand volume de production et le plus grand volume de ventes. Les salaires fonctionnels sont ceux qui permettent d'employer le plus d'ouvriers et de payer les salaires les meilleurs.

 

Cette notion des salaires fonctionnels a été reprise, sous une forme vicieuse par les marxistes et par leurs disciples qui s'ignorent : les théoriciens de l'école du pouvoir d'achat. Les uns et les autres abandonnent aux esprits plus simplistes de savoir si les salaires existants sont justes ou non.

 

La vraie question, affirment-ils, est de savoir si les salaires fonctionnent bien ou mal. Et les seuls salaires qui fonctionneront, nous disent-ils, les seuls susceptibles d'empêcher une crise économique imminente sont les salaires qui permettront à l'ouvrier de pouvoir « racheter le produit de son travail ». Les marxistes et les diverses écoles du pouvoir d'achat expliquent toutes les dépressions économiques du passé par l'incapacité où l'on fut de donner à l'ouvrier un salaire de cette nature. Et quelle que soit l'époque à laquelle ils font allusion, ils affirment que le salaire que touche l'ouvrier est insuffisant pour racheter sa production.

 

Cette doctrine s'est avérée particulièrement efficace aux mains des chefs syndicalistes. Désespérant de pouvoir éveiller le sens altruiste du public, ou d'arriver jamais à persuader les patrons (par définition malfaisants) d'être « justes », ils ont sauté sur cet argument, capable d'émouvoir l'égoïsme du public et de l'effrayer pour qu'il oblige les patrons à s'incliner.

 

Et pourtant, à quel moment pourrons-nous savoir de manière un peu précise que le travailleur reçoit une paye suffisante pour racheter le produit de son travail ? Ou qu'il reçoit trop ? Comment faire pour déterminer la somme exacte ? Comme les tenants de cette doctrine du pouvoir d'achat ne semblent pas s'être donné vraiment la peine de répondre à ces questions, nous allons essayer d'y répondre nous-mêmes.

 

Quelques partisans de cette théorie ne sont pas éloignés de penser qu'il faudrait que les ouvriers de chaque industrie reçoivent un salaire tel qu'ils puissent racheter le produit même qu'ils fabriquent. Mais ils ne veulent certainement pas vouloir dire que celui qui fabrique des robes bon marché doit fabriquer assez pour en acheter, et que celui qui fabrique des manteaux de vison doit aussi pouvoir les acheter. Ou encore que l'ouvrier de chez Ford doit pouvoir s'offrir une Ford, et celui de chez Cadillac, une Cadillac. Il n'est pas inutile de rappeler que les syndicats de l'industrie automobile, au moment même où la plupart de leurs membres se classaient déjà dans le premier tiers des meilleurs revenus du pays, selon les chiffres officiels (alors qu'ils avaient des salaires 20 % plus élevés que ceux d'autres usines, et environ deux fois plus gros que ceux des employés de commerce de détail) demandaient une augmentation de 30 %, de façon, disaient-ils, « à rétablir notre capacité rapidement décroissante de racheter les marchandises que nous avons la capacité de produire ».

 

Que deviendront alors le travailleur d'usine moyen et l'employé de commerce de détail ? Si les ouvriers de l'industrie automobile ont besoin d'une augmentation de 30 % pour que leur industrie ne fasse pas faillite, cette augmentation suffira-t-elle pour les autres ? Ou bien faudra-t-il leur donner 55 ou 160 % pour que leur pouvoir d'achat soit aussi élevé que celui des ouvriers de l'automobile ? (Nous pouvons être sûrs, à nous en rapporter à l'histoire des discussions au sein des divers syndicats que les ouvriers de l'automobile, au cas où les autres ouvriers eussent revendiqué ces augmentations de salaire, auraient eux-mêmes insisté pour que fût maintenue la différence entre leurs propres salaires et ceux des autres ; car la passion pour l'égalité économique entre les différents syndicats, comme entre chacun de nous, réside — à part quelques rares philanthropes ou saints — en ce que nous désirons gagner autant que ceux qui, dans l'échelle économique, sont au-dessus de nous, plutôt que de voir gagner autant que nous ceux qui sont à l'échelle au-dessous. Mais ce qui nous occupe ici, c'est la logique interne et la vérité d'une théorie économique particulière, plutôt que la désolante faiblesse de la nature humaine.

 

2

 

La thèse selon laquelle le travailleur devrait recevoir un salaire suffisant pour lui permettre de racheter le produit de son travail n'est qu'un aspect particulier de la doctrine générale du « pouvoir d'achat ». La salaire de l'ouvrier, admet-on avec quelque raison, constitue son pouvoir d'achat. Cela est également vrai pour le revenu de chacun d'entre nous, qu'il soit épicier, propriétaire ou employé. Ce revenu constitue bien son pouvoir d'acheter ce que les autres ont à vendre.

 

Et l'une des choses les plus importantes que l'ont ait à vendre, ce sont les services que nous pouvons rendre par notre travail. Cela d'ailleurs a sa contrepartie. Dans une économie d'échange : le revenu des uns est le coût de production des autres. Chaque augmentation du salaire horaire, si elle n'est pas compensée par une augmentation équivalente d'une heure de productivité, accroît le coût de production. Un accroissement du coût de production, quand l'État contrôle les prix et empêche de les hausser, enlève tout profit aux producteurs marginaux, les élimine des affaires, ce qui finalement réduit la production et accroît le chômage. Même quand on peut élever les prix, la cherté décourage l'acheteur, contracte le marché et conduit également au chômage. Si une hausse de 30 % s'étend de proche en proche sur tous les salaires horaires, et si la même hausse de 30 % se répercute sur les prix, les travailleurs ne peuvent pas racheter plus de leur produit qu'ils pouvaient le faire avant la hausse, et la course salaire-prix doit recommencer.

 

Il se trouve certainement quelques esprits pour contester que 30 % de hausse sur les salaires entraîneront le même pourcentage de hausse sur les prix. Il est exact que ce parallélisme ne se produira qu'après un certain temps et à condition que les conditions monétaires et celles du crédit le rendent possible. Si la monnaie et le crédit sont à ce point inélastiques qu'ils ne s'enflent pas lorsqu'on force les salaires à monter (dans l'hypothèse où la hausse des salaires n'est pas compensée par une productivité accrue en dollars), alors le principal effet de la hausse des salaires sera de forcer le chômage à s'étendre.

 

Et il est for probable, dans ce cas, que la totalité des salaires payés, aussi bien en dollars qu'en pouvoir d'achat, sera plus basse qu'avant. Car une chute dans l'embauche (causée par une pression des syndicats et non par le jeu normal d'un perfectionnement technologique) signifie nécessairement que chacun trouvera moins de marchandises à acheter. Et il est peu vraisemblable que le travailleur puisse obtenir une compensation à cette baisse absolue de la production par le fait qu'il recevra une part relative plus grande de ce qu'il reste.

 

P. H. Douglas aux États-Unis et A. C. Pigou en Angleterre, le premier en analysant de nombreuses statistiques, le second grâce à une méthode purement déductive, aboutissent tous deux à cette même conclusion que l'élasticité de la demande de travail se place quelque part entre – 3 et – 4. Ce qui signifie, en langage moins technique, que « si l'on réduit de 1 % le taux de salaire existant, la demande de main d'œuvre s'accroîtra d'au moins 3 % » [1] Ou pour dire la même chose d'une autre manière : « Si l'on fait monter les salaires au-dessus du point de la productivité marginale, la réduction dans l'emploi de la main-d'œuvre sera trois ou quatre fois supérieure à la montée des salaires horaires. » [2] Si bien que le revenu total de l'ouvrier sera réduit d'autant.

 

Même si ces chiffres représentent l'élasticité de la demande pour la main-d'œuvre dans une période déjà révolue, et ne sauraient être tenus pour exacts en ce qui concerne l'avenir, ils méritent pourtant toute notre attention.

 

3

 

Envisageons à présent l'hypothèse où la hausse des salaires s'accompagne ou est suivie d'un accroissement suffisant de la monnaie et du crédit, ce qui lui permet de se produire sans entraîner une sérieuse crise de chômage. Si nous supposons que le rapport antérieur entre salaires et prix était un rapport normal de longue durée, il apparaît probable qu'une hausse forcée de 30 % des salaires entraînera finalement une hausse à peu près égale pour les prix.

 

Mais on croit généralement que les prix ne monterons pas autant : cela tient à deux erreurs de jugement. La première consiste à ne considérer que le prix de la main-d'œuvre d'une seule entreprise ou industrie, et de croire qu'elle représente toute la dépense de main-d'œuvre affectée par la hausse des salaires. C'est là l'erreur élémentaire de prendre la partie pour le tout. Chaque industrie ne représente pas seulement une section de l'ensemble productif considéré horizontalement, mais aussi une section de l'ensemble considéré verticalement. Ainsi la dépense brute de main-d'œuvre dans l'usine d'automobiles proprement dite peut être du 1/3 de ces dépenses globales ; cela peut inciter les esprits superficiels à conclure qu'une hausse de salaire de 30 % pour la main-d'œuvre ne ferait monter le prix des voitures que de 10 % ou même moins. Mais ceux-ci oublient de noter le coût en salaires indirects pour les matières premières, pour les pièces achetées toutes faites au-dehors, pour les frais de transports, les bâtiments et équipements neufs, les commissions des vendeurs, etc.

 

Les statistiques officielles montrent que dans la période de 15 ans qui va de 1929 à 1943 inclus, les salaires et traitements aux États-Unis ont constitué environ 69 % du revenu national. [Durant les cinq années de la période 1956-1960, ils constituaient également 69 % du revenu national ! Pendant les cinq années de la période 1972-1976, les salaires et traitements ont constitué 66 % du revenu national et, lorsqu'on y ajoute les suppléments on obtient 76 % du revenu national. (Édition de 1979, traduit par Hervé de Quengo)] Ceux-ci ont dû être payés naturellement sur la production nationale. Pour affecter un chiffre équitable au revenu du « travail », il faudrait à la fois déduire quelque chose de ces chiffres ou leur ajouter ; quoi qu'il en soit, disons que sur cette base, les frais de rémunération du travail ne peuvent pas être inférieurs aux 2/3 du montant total des prix de revient totaux, et même ne peuvent en dépasser les 3/4 (cela dépendra de ce qu'on entend par « travail »). Prenons le chiffre le plus bas des deux, et supposons en même temps que la part du profit en dollars ne variera pas : il est évident qu'une hausse de salaires de 30 % généralisée fera monter les prix d'environ 20 %.

 

Mais une telle hausse signifierait que la part du profit en dollars, qui représente le revenu des capitalistes, des chefs d'entreprises et du personnel directeur, ne leur donnera que 84 % de leur pouvoir d'achat antérieur. Il s'ensuivra à la longue, une réduction dans le placement des capitaux et dans la création de nouvelles entreprises par rapport à ce qu'il en eût été autrement, et aussi un transfert d'hommes, quittant les postes de chefs d'entreprises indépendants les moins rémunérateurs pour des emplois salariés mieux payés. Tout ce mouvement continuera tant que les divers revenus n'auront pas été à peu près rétablis. Ce n'est là qu'une autre manière d'exprimer cette vérité que la hausse de 30 % de salaires, dans les conditions posées, signifie une hausse égale de 30 % pour les prix.

 

Il ne s'ensuit d'ailleurs pas que les salariés ne verraient pas leur condition améliorée. Il en retireront un bénéfice relatif, tandis que d'autres membres de la communauté perdront quelque peu, mais seulement pendant la période de transition. Mais il est fort improbable que ce bénéfice relatif signifie un gain réel. Car les changements qui se produiront dans le rapport coût de production et prix ne pourront s'effectuer sans entraîner du chômage et une production irrégulière, interrompue ou réduite. Tant et si bien que si le monde du travail réussit à obtenir une plus grande part d'un gâteau réduit durant cette période de transition et de réajustement vers un nouvel équilibre, on peut se demander si ce sera une part plus grande en valeur absolue (et ce pourrait être facilement une plus petite) que la part antérieure, qui était une plus petite part d'un gâteau beaucoup plus grand.

 

4

 

Ceci nous conduit à la notion d'équilibre économique, et à voir quel en est le sens général et l'importance. L'équilibre économique existe lorsque les salaires et les prix sont ceux qui permettent d'adapter l'offre à la demande. Si, par suite d'une pression, soit gouvernementale soit privée, on essaie de faire monter les prix au-dessus de leur point d'équilibre, la demande se contracte et la production aussitôt se réduit. Si l'on essaie de faire tomber les prix au-dessous de leur point d'équilibre, la réduction ou la suppression de profits qui s'ensuivra, aura pour effet de diminuer l'offre et la création de nouvelles entreprises. Donc, toute tentative pour forcer les prix à se fixer au-dessus ou au-dessous de leur niveau normal d'équilibre (qui est celui auquel un marché de libre concurrence les ferait tendre) réduira le volume de l'emploi et de la production au-dessous de ce qu'il aurait été sans cela.

 

Revenons maintenant à la doctrine selon laquelle le travail doit être payé de manière à pouvoir « racheter son produit ». Le produit national — cela devrait être évident — n'est ni créé ni acheté par le travail de l'ouvrier seul. Chacun achète, que ce soient l'employé de bureau, les gens des professions libérales, les cultivateurs, les patrons — grands et petits — les capitalistes, les épiciers, les bouchers, les quincailliers, les vendeurs d'essence, bref, tous ceux qui contribuent à la création de ce produit national.

 

Quant aux prix, salaires et bénéfices qui devraient déterminer la répartition de ce produit, les prix les meilleurs ne sont pas forcément les plus élevés, mais ceux qui assurent le plus grand volume de production et de vente. Les taux de salaires les meilleurs ne sont pas forcément les plus hauts salaires, mais ceux qui donnent naissance à une pleine production, à un emploi généralisé et aux plus copieuses feuilles de paye. Les bénéfices les meilleurs, du point de vue non seulement de l'industrie, mais du travailleur, ne sont pas les bénéfices les plus bas, mais ceux qui encouragent le plus de gens possible à devenir patrons et à créer une demande d'emplois plus forte qu'avant.

 

Si nous tentons de conduire l'économie d'un pays en ne nous occupant que d'un groupe ou que d'une classe, nous ferons tort à tous et ruinerons tout le monde, y compris les membres de la classe que nous avons voulu favoriser. Il faut conduire l'économie au profit de tous.

 

Notes

 

[1] Pigou, The theory of unemployment, 1933, p. 96.

 

[2] P. H. Douglas, The theory of wages, 1934, p. 501.

 

Remerciements : Hervé de Quengo, et traduction par Mme Gaëtan Pirou

 

 

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Henry Hazlitt (28 novembre 1894 - 8 juillet 1993) est un philosophe, essayiste, et journaliste libertarien américain. Journaliste au Wall Street Journal, à Newsweek et au New York Times, il s'est fait connaître grâce à son livre L'Économie en une leçon (en), un ouvrage de vulgarisation sur les principes de l'économie de marché, basé sur Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas de Frédéric Bastiat. Auteur prolifique, il est aussi l'auteur d'une œuvre majeure sur l'éthique, The Foundations of Morality.
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zelectron - 11/02/2014 à 18:31 GMT
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