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La baisse de l’Euro ne fait pas le printemps économique de la France

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Publié le 27 octobre 2014
770 mots - Temps de lecture : 1 - 3 minutes
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Rubrique : Editoriaux

 

 

 

 

Le taux de change de la monnaie, c’est comme le temps qu’il fait, il ne satisfait jamais personne. Jusqu’à récemment l’Euro était jugé trop fort par rapport au dollar compromettant les exportations françaises, problème d’autant plus aigu que l’activité économique en France est atone. L’Euro s’affaiblit depuis quelques semaines, faut-il vraiment s’en réjouir ?

La baisse de l’Euro : au profit de qui ?

La baisse de l’Euro profite essentiellement aux entreprises exportatrices pour deux raisons. Les entreprises qui exportent en dollars voient automatiquement leurs recettes augmentées à supposer qu’elles les convertissent systématiquement en Euros ce qui n’est pas toujours le cas. Elles ont également des comptes en devises en particulier pour les plus internationales. Par ailleurs, dès lors que l’Euro baisse, le prix des exportations baisse automatiquement en valeur nominale. On espère que cette baisse nominale conduise à une augmentation de la demande d’exportations françaises.

Pourtant, l’amélioration attendue de la balance commerciale est loin d’être une certitude et ce pour plusieurs raisons. Pour qu’un tel effet bénéfique se produise, il faut que la demande étrangère hors zone Euro se porte sur les produits français. On peut légitimement se demander pourquoi la demande étrangère se porterait davantage sur les produits français plutôt que les produits espagnols, italiens ou allemands... En d’autres termes, la baisse de l’Euro a le même effet sur toute la zone Euro. Désormais, l’effet positif d’une « dépréciation compétitive » - si tant est qu’il existe –est partagé par tous les pays membres de la zone Euro. En outre, l’augmentation des exportations présuppose que la demande étrangère réagisse fortement à la baisse des prix  – en jargon d’économiste que l’effet quantité positif liée à l’augmentation des exportations soit supérieur à l’effet-prix négatif de la baisse des prix. Il faudrait donc espérer que les entreprises françaises à l’export soient sur des segments où le prix est le facteur discriminant. Ce raisonnement va à l’encontre des analyses sur les raisons de la faiblesse des exportations françaises à savoir que contrairement aux entreprises allemandes, les entreprises françaises n’ont pas su se positionner sur des produits haut de gamme. Or, c’est la demande pour les produits haut de gamme qui est peu sensible au prix.

Pour finir, la baisse de l’Euro a un effet significatif si et seulement les entreprises françaises exportent majoritairement hors zone Euro ce qui n’est pas le cas. La zone Euro a justement été créée parce que les pays Européens ont un commerce intra-zone européenne élevé ce qui justifie l’utilisation d’une monnaie unique, source d’économie  de coûts de transaction dans ce cas. Dans ces conditions, on a dû mal à comprendre pourquoi tant d’espoir est mis dans la baisse de l’Euro !

Qui voudrait d’une monnaie faible ?

Malheureusement, dans leur enthousiasme ceux qui applaudissent à deux mains la baisse de l’Euro oublient deux éléments importants : d’une part quand l’Euro s’affaiblit, le coût des importations se renchérit automatiquement. Tous les secteurs pour lesquels les intrants sont libellés en dollars sont donc affectés négativement. Par une heureuse conjonction de facteurs, les matières premières sont plutôt à la baisse dernièrement, la baisse de l’Euro est donc partiellement ou totalement compensée par la baisse du prix des matières premières libellés en dollars.

Du coup, la baisse de l’Euro serait donc une bonne nouvelle pour les entreprises françaises si et seulement si les entreprises exportatrices bénéficiaires de la baisse de l’Euro sont plus nombreuses que les entreprises qui subissent la hausse de l’Euro.  Au vue des performances de la balance commerciale française depuis quelques années, il est permis d’en douter à court terme. Quant à l’effet à long terme attendu d’une relance des exportations par la baisse nominale des prix (la fameuse « courbe en J »), elle n’a pas vraiment prouvé son existence. Bien souvent le solde de la balance du commerce extérieur peine à devenir excédentaire et a plutôt tendance à rester dans le rouge. La baisse nominale des prix ne permet pas de pallier au problème de fond de compétitivité des entreprises françaises sur le marché mondial.

Par ailleurs, faut-il vraiment souhaiter avoir un Euro faible quand l’ambition même de l’Euro est de concurrencer le dollar sur les marchés internationaux ? Est-ce qu’une monnaie faible a des chances de remplacer le dollar dans les décennies à venir ? Il est permis d’en douter fortement. Et n’oublions pas que si l’Euro s’affaiblit, les investisseurs internationaux qui détiennent une partie non négligeable de la dette française vont sans doute demander une rémunération plus importante pour compenser l’effet négatif du taux de change. Donc au final, la baisse de l’Euro n’est sans doute pas une si bonne nouvelle que cela.

 

 

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Nathalie Janson est économiste spécialiste de la théorie de la banque libre et de la régulation bancaire. Elle enseigne depuis 10 ans au sein du groupe Rouen Business School ainsi qu’à Sciences-Po. Elle intervient régulièrement dans les médias et sur le net et publie des articles dans des revues scientifiques sur ces mêmes questions
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