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La bonne et la mauvaise spéculation, Partie 1

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Publié le 18 mars 2013
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Rubrique : Editoriaux

 

 

 

 

La spéculation est une activité fondamentale du processus de marché, sans laquelle la volatilité y régnerait en maître. Beaucoup plus forte, les acteurs du marché aurait plus de mal à s’adapter à ses effets violents.  Or, la spéculation est précisément accusée de nourrir la volatilité des marchés et de nourrir ses effets pernicieux. Nous verrons dans cette série d’articles que la spéculation est souvent mal comprise et analysée en dehors de son contexte.


Spéculation vient du Latin speculum, ou miroir. En fait, la spéculation n’est rien d’autre que le reflet du futur dans le miroir du présent[1].  Le spéculateur est ainsi quelqu’un qui agit aujourd’hui sur la base des estimations qu’il fait des conditions futures du marché. En conséquence, tous les agents du marché sont des spéculateurs. Les producteurs car ils mobilisent des ressources pour produire un bien qui sera peut-être vendu à un certain prix dans le futur. Les consommateurs parce qu’ils peuvent épargner plus ou moins de ressources aujourd’hui selon leur perception de la rareté relative des biens entre aujourd’hui et demain[2].


Ces spéculateurs-là ne sont cependant pas visés par les détracteurs des marchés qui ciblent les spéculateurs « purs ». Il s’agit là des agents qui ne mobilisent pas des ressources afin de les transformer physiquement  ou de les  consommer, mais qui achètent et vendent des stocks de biens sans les transformer physiquement. Leur activité est motivée par le simple gain dérivé d’une variation des prix de ces stocks entre le moment où ils les achètent et le moment où ils les vendent. Leur contribution à la production serait considérée comme nulle car sans utilité concrète.


Et pourtant, la recherche de ce gain par ces spéculateurs « purs » va jouer un rôle social essentiel. En effet, ils vont fournir aux « vrais » producteurs et aux consommateurs des liquidités et des stocks de produits.


Afin de rendre les choses plus concrètes, imaginons la situation d’un exploitant agricole. Il sème ses champs aujourd’hui pour récolter le fruit de son travail des mois plus tard. Entretemps, il est à la « merci » de la nature et de la productivité de ses concurrents. S’il maîtrise bien ses coûts de production, il ne sait pas avec certitude le prix qu’il pourra obtenir dans le futur de ses récoltes. En effet, le climat et la technologie font du marché agricole l’un des plus volatiles au monde. Une surproduction mondiale peut entraîner une baisse catastrophique des prix pour les agriculteurs, surtout les petits exploitants. Une production agricole trop faible peut, au contraire, faire exploser les prix pour les consommateurs.


La présence des spéculateurs peut permettre de diminuer cette volatilité des prix. S’ils baissent trop vite par rapport à la demande, les spéculateurs seront incités à en  demander. Ceci empêchera les prix de baisser davantage et fournira des liquidités aux producteurs. Si les prix montent trop vite par rapport à l’offre, c’est le cas contraire. Ainsi, les spéculateurs activeront leur offre fondée sur les stocks de biens qu’ils avaient préalablement acquis, ce qui empêchera les prix de monter encore plus et atténuera la rareté sur le marché.


La spéculation ne permet pas uniquement de diminuer la volatilité d’un marché dans le temps. Elle peut aussi l’atténuer entre les divers marchés.  On parle alors d’arbitrage. Les spéculateurs, motivés par « l’appât du gain », achèteront sur des marchés où un bien est abondant  et donc moins cher, pour le vendre sur des marchés moins bien fournis. Cette demande sur le « marché moins bien fourni » permet de rehausser un prix sous-évalué tandis que l’offre sur « le marché sous-approvisionné » fait baisser un prix qui était trop élevé. Voilà le rôle social de l’offre et de la demande spéculatrice. La spéculation – y compris dans son aspect d’arbitrage – apporte alors une harmonisation des prix non seulement dans l’espace, mais aussi dans le temps. Elle cherche à réduire les écarts de prix sur les marchés et agit là où offre et demande sont trop écartées l’une de l’autre pour permettre une harmonisation des prix avec d’autres marchés.


La spéculation est pourtant très mal vue et l’objet d’attaques régulières de la part des pouvoirs publics qui la détestent. Effectivement, la spéculation a révélé plus d’une fois l’irresponsabilité monétaire de certains pays.


Les exemples classiques en la matière sont ces pays qui ont cherché à maintenir la parité de leur monnaie avec d’autres monnaies. Il s’agit de l’Angleterre après la 1ère guerre mondiale et jusqu’en 1931, des États-Unis de 1944 à 1971, de l’Argentine de 1992 à 2002 et du Mexique de 1988 à 1994.


Ces pays ont voulu  maintenir cette parité fixe de leur monnaie – avec l’or pour les deux premiers, avec le dollar pour les deux autres – afin de garantir une relative stabilité des prix des biens.


Mais il faut savoir que la parité fixe est fondée sur la règle simple suivante : il ne faut pas créer plus de monnaie que ce qu’on détient en monnaie sous-jacente (or ou dollars selon les cas), et vice-versa. Or, ces pays ont créé de la monnaie nationale bien au-delà de ce que leurs réserves en monnaie sous-jacente ne le leur permettaient en principe. Le résultat en fut l’inflation et la dépréciation de leur monnaie. Les États-Unis et l’Angleterre avaient l’avantage de pouvoir exporter leur inflation, tandis que l’Argentine et le Mexique ont dû encaisser la pression inflationniste et s’endetter pour obtenir des dollars.


Or, la parité fixe n’est officielle que dans les pays qui la proclament. Ailleurs, là où les parités évoluent librement, la vérité éclate au grand jour. Si dans le système de l’étalon-or, la livre et le dollar étaient négociés au taux officiel dans leurs pays d’origine, les taux de change étaient partout ailleurs ajustés à leur valeur réelle, c’est-à-dire, un taux déprécié. Idem dans les cas argentins et mexicains.


La spéculation se met en marche dès lors que les spéculateurs voient une opportunité d’acheter la monnaie dépréciée sur un marché libre, et de la vendre contre la monnaie sous-jacente sur le marché où les taux sont fixés. Ceci provoque irrémédiablement une perte des réserves en devises des pays à parité fixe qui pour maintenir l’illusion de la parité, n’hésitent pas à utiliser leurs réserves pour racheter massivement leur monnaie nationale. Les spéculateurs n’ont alors qu’à persévérer dans leurs efforts.


Sans spéculation, ces pays continueraient à creuser l’écart entre leur offre de monnaie nationale et leur stock de monnaie sous-jacente si bien que l’hyperinflation serait atteinte ou que l’endettement exploserait sans que rien n’ait pu l’arrêter. La spéculation montre le problème et peut rétrécir l’écart et arrêter le processus de dépréciation avant qu’il ne soit trop tard.


Certains pays étaient malheureusement allés trop loin. Ce fut le cas de l’Argentine en 2001-2002. Quoiqu’il en soit, si le réajustement nécessaire à l’abandon de la parité fixe a été douloureux, il ne peut pas être imputé à la spéculation mais à l’irresponsabilité des pays qui veulent maintenir une parité fixe sans respecter la règle de base d’un tel système.


Dans le prochain billet, nous verrons comment la spéculation joue aussi un rôle positif sur les marchés futurs et les marchés de couverture (hedging) en général. Nous verrons ensuite comment la spéculation devient néfaste quand le système à réserves fractionnaires et la présence d’une banque centrale brouillent les signaux.


 

 



[1] En fait, c’est le sens implicite du nom du fameux biscuit, le spéculoos. Traditionnellement, les spéculoos présentaient des images typiques de Noël étant ainsi un « miroir » de la Nativité.

[2] Un exemple typique pour les consommateurs concerne leur stratégie d’achat avant les soldes. Certains consommateurs auraient pu acheter un bien avant les soldes avec certitude, mais ils spéculent que ce bien sera soldé et attendent.

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Gabriel A. Giménez-Roche est professeur et responsable du département économie du Groupe ESC Troyes et maître de conférences à Sciences Po Paris. Son domaine de recherche est l'analyse économique de l'entrepreneuriat et son contexte socio-institutionnel. Il est également chercheur associé de l’Institut économique Molinari.
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