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La machine qu’il faut remiser

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Publié le 01 décembre 2011
1305 mots - Temps de lecture : 3 - 5 minutes
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Rubrique : Editoriaux

 

 

 

 

Nous vivons une crise de surproduction… de dettes. La machine à fabriquer de la dette a fonctionné à plein régime, puis s’est bloquée pour en avoir trop produit. La dette privée et publique a atteint un volume tel que simplement la réduire prend désormais les allures d’un cataclysme annoncé. Ce qui conduit à se poser deux simples questions : pourquoi a-t-elle pris une telle ampleur, et comment s’en débarrasser ?


La première question trouve sa réponse dans l’existence même d’un système financier dont le but principal est de créer de la dette, afin d’en profiter. Avec l’inégalité de la distribution de la richesse d’une part, et la diminution des ressources de l’État de l’autre, un double mécanisme a été mis en place qui crée le besoin d’un endettement croissant des particuliers et de l’État, impliquant en contrepartie la création et le fonctionnement d’une machinerie sophistiquée destinée à le financer… et à en tirer profit. La sous-capitalisation des entreprises en est le pendant. Le capitalisme financier a fondé sa raison d’être dans un déséquilibre dont il est à l’origine et auquel il prétend naturellement répondre en jouant les indispensables. On connait la suite, quand il ne parvient plus à retrouver le sien.


Comment s’en débarrasser ? Nous sommes désormais au coeur de la seconde question, constatant l’absence d’une réponse adéquate. Réduire la dette publique par l’austérité accentue la crise, installe la récession pour une longue durée, et repousse sans cesse à plus tard une hypothétique sortie de celle-ci. Au prétexte de gagner du temps, on le perd.


La croissance économique est le principal point d’appui permettant de stabiliser et de réduire la dette, mais elle fait défaut, et les mesures d’austérité en écartent encore plus le retour. Au contraire, le cocktail assemblant une importante dette dont le taux d’intérêt augmente, un déficit structurel de l’Etat qui ne peut pas être résorbé comme annoncé, ainsi qu’un taux de croissance anémique – tant qu’il reste positif – créent toutes les conditions requises pour la constitution d’une spirale économique descendante, aux conséquences sociales désastreuses. On se demandait à quoi sert la finance, va-t-on finir pas se poser la même question pour l’économie, qui est censée concourir au bien-être de la société ?


De simples calculs rapportés à l’Italie et effectués par Satyajit Das, un économiste qui va droit au but, sont très éloquents. Avec un taux d’intérêt à 4% et une dette représentant 120% de son PIB, la croissance du pays devrait atteindre 4,8% pour équilibrer son endettement. Au taux actuel de 7%, cette croissance devrait être de 8,4% pour produire le même résultat…. Pour prendre les calculs autrement, l’Italie aurait besoin de 10 ans afin de réduire sa dette à 90% de son PIB, si son taux de croissance était de 2% par an et les intérêts sur sa dette de 4%. L’alternative serait de vendre des actifs publics.


Appliqués aux autres pays de la zone euro, les mêmes calculs produisent les mêmes effets : le faible taux de croissance de l’économie, qui tend encore à diminuer, rend hypothétique la stabilisation de la dette publique, tout en promettant une longue récession.


Faire peser sur un nombre réduit de pays le poids de la dette de l’ensemble de ceux-ci accroît le risque pesant sur les premiers, les entraînant progressivement à leur tour dans la tourmente. Procéder à une réduction ordonnée de la dette implique de recapitaliser sur fonds publics le système bancaire, accroissant les déficits publics au lieu de les résorber et renvoyant au problème précédent. Le système financier européen est une machine infernale, sa présentation sous la forme d’un défaut de gouvernance économique une mauvaise farce.


Le contexte impose également de prendre en compte l’endettement privé. Non seulement parce que, dans le cas de plusieur pays il est clairement à l’origine des attaques des marchés, mais aussi parce que le processus de désendettement du système bancaire s’avère bien plus douloureux que prévu. Les marchés ne font pas le détail : tout comme les États, les banques doivent refinancer leurs gigantesques dettes et rencontrent la désaffection des investisseurs. La demande de crédit surpasse de beaucoup l’offre, ce qui conduit les banques à faire feu de tout bois… et à immanquablement faire à nouveau sortir le génie financier de sa boîte. Ainsi qu’à réduire tendanciellement l’offre de crédit, diminuant encore la croissance de l’économie et engendrant une baisse des recettes fiscales des États. La boucle est bouclée.


Il était espéré que, grâce aux liquidités à bas prix fournies par les banques centrales – qui viennent à nouveau de s’y engager spectaculairement toutes ensembles – et à l’abandon de toute mesure sérieuse de régulation financière, le système financier allait pouvoir se purger de ses mauvaises dettes. Qu’en attendant il allait se refinancer sur le marché, les États ayant fait place nette en réduisant leur endettement et leur voilure. Ce schéma ne fonctionne pas : les banques ne retrouvent pas plus leur équilibre que les États.


Dans un article sans appel, Nouriel Roubini vient de démontrer dans le Financial Times que l’Italie devrait sans attendre restructurer à son tour sa dette. Ce qui ouvrirait le chemin. Il n’y a pas d’autre solution que de combiner une restructuration globale de la dette publique et une socialisation des banques, le reste n’est qu’échappatoire sans avenir.


Mais, par ailleurs, comment créer la croissance, puisque celle-ci pourrait seule permettre une sortie par le haut ? Il est flagrant de constater que les discours qui se risquent à l’invoquer tournent court, une fois quelques généralités prudemment avancées. Les Britanniques viennent d’annoncer un programme de grands travaux, ne faisant que reprendre la recette japonaise qui a rencontré en son temps un échec retentissant. Tout projet butte sur la question de son financement, renvoyant à la disette généralisée, ainsi que sur ses points d’appui économiques introuvables, vu le stade de la globalisation économique à laquelle nous sommes parvenus.


Ils sont loin, les discours qui prétendaient conserver la production des biens de haute technologie pour ne déléguer que celle à faible valeur ajoutée. Les pays émergents ont acquis, notamment grâce à des transferts de technologie qu’il a fallu commercialement consentir, les savoir-faire qui devaient continuer à assurer la prospérité de l’économie occidentale. Le différentiel des coûts salariaux fait le reste en terme de compétitivité. Le réveil est douloureux.


Les sociétés occidentales ont néanmoins pour elles, en raison du niveau de bien-être relatif inégalement réparti qu’elles ont acquis, l’avantage de pouvoir se poser des questions qui, pour les sociétés des pays émergents, restent encore un luxe. Elles interrogent la qualité de la vie et de l’environnement. Mais nous sommes restés engagés à mi-chemin sur ce parcours, englués dans le cadre d’un système en crise, qui n’est plus en mesure de renouveler ses promesses et ses réalisations et n’offre plus que de sombres perspectives.


En d’autres termes, la croissance à laquelle peuvent désormais prétendre les sociétés occidentales est d’une autre nature que celle qui s’est évanouie. Elle doit intégrer dans son calcul d’autres paramètres et renvoyer à un fonctionnement différent de la société. Renouer avec cette réflexion trop vite oubliée est une nécessité, car ce n’est pas le reflet d’une conduite de riches, comme on le croyait, mais au contraire de pauvres !


Les chemins dans lesquels la société devrait s’engager sont connus. Ils comprennent la reconnaissance des droits liée à la subsistance ainsi que leur satisfaction sans conditions, une déconnexion partielle entre activité salariée et revenu, et un partage rationnel entre temps libre et travail, cette denrée qui devient rare. Ainsi qu’une imposition prioritaire des revenus financiers, afin de soulager la taxation des salaires, et enfin l’approfondissement et l’élargissement de la démocratie à l’économie, au lieu du renforcement de l’oligarchie.


Le réalisme est désormais du côté de ceux qui prônent ce radical changement et préconisent les transitions y conduisant. Sans phrases ronflantes ou promesses toujours déçues.




Billet rédigé par François Leclerc

 

 



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Paul Jorion, sociologue et anthropologue, a travaillé durant les dix dernières années dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix. Il a publié récemment L’implosion. La finance contre l’économie (Fayard : 2008 )et Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte : 2007).
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Lentement mais sûrement ses yeux s'ouvrent pour ensuite devenir glauques devant le marasme financier. Il y a de l'espoir, il y a du progrès, il y a de la prise de conscience.
Citation:
l'or appartient aux rois, l'argent aux gentlemen, le troc aux paysans, mais la dette appartient aux esclaves.
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Lentement mais sûrement ses yeux s'ouvrent pour ensuite devenir glauques devant le marasme financier. Il y a de l'espoir, il y a du progrès, il y a de la prise de conscience. Citation: l'or appartient aux rois, l'argent aux gentlemen, le troc aux paysans  Lire la suite
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