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La pensée magique : toujours plus loin

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Publié le 13 août 2012
946 mots - Temps de lecture : 2 - 3 minutes
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SUIVRE : Belgique France
Rubrique : Editoriaux

 

 

 

 

Il n’y a pas si longtemps, l’actualité française nous livrait un bel exemple de pensée magique gouvernementale. Aujourd’hui, c’est au tour de la Belgique de verser dans l’absurde.


Début juillet, la ministre française Najat Valaud-Belkacem nous affichait sa volonté de se débarrasser de la prostitution grâce à une bonne petite loi. Aujourd’hui, la Belgique, jamais en reste, décide de frapper encore plus fort : la ministre de l’égalité des chances, Joëlle Milquet, entend, dès la rentrée, bannir les comportements sexistes de la rue.


La vidéo de la honte


À l’origine de cette sortie surréaliste, une histoire malheureusement bien réelle. Une jeune flamande originaire de Leuven, vient à Bruxelles pour y poursuivre ses études de journalisme. Elle élit domicile dans un quartier populaire de la capitale, à proximité de l’institution où elle étudie. Très vite, elle se retrouve en butte à ce que toutes les jeunes femmes connaissent dans les quartiers populaires de toutes les villes du monde : le comportement vulgaire et déplacé des primates qui y traînent toute la journée. La jeune femme décide de faire de cette triste réalité le sujet de son travail de fin d’études. Elle se promène donc, munie d’une caméra cachée, afin de montrer son quotidien (un extrait de ce travail est disponible ici, ne vous laissez pas intimider par le début en Néerlandais, les « abrutis » s’expriment, eux, en Français). Elle y montre un quotidien fait de « hé mademoiselle, vous êtes belle », de « viens, on va à l’hôtel », « montre nous tes petites féfesses » et autres « salope ».


Choquant ? Certainement. Devenue virale, la vidéo fait l’objet de nombreux commentaires féminins qui confirment le caractère universel de l’expérience de l’infortunée. La toile s’indigne, à juste titre. Et les politiciens, toujours avides de publicité s’emparent du sujet. C’est là que l’abject vire au grotesque.


Une loi contre les lourdingues ?


Première à monter au créneau, la ministre de l’égalité des chances, Joëlle Milquet. Elle déposera un projet de loi à la rentrée, affirme-t-elle aux média. Se fendant d’une belle tranche de novlangue, elle affirme sans rire : « Les remarques et injures sexistes doivent faire l'objet d'une condamnation sévère, qui rompt avec le sentiment d'impunité bien présent actuellement, à Bruxelles comme ailleurs, via notamment les sanctions administratives qui doivent devenir une des priorités de la politique de respect et de lutte contre l'incivilité dans le cadre de la future législation communale. »


Une loi contre les remarques et injures sexistes ? Pas de doute, la pensée magique atteint de nouveaux sommets. Réfléchissons deux secondes. Ce que la ministre n’a manifestement pas fait. Au passage, remarquez que je n’ajoute pas perfidement « comme toutes les femmes ». D’abord parce que je risquerais de tomber sous le coup de cette future loi, et ensuite parce qu’un domaine dans lequel l’égalité des chances est strictement respectée en politique est bien l’émission déclarations stupides et matamoresques.


Stupide et inapplicable


Réfléchissons donc deux secondes. Déjà, d’un point de vue purement juridique, si je comprends bien comment on pourrait définir une « injure sexiste », la « remarque sexiste », elle, me laisse perplexe. Mais soit. Peut-être le législateur aura-t-il plus de clairvoyance. Mais ensuite, comment punir les auteurs présumés de cette nouvelle catégorie de délits ? Je vois mal les auteurs de ces remarques décliner obligeamment leur identité à la jeune femme afin qu’elle puisse aller porter plainte contre eux. Quant à porter plainte contre X, bonne chance. Il ne se passe pas un mois sans que la presse ne se fasse l’écho de la pénurie d’agents de police dans le Royaume. Imagine-t-on vraiment ces pandores débordés, laisser tout tomber parce qu’une demoiselle a porté plainte contre « un jeune d’environ 1,80m, de corpulence normale, habillé d’un jeans et d’un pull à capuche » et contrôler des dizaines de jeunes correspondant au signalement, avant de procéder à une séance d’identification ? Et comment la demoiselle pourra-t-elle prouver ses dires ? Tout le monde ne se balade pas avec une caméra cachée, et celle-ci ne permet pas nécessairement l’identification du suspect. Evidemment, on peut imaginer, dans un grand délire, un commissaire de police envoyer ses subordonnées les plus girondes, habillées de mini-jupes, s’attirer les quolibets des lourdingues afin de verbaliser. Ne pas oublier de prévoir des renforts pour contenir l’émeute qui suivra. Car le principe de base du jeune rebelle est qu’il n’est pas civilisé et n’hésite donc pas à frapper ceux qui ont l’outrecuidance de le verbaliser. À moins d’engager massivement dans la police ou d’adopter les méthodes de la défunte Stasi est-allemande, qui comptait un quart de la population parmi ses informateurs, difficile de comprendre comment la ministre compte s’y prendre pour faire respecter sa loi.


Sentiment d’impunité ?


Cela dit, rendons à César ce qui est à César, la ministre a raison sur un point. Il règne dans ce pays, comme en France d’ailleurs, un véritable sentiment d’impunité chez les petits délinquants. En cause : des tribunaux débordés, des prisons surpeuplées qui ne peuvent plus accueillir de nouveaux pensionnaires, bref, un système judiciaire totalement dépassé. C’est que la ministre, comme tous ses prédécesseurs, se livre à la pensée magique. Nos politiciens s’imaginent que le vote d’une loi suffira à changer les choses et oublient commodément qu’une loi reste lettre morte si derrière, l’appareil judiciaire n’a pas les moyens de la faire respecter. Les politiciens qui ont imposé une « zone 30 » dans le Pentagone bruxellois en savent quelque chose : le Parquet a déjà décidé de ne plus poursuivre une partie des excès constatés. Lorsqu’une loi est stupide et inapplicable, elle n’est pas respectée. Et ça, c’est la cause première du « sentiment d’impunité ».


 

 

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Frédéric Wauters est journaliste économique indépendant et professeur de sciences commerciales et de communication à la Haute Ecole Galilée à Bruxelles. Entrepreneur (www.ex-abrupto.be), il est également essayiste et vient de publier, avec son confrère Ludovic Delory, d'un ouvrage intitulé "Retraites Plombées: comment l'Etat vole votre avenir" (plus de détails sur www.retraites-plombees.be).
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yoyo bobo - 14/08/2012 à 15:49 GMT
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