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La superstition du « plein emploi »

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Extrait des Archives : publié le 19 octobre 2012
914 mots - Temps de lecture : 2 - 3 minutes
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Le but de toute nation en matière économique, comme celui de tout individu, est d'obtenir le maximum de résultats avec le minimum d'effort. Tout le progrès économique réalisé par l'humanité a consisté à obtenir plus de rendement pour un même travail. C'est ainsi que les hommes ont commencé à placer les fardeaux pesants sur le dos des mulets plutôt que sur leur dos, qu'ils ont inventé la roue et le chariot, les chemins de fer et les camions automobiles. C'est pour cela que les hommes se sont ingéniés à mettre au point des centaines de milliers d'inventions dont le but est d'épargner le travail humain.

 

Tout cela est si évident qu'on rougirait de le rappeler si ces vérités élémentaires n'étaient sans cesse oubliées par ceux qui inventent et mettent en circulation de nouveaux slogans. Pour transposer cette idée à l'échelle nationale, nous dirons que l'objectif essentiel de l'activité humaine consiste à porter la production au maximum. Si nous y parvenons, le plein emploi, c'est-à-dire l'absence d'inaction involontaire, devient un sous-produit nécessaire. Mais c'est la production qui est la fin, l'emploi n'est que le moyen. Il est impossible d'obtenir indéfiniment le maximum de production sans tendre vers le plein emploi. Mais il est très facile d'obtenir le plein emploi sans pour cela réaliser une production totale.

 

Les hommes des tribus primitives vivent tout nus, dans de pauvres huttes et avec une nourriture exécrable mais ils ne reconnaissent pas le chômage. La Chine et les Indes sont incroyablement plus pauvres que nous, mais la cause principale de leurs soucis est la médiocrité de leurs méthodes de production (lesquelles sont à la fois la cause et la conséquence de leur pénurie de capitaux) et non pas du tout le chômage. Nul but n'est plus facile à atteindre que celui du plein emploi une fois qu'on l'a dissocié du but auquel il devrait être lié : celui de la production, et qu'il devient une fin en soi. Hitler a réussi le plein emploi grâce à un programme d'armement intensif. La guerre a procuré le plein emploi à toutes les nations qui y ont pris part. Le travail forcé en Allemagne réalisait le plein emploi. Les prisons et les prisonniers enchaînés réalisent le plein emploi, c'est-à-dire qu'avec la coercition on réussit toujours le plein emploi.

 

Cependant nos législateurs, au Congrès, ne présentent pas de projets de loi pour une « Production Totale » mais des projets de loi pour le « Plein Emploi ». On entend même des commissions d'hommes d'affaires proposer une « Commission présidentielle en vue du Plein Emploi » mais non en vue de la Production Totale, ni même du Plein Emploi et de la Pleine Production. C'est toujours le moyen érigé en fin, et cette fin elle-même est oubliée.

 

On discute des salaires et de l'emploi comme s'ils n'avaient aucun rapport avec la productivité et le rendement. De l'hypothèse qu'il n'existe qu'une quantité donnée de travail possible, on tire la conclusion qu'une semaine de 30 heures procurera plus d'emplois et qu'elle est préférable à celle de 40 heures. On tolère ainsi des centaines de pratiques abusives imposées par les syndicats. Quand un Petrillo [1] menace d'empêcher une station de radio de fonctionner si elle n'embauche pas deux fois plus de musiciens qu'elle n'en a besoin, il trouve une partie du public pour le soutenir, car après tout, n'est-ce pas, il cherche uniquement à distribuer plus d'emplois. Quand nous avions notre service de la production de guerre, on regardait nos administrateurs comme des hommes de génie, car ils réalisaient des plans tels que l'on employait le plus grand nombre d'hommes possible en fonction du travail demandé — autrement dit des plans qui réduisaient le travail à son rendement minimum.

 

Il vaudrait beaucoup mieux, si nous avions le choix — ce qui n'est pas le cas — obtenir le maximum de production, en assistant ouvertement une partie de la classe travailleuse par des secours de chômage, plutôt que de procurer un plein emploi à tous par tant de subventions déguisées que la production en est désorganisée. Tout progrès de la civilisation signifie une réduction de l'emploi et non son augmentation. C'est parce que nous sommes devenus une nation remarquablement prospère que nous avons pu éliminer le travail des enfants, que tant de vieillards ne sont plus obligés d'œuvrer et que des millions de femmes peuvent s'en passer. En comparaison de la Chine et de la Russie, ce n'est qu'une très petite partie de la population qui est obligée de travailler dans notre pays d'Amérique. La véritable question qui se pose n'est pas de savoir s'il y aura du travail pour 50 ou 60 millions de personnes aux États-Unis en 1950, mais à quel point en sera arrivée la technique de la production, et par rapport à ce développement, ce que sera devenu notre niveau de vie. On se plaît à mettre l'accent sur le problème de la distribution, mais après tout, il est d'autant plus facile à résoudre qu'il y a davantage à distribuer.

 

Nous pouvons mettre beaucoup d'ordre dans nos idées si nous mettons l'accent sur le point qui compte vraiment et qui est celui-ci : quelle sorte de politique devons-nous instaurer pour développer au maximum la production ?

 

Note

 

[1] Petrillo est le Secrétaire Général de la Fédération des Musiciens, qui a cherché à imposer des exigences particulièrement restrictives aux Sociétés Radiophoniques. Il a fallu une loi pour arrêter sa campagne (Note du traducteur).

 

Remerciements : Hervé de Quengo, et traduction par Mme Gaëtan Pirou

 

 

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Henry Hazlitt (28 novembre 1894 - 8 juillet 1993) est un philosophe, essayiste, et journaliste libertarien américain. Journaliste au Wall Street Journal, à Newsweek et au New York Times, il s'est fait connaître grâce à son livre L'Économie en une leçon (en), un ouvrage de vulgarisation sur les principes de l'économie de marché, basé sur Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas de Frédéric Bastiat. Auteur prolifique, il est aussi l'auteur d'une œuvre majeure sur l'éthique, The Foundations of Morality.
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