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Il y a quelques semaines, un éditorialiste
écrivait sur un ton approbateur dans le National Post que
« nos monnaies ne sont plus liées à l'or, ce qui
signifie que les banques centrales peuvent prendre les moyens qu'il faut pour
ralentir la déflation monétaire et interrompre la spirale
mortelle des défauts de paiement qui s'accumulent, des prix et
salaires réels qui s'effondrent, et d'une dette libellée en
dollars de plus en plus coûteuse à rembourser… Aujourd'hui,
nous ne sommes plus dans la phase de balbutiement de la
macroéconomie. »
 
Cette affirmation est contredite chaque jour qui passe. Les banques centrales
et les gouvernements à travers le monde ont jusqu'ici eu recours
à divers moyens pour empêcher l'effondrement des marchés
de crédits. Ils ont injecté à répétition
des centaines de milliards de dollars en liquidités, ont acheté
d'énormes quantités de titres adossés à des
hypothèques et de papier commercial, ont nationalisé des
banques, des compagnies d'assurance et des géants de la finance
hypothécaire, ont augmenté les montants de dépôt
bancaire assurés et ont abaissé les taux
d'intérêt.
Rien n'a jusqu'ici
fonctionné. Les marchés boursiers continuent de
dégringoler, les investisseurs transfèrent partout leurs fonds
dans des endroits plus sûrs et les nouvelles font état chaque
jour des difficultés d'entreprises majeures qui sont au bord de la
faillite à cause de pertes trop élevées.
La raison de tous ces
bouleversements est peut-être que contrairement à l'affirmation
ci-dessus, la science de la macroéconomie telle qu'elle est
pratiquée par nos gouvernements n'a pas vraiment atteint l'âge
de la maturité. Elle semble au contraire accrochée à une
phase de développement où l'on est encore fasciné par
les contes de fées et être fondée sur la croyance selon
laquelle le crédit pousse dans les arbres.
Cela fait des
décennies que cette croyance est entretenue par le fait que la monnaie
et le crédit sont créés par les banques centrales et les
institutions financières commerciales, grâce aux
mystérieux mécanismes des réserves fractionnaires.
À un point tel que plus personne ne se surprend de lire
quotidiennement dans la presse que les gouvernements et les banques centrales
tentent de « soutenir les marchés de
crédits » par ces divers moyens. Mais d'où peut bien
venir tout ce nouveau crédit s'il est impossible de créer des
ressources à partir de rien?
Il peut être
utile de rappeler ce qu'est exactement le crédit, puisque tant de gens
semblent l'avoir oublié. Il découle nécessairement de la
présence de fonds épargnés, c'est-à-dire du
surplus qui reste lorsque les gens choisissent de ne pas dépenser tout
leur revenu et d'en garder une partie pour consommer plus tard. Cette demande
reportée à plus tard pour des ressources peut alors être
offerte temporairement et en échange d'une compensation, sous forme de
prêts, à d'autres gens qui veulent soit consommer quelque chose
avant d'en avoir les moyens, soit investir des ressources qu'ils n'ont pas
dans des biens de capital dans le but d'accroître leur capacité
de production et éventuellement leurs profits.
Dans un libre
marché du crédit, les taux d'intérêt trouveraient
un équilibre naturel sur la base de l'offre de l'épargne et de
la demande pour le crédit. Plus il y a de gens désirant
reporter à plus tard une plus grande partie de leur consommation, plus
l'offre de fonds épargnés sera élevée et plus les
taux d'intérêt seront bas, ce qui facilitera les
investissements. À l'inverse, une forte demande pour le crédit
fait grimper les taux d'intérêt et encourage les gens à
épargner. C'est ainsi que les marchés financiers permettent de
coordonner les actions des producteurs et des consommateurs à travers
le temps, en s'assurant que les ressources sont allouées de la
manière la plus efficace possible.
Malheureusement, nous ne vivons pas dans un tel monde
où les marchés de crédits sont libres. Nous vivons dans
un monde où une agence centrale de planification de la monnaie fausse
constamment ces marchés en manipulant les taux d'intérêt
et la quantité de crédit disponible dans l'économie.
Qu'arrive-t-il lorsque
les banques centrales réduisent les taux d'intérêt, comme
la Banque du Canada l'a fait encore une fois le 21 octobre dernier? Tout
d'abord, épargner devient moins avantageux et s'endetter moins
coûteux, ce qui a pour conséquence qu'il y a moins de
crédit réel disponible sur les marchés – du
crédit qui s'appuie sur des fonds réellement
épargnés. Au même moment, puisque les prêts sont
moins coûteux et plus faciles à obtenir, plus de projets
d'investissements marginalement moins rentables deviennent soudainement plus
attrayants.
Et pourtant, quoi
qu'il se passe avec ce taux d'intérêt fixé
artificiellement, les ressources réelles ne deviennent pas
soudainement plus abondantes. Dans un libre marché du crédit,
un plus bas taux d'intérêt reflèterait la plus grande
disponibilité de ressources à investir. Mais dans notre
féérique monde monétaire, il est tout simplement le
résultat d'une injection plus grande dans le système financier
de papier-monnaie sans contrepartie réelle dans l'économie.
C'est ce
phénomène que les économistes de l'école
autrichienne décrivent lorsqu'ils parlent de
« malinvestissements ». Lorsque les taux d'intérêt
sont artificiellement poussés plus bas qu'ils devraient l'être,
des projets d'investissements sont entamés qui ne reflètent pas
l'état réel de la demande et de la disponibilité des
ressources. Cela fait grimper les prix dans des secteurs spécifiques
où les nouveaux fonds circulent en premier. Éventuellement, les
investisseurs réalisent que leurs projets ne seront jamais rentables;
les consommateurs qui s'étaient endettés se rendent compte
qu'ils ne peuvent pas vraiment se permettre des achats qu'ils ont faits
à des prix exagérés; et les institutions
financières se retrouvent avec d'énormes quantités de
mauvaises créances qu'elles n'auraient jamais dû émettre.
S'il y a si peu de
crédit disponible aujourd'hui, c'est parce qu'il est coincé
dans ces malinvestissements et qu'il y a peu d'épargne réelle
pour réalimenter les marchés, les taux d'épargne des
ménages stagnant autour de 0% de nos jours. Ceux qui pourraient avoir
des fonds à prêter seront également réticents
à le faire aussi longtemps qu'ils auront de la difficulté
à déterminer quel emprunteur est solvable et lequel ne l'est
pas. Toutes ces mauvaises créances doivent d'abord être
liquidées si l'on souhaite libérer les ressources
accaparées par des usages improductifs. Brandir une baguette magique
pour «stimuler le crédit» ne changera pas cette
réalité.
Bien que de tout temps
les gouvernements soient intervenus dans le système bancaire et aient
provoqué des booms et des crashs économiques, le système
d'étalon-or permettait au moins d'empêcher des dislocations
financières aussi massives que celles qu'on observe aujourd'hui.
À cette époque présumément moins
éclairée, on ne pouvait pas créer de l'argent et du
crédit à partir de rien et les institutions financières
ne pouvaient se permettre d'utiliser l'effet de levier avec des ratios aussi
précaires qu'aujourd'hui.
Maintenant que notre
monnaie n'est plus liée à l'or, les gouvernements ont
effectivement le pouvoir de venir à la rescousse de tout le monde,
même si cela a pour effet de tous nous appauvrir un peu plus. Mais
c'est parce qu'ils ont aussi obtenu le pouvoir de créer le
problème en premier lieu.
Martin
Masse
Le Quebecois
Libre
Martin
Masse est né à Joliette en 1965. Il est diplômé de
l'Université McGill en science politique et en études
est-asiatiques. Il a lancé le cybermagazine libertarien Le
Québécois Libre en février 1998. Il a été
directeur des publications à l’Institut économique de
Montréal de 2000 à 2007. Il a traduit en 2003 le best-seller
international de Johan Norberg, Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste,
publié au Québec par l'Institut économique de
Montréal avec les Éditions St-Martin et chez Plon en France.
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