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Le début des réformes II : Le marché du travail, 2ème partie

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Publié le 27 janvier 2014
1200 mots - Temps de lecture : 3 - 4 minutes
( 7 votes, 3,7/5 ) , 6 commentaires
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Rubrique : Or et Argent

 

 

 

 

Comme je l’expliquais dans mon précédent article, le marché du travail français se distingue  par sa rigidité. Celle-ci s’explique principalement par quatre facteurs : la semaine de 35 heures et les indemnités de licenciement (abordés dans l’article en lien), la question  du salaire minimum universel et des cotisations sociales. Nous allons ici traiter de ces deux facteurs.



Le salaire minimum universel (le SMIC en France) est sans doute l’aspect le plus difficile à réformer en France compte tenu  du symbole qu’il représente dans l’esprit collectif. Pourtant, supposé protéger les plus faibles, le salaire minimum les exclut car leur productivité ne justifie pas une rémunération au-dessus de ce qu’ils peuvent contribuer à l’entreprise. On pourrait dire que le salaire minimum incite les entreprises à axer leur développement sur les aspects technologiques et oblige ainsi les travailleurs les moins qualifiés à se former. C’est une présentation hypocrite du salaire minimum. Car si les entreprises sont incitées à se développer technologiquement, c’est avant tout pour diminuer leur besoin en une main d’œuvre devenue trop cher. Quant aux travailleurs moins qualifiés, comment peut-on prétendre qu’ils suivront une formation s’ils ne peuvent pas trouver un travail pour la payer ?



Évidemment, on pourra toujours affirmer que le salaire minimum universel est plus élevé ailleurs, comme par exemple au Luxembourg ou en Australie. C’est vrai mais cela cache le fait que par ailleurs le marché du travail dans ces pays est beaucoup  moins rigide sur d’autres aspects. Par conséquent, ils peuvent supporter sans trop de dégâts le coût du salaire minimum. D’autres diront que si dans certains pays aux économies très solides comme la Suisse, ou à un moindre degré l’Allemagne, aucun salaire minimum légal n’y existe, des négociations collectives établissent néanmoins des salaires minima par secteur. Encore une fois, c’est oublier que les partenaires sociaux dans ces pays sont plus pragmatiques, plus proches de la vie de l’entreprise et garants avant tout du maintien des individus dans leur emploi et non de la hausse continue des salaires. Les salaires minima établis par ces négociations sont plutôt flexibles et ne constituent pas une loi écrite dans le marbre.



Reste que la suppression pure et simple du salaire minimum en France serait sans doute difficile à accepter par la grande majorité de la population. Cela pose de fait la question de la rigidité des cotisations sociales. Si le salaire minimum en France pose problème, c’est parce qu’il ne se situe pas vraiment autour des 1400 euros bruts, mais plutôt autour de 2800 euros, charges comprises.  Car pour une entreprise, le « salaire » inclut tout ce qui est payé pour embaucher quelqu’un et non son salaire net ou « brut ». Le « coût de l’employeur » ou le « super brut », voilà le salaire qui compte pour l’entreprise. Ce salaire est constitué d’un peu plus de 45% de cotisations sociales. Ces cotisations comportent en gros trois volets : assurance maladie, retraite, et assurance chômage. La réforme de la retraite constitue à elle seule un problème très compliqué et nous n’en parlerons pas ici.



C’est pourquoi, envisager la question du Smic, c’est aussi poser celle du financement de la sécurité sociale en France. Or, les réformes des assurances maladies et chômage présentent moins de complications techniques. En effet, i rien ne justifie techniquement la tutelle de l’Etat sur l’assurance maladie L’assurance maladie pourrait rester obligatoire. Cependant, elle pourrait passer à la libre concurrence entre assurances privées afin d’éliminer notamment les coûts bureaucratiques et les redondances typiques de l’administration publique.



Pour mieux exposer l’enjeu des coûts de la santé publique, je propose au lecteur un petit exercice. Le salaire mensuel net d’un travailleur moyen en France est de 2 043 euros (Source : INSEE), ce qui nous donne un « super brut » proche de 4 000 euros. Les cotisations santé constituent environ 12% du super brut par mois pour une couverture santé égale à  70% du tarif de base de la sécurité sociale – lequel se trouve généralement en-dessous des tarifs réels des services santé. Aux États-Unis, un salarié moyen touche un super brut mensuel de 4 583 dollars (Source : SSA)[1], soit 3 391 euros. En moyenne, il paye  448 dollars (Source : Kaiser Family Foundation) par mois au titre de son assurance santé, soit 332 euros, ou 9,8% de son super brut. Or, cela lui permet d’avoir une couverture proche de 100% à frais réels. Et ce en dépit du fait qu’on assiste aux États-Unis à une inflation des coûts du fait des nombreuses interventions de l’État fédéral.



Concernant l’assurance chômage, il est évident que si l’environnement économique venait à s’améliorer du fait des réformes mises en œuvre dans le billet précédent, la pression sur cette assurance serait beaucoup moins forte. Aujourd’hui, une critique récurrente consiste à souligner son incapacité à trouver des postes adaptés au profil des chômeurs. Il est vrai que l’incompétence réelle et la mauvaise volonté peuvent être une des causes de ce problème. Il n’en demeure pas moins que la rigidité constatée sur le marché du travail français contribue énormément au problème. Même pour des sociétés de service  comme Manpower ou Randstad, connus pour leur compétence en la matière, la chose n’est pas facile. Un marché redynamisé rendrait plus facile le repositionnement des chômeurs, du fait d’investissements plus importants et d’une plus grande diversité dans les débouchés.



L’assurance chômage – à savoir le fait de rémunérer l’inactivité - pose cependant un problème en soi, d’autant plus que l’absence d’un marché du travail dynamique rend la période d’inactivité plus longue que ce qu’elle pourrait être. Par conséquent, les dépenses réalisées avec ces allocations chômage sont très élevées. Un marché redynamisé permettrait de réduire la période potentielle d’inactivité grâce à une plus grande offre de postes créés par les entreprises. Cette réduction sera amplifiée si un vrai marché de l’assurance chômage était mis en place, car les recettes des compagnies d’assurance-chômage reposeraient alors sur leur capacité à replacer leurs assurés – et sur le fait qu’elle préfèrerait replacer un assuré dans des emplois stables au risque sinon de devoir lui verser des indemnités plus souvent.



En résumé, une réforme du marché du travail est selon moi un complément nécessaire aux réformes des marchés des biens et services. On pourrait envisager un décalage entre la mise en œuvre des réformes sur les marchés des biens et services et celles du marché du travail afin de bénéficier du dynamisme renaissant des premiers. Les réformes des 35 heures et celle des indemnités de licenciement sont peut-être les plus faciles à mettre en œuvre dans l’immédiat. La libération des marchés des assurances maladie et chômage (tout en les maintenant obligatoires) pourraient être entamées dans la foulée. La réforme du SMIC est à envisager en dernier, une fois que la redynamisation du marché commencera à  porter ses fruits. On pourrait même envisager de ne pas le supprimer, à condition de cesser de l’augmenter de sorte qu’au fur et à mesure que les salaires moyens augmenteront, sa signification économique sera de moins en moins importante.



 

 





[1] Pour trouver le super brut américain, veuillez ajouter 28% du salaire net correspondant à leurs charges qui inclut déjà les impôts à la différence du super brut français qui ne les inclut.



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Gabriel A. Giménez-Roche est professeur et responsable du département économie du Groupe ESC Troyes et maître de conférences à Sciences Po Paris. Son domaine de recherche est l'analyse économique de l'entrepreneuriat et son contexte socio-institutionnel. Il est également chercheur associé de l’Institut économique Molinari.
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Loin des amphitheatre de Science Po, auriez-vous le courage de lire cet article sur l'emploi, le chomage ...
http://www.mediapart.fr/journal/france/270114/jai-55-ans-je-cherche-du-travail?onglet=full (je vous mettrais bie nle PDF de l'article, mais joindre une piece n'est pas prévu ...)
Les gens ne manquent pas de dynamisme ... le marché n'est pas rigide, il est atone ! Mort ! Tué par les règles néo-libérales.
Loin des amphitheatre de Science Po, auriez-vous le courage de lire cet article sur l'emploi, le chomage ...
http://www.mediapart.fr/journal/france/270114/jai-55-ans-je-cherche-du-travail?onglet=full (je vous mettrais bie nle PDF de l'article, mais joindre une piece n'est pas prévu ...)
Les gens ne manquent pas de dynamisme ... le marché n'est pas rigide, il est atone ! Mort ! Tué par les règles néo-libérales.
Les entreprises n'ont pas pour vocation de faire du social ou de générer des emplois. Même si les politiciens, tous bords confondus, se déchargent de leurs responsabilités politiques en la matière. Vous aurez une explication de ce point de vue sur le blog de Paul Jorion, vidéo du 17 janvier 2014.

Le nombre d'emploi, les profils de qualifications (à adapter à la composition de la société) sont des sujets politiques. Si les règles et lois favorisent la délocalisation des emplois peu qualifiés (voire même les qualifiés) en Asie ou ailleurs, on ne doit pas s'étonner que le gisement d'emplois en Europe diminue. L'entreprise, fidèle à sa raison d'être est autorisée à user des règles et lois pour maximiser son profit. C'est légal plus que légitime.

Le salaire "super brut" comprend une part de cotisations sociales et un salaire différé (les retraites). Et ce serait une très riche idée, en effet, de ne pas faire porter le financement de ces cotisations sociales sur les seuls salaires. Il y a bien d'autres sources de fonds à mobiliser ! L'impot sur le revenu des sociétés par exemple : celles qui font des supers profits en délocalisant les emplois pourraient contribuer plus et compenser le ""manque à gagner" social. Bonne idée , non ?

On peut discuter de l'efficience du service public à gérer la sécurité sociale, pourquoi pas, le sujet n'est pas tabou. En prenant bien soin de ne pas réserver la protection sociale aux seuls salariés qui ont les moyens de payer un service privé de protection sociale. Exclure une partie (grandissante) pauvre de la population n'est pas un objectif très réjouissant. Vous aimez trébucher sur des SDF tuberculeux vous ? Plus sérieusement, dans les pays qui ont déjà largement privatisé, les services privés de protection sociale (faut-il encore les appeler comme ça ?) ne remplissent pas toutes les fonctions attendues. Prenons l'exemple du financement des services d'urgence. PAs assuré = pas couvert = renvoyé au service public de santé ou à la morgue. Vous en rêvez ?

Je suis d'accord avec vous, une réforme du marché du travail est nécessaire : pour en retrouver le volume d'avant la mondialisation sauvage, pour garantir le financement des retraites (tiens je me souviens que les retraités anglais ont eu une désagréable surprise lors des fuites de pétrole dans le golfe du Mexique. Vous vous en souvenez ?) . Là, le mauvais état des banques et assurances me fait douter de la matérialité des contrats d'assurance-vie ... on verra, qui fait faillite dans les prochains mois, .... Vous lisez la revue de presse hebdomadaire et humoristique de Pierre Jovanovic ? (Rire jaune , c'est quand même rire !)

Bien sincèrement.

PS :
Loin des amphitheatre de Science Po, auriez-vous le courage de lire cet article sur l'emploi, le chomage ...
http://www.mediapart.fr/journal/france/270114/jai-55-ans-je-cherche-du-travail?onglet=full (je vous mettrais bien le PDF de l'article, mais joindre une piece n'est pas prévu ...)
Les gens ne manquent pas de dynamisme ... le marché n'est pas rigide, il est atone ! Mort ! Tué par les règles néo-libérales.
Pour qu'un patron responsable embauche de bon coeur, il est indispensable pour lui, pour la santé de l'entreprise, qu'il puisse, à contre-coeur certainement, se séparer d'un employé devenu un poids insupportable lorsque " la brise est venue ". Au risque de couler l'entreprise.
Tant qu'il sera plus difficile de licencier que de divorcer ( ou même de larguer .. ), l'embauche ne repartira pas, même avec des baisses de charges sociales.
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Vu le coût d'un salarié et la rigidité du code du travail, ce n'est pas demain que la courbe du chômage va s'inverser !
On peut bien nous sortir tous les contrats à la gomme que pondent nos énarques et Cie depuis des décennies et qui par ailleurs ne donnent curieusement pas les résultats escomptés, personne n'ose s'attaquer à notre système social que de toutes façons personne ne copie, et pour cause, et notre code du travail qui est un outil de sape des entreprises.
La France vit au dessus de ses moyens dans un monde utopique. Mais c'est vrai qu'une petite minorité avec d'énormes pouvoirs en profite largement...
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cette "minorité", qui s' appelle il faut bien le dire, le "fonctionnariat" - au sens large ( incluant 900.000 enseignants, plusieurs millions de personnels para-publics ainsi que les millions de rentiers perpétuels de la fonction publique ) n' est à l' évidence, pas si "petite" que cela.
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cette "minorité", qui s' appelle il faut bien le dire, le "fonctionnariat" - au sens large ( incluant 900.000 enseignants, plusieurs millions de personnels para-publics ainsi que les millions de rentiers perpétuels de la fonction publique ) n' est à l' é  Lire la suite
fredbob - 27/01/2014 à 11:43 GMT
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