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Le despotisme doux selon Tocqueville, une nouvelle physionomie de la servitude (I)

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Extrait des Archives : publié le 14 avril 2014
970 mots - Temps de lecture : 2 - 3 minutes
( 14 votes, 5/5 ) , 8 commentaires
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Rubrique : Fondamental

 

 

 

 

« Le plus grand soin d'un bon gouvernement devrait être d'habituer peu à peu les peuples à se passer de lui. »

 

 

 

On ne le dira jamais assez, Alexis de Tocqueville est un de nos plus grands écrivains du XIXe siècle. Non seulement par le style mais aussi par l’extraordinaire clairvoyance de sa pensée.

 

De la démocratie en Amérique se présente sous la forme deux livres :

 

- Le premier est consacré au principe de la souveraineté du peuple, son mode de fonctionnement. Tocqueville analyse les institutions politiques américaines, l’équilibre des pouvoirs, le suffrage universel, etc.

 

- Le second livre est consacré à la société démocratique, c’est-à-dire aux nouvelles manières de penser et d’être engendrées par l’égalisation des conditions. Il est question notamment de l’individualisme, de ses conséquences et des moyens de le combattre.

 

Le pire des périls qui guettent la démocratie, selon Tocqueville, n’est pas le désordre, mais « l’avènement d’un ordre régi par l’Etat-Providence, enfermant l’homme dans un réseau de réglementations oppressives et le réduisant à n’être qu’un matricule anonyme, sans initiatives ni grandeur, au sein d’une masse domestiquée » (Philippe Braud, Histoire des Idées Politiques depuis la Révolution, Paris, Montchrétien, p. 190). Le despotisme que Tocqueville discerne à l’horizon des âges égalitaires a beau être un « doux » despotisme, selon son expression, il n’en est pas moins terrifiant.

 

Pourquoi les hommes se laissent-ils entraîner dans la servitude douce de l’étatisme ? Tocqueville en donne deux raisons : la crainte du désordre et l’amour du bien-être, ce qu’il résume finalement dans une expression encore plus évocatrice, « l’apathie générale, fruit de l’individualisme ».

 

De l’individualisme comme conséquence de l’égalité

 

Tocqueville voit la marche vers l'égalité des conditions comme une évolution inéluctable et irréversible mais inquiétante, car avec elle les libertés individuelles disparaissent. En effet, l’égalité tend à dissoudre l’idée de supériorité naturelle ainsi que l’influence des traditions, ou des anciens. L’homme démocratique en vient alors à considérer que son opinion vaut celle de tout autre et qu’il n’y a aucune raison de croire un homme sur parole. Chacun veut donc se faire son opinion et ne se fier qu’à sa propre raison. D’où ce sentiment d’autosuffisance que Tocqueville appelle l’individualisme.

 

Mais l’égalisation s’accompagne d’une fragilité plus grande des individus qui deviennent isolés et séparé les uns des autres. En se repliant sur lui, il sent sa faiblesse et son isolement. Il se tourne alors naturellement vers la masse en pensant que la vérité réside dans le plus grand nombre. D’autre part, pour éviter l’anarchie et protéger leurs biens, ils s’en remettent à un pouvoir unique et central auquel ils délèguent tous leurs droits.

 

L’individualisme rend les hommes indifférents à autrui et craintifs en même temps. Il les prépare à consentir au despotisme de l’État tutélaire, ce que Tocqueville appelle le despotisme doux. Ils sont prêts à sacrifier leur liberté à leur tranquillité, à leurs petits et vulgaires plaisirs.

 


La peur de la liberté

 

L’homo democraticus est donc un homme contradictoire. Par amour de l’égalité, il refuse de s’appuyer sur la tradition ou la raison d’hommes supérieurs, mais il n’ose pas s’appuyer sur sa propre raison. Il éprouve au fond la difficulté d’assumer sa liberté.

 

Chaque être humain tend alors à se soumettre à l’autorité supérieure impersonnelle de l’État. Cette soumission apporte une sécurité compatible avec l’égalité et plus facile à vivre que la liberté.

 

Dans la légende du grand inquisiteur des Frères Karamazov, Dostoïevski a écrit des pages remarquables sur ce sujet. Les hommes ne recherchent pas tant la liberté que la sécurité. C’est pourquoi ils préfèrent déléguer leur capacité d’agir à d’autres qui joueront un rôle d’autorité vis-à-vis d’eux, mais qui surtout devront assumer à leur place la responsabilité de leurs décisions.

 

On retrouve également cette problématique dans Le Discours de la servitude volontaire d'Etienne de la Boétie. Ce texte, rédigé en 1549 par son auteur à l'âge de dix-neuf ans, dénonce la fascination imbécile des hommes pour le pouvoir. Personne ne les contraint mais ils adorent leurs maîtres. Et ces derniers « ne sont grands que parce que nous sommes à genoux », disait-il.

 

« Pour le moment, je désirerais seulement qu'on me fit comprendre comment il se peut que tant d'hommes, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois tout d'un tyran seul, qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne, qui n'a de pouvoir de leur nuire, qu'autant qu'ils veulent bien l'endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal, s'ils n'aimaient mieux souffrir de lui, que de le contredire. Chose vraiment surprenante (et pourtant si commune, qu'il faut plutôt en gémir que s'en étonner)! c'est de voir des millions et de millions d'hommes, misérablement asservis, et soumis tête baissée, à un joug déplorable, non qu'ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu'ils sont fascinés et, pour ainsi dire, ensorcelés par le seul nom d'un, qu'ils ne devraient redouter, puisqu'il est seul, ni chérir, puisqu'il est, envers eux tous, inhumain et cruel. »

 

Dans un passage fameux de La démocratie en Amérique, Tocqueville décrit les hommes en démocratie comme un « troupeau d'animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger ». Les partis qui s’opposent partagent en réalité les mêmes choix idéologiques et les électeurs croient encore exercer leur pouvoir en votant tantôt pour l'un puis pour l'autre, explique Tocqueville. « Ils se consolent d'être en tutelle, en songeant qu'ils ont eux-mêmes choisi leurs tuteurs. [...] Dans ce système, les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître, et y rentrent. »

 

Et Tocqueville de conclure : « Il est, en effet, difficile de concevoir comment des hommes qui ont entièrement renoncé à l'habitude de se diriger eux-mêmes pourraient réussir à bien choisir ceux qui doivent les conduire ». (De la Démocratie en Amérique, vol II, quatrième partie, chapitre VI, 1840)

 

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Damien Theillier est professeur de philosophie. Il est l’auteur de Culture générale (Editions Pearson, 2009), d'un cours de philosophie en ligne (http://cours-de-philosophie.fr), il préside l’Institut Coppet (www.institutcoppet.org).
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oui combien de chef d'entreprise ose suivre claude reichman pour sortir du RSI et arreter de payer comme des moutons ?
Manque d'information,ou manque de courrage ?
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Eh oui, les hommes préfèrent leur sécurité à leur liberté. Ceux qui se font élire (à tour de rôle) le savent parfaitement. De temps en temps ils nous donnent un os à ronger en sacrifiant un des leurs qui a franchi au delà du raisonnable la ligne blanche (Cahuzac par exemple). Pour le reste, on attend que cela aille trop loin, quand la coupe déborde on casse tout et on recommence allègrement avec d'autres. Bêêêêêh !
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oui combien de chef d'entreprise ose suivre claude reichman pour sortir du RSI et arreter de payer comme des moutons ? Manque d'information,ou manque de courrage ? Lire la suite
maponos - 15/04/2014 à 13:21 GMT
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