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Le Koh-I-Noor.

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Extrait des Archives : publié le 03 décembre 2014
11247 mots - Temps de lecture : 28 - 44 minutes
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Il se dit que celui qui possède le Koh-I-Noor règne sur le monde. Le Koh-I-Noor est le plus célèbre de tous les diamants et est connu dans le monde entier. La légende veut qu’il remonte à une date antérieure à la naissance du Christ, et certaines théories indiquent qu’il aurait pu apparaître au début des années 1300. L’Histoire, quant à elle, est capable de prouver de son existence pour ce qui est de ces 250 dernières années. Voici ce qui en a pour la première fois été écrit :

 

‘Concernant son histoire traditionnelle, qui remonte à 5000 ans dans le passé, il n’y a pas grand-chose à relever, et bien qu’elle ait fourni aux écrivains les plus imaginatifs un sujet d’écriture caractéristique, nous ne savons pas s’il a un jour été taillé’.

 

La référence la plus ancienne faite d’un diamant qui pourrait être le Koh-I-Noor est trouvée dans le Baburnama, les mémoires de Babur, premier Empereur Mogul à avoir régné sur l’Inde. Né en 1483, Babur (qui signifie lion – un nom qui ne lui aurait pas été donné à la naissance mais qui semble être un surnom dérivé d’un mot Arabe ou Perse signifiant lion ou tigre) était un descendant à la cinquième génération de Tamerlane par son père, et descendant à la quinzième génération de Genghis Khan par sa mère. Ayant eu dans ses veines le sang de deux des plus grans conquérants que l’Asie ait jamais connus, il n’est pas surprenant que Babur lui-même soit devenu un grand conquérant.

 

Alors qu’il était un jeune homme, Babur devait sa sûreté et sa survie sur les champs de vataille politiques et militaires à ses qualités personnelles exceptionnelles et à son opportunisme, qui lui ont permit de conquérir les plaines de l’Inde du Nord. En plus d’avoir été un guerrier, Babur était un homme civilisé et cultivé – un écrivain et un poète.

 


Miniature de Babur datant des années 1500

 

Dans le Baburnama, Babur fait allusion au sultan Al-ed-Din Khalji, qui régna sur Delhi de 1295 à 1316. Lors de l’année qui précéda son accession au trone, le sultan mena une expédition dans le Deccan, ou au Sud, sur le très haut plateau entre le Narmada et la rivière Tungabhadra-Krishna, où il prit Malwa et déroba un important butin. A l’époque, Al-ed-Din était seulement un prince au service de son oncle, Jalal-Ud-Din. En 1295, il assassina son oncle de sang froid et prit sa place sur le trône. En 1297, Al-ed-Din sortit vainqueur d’une bataille contre le dernier roi de Gujrat et son trésor s’en trouva décuplé. Un document indique qu’il aurait trouvé le diamant à Gujrat, alors qu’une autre source affirme qu’il proviendrait du Deccan. La seconce hypothèse n’est pas impossible, parce qu’après sa défaite, le roi prit la fuite vers le Sud, où il se trouva vaincu à nouveau, cette fois-ci par les généraux d’Al-ed-Din.

 

Plus de deux siècles plus tard, au temps de Babur, l’Inde du Nord était divisée entre différents chefs indépendants qui n’étaient en rien prêts à résister à un envahisseur déterminé. Après un certain nombre de raids en Inde, Babur fut invité par Daulat Khan, qui régnait sur le Punjab, à l’aider à combattre son neveu Ibrahim Lodi, alors sultan de Delhi, qui s’était prouvé être un dirigeant despotique. En 1526, Babur tua Ibrahim Lodi lors de la bataille de Panipat. L’ancien rajah de Gwailor, Vikramaditya, fut également tué lors de cette bataille. Avant de se rendre au combat, Vikramaditya avait envoyé ses bijoux au fort d’Agra, fort dont il était le qilidar. Un diamant notable aurait pu faire partie de ces bijoux. Il est considéré plausible – bien que seulement en une certaine mesure, compte tenu de ses dispositions – qu’Al-ed-Din ait récompensé les ancêtres de Vikramaditya, deux frères, en leur offrant non seulement Gwailor mais aussi le diamant.


Babur s’est rendu à Agra le 4 mai 1526, et il y a de fortes chances que le diamant lui ait été offert le jour suivant. Une référence y est faite dans le Baburnama :

 

‘Lorsqu’Humayun (le fils de Babur) arriva, le peuple de Vikramaditya tenta de s’échapper, mais fut arrêté par les gardes qu’avait postés Humayun et placé en garde à vue. De leur propre initiative, ils offrirent un peshkask à Humayun, qui consistait en une certaine quantité de diamants et de bijoux. Parmi eux se trouvait le fameux diamant acquis par le sultan Al-ed-Din. Sa valeur était telle qu’elle s’élevait à la moitié des dépenses quotidiennes du monde entier, où huit mishquals. A mon arrivée, Humayan m’en fit cadeau, et je le lui ai rendu comme récompense’.

 

Un autre document précise que le diamant aurait appartenu non pas à Vikramaditya mais à Ibrahim Lodi. Selon cette version de l’histoire, la mère d’Ibrahim Lodi l’aurait offert à Humayan, fils et successeur de Babur, dont la mission était de collecter tous les diamants ayant appartenu au sultan vaincu de Delhi. Après que les hommes d’Humayun aient manqué de mettre la main sur le diamant, servants et trésoriers furent interrogés. Ils gardèrent le silence, et même après avoir été menacés de châtiments divers, aucun d’entre eux n’ouvra la bouche. Un servant finit par pointer du doigt le palais royal.

 

Lorsqu’Humayan pénétra dans le palace, les femmes de la famille de Vikramaditya étaient en pleurs. Il leur assura que leur honneur était sain et qu’il leur réserverait le traitement que voulait leur rang. C’est alors que la mère d’Ibrahim Lodi se retira en silence dans une pièce pour en ressortir avec un coffre en or qu’elle offrit, les mains tremblantes, au jeune prince. Humayan aurait ouvert la boîte et pris le diamant.

 

Cette version est considérée incorrecte par de nombreux écrivains, et la découverte du diamant dans le fort d’Agra est généralement perçue comme la version authentique de l’histoire. Il y a également un certain nombre de divergeances pour ce qui concerne les méthodes de calcul du poids du diamant : son poids d’environ huit mishquals, déclaré par Babur, a donné vie à un certain nombre d’équations mathématiques. Il est intéressant de noter qu’une majorité de ceux qui se sont penchés sur la question sont arrivés à un poids de 186 anciens carats.

 


Miniature d’Humayun en ivoire

 

Quatre ans après la victoire cruciale de Babur à Panipat, Humayun tomba malade. Les médecins ne purent rien faire pour lui, et sa condition ne cessa de s’empirer. Quelqu’un finit par suggérer à Babur de se séparer de sa plus chère possession pour pouvoir sauver son fils. L’individu en question espérait sans doute que Babur considèrerait le fameux diamant comme pouvant remplir ce critère. Si c’était le cas, il ne fait aucun doute qu’il se trouva déçu, parce que Babur refusa sa suggestion, sur le principe même que sa possession la plus chère était sa propre vie. Babur se serait rendu au chevet de son fils, et aurait prié pour que la vie de son fils soit épargnée et que la sienne soit sacrifiée. La condition d’Humayun s’améliora, et celle de Babur commença à se détériorer. Babur mourut en décembre 1530.


Le règne d’Humayan dura 26 années mais fut sujet à de nombreuses interruptions. Après une période initiale de ç9,5 années de règne, il fut chassé d’Inde par les forces Afghanes de Sher Khan. Humayun s’enfuit d’abord à Sind, puis en Perse, et ne retourna en Inde qu’après 15 ans d’exil. Après avoir regagné son trône, son règne ne dura que six mois : un jour, après avoir entendu l’appel à la prière, il se leva trop rapidement et tomba dans les escaliers de sa librairie, possiblement sous l’effet de l’opium.

 

Après sa défaite contre les Afghans et durant l’exil qui suivit, Humayun aurait transporté avec lui le diamant que son père lui avait rendu à Agra. Au cours des 200 années qui suivirent, il fut connu sous le nom de ‘diamant de Babur’. Ayant laissé derrière lui son royaume, sa fille unique et ses nombreuses femmes – il a également abandonné son fils, Akbar, lors de sa fuite face aux Afghans – il ne laissa jamais derrière lui son diamant. La vénération qu’il avait pour cette pierre est illustrée par un incident particulier. Le chef de l’un des domaines dans lesquels il trouva refuge aurait cherché à lui acheter le diamant, et tirant avantage du statut de réfugié d’Humayun, aurait envoyé l’un de ses courtiers déguisé en marchand pour marchander avec lui. Lorsque le marchand se présenta à Humayun et lui fit part de l’objet de sa visite, Humayun, furieux, lui répondit :

 

‘De tels joyaux ne peuvent être achetés, ils tombent entre les mains d’un homme par l’arbitrage de la lame d’un sabre, qui est l’expression de la volonté divine, ou tombent devant la grâce de puissants monarques’.

 

Le marchand se retira sur-le-champ.

 

L’exil d’Humayun finit par le porter jusqu’en Perse, où Shah Tahmasp, qui règnait sur le pays, le reçut cordialement. L’Empereur Mogul en exil fut si bien traité par le Shah qu’ultimement, pour lui exprimer sa gratitude, il lui offrit une multitude de joyaux. Un historien du nom d’Abdul Fazal, qui fut plus tard employé par Akbar, le successeur d’Humayun, en tant que secrétaire, écrit dans son Akbarnama que le diamant de Babur comptait parmis les gemmes offertes au Shah Tahmasp par Hamayun. Il écrit que le diamant avait plus de valeur que les richesses de plusieurs pays. Un autre écrivain fait référence au cadeau d’Humayun au Shah Tahmasp, et écrit que ce dernier s’est trouvé tant époustouflé par leur valeur qu’il a envoyé ses bijoutiers les estimer. Ces bijoutiers lui auraient dit que leur valeur était au-delà de tout. C’est de cette manière qu’a toujours été décrite la valeur du diamant de Babur. Les autres diamants pouvaient être estimés, mais le diamant de Babur ne pouvait être comparé à rien de moins qu’à la richesse du monde.

 

La présentation de ce diamant au roi de Perse a été confirmée par Khur Shah, l’ambassadeur d’Ibrahim Qutb, roi de Golconde, devant la cour Perse. Il parla d’un diamant de six mishquals, qu’il évalua à deux journées entières de dépenses mondiales. En revanche, il a aussi dit que Shah Tahmasp ne portait pas réellement le diamant dans son cœur et l’a finalement envoyé en Inde comme cadeau à Burhan Nizam, le Shah d’Ahmednagar. L’émissaire à qui avait été confié le diamant, Mehtar Jamal, a très certainement échoué à lui porter la pierre, puisque le Shah Tahmasp donna plus tard l’ordre de le faire arrêter.

 

Ces évènements ont pris place en 1547. A partir de cette date et jusqu’au sac de Delhi en 1739, l’histoire du diamant n’est que spéculations et conjectures. Entre-temps, une série d’évènements se sont produits, qui ont eu des conséquences importantes sur l’histoire du diamant de Babur.

 

Au début des années 1650, l’Empereur Mogul au pouvoir était le Shah Jahan, arrière-petit-fils d’Humayan. Il nomma son troisième fils, Aurangzeb, comme gouverneur du Deccan. Aurangzeb désirait plus que tout conquérir les états indépendants de cette région de l’Inde, dont l’un était la Golconde, qui était aussi l’une des principales régions diamantaires du pays.

 


Le Shah Jahan

 

A l’époque, le ministre du roi de Golconde était Mir Jumla, un revendeur de diamants qui avait une réputation considérable en Perse et qui a voyagé vers le sud, attiré par la promesse que lui faisaient miroiter les champs diamantaires Indiens. Dans le même temps que l’administration de son roi, Mir Jumla prévoyait de faire affaire pour lui-même, notamment dans le domaine des diamants. Le roi lui confia la charge des affaires minières et commerciales, et le Perse s’établit une véritable fortune. Mais Mir Jumla manqua un jour d’attention et fut surpris dans une situation compromettante avec la mère du roi. Il fut forcé de quitter la Golconde pour sa sécurité personnelle.

 

Mir Jumla rencontra Aurangzeb au début de l’année 1656 avant de se rendre à Delhi pour rencontrer le Shah Jahan. Selon un agent de la Compagnie des Indes Orientales qui se trouvait dans la région en ce temps-là, le Shah Jahan reçut Mir Jumla amicalement, et des cadeaux furent échangés entre les deux hommes – le cadeau de Jumla à l’empereur comprenait un diamant d’un poids de 160 ratis. Un autre témoin, le Français François Bernier, relate que :

 

Jumla, qui reçut de multiples invitations à la cour du Shah Jahan, se rendit à Agra, transportant avec lui les plus magnifiques cadeaux dans l’espoir de pousser l’Empereur Mogul à déclarer la guerre aux rois de Golconde et de Bijapur, et aux Portugais. C’est en cette occasion qu’il offrit au Shah Jahan ce fameux diamant à la beauté et à la valeur incomparables’.

 

Un troisième écrivain rapporte quant à lui que Mir Jumla aurait donné un diamant au Shah Jahan et un autre à Aurangzeb, ce dernier diamant ayant été un specimen brut taillé plus tard par le Venicien Borgio.

 

Bien que les preuves soient minces, l’offrande de diamants par Jumla au père et au fils semble en accord avec son caractère et ne devrait pas être laissée de côté : il ne se serait agit que d’un moyen d’assurer son futur peu importe le sens dans lequel soufflerait le vent. Il choisit de s’allier à Aurangzeb alors que l’état de santé du Shah Jahan se détériorait et que ses quatre fils se battaient pour son trône. Aurangzeb est sorti victorieux du conflit, et n’a pas tardé à se débarasser de ses frères et à incarcérer son père dans le fort d’Agra. La possession de diamants par le Shah Jahan lors de son emprisonnement est confirmée par deux sources. Bernier a écrit que le Shah Jahan, après son emprisonnement, s’est réconcilié avec son fils et lui a fait envoyer certains de ses diamants, chose qu’il avait d’abord refusée. Aurangzeb ne les aurait reçus qu’après la mort de son père. La version de Jean-Baptiste Tavernier est différente en bien des égards. Voici ce qu’il écrit :

 

‘Pendant son règne, le Shah Jahan entama la construction de la ville de Jehanabad, bien qu’il ne parvint jamais à l’achever. C’est pourquoi il demanda à pouvoir la voir avant sa mort : mais Aurangzeb ne le laissa pas partir. Le refus de son fils le tourmenta au point de hâter l’arrivée de sa mort. Dès qu’Aurangzeb en eut vent, il se rendit à Agra et saisit tous les diamants qu’il n’avait pas dérobés à son père de son vivant. Sa sœur Begum Sahed avait elle aussi une quantité considérable de joyaux, qu’il ne lui avait pas pris avant de la mettre au château. Mais puisqu’elle avait auparavant récupéré la part de son père, il trouva un moyen de la déposséder de ses diamants après lui avoir accordé honneurs et caresses et l’avoir emmenée avec lui à Jehanabad. Peu de temps après, on apprit sa mort… tout le monde était persuadé qu’elle avait été empoisonnée’.

 



Left to right: Shuja, Aurangzeb, Murad Bakhsh, the three younger sons of Shah
Jahan. Miniature by Balchand, circa 1637. From the British Museum collection.

De gauche à droite : Shuja, Aurangzeb, Murad Bakhsh, les trois jeunes fils de Shah Jahan.

Miniature par Balchand, 1637. Appartient à la collection du British Museum.

 

Il est désormais nécessaire, à ce point de l’histoire, d’identifier les diamants qui figuraient parmis les joyaux offerts au Shah Jahan et Aurangzeb. Le plus gros diamant, qui n’aurait pas été taillé, est certainement le Grand Mogul qu’Aurangzeb a présenté à Tavernier en 1665. Mais quel est le diamant mentionné par Bernier comme celui que Shah Jahan aurait reçu de Mir Jumla et décrit comme ‘ce fameux diamant à la beauté et à la valeur incomparables’ ? S’agit-il du diamant de Babur ? Ces questions ont été posées par les autorités après l’arrivée du Koh-I-Noor en Angleterre en 1850. Il y eut d’abord des gens qui pensaient que le Koih-I-Nor était le Grand Mogul et que le diamant de Babur en était un autre, puis ceux qui pensaient que le Koh-I-Noor était le diamant de babur, et enfin ceux qui pensaient que le Koh-I-Noor était à la fois le diamant de Babur et le Grand Mogul.

 

L’un des premiers à se prononcer sur le sujet fut le minéralogiste distingué James Tennant, qui nota qu’en plus d’avoir des défauts similaires à ceux présentés par Tavernier dans sa description du diamant Mogul,…

 

‘…le Koh-I-Noor présentait un défaut sur son sommet qui, ressemblant à une ligne de taille parallèle à sa surface supérieure, aurait pu être produit lorsque sa partie supérieure lui fut retirée – et dont le poids, ainsi que celui des portions retirées à ses côtés et aux quatre facettes de sa surface supérieure pourrait avoir représenté la différence de poids entre les deux pierres, soit 83,30 carats’.

 


Illustration par Tavernier issue de son livre Les Six Voyages de Jean-Baptiste Tavernier, publié en 1679

 

Edwin Streeter est un autre auteur à avoir discuté l’identité du Koh-I-Noor. Il  a vécu au XIXe siècle et était un bijoutier londonien et auteur de deux livres célèbres sur les diamants et les pierres précieuses. Dans son livre Precious Stones and Gems, il écrit que ‘l’idée que le Mogul et le Koh-I-Noor soit un même diamant n’est qu’en de très rares occasions mise à l’épreuve’. En revanche, dans son livre The Great Diamonds of the World, il note que ‘le Babur et le Koh-I-Noor ne font qu’un, et le Mogul est un diamant distinct’. Cette contradiction a été relevée par Valentine Ball, qui a publié en 1889 une nouvelle traduction des Six Voyages de Tavernier accompagnées d’annexes et de notes personnelles. Ball pensait que le point de vue mis en avant par Streeter dans son premier livre était le plus raisonnable des deux.

 

‘Il doit être souligné qu’il n’existe aucune preuve qu’un diamant de ce poids (186 o 187 carats, le diamant de Babur) ait été en la possession d’un Empereur Mogul à n’importe quel moment avant l’invasion de Nadir Shah. Nous ne savons rien quant au poids du Koh-I-Noor avant qu’il ait été transporté en Angleterre, en l’an 1850’.

 

‘Tavernier n’a jamais observé de pierre du poids mentionné ci-dessus attribué au diamant de Babur en la possession du Grand Mogul Aurangzeb, et nous ne pouvons affirmer qu’il ait entendu parler de la possession d’un tel diamant par le Shah Jahan, qui était alors en prison avec une partie de ses diamants. Si lui ou Bernier avait entendu dire qu’un tel diamant existait, il l’aurait certainement mentionné… Il est possible que le diamant de Babur ait été vu en la possession de Shah Jahan alors que Tavernier observait les joyaux d’Aurangzeb, et qu’Aurangzeb en ait réclamé possession après la mort de Shah Jahan. Il aurait plus tard pu être emporté en Perse aux côtés d’autres diamants dérobés par Nadir Shah’.

 

Ball continue….

 

‘Nous devons donc en conclure que ce n’est pas le diamant Mogul, n’ayant pas laissé de trace comme le veulent certains auteurs, qui aurait disparu, mais que ce soit de l’histoire du diamant de Babur que nous soyons les plus confus. La taille du diamant de Babur selon un modèle identique ou preque à celui du Koh-I-Noor, bien qu’aperçu comme un maillon de la chaine par certains, a cessé de le rendre identifiable avec le Mogul’.

 

En avril 1899, un article intitulé Babur’s Diamond, Was It the Koh-I-Noor ? a été publié dans l’Atlantic Quarterly Review. Il a été écrit par Henry Beveridge, le mari de la traductrice du Baburnama. Bien qu’il ait en fin de compte été incapable de déterminer si de diamant de Babur est effectivement le Koh-I-Noor, Beveridge a fait une remarque importante qui porte notre attention sur le fait qu’il existe deux diamants, l’un ayant poussé Tavernier à écrire que le gros diamant avait été présenté au Shah Jahan sur une page de son receuil, et le second à écrire dans ce même receuil qu’il avait été présenté à Aurangzeb. Le fait qu’il existe deux diamants peut également expliquer les propos du noble perse mentionnés dans Forbes’s Oriental memoirs et cités par Ball au sujet de deux gros diamants dérobés par Nadir Shah.

 

Un peu plus d’un siècle plus tard, nous avons la chance de pouvoir accéder à des informations qui n’étaient pas disponibles aux anciens auteurs. Nous savons notamment quels trésors ont amassé les Tsars, Shahs et autres monarques. Nous sommes certains qu’il existe trois diamants, qui ont tout un lien direct avec les questions soulevées au sujet du Grand Mogul et du diamant de Babur. Ils sont l’Orlov, d’un poids de 189,62 carats, et qui se trouve aujourd’hui au Kremlin, le Darya-I-Nur, d’un poids estimé entre 175 et 195 carats, supposé faire partie jusqu’à ce jour des joyaux de la Couronne Iranienne, et le Koh-I-Noor, dont le poids était, avant qu’il soit retaillé, de 186 carats.

 

Tavernier décrit le Grand Mogul comme étant ‘taillé à la manière d’un œuf coupé en son milieu’, et en a fait un dessin. Les descriptions et le dessin faits par Tavernier sont applicables au diamant Orlov tel que nous le connaissons aujourd’hui. Il y a bien entendu une différence notoire entre les poids des deux diamants, le Grand Mogul pesant environ 100 carats de plus que le Orlov. Mais si le diamant observé par Tavernier avait été meulé, il pourrait s’agir de la même pierre. Le meulage du Grand Mogul aurait pu donner naissance à une pierre du poids de l’Orlov. Voici ci-dessous ce que dit Ball du diamant Orlov :

 

‘De nombreux auteurs, dont le professeur viennois Schrauf (1869), ont suggéré que le Mogul pourrait être identifié avec le diamant Orlov qui se trouve aujourd’hui en Russie. Mis à part leur divergeance en termes de poids et de taille, comme le prouve le dessin de Tavernier supposé représenter la taille naturelle du Mogul, il est quasiment certain que le Orlov ait été obtenu dans le temps de Sriranham, sur une île de la rivière Cauvery, dans le Mysore. Il appartenait donc autrefois aux Hindous, et il est très improbable qu’il ait un jour appartenu aux Moguls’.

 

Suite à l’examen du Trésor d’Iran qui a eu lieu dans les années 1960, il a été prouvé que le Darya-I-Nur constitue une grande portion du Great Table qu’a pu observer Tavernier – avant d’essayer d’en faire l’acquisition – en Golconde. Il est fort probable que ce diamant ait été découvert peu de temps avant l’offre de Tavernier, ce qui laisse de côté toute histoire antérieure pouvant impliquer les Empereurs Moguls. En plus de cela, la description du Babur comme étant un diamant qui vale autant que ‘la moitié des dépenses quotidiennes du monde’ sont très certainement inapplicables au diamant rectangulaire qu’est le Darya-I-Nur : une métaphore plus appropriée serait de le décrire comme la source de la moitié de l’eau dont le monde a besoin sur une demi-journée. Le seule point qui suggère que le Darya-I-Nur puisse être le diamant de Babur se trouve dans l’un des passages d’un livres sur la vie de Babur dont voici un extrait :

 

‘Les cadeaux étaient somptueux, tous des pierres précieuses, et parmis elles le gros diamant désormais identifié comme étant le Koh-I-Noor. Cet énorme diamant de couleur rose pesait 320 ratis sur les balances d’Humayun’.

 

Le Darya-I-Nur est bien évidemment de teinte rose, mais il y a ici une erreur de traduction : il est dit que le diamant est de couleur rose, plutôt que de taille rose, l’ancienne forme du Koh-I-Noor.

 

Pour finir, afin d’identifier ces diamants historiques avec les gemmes qui existent aujourd’hui, il est nécessaire de noter que les suggestions qui veulent que le Koh-I-Noor et le Mogul aient autrefois fait partie d’une même pierre sont infondées : le Koh-I-Noor est un diamant blanc, alors que le Orlov – si nous partons du principe qu’il est le Grand Mogul – possède une teinte bleutée. Le Darya-I-Nur a été identifié comme étant un fragment du diamant Great Table. Beaucoup pensent que le Orlov ait été taillé à partir du Grand Mogul, un diamant de 280 carats, et d’autres, bien que leur opinion soit tout aussi valide, pensent que le Koh-I-Noor est aussi le diamant de Babur.

 


L’une des illustrations de Tavernier publié dans son livre Six Voyages.

Le premier diamant est le Grand Mogul, le second est le Florentine, le troisième est le

Great Table, le quatrième est très certainement le table vut mentionné par Herbert Tillander dans

Diamond Cuts in Historic Jewelry - 1381 to 1910, d’un poids de 51,6/9 carats, qui fut plus tard retaillé pour peser

42,10/16 carats (la couronne fut facettée et le pavillon laissé intact).
Finalement, en 1786, il fut taillé pour devenir une gemme de 26,3/4 carats.

Nous ne savons pas où se trouvce ce diamant aujourd’hui.

 

Le reigne d’Aurangzeb s’acheva en 1707, après près de cinquante années passées au pouvoir. Cette date marqua le zénith du reigne des Moguls. Après lui, un déclin prit place, et pas moins de six faibles Empereurs montèrent sur le trône en seulement treize ans. Chacun d’entre eux mourut de manière non-naturelle. Alors que le soleil se couchait sur l’Empire Mogul, un autre se levait à l’Ouest de la Perse. Nadir Kuli, ou ‘Esclave de Dieu’, était un jeune berger qui, à l’âge de 18 ans, fut enlevé avec sa mère par des Uzbegs et emmené à Khiva. Quatre ans plus tard, réduite à l’esclavage, sa mère mourut. Mais le jeune Nadir parvint à s’échapper et joindre Khorasan où il grimpa le premier échelon du pouvoir enentrant au service du gouverneur d’Abivard (alors capitale de la région). Sous Nadir Kuli, qui en 1732 chassa du trône le faible prince de Perse avant de prendre sa place quatre ans plus tard, la Perse devint un puissant Empire. Après avoir vaincu les Afghans et les Turcs et chassé les Russes de la province Caspienne, Nadir Shah pora son attention vers l’est, vers l’Empire Mogul en déclin. L’Empereur au pouvoir, Mohammed Shah, qui était monté sur le trône en 1719, était un descendant pitoyable de puissants Moguls. Il a été décrit comme n’ayant jamais rien eu entre ses mains que maîtresses et alcools. Puisque l’Empereur n’eut conscience de son destin que trop tôt, les Perses mirent la main sur d’innombrables richesses. La bataille décisive de Karnal, en 1738, fut terminée en seulement deux heures : l’armée indienne, bien que vaste, fut vaincue. 20.000 hommes furent perdus sur le champ de bataille, et un nombre encore plus grand fut emprisonné. Un important butin fut pillé. Nadir Shah marcha triomphant dans la ville de Delhi, où il fut somptueusement acceuilli par Mohammed Shah. Parmi les trésors que l’Empereur offrit à Nadir Shah se trouvait le trône du Paon décrit par Tavernier dans son livre :

 

‘Le plus haut trône, qui est situé dans le hall de la première cour, mesure six pieds de long et quatre de large. Le coussin, placé à la base du trône, est rond, et les coussins sur les côtés sont plats. La partie basse du canapé est brodée de perles et de diamants, et entourée d’une frange de perles. Le dessus du canapé, qui est en forme d’arche avec quatre panneaux, présente un paon queue déployée fait de saphires et d’autres pierres colorées. Son corps est fait d’or et de nombreux joyaux, et un gros rubis a été cousu au centre, auquel est accrochée une perle de 50 carats. De chaque côté du paon se tiennent deux bouquets de la même taille que lui, composé de multiples fleurs faites d’or émaillé. Lorsque le roi s’asseoit sur le trône, un bijou transparent serti d’un diamant de 80 ou 90 carats encerclé de rubis et d’émeraudes pend de manière à être toujours devant son œil. Les douze pilliers qui soutiennent le siège sont sertis de rangées de perles d’un poids de 6 à 10 carats chacune. Il s’agit du fameux trône qui a commencé avec Tamerlane et a été terminé par Shah Jahan. Il aurait coûté 160 millions et 500.000 livres de notre monnaie’.

 

L’identité du diamant suspendu a toujours été l’objet de spéculations : il aurait pu être le diamant du Shah. Dans les écrits de Tavernier, il n’est nulle part décrit comme étant le Koh-I-Noor. L’Empereur Mogul s’est très cretainement assuré à ce que son très cher diamant ne tombe pas entre les mains de ses envahisseurs. En revanche, Nadir Shah n’a eu aucune difficulté à trouver la pierre. Deux histoires circulent quant à la manière dont il se la serait procurée. L’une dit que Mohammed Shah l’ait offerte à Nadir Shah pour le remercier d’avoir épargné sa vie et son empire. C’est très peu probable, c’est pourquoi la deuxième histoire a été largement été acceptée comme étant la vraie version des faits. Cette dernière est bien plus haute en couleurs. De toutes les histoires que l’on raconte au sujet du Koh-I-Noor, celle-ci a tendance à sortir du lot.

 

La divulgation de l’endroit où était caché le Koh-I-Noor a pour origine l’une des femmes du harem de l’Empereur, qui aurait dit à Nadir Shah que Mohammed le portait constamment caché dans son turban. Nadir Shah aurait eu recours à la ruse. Il aurait organisé un grand festin le jour même du retour de Mohammed Shah sur le trône. Durant le festin, Nadir Shah aurait soudainement proposé un échange de turbans, qui est une coutume orientale célèbre signifiant la création de liens fraternels, d’une amitié sincère et éternelle. Mohammed Shah aurait bien entendu été surpris de l’offre de son rival, mais n’était pas en position de refuser. Avec autant de grâce que possible – il resta impassible au point que Nadir se demande s’il avait été dupé – il accepta. Lorsque Nadir Shah arriva à sa chambre, il déroula le turban et y découvrit le diamant. Il aurait posé ses yeux dessus et se serait exclamé ‘Koh-I-Noor’, qui signifie ‘Montagnes de Lumière’. Le plus célèbre diamant de l’histoire venait d’être baptisé.

 


Un dessin que j’ai fait de la taille originale de 186 carats du Koh-I-Noor

en me basant sur diverses illustrations que j’ai pu en voir.

 

Une observation doit être faite quant à l’obtention du diamant par Nadir Shah. Il en connaissait certainement l’existence avant le banquet, et probablement même avant qu’il n’arrive à Delhi. Il est probable qu’il l’air cherché avec ferveur. Cela suggère que le diamant ait été connu en Perse des générations durant, probablement depuis l’époque de l’exil d’Humayun. Voilà qui ajoute à la théorie qui voudrait que le Koh-I-Noor et le Grand Mogul soit deux diamants distincts.

 

La fin du séjour paisible de Nadir Shah à Delhi fut bouleversée par l’éclatement d’émeutes suivies du sac et du pillage de la ville en 1730. Le Koh-I-Noor fit partie des objets dérobés, et quitta l’Inde pour la Perse pour une deuxième fois, aux côtés d’un autre diamant exceptionnel qui était très cretainement le Great Table. Les Perses remportèrent d’autres batailles, mais Nadir Shah devint corrompu et les succès de la fin de sa vie furent marqués d’une avidité et d’une cruauté croissantes, au point qu’il finit par être détesté par le peuple qu’il avait libéré du joug étranger. En 1747, il fut assassiné alors qu’il était endormi dans sa tente. Après le meurtre de Nadir Shah, l’unité de la Perse fut ébranlée, et l’armée divisée.

 

Les soixantes années qui suivirent furent les plus sanglantes de l’histoire du Koh-I-Noor. Les évènements qui se produisirent après la mort de Nadir Shah furent très similaires à ceux qui ont suivi la mort d’Aurangzeb : un puissant souverain fut remplacé par une série de faibles. Le successeur de Nadir Shah était Ali Kuli, qui monta sur le trône sous le nom d’Adil Shah, ou ‘le Juste’. La première chose qu’il entreprit fut de se débarasser de tous ceux qui revendiquaient le trône de Perse, à l’exception du Shah Rukh Mirza, petit-fils de Nadir Shah, qui avait alors 14 ans. Après un règne court et disgrâcieux, Adil Shah fut renversé et rendu aveugle par son frère Ibrahim qui, à son tour, fut capturé et mis à mort par ses propres troupes. Shah Rukh monta ensuite sur le trône, mais un autre prétendant ne se fit pas attendre, et le jeune roi fut détrôné, après avoir lui-aussi été aveuglé. Shah Rukh vit son nom, sinon sa personne, reigner pendant 50 années. Son plus grand partisan était Ahmed Abdali, un Afghan qui avait été l’un des meilleurs généraux de Nadir Shah avant de retourner en Afghanistan pour en prendre le contrôle. Pour l’aide qu’il avait reçue de sa part, Shah Rukh offrit à Ahmad Abdali d’importants joyaux, dont l’un aurait été le Koh-I-Noor.

 

Shah Rukh paya très cher le cadeau qu’il avait fait à Ahmad Shah, parce qu’Aga Mohammed Khan était persuadé que le pauvre homme était encore en la possession du Koh-I-Noor. Déserté par son fils, qui ne savait rien des joyaux qu’il avait autrefois possédé, le Shah Rukh, désormais aveugle, fut forcé de souffrir des pires tortures infligées par le cruel dirigeant à l’insatiable appétit pour les gemmes. A mesure que Shah Rukh fut torturé, les gemmes qui avaient été cachées furent livrées à Mohammed Khan une par une. Pour la dernière des tortures qui lui fut infligée des mains d’Agag Mohammed Khan, Shah Rukh eut la tête rasée de très près avant qu’y soit déposée une pâte sur laquelle de l’eau bouillante fut versée. La dernière pierre qu’il livra était un gros rubis, qui appartenait autrefois à Aurangzeb. La torture prit fin peu de temps après, mais Shah Rukh mourut de ses blessures quelques jours plus tard.

 

Entre temps, en Afghanistan, le pays dans lequel se trouvait le Koh-I-Noor, Timur avait succédé à son père Ahmad Shah. Il était faible mais loin d’être impuissant, puisqu’il laissa derrière lui 23 fils pour se disputer sa succession. Une guerre civile éclata, et son fils aîné, Zaman Shah, devint roi en 1793. Son frère Mahmud lui ôta les yeux six ans plus tard avant de monter sur le trône à son tour. En 1803, un autre des frères, Shuja, jeta Mahmud en prison et prit la place de roi. Sept ans plus tard, Mahmud s’échappa et monta à nouveau sur le trône, mais n’obtint jamais le Koh-I-Noor, que Zaman Shah avait emporté avec lui et fait plâtrer dans le mur de sa cellule. Après cela, le Shah Shuja reprit une nouvelle fois le pouvoir et récupéra le Koh-I-Noor – dont Zaman Shah lui avait dévoilé la cachette. En 1810, le Saddozai d’Afghanistan, fondé par Ahmad Shah, fut divisé, et deux frères, Zaman Shah et Shah Shuja, demandèrent refuge au dirigeant Sikh Ranjit Singh, connu sous le nom de ‘Lion du Punjab’.


 


Ranjit Singh

 

Shah Shuja était en possession du Koh-I-Noor, et le souverain du Punjab avait certainement connaissance de l’endroit où se trouvait la pierre, puisqu’il en réclama la propriété. Il tenta de l’extorquer d’entre les mains du Shah Shuja contre son asile et celui de sa famille. Mais le Shah Shuja fit tout ce qu’il put pour empêcher Ranjit Singh de mettre la main sur son diamant. Il est allé jusqu’à lui dire qu’il l’avait laissée à un prêteur sur gage, où qu’il l’avait malheureusement perdue. Shah Shuja finit par envoyer à Ranjit Singh un topaze blanc en lui expliquant qu’il s’agissait du diamant. Mais lorsque les bijoutiers de la cour examinèrent la pierre et découvrirent que le Shah Shuja avait menti au souverain, ce dernier fut pris de rage. Il posta des gardes autour de la résidence du Shah Shuja et leur donna l’ordre de ne pas y laisser entrer de nourriture et d’eau pendant deux jours. Shah Shuja, réalisant sa situation désespérée, finit par accepter de livrer le diamant à Ranjit Singh, sous la condition qu’il le lui remette en personne.

 

Ranjit Singh accepta l’offre de Shah Shuja et, le 1 juin 1813, se rendit à sa résidence pour y réclamer le diamant. Ils s’échangèrent les salutaions de rigueur avant de s’asseoir l’un en face de l’autre en silence avant que Ranjit Singh mentionne au Shah Shuja la raison de sa visite. Un servant se vit donner l’ordre d’apporter la pierre depuis une autre salle et lorsque Ranjit Singh ouvrit le paquet qu’il lui présentait, il découvrit à l’intérieur le Koh-I-Noor. Il quitta la résidence sans prononcer un mot.

 

Ranjit Singh fut le premier et le dernier grand souverain Sikh. Trois faibles rois lui sucédèrent, et chacun d’entre eux mourut prématurément. En 1843, Dhulip Singh, dernier des fils de Ranjit Singh, alors mineur, devint souverain du Punjab. Les deux Guerres Sikh eurent lieu sous son règne et découlèrent sur l’annexe du Punjab par les Anglais. Le 29 mars 1849, le drapeau Anglais fut hissé au sommet de la citadelle de Lahore, et le Punjab devint officiellement un domaine de l’Empire Britannique en Inde. Voici ci-dessous l’un des termes du traité de Lahore :

 

‘La gemme du nom de Koh-I-Noor, saisie par le maharajah Ranjit Singh au Shah Shuja-ul-Mulk devra être livrée par le maharajah de Lahore à la reine d’Angleterre’.

 

Le gouverneur général en charge de la ratification de ce traité était Lord Dalhousie, qui à son arrivée à Calcutta en janvier 1848, à l’âge de 35 ans, était devenu le plus jeune de ses confrères à poser le pied en Inde. Dalhousie était également responsable de l’acquisition par les Britanniques du diamant Koh-I-Noor, qui ne cessa de le fasciner jusqu’à la fin de sa vie. Peu de temps après que le traité ait été signé, Dalhousie fut emporté dans une controverse qui faisait rage en Angleterre quant au diamant Koh-I-Noor. Dans une lettre écrite à son ami Sir George Cooper en août 1849, il raconte ceci :

 

‘La cour de la Compagnie des Indes Orientales se dit troublée du fait que j’aie demandé au maharajah de céder le Koh-I-Noor à la reine, alors que le Daily News et Lord Ellenborough (gouverneur général d’Inde, 1841-44) se disent indignés que je n’aie rien confisqué au bénéfice de Sa Majesté, et me censurent pour avoir laissé une perle Romaine à la Cour. J’étais prépapé à entendre la Cour se dire irritée du fait que je ne lui ai pas envoyé le diamant pour la laisser le présenter à Sa Majesté. Elle ne devrait pas l’être, et devrait se contenter plutôt d’approuver cordialement le sentiment avec lequel j’ai répondu à mon devoir. Il en est allé de l’honneur de la Reine de voir le Koh-I-Noor lui être directement remis par les mains du prince conquis en tant que simple cadeau. La Cour se doit de comprendre cela, et pour ce qui en est de son tourment et de sa censure, je n’en ai que faire – tant qu’elle ne va pas jusqu’à rejeter l’article. Je sais que j’ai agi pour le bien de notre Souveraine et pour Son honneur’.

 

Le citoyen Britannique Dr. (plus tard Sir) John Login, se vit donner deux tâches : il fut nommé responsable du transfert du Koh-I-Noor hors de la Toshakhana (le bâtiment au sein duquel étaient entreposés les joyaux) et de la garde du jeune Dhulip Singh. Un cousin de Lady Login lui écrivit dans une lettre que l’ancien trésorier Misr Maharajah s’était vu attribué la tâche précédemment citée et qu’être libéré de la responsabilité du diamant était pour lui un grand soulagement, puisqu’il avait été la cause de tant de morts au sein de sa propre famille qu’il ne s’attendait pas à être épargné. Le vieil homme donna à Login quelques conseils quant à la présentation du diamant à d’éventuels visiteurs : il ne devrait jamais le laisser glisser de sa main, et devrait toujours s’assurer que les rubans du brassard qui le retenaient soient toujours fermement noués autour de ses doigts. Le diamant avait été monté sur un brassard à l’époque de Ranjit Singh.


Le Koh-I-Noor fut formellement remis au gouvernement du Punjab, composé de trois membres : Sir Henry Lawrence (1806-1857), son jeune frère John Lawrence (qui devint plus tard Lord Lawrence, l’homme qui en février 1859 innova en proposant la future station de train de Lahore), et C.C. Mausel. Les deux autres membres dédièrent la sécurité du diamant à John Lawrence, puisqu’ils le pensaient être celui qui d’entre eux trois avait le meilleur sens des affaires. Il semblerait qu’ils se soient trompés, puisque le diamant fut presque dérobé sous la garde de John Lawrence. Il plaça le diamant dans la poche intérieure de sa veste et s’en alla faire ce qu’il avait à faire. Le soir venu, il laissa son manteau de côté avant le dîner sans penser à la gemme qui s’y trouvait cachée.

 


De gauche à droite : un portrait de Sir Henry Lawrence, fondateur de Lawrence School dans ce qui est aujourd’hui Sanawar,

Himachal Pradesh, en Inde. Une statue de bronze de Lord John Lawrence se trouve à Waterloo Place, à Londres.

L’inscription sur son socle indique ‘John, premier Lord Lawrence, souverain du Punjab lors de la mutinerie de Sepoy, en 1857.

Viceroi d’Inde de 1865 à 1868’. Sir Henry (1806-1857) fut assassiné lors de la mutinerie de Sepoy.

 

Six semaines plus tard, un message fut envoyé à Dalhousie, stipulant que la reine avait demandé à ce que le Koh-I-Noor lui soit envoyé. Henry Lawrence aborda le sujet lors d’une réunion. Lorsque John Lawrence lui demanda calcmement ‘Envoyez-le lui maintenant’, son frère lui répondit : ‘Pourquoi ? C’est toi qui en a la charge’. C’est ainsi que John Lawrence s’en est souvenu. Il s’est trouvé horrifié et, comme il l’a dit lui-même plus tard, il a pensé à cet instant s’être mis dans des draps plus sales que jamais. Mais personne ne remarqua son alarme. ‘Oh oui, c’est vrai, ça m’était sorti de la tête’, a-t-il alors répondu comme si de rien n’était. Aussitôt qu’il eut l’opportunité de se rendre dans sa chambre, il demanda, la peur au ventre, à son servant s’il avait découvert une petite boîte dans la poche de sa veste. L’homme lui répondit ‘Oui Sahib, je l’ai trouvée et l’ai placée dans l’un de vos coffrets’. ‘Apporte-la moi’, lui demanda Lawrence, après quoi le vieil homme lui apporta une boîte en métal de laquelle il retira le couvercle. ‘Ouvres-la’, lui ordonna Lawrence, ‘Et vois ce qui se trouve à l’intérieur’.

 

Il regarda le vieil homme avec anxiété à mesure qu’il dépliait chiffon après chiffon, et plus plus que soulagé loresqu’il vit finalement apparaître la pierre précieuse. Le servant semblait n’avoir aucune idée du trésor qu’il tenait entre ses mains et remarqua ‘Il n’y a rien de plus qu’un bout de verre, Sahib’.

 

Le Koh-I-Noor fut rapporté en salle de réunion et présenté au comité, qui le prépara ensuite pour son envoi à la reine. Mais le diamant devait d’abord voyager de Lahore à Bombay, une route qui était autrefois dangereuse et peuplée de criminels et de brigands. Le gouverneur général, qui s’exclama ‘Quelle superbe pierre’ après avoir posé pour la première fois ses yeux sur le diamant, fut chargé de le transporter hors de l’Inde. Le 16 mai 1850, Dalhousie écrivit ceci :

 

‘Le Koh-I-Noor est parti de Bombay à bord de H. M. S. Medea le 6 avril. Je n’ai pas pu vous le faire savoir le jour-même pour des raisons de sécurité, mais je l’ai moi-même transporté depuis Lahore. J’ai accepté ma tâche avec joie et n’ai jamais ressenti un tel bonheur que lorsque je suis finalement arrivé au Trésor de Bombay. Le diamant avait été cousu et recousu à l’envers d’une ceinture autour de ma taille, et l’un des bouts de la ceinture avait été attaché à une chaîne autour de mon cou. Jour comme nuit, je ne l’ai jamais quitté, si ce n’est lorsque je me suis rendu auprès de Ghazzee Khan et l’ai remis au capitaine Ramsay, qui en a désormais la garde et l’a fait enfermer dans un coffre jusqu’à mon retour. Quel soulagement de m’en être enfin débarassé ! J’ai été retenu deux mois durant à Bombay dans l’attente d’un navire, et j’espère de tout mon cœur qu’il arrivera à destination en juillet. N’en dîtes rien autour de vous avant que vous n’en entendiez parler. J’ai reporté officiellement les faits à la Cour et à Sa Majesté’.

 

Le Koh-I-Noor fut placé dans une boîte en fer qui elle-même fût placée dans une autre boîte et mise en sécurité au Trésor. Pour des raisons de sécurité, cette information n’a bien entendu pas été divulguée, pas même parmi les officiers du Trésor – notamment au commandant Lockyer, capitaine du navire. Les seules personnes qui savaient où se trouvait le diamant étaient ceux à qui avait été confié son envoi, le lieutenant colonel Mackeson et le capitaine Ramsay. Le voyage du HMS Medea se trouva être périlleux, et à deux reprises, un désastre fut évité de peu. Lorsque le bateau atteint l’île Maurice, à l’est de Madagascar, une épidémie de choléra se propagea parmi les membres de l’équipage, et les locaux refusèrent de leur vendre les marchandises dont ils avaient besoin et demandèrent le départ immédiat du navire. Voyant que le Medea ne mouillait pas, ils demandèrent à leur gouverneur d’ouvrir le feu et de détruire le bateau. Quelques jours plus tard, après avoir quitté l’Ile Maurice, le bateau frisa à nouveau la catastrophe. Une tempête se leva et ne dura pas moins de douze heures. Le Medea parvint finalement à atteindre Plymouth, où les passagers et les colis furent déchargés, à l’exception du Koh-I-Noor, qui fut envoyé sur-le-champ vers Portsmouth, où deux officiers vinrent l’intercepter pour l’amener auprès de la Chambre des Indes Orientales et le présenter au président et vice-président de la compagnie. C’est le vice-président qui fut chargé de le livrer à la reine au palais de Buckingham le 3 juillet 1850.

 


Lord Dalhousie, James Andrew Brown Ramsay (22 avril 1812 – 19 décembre 1860)

Dalhousie est né et décédé dans le château de Dalhousie, situé à Edinbourg, et qui est aujourd’hui un hôtel.

 

En plus de soulever des questions aussi bien gemmologiques qu’historiques, l’arrivée du Koh-I-Noor en Angleterre a été accompagnée par un sentiment de malaise chez certaines personnes qui le pensaient maudit. Malheureusement, ces personnes eurent la chance de pouvoir exprimer leur sentiment  lorsqu’un officier retraité de la dixième compagnie de hussards perdit la raison et frappa la reine Victoria. Certains blâmèrent Dalhousie pour ce qui s’était produit, accusation à laquelle il répondit dans une lettre écrite le 1 septembre 1850 :

 

‘J’ai reçu hier votre lettre datée du 16 juillet. Les tristes et infâmes évènements qui se sont déroulés en Angleterre m’ont été mentionnés, et ils sont trop attristants pour que je vous en fasse référence. Vous dîtes que je suis responsable de cette mésaventure, puisque je suis celui qui a envoyé le Koh-I-Noor, connu pour causer le tort de celui qui le possède. Peu importe de quelle bouche vous avez entendu dire cela, elle ne vaut pas mieux en histoire qu’en tradition… Pour ce qui est de la tradition, lorsque Shah Shoojah (Shuja) s’est vu demander par Runjeat (Ranjit Singh) quelle était la valeur du Koh-I-Noor, il lui a répondu ‘il apporte la chance, quiconque l’a jamais eu en sa possession a pu vaincre ses ennemis’. J’ai envoyé à la reine le récit de cette conversation avec le Shah Shoojah, tiré de la bouche-même du messager’.

 

Les directeurs du British Museum ont demandé à obtenir une copie du Koh-I-Noor. Le 19 avril 1851, le diamant fut autorisé à être retiré de la monture sur laquelle il se trouvait à son arrivée depuis l’Inde. Ce travail fut accompli par William Chapman (orfèvre) en la présence de Lord Breadalbane (Lord Chamberlain), Lord Cawdor (administrateur du British Museum), et Sebastian Garrard (gardien des joyaux de Sa Majesté et homonyme de la bijouterie Garrard). Une fois la pierre retirée de sa monture, Sebastian Garrard découvrit qu’elle pesait 186, 1/10 carats, et non 279 carats comme l’avait dit Tavernier.

 

‘Une discussion a eu lieu en relation aux doutes imputés par Sir David Brewster quant à l’identité du Koh-I-Noor, mais l’opinion de ceux qui en savent le plus long à son sujet semble vouloir que Dhulip Singh n’ait pu dissimuler le diamant, puisque la coutume voulait de le porter lors de grandes occasions, et l’ait ainsi rendu familier aux yeux de milliers de personnes qui auraient tout de suite remarqué une quelconque tentative de substitution. La seule explication logique est que le poids du Mountain of Light ait été exagéré’.

 


Sir David Brewster (1781-1868) était le principal de l’United College de Saint Andrew entre 1838 et 1859, après quoi il fut nommé

principal de l’université d’Edimbourg. Il a appris l’art de la photographiie grâce à William henru Fox Talbot, l’inventeur du processus photographique connu sous le nom de calotypie.

Brewster a apporté la photographie en Ecosse dans les années 1840, faisant du pays l’un des premiers centres d’expérimentation de cet art.

La photo date de 1843 ou 1844 et est l’une des plus anciennes photographies au monde.

Brewster est également connu pour avoir inventé le caléidoscope.

 

Le public a eu la chance de pouvoir observer le Koh-I-Noor lors de la Grande Exposition de Hyde Park. Voici ce qu’en a écrit un journaliste du Times Magazine :

 

‘Le Koh-I-Noor est décidément le lion de l’exposition. Un intérêt mystérieux semble lui être attaché, et maintenant que sa sécurité a été rétablie, le public se fait de plus en plus nombreux, et les policiers qui surveillent l’entrée ont beaucoup de difficulté à contenir les masses impatientes. Hier, pendant plusieurs heures, il n’y avait jamais moins de 100 personnes qui attendaient simultanément leur tour. Et pourtant, paraît-il que le diamant ne satisfait pas. Peut-être est-ce sa taille imparfaite ou la difficulté de le mettre avantageusement en lumière, ou le caractère inamovible de la pierre elle-même qui devrait pouvoir tourner sur son axe. Très peu ont pu observer les rayons qu’il renvoie depuis cet angle particulier’.

 


La reine Victoria ouvrant l’exposition à l’intérieur du Palais de Cristal.



Vue aérienne du Palais de Cristal construit pour l’exposition de 1851.

Le bâtiment mesurait 408 pieds de long et 108 pieds de haut à son point culminant.

Il a brûlé en 1939.

 

Le gouverneur général de l’Inde continua d’éprouver de l’intérêt pour le diamant. Voici ce qu’il écrit le 13 juillet :

 

‘Je vois toutes sortes de dessins et d’images de l’exposition. Si vous pouviez me trouvez une quelconque image présentant le Koh-I-Noor, en couleurs, je me ferais un plaisir de la regarder’.

 

Le mois suivant, Dalhousie lui répondit :

 

‘Le Koh-I-Noor est mal taillé, une taille rose pas si brillante que cela, et il ne reflète bien évidemment pas aussi bien la lumièré qu’un diamant de taille rose brillant traditionnel. Il n’aurait pas dû être présenté dans un lieu aussi vaste. Dans le Toshakam de Lahore, le docteur Login avait pour habitude de le présenter sur une table couverte d’une nappe de velour noir pour accentuer sa lumière’.

 


Un dessin (peut-être une gravure ?) du Koh-I-Noor lors de l’exposition.

Il y a de plus petites pierres de chaque côté.

Il s’agit certainement des autres diamants montés sur le brassard.

 

Une autre personne à avoir été déçue par le Koh-I-Noor est le prince Albert. Il contacta David Brewster, le scientifique connu pour son étude du phénomène de la lumière polarisée, pour lui demander comment le diamant pourrait être retaillé. Brewster découvrit de nombreuses petites inclusions dans la pierre qui, selon lui, étaient le résultat de la force de gaz condensés. Les nombreux défauts présentés par la pierre l’ont poussé à croire qu’elle ne pourrait que difficilement être retaillée sans une importante réduction de poids. Le professeur Tennant et le révérend W. Mitchell, professeur de minéralogie à King’s College, à Londres, furent eux aussi consultés. Ils composèrent un rapport dans lequel ils présentèrent les conséquences qu’une recoupe aurait sur la pierre, tout en exprimant leurs craintes qu’une retaille puisse mettre en danger son intégrité.

 

L’avis de tailleurs spécialisés fut finalement requis. Mr Garrard, le bijoutier de la cour, se vit donner la tâche de rechercher des personnes qualifiées. Il choisit Mr Coster, d’Amsterdam, qui bien qu’ayant noté les craintes exprimées dans le rapport de Tennant, pensait que les dangers présentés par une retaille n’étaient en rien insurmontables et n’empêchaient en rien le diamant d’être retravaillé. Un petit atelier fut établi dans la boutique de Garrard pendant que Messieurs Coster, Voorzanger et Fedder se rendaient à Londres pour retailler le diamant.

 

Dans l’après-midi du 17 juillet 1852, le duc de Wellington, qui s’était jusqu’alors montré très intéressé par la proposition de retaille du Koh-I-Noor et avait assisté à plusieurs réunions de préparation, se rendit à cheval jusque chez Garrard, sur Panton Street. Le Koh-I-Noor était maculé de plomb, à l’exception d’une petite partie de la pierre qui serait la première à être soumise à l’opération de taille. Le Times publia ceci à ce sujet :

 

‘Sa Grâce plaça le diamant sur le disque de polissage, une pierre amovible horizontale à la vélocité quasiment incalculable, grâce auquel l’angle exposé fut limé par friction. La première facette de la nouvelle pierre avait été effectuée. Le Koh-I-Noor allait être transformé en un diamant ovale brillant, et il était prévu que les deux plus petits diamants qui l’accompagnaient soient traités de la même manière et montés sur des pendentifs. Le poids actuel de la pierre principale est de 186 carats, et le processus de retaille tel qu’il est anticipé ici ne devrait en rien altérer son poids mais simplement accroître sa valeur et développer sa beauté’.

 

Un rapport de taille qui a été tenu quotidiennement indique que le 19 juillet, les tailleurs ont porté leur attention sur les défauts décelés par Tennant et Mitchell. Ils ont en effet noté que des particules dorées étaient encore décelables. Ne sachant pas si l’inclusion était d’origine naturelle, les tailleurs décidèrent d’étudier le diamant une nouvelle fois, et changèrent la position de la pierre pour pouvoir tailler directement en son cœur. Il fut révélé qu’il s’agissait d’une teinte jaune naturelle, commune chez les pierres les plus petites. Deux semaines plus tard, après avoir examiné la pierre, Mitchell découvrit que la pierre avait perdu presque toute sa teinte jaune et était devenue bien plus blanche.

 

Le processus de retaille du Koh-I-Noor dura 38 jours et coûta 8.000 livres (40.000 dollars). Il donna naissance à un diamant ovale brillant de 108,93 carats, ce qui signifie que 43% du poids original du diamant ont été perdus. Il ne fait aucun doute qu’une telle réduction de la taille du diamant en a déçu plus d’un, y compris le prince Albert qui fit part sans ménagement de son opinion sur la question. Il fut écrit que le modèle de taille sélectionné par les conseillers de la Reine est responsable du plus gros de cette perte de poids, et que Mr Coster lui-même aurait préféré conserver le diamant original. Dans la presse, il fut dit que la taille du Koh-I-Noor rappelait péniblement que l’art de la taille de diamants était décidément éteint en Angleterre, et que même les taiulleurs de Paris et d’Amsterdam avaient perud leur talent d’autrefois. (Antwerp est aujourd’hui considérée comme la capitale Européenne de la taille de diamants). La taille du Koh-I-Noor est ce que l’on apelle stellaire brillante : une couronne composée de 33 facettes et un pavillon composé de 8 facettes de plus qu’un pavillon standard qui n’en comporte que 25 (dont le culet, que possédaient à l’époque presque tous les diamants de cette taille), portant le nombre total de facettes à 66. Un certain nombre de diamants célèbres sont taillés de la même manière, dont le Tiffany Yellow, le Red Cross, le Star of South Africa et le Wittelsbach, entre autres.

 

L’une des premières personnes à avoir pu observer le Koh-I-Noor sous sa nouvelle forme est Dhulip Singh, qui vivait alors à Londres sous la tutelle de Lady Login – qui fut nommée à son poste suite à la mort de son mari. Depuis son arrivée en Angleterre, personne n’avait encore abordé le sujet avec le jeune maharajah puisque tout le monde pensait que le diamant avait une signification particulière à ses yeux, qui allait bien au-delà d’une simple pierre de grande valeur. Mais l’occasion finit par se présenter. Lady Login fut présente lors de la préparation du portait du jeune prince à Buckingham Palace. La reine lui demanda si le jeune maharajah lui avait déjà parlé du Koh-I-Noor et, si oui, s’il regrettait sa perte. Lady Login lui répondit qu’il n’avait jamais parlé du diamant en sa présence depuis son arrivée en Angleterre, bien qu’il lui en ait touché un mot en Inde, alors qu’il était lui-aussi intéressé par une éventuelle retaille. La Reine demanda alors à Lady Login de proposer à Dhulip Singh s’il désirait voir la pierre sous sa nouvelle forme ovale, offre qu’il accepta.

 


Dhulip Singh

 

Le jour suivant, alors que devait se tenir la séance de portrait, la Reine, qui avait eu vent de la réponde de Dhulip Singh, se rendit auprès du maharajah, tenant dans sa main le Koh-I-Noor. Elle lui demanda s’il pensait que la beauté du diamant avait été perfectionnée, et s’il l’aurait lui-même reconnu. Après avoir terminé son inspection, Dhulip Singh marcha jusqu’à l’autre bout de la pièce, et d’une légère révérence exprima à la Reine le plaisir qu’est celui d’avoir eu l’opportunité mettre le diamant entre ses mains.

 

Le malaise autour de l’acquisition du Koh-I-Noor se prolongea en Angleterre : certaines personnes considéraient qu’il n’était en rien la propriété de l’Angleterre mais celle de Dhulip Singh, puisqu’il avait été forcé d’en faire cadeau. Ce malaise est peut-être né de la présentation du diamant par Dhulip Singh à la Reine. La nouvelle ne tarda pas à atteindre Dalhousie, qui écrivit cette lettre le 26 août 1854 :

 

‘L’idée que Dhulip Singh ait fait cadeau de son diamant à la Reine n’est que tromperie. Il savait aussi bien qu’elle qu’il ne s’agissait de rien de la sorte. Ces ‘beaux yeux’ par lesquels Dhulip a été fait un captif de la cour sont ceux de sa mère – ceux avec lesquels elle avait captivé et contrôlé le vieux lion du Punjab. L’officier qui en a eu la charge depuis Lahore jusqu’à Benares me l’a avoué. Il m’a dit qu’elle possédait deux orbes splendides’.

 

Malheureusement, les inquiétudes quant au mauvais augure que le Koh-I-Noor était supposé représenter pour son propriétaire refusèrent de se dissiper, et poussèrent finalement Dalhounie à écrire sa lettre la plus détaillée sur le sujet du diamant. Il rédigea cette dernière alors qu’il rentrait chez lui depuis Malte, le 7 janvier 1858 :

 

‘Pour ce qui est de la rumeur que vous avez mentionnée au sujet du Koh-I-Noor, j’en ai déjà entendu parler au cours de ces dernières années dans les journaux Anglais, mais nulle part ailleurs. Elle va non seulement à l’encontre des faits, mais aussi des dires des natifs. Le Koh-I-Noor a-t-il causé du tort au grand Akbar, qui l’a obtenu en Golconde ? A-t-il causé du tort à son fils ou à son petit-fils ? Ou à Aurangzeb, qui finit par devenir Grand Mogul ? Et lorsque cette dynastie d’Empereur finit par tomber (non pas par la faute du Koh-I-Noor mais de sa propre faiblesse), le diamant a-t-il causé du tort à Nadir Shah, qui vécut pour devenir le plus grand conquérant Oriental de l’Histoire ? Ou à Ahmed Shah Doorani, qui l’obtint à la mort de Nadir et fonda l’Empire Afghan ? A-t-il porté malheur à Runjeet Singh, qui l’obtint des Dooranis, et qui se vit passer du rang d’ouvrir à vingt roupies le mois à Goojeranwalla à celui de maharajah du Punjab et faire de son Empire le plus puissant d’Inde après le nôtre ? A-t-il causé du tort à la Reine ? Puisqu’il représente le Punjab, a-t-il fait de cet état l’un de nos ennemis ? N’a-t-il pas au contraire fait de lui notre allié, grâce auquel nous avons pu nous débarasser des traîtres en notre propre demeure ? Voici ce qu’est l’histoire du Koh-I-Noor. Lorsque Runjeet Singh le prit d’entre les mains de Shah Shoojah (l’Empereur Doorani), il était très anxieux d’en connaître la vraie valeur. Il le présenta à des matchands d’Umritsir, qui lui dirent qu’il leur était impossible de l’estimer en termes monétaires. Il l’envoya ensuite à Begum Shah, la femme de Shoojah. Elle lui répondit ceci : ‘Si un homme fort avait à prendre cinq pierre et les disperser, l’une à l’est et les autres à l’ouest, au nord et au sud et la dernière dans les airs, et si l’espace entre ces pierres était empli de joyaux et d’or, leur valeur ne serait pas comparable à celle duy Koh-I-Noor’. Runjeet (pensant qu’il s’agissait là d’une vague estimation), fit alors appel à Shah Shoojah. Le vieil homme lui dit : ‘La valeur du Koh-I-Noor réside en le fait que celui qui le détient est victorieux contre ses ennemis’. Le Koh-I-Noor n’a causé du tort qu’au peu de personnes qui l’ont perdu. Pour la longue lignée d’Empereurs, de conquérants et de potentats qui au fil des siècles en ont été les propriétaires, le diamant a été le symbole de victoire. Et ce ne peut qu’être vrai pour la Reine depuis qu’elle a commencé à le porter… Bien que si Sa Majesté le considère comme étant de mauvais augure, je me ferai une joie de l’en débarasser’.

 


Peinture datant de 1842, par Francis Xavier Winterhalter, représentant la Reine Victoria.

Winterhalter était célèbre pour ses peintures de membres de la royauté, notalmment de l’Impératrice Eugénie, l’Impératrice

Elizabeth d’Autriche et l’Impératrice Maria Alexandrovna.

 

La Reine Victoria ne retourna pas le Koh-I-Noor à Lord Dalhounie. En 1853, Garrard fut chargé de le monter sur une magnifique tiare sertie de plus de deux-mille diamants. Cinq ans plus tard, la Reine Victoria ordonna la création d’une couronne royale pour le Koh-I-Noor, qui lui fut livrée l’année suivante. En 1911, Garrard créa une nouvelle couronne que la Reine Marie porta le jour de son couronnement : elle ne contenait que des diamants, dont le Koh-I-Noor. En 1937, le diamant fut transféré sur la couronne faite pour la Reine Elizabeth, créée sur le modèle de la couronne de la Reine Victoria. Le Koh-I-Noor est monté sur la croix maltaise qui se trouve à l’avant de la couronne.

 

Au XXe siècle, une nouvelle controverse fit son apparition quant Koh-I-Noor, concernant la propriété de droit du diamant. Il ne serait pas peu charitable de suggérer qu’en de nombreuses occasions, cette question n’a été soulevée que grâce aux efforts d’hommes politiques inquiets de pouvoir se voler des électeurs les uns aux autres, et non par des gens qu’elle intéressait réellement.

 

En 1947, le gouvernement Indien demanda à ce que lui soit retourné le Koh-I-Noor. Dans le même temps, le Congrès d’Orissa décréta que la pierre appartenaît de droit au Dieu Jaganath, malgré l’opinion du trésorier de Ranjit Singh qui pensait quant à lui qu’il devait revenir à l’état. Une autre requête fut émise en 1953, l’année du couronnement de la Reine Elizabeth II. Mais le conflit ne prit de l’ampleur qu’en 1976, après que le premier ministre du Pakistan, Zulfikar Ali Bhutto, dans une lettre au premier ministre James Callaghan, fit la demande formelle du retour du diamant au Pakistan. Cette demande fut refusée, mais accompagnée de l’assurance faite par Callaghan à Bhutto que la Grande-Bretagne n’aurait considéré envoyer le diamant à aucun autre pays. Selon des articles de l’époque, l’idée du gouvernement était que l’histoire du diamant était si confuse que la Grande-Bretagne était parfaitement en droit d’en réclamer le titre, dans la mesure où il n’avait pas été saisi par la force mais lui avait été formellement offert – cette dernière affirmation étant une interprétation curieuse des évènements qui se sont déroulés au XIXe siècle. Souvenez-vous, l’offrande du Koh-I-Noor était l’un des termes du traité de Lahore. Personne n’a vraiment eu le choix. La demande du Pakistan a été disputée par l’Inde, qui elle aussi demanda formellement à ce que le diamant lui soit retourné. Peu de temps après, un journal de Téhéran décréta que la pierre devait être retournée à l’Iran.

 



Zulfikar Ali Bhutto (1928-1979)

 

Le débat mené par les médias et la presse Britanniques ont prouvé de l’intérêt que suscitait le sujet. Individus et groupes d’intérêts se sont empressés de mettre leurs pensées par écrit. Lord Ballatrae, arrière-petit-fils de Lord Dalhousie, demanda à ce que le diamant lui soit remis sur le seul principe que l’un des membres de sa famille en avait été le propriétaire pendant tout juste un an. Une autre personne écrivit que si le Koh-I-Noor devait être retourné à son propriétaire de droit, alors les statues de marbres devraient être remises à la Grèce ou à Lord Elgin, l’Isle of Man à Lord Delby et les îles Anglo-Normandes à la France – il n’était pas certain de qui devait être le propriétaire de l’Isle of Wright, mais savait que les îles Britanniques pouvaient elles-même faire l’objet de longues disputes. Un troisième auteur décréta que la seule manière de régler le problème était de diviser la pierre…

 

Une lettre écrite au Times par Sir Olaf Caroe ajouta également de l’huile sur le feu. Il était un administrateur Britannique distingué qui avait passé sa vie à servir en Orient et avait appartenu au Ministère des Affaires Etrangères du gouvernement Indien entre 1939 et 1945. Sir Olaf a mis l’accent sur le fait que le Koh-I-Noor avait été en la possession des Moguks à Delhi pendant plus de 213 ans, et entre les mains des Afghans à Kandahar et Kabul pendant 66 ans. L’année de l’écriture de sa lettre, le diamant se trouvait entre les mains des Anglais depuis 127 ans. Il remarqua que lorsque le diamant fut acquis par les Britanniques, il se trouvait à Lahore (qui fait aujourd’hui partie du Pakistan), mais que d’autres potentiels propriétaires sde droit existaient également. Les Moguls de Delhi étaient d’origine Turque et les souverains de Lahore étaient des Sikhs. Selon lui, un ‘retour’ de la pierre à son propriétaire de droit n’était pas réellement applicable.

 

Il est historiquement difficile de ne pas juger la validité des demandes. D’autre part, d’un point de vue gemmologique, la demande de l’Inde est celle qui devrait se voir accorder le plus de valeur, puisque c’est en Inde que le Koh-I-Noor a été découvert. En revanche, la demande de l’Inde de se voir retrouner le diamant fut abandonnée par un homme d’Etat du nom de Jawaharlal Nehru, premier Premier Ministre de l’Inde Indépendante, et qui a dit ceci : ‘Les diamants sont pour les Empereurs, et l’Inde n’a pas besoin d’Empereurs’.

 

En 1992, le HM Stationary Office publiait un rapport sur les joyaux de la couronne Britannique, corrigeant le poids du Koh-I-Noor, qui n’est pas de 108,93 carats mais de 105,602 carats, contrairement à ce qui avait été précédemment publié. La pierre mesure 36.00 × 31.90 × 13.04 mm. Elle est montée sur la croix maltaise située sur l’avant de la couronne faite pour la Reine Mère et, en raison de l’incertitude autour du poids précis de la pierre publié par le HMSO, la pierre fut extraite de sa monture en 1988 à l’occasion de la maintenance de la couronne par le bijoutier de la Cour, Mr Bill Summers, de chez Garrard & Co. Elle fut pesée sur une balance électronique en la présence de témoins.

 


Un dessin des facettes du Koh-I-Noor fait pas Herbert Tillander.

Ce modèle de taille est appelé stellaire brillant en raison des facettes supplémentaires sur le pavillon de la pierre.


 

Remerciements : Ryan Thompson.  Sources : The Great Diamonds of the World par Edwin Streeter, The Baburnama par Babur, traduit en Anglais par Annette Beveridge en 1922, Akbarnama par Abul Fazal, traduit en Anglais par Henry Beveridge, Voyages en Inde par Jean Baptiste Tavernier, traduit en Anglais par Valentine Ball et William Crooke en 1925 archives du London Times.

                                                                             

 

 

 


 

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