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Le partage des emplois

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Extrait des Archives : publié le 24 octobre 2012
2023 mots - Temps de lecture : 5 - 8 minutes
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J'ai fait allusion à plusieurs pratiques des syndicats au sujet du travail ralenti et des emplois superflus. Ces pratiques et l'indulgence qui les tolère proviennent des mêmes illusions fondamentales que la peur du machinisme. On s'imagine que la perfection mécanique apportée dans la fabrication moderne est cause du chômage et, corollaire de ce théorème, qu'une organisation moins savante le supprimerait et créerait des emplois.

 

Une autre idée non moins fausse aggrave celle-ci, à savoir qu'il n'existe qu'une quantité limitée de travail dans le monde et que si nous ne pouvons pas en créer davantage en imaginant des moyens plus compliqués de le faire, au moins devons-nous tirer des plans pour la répartir entre le plus grand nombre de travailleurs qu'il se peut.

 

C'est cette erreur qui est sous-jacente à la minutieuse division du travail que réclament les syndicats avec tant d'insistance. Cette extrême division du travail est flagrante dans l'industrie du bâtiment de nos grandes villes par exemple. Les poseurs de briques n'ont pas le droit d'utiliser des pierres pour monter une cheminée car ce travail est réservé aux maçons. Un électricien n'a pas davantage le droit de déposer une plinthe et de la remettre pour installer une prise de courant, car c'est le travail, si simple soit-il, du menuisier. Un plombier ne devra pas déplacer ou remettre une tuile pour fixer un clou dans la gouttière, car c'est le travail du couvreur.

 

D'ardentes grèves « de compétence » ont lieu entre syndicats pour obtenir le droit exclusif de faire certains types de travaux dont l'attribution est imprécise.

 

Dans un rapport préparé récemment par les Chemins de Fer américains pour la Commission de Procédure administrative du Ministère de la Justice, on trouve des exemples sans nombre dans lesquels le Comité national de Règlement des Chemins de Fer a décidé que « toute opération à effectuer sur la voie de chemins de fer, aussi minime soit-elle, comme par exemple donner un coup de téléphone, ouvrir ou fermer un aiguillage, est à ce point la propriété exclusive d'une catégorie d'employés, que si un employé d'une autre catégorie, au cours de son travail normal, exécute ce travail, non seulement on doit lui payer une journée de travail de plus, mais ceux qui auraient dû faire ce travail et ne l'ont pas fait, soit qu'ils fussent en congé, soit qu'on ait omis de faire appel à eux, ont droit également à un jour de paye parce qu'ils ont été empêchés de l'exécuter ».

 

Il est vrai que cette division du travail poussée ainsi à l'extrême peut profiter à quelques personnes, aux dépens de la collectivité, pourvu qu'elle ne se produise que dans leur seul cas. Mais ceux qui la préconisent comme une règle générale ne se rendent pas compte qu'elle augmente toujours le prix de revient, que son résultat final est un moindre rendement du travail et une production diminuée. Le maître de maison obligé de prendre deux domestiques pour faire le travail qu'un seul pourrait effectuer a sans doute procuré du travail à un homme de plus. Mais l'argent avec lequel il paye ce dernier lui est enlevé pour faire une quelconque dépense supplémentaire et qui pourrait rémunérer quelqu'un d'autre. S'il fait réparer la fuite de sa salle de bain et que la réparation coûte le double de ce qu'elle aurait dû lui coûter, il décidera de ne pas acheter le chandail dont il avait besoin. Payer une journée entière à un poseur de briques dont il n'avait pas besoin en l'occurrence, n'a pas fait gagner le « travailleur » ; bien au contraire, puisque un ouvrier tisseur de chandail — à la main ou à la machine — a dû chômer. Quant au maître de maison, il est dans une situation pire qu'auparavant : au lieu d'avoir sa douche réparée et un chandail, il a la douche et pas de chandail. Et si nous considérons le chandail comme un élément de la richesse générale du pays, le pays se trouve appauvri d'un chandail. Tel est le résultat final de cette politique qui cherche à créer des emplois supplémentaires par une division du travail arbitraire et excessive.

 

Mais les avocats des syndicats et les hommes politiques qui les soutiennent, ont bien d'autres systèmes à proposer pour réaliser cette répartition du travail. Les plus fréquents consistent à vouloir réduire la semaine de travail, en général par une loi. C'est cette idée d'étaler le travail le plus possible, afin d'en donner au plus grand nombre d'ouvriers possible, qui a été l'une des causes principales de la taxe sur les heures supplémentaires de la loi fédérale sur le salaire horaire. Aux États-Unis, en effet, la législation ancienne qui interdisait l'emploi des femmes et des enfants plus de 48 heures par semaine reposait sur la conviction qu'un emploi plus long aurait pu porter préjudice à la santé comme à la moralité publique, et l'on pensait aussi que cela pouvait nuire à la qualité du travail. Mais la clause de la loi fédérale qui oblige le patron à payer une prime de 50 % l'heure, en sus de la paye normale, pour toutes les heures de travail effectuées au-dessus des 40 heures dues par semaine, n'a pas pour cause véritable qu'une semaine de 45 heures par exemple est nuisible à la santé et au bon rendement du travail. On l'inséra pour deux raisons : partie avec l'espoir de voir grossir la paye hebdomadaire de l'ouvrier, partie avec l'espoir qu'en décourageant le patron d'employer régulièrement un ouvrier plus de 40 heures par semaine, cela forcerait à embaucher davantage d'ouvriers.

 

A l'heure où j'écris, on propose d'éviter le chômage en instaurant la semaine de 30 heures.

 

Quelles sont les conséquences réelles de tels projets, qu'ils soient mis en vigueur par les syndicats ou par la loi ? Le problème nous apparaîtra plus clairement si nous considérons deux cas précis. Dans le premier, la semaine de 40 heures sera réduite à 30 heures, mais sans modification du taux du salaire horaire. Dans le second, la semaine de 40 heures sera aussi réduite à 30 heures, mais le salaire à l'heure sera augmenté de façon telle que la paye de la semaine sera la même pour les ouvriers que s'ils travaillaient 40 heures.

 

Prenons d'abord le premier cas. Nous supposons que la semaine passe de 40 à 30 heures, sans modification de tarif horaire. S'il existe un chômage suffisant, la réalisation de ce plan va certainement le diminuer, car ce plan exige pour une même production une augmentation de la main-d'œuvre. Pourtant, nous ne pouvons assurer qu'il créera assez d'emplois nouveaux pour maintenir le même total de salaires payés et le même nombre d'heures de travail qu'avant, à moins de faire des hypothèses improbables que, dans chaque industrie, s'est présenté le même pourcentage de chômeurs et que les hommes et les femmes nouvellement embauchés ne sont en moyenne pas moins aptes à remplir leur tâche que les ouvriers déjà à l'ouvrage. Mais faisons quand même ces hypothèses. Supposons que l'on peut trouver le nombre exact d'ouvriers nécessaires à combler les vides, dans chaque spécialité et que ces nouveaux ouvriers ne font pas monter le coût de la production. Quelle va être alors la conséquence d'avoir réduit la semaine de travail de 40 à 30 heures (sans augmenter l'heure de paye) ? Bien qu'on aura augmenté le nombre des ouvriers, chacun d'eux travaillera moins de temps ; il n'y aura donc pas augmentation du nombre d'heures de travail, ni par conséquent d'accroissement de la production. Les états de paye, pas plus que le pouvoir d'achat, ne se seront accrus. Tout ce qui se sera passé, dans l'hypothèse la plus favorable (qui rarement sera réalisée), c'est que les ouvriers du début vont payer des subsides aux ouvriers embauchés après eux. Car pour que les nouveaux ouvriers puissent toucher les 3/4 de dollars par semaine que les ouvriers du début recevaient, il faut que ces anciens ouvriers ne reçoivent que les 3/4 de ce qu'ils touchaient antérieurement. Il est vrai que ceux-ci ne travaillent plus autant, mais cette recherche d'heures de loisirs obtenues à un prix si élevé n'est sans doute pas une décision qu'ils auraient prise d'eux-mêmes, c'est plutôt un sacrifice de leur part qu'ils supportent malaisément afin que plusieurs de leurs camarades trouvent du travail.

 

Les dirigeants des syndicats, qui réclament des semaines plus courtes afin de procurer du travail à un plus grand nombre d'ouvriers, le reconnaissent. Aussi proposent-ils la réforme de telle sorte que chacun puisse à la fois manger son gâteau et le conserver. Réduisez la semaine de travail de 40 à 30 heures, disent-ils, afin de créer davantage d'emplois mais compenser la perte de gain hebdomadaire en augmentant le salaire horaire de 33 1/3 %.

 

Les ouvriers avant cela gagnaient, en moyenne, disons 40 dollars par semaine de 40 heures ; pour qu'ils continuent à toucher ces 40 dollars pour une semaine de 30 heures, le prix de l'heure doit subir une augmentation d'environ 33 1/3. Que résultera-t-il de tout cela ? La conséquence la plus évidente et la plus sûre est que le coût de production s'élèvera. Si nous supposons que la paye des ouvriers, quand ils faisaient 40 heures, était inférieure à ce que le niveau des coûts des prix et des profits aurait permis qu'elle soit, alors on aurait pu l'augmenter sans réduire la durée de la semaine de travail. Ils eussent pu, en d'autres termes, travailler le même nombre d'heures, cependant voir leur paye augmenter d'un tiers, au lieu de gagner la même somme qu'avant, et avec leur semaine de 30 heures. Mais si pendant la semaine de 40 heures, les ouvriers recevaient déjà des salaires aussi élevés que le niveau du coût de la production et des prix le permettaient (et le chômage même qu'ils essaient d'enrayer peut être une preuve qu'en réalité leurs gains étaient plus élevés encore), alors l'augmentation du coût de la production qui va résulter de celle de 33 % sur les salaires horaires va dépasser de beaucoup ce que le niveau actuel des prix, de la production et de son coût, peut supporter.

 

La conséquence finale de cette augmentation des salaires va être un chômage plus grand qu'avant, car les entreprises les moins solides vont faire faillite, et les ouvriers les moins qualifiés vont être remerciés. La production va s'arrêter de proche en proche. Les coûts de production étant plus élevés et les marchandises plus rares, les prix vont tendre à monter, si bien que les ouvriers verront leur pouvoir d'achat diminuer, tandis que le chômage accru va ainsi conduire à la baisse des prix. Ce qu'il adviendra finalement des prix dépend de la politique monétaire que le gouvernement suivra. Si l'État fait de l'inflation, afin de permettre aux prix de monter assez pour qu'on puisse payer des salaires horaires plus élevés, ce sera en réalité une manière déguisée de réduire les salaires, de façon que leur pouvoir d'achat en marchandises revienne à ce qu'il était auparavant. Si bien qu'on aboutit au même résultat que si la semaine de travail avait été réduite, mais sans l'augmentation du tarif à l'heure. Les conséquences de cette hypothèse ont déjà été étudiées.

 

Le système de répartition des emplois entre un plus grand nombre de travailleurs repose donc sur le même genre d'illusions que nous avons déjà dénoncées. Ceux qui soutiennent de tels projets ne pensent qu'au travail que cela pourra donner à tel ou tel groupe d'ouvriers, ils ne réfléchissent pas aux conséquences que cela entraîne pour la population tout entière.

 

De tels systèmes reposent aussi, comme nous avions commencé à l'expliquer, sur l'hypothèse erronée qu'il n'existe qu'une somme déterminée de travail à distribuer. On ne peut imaginer idée plus fausse. La quantité de travail à distribuer aux hommes est illimitée tant que les besoins et les désirs que le travail peut satisfaire restent insatisfaits. Dans une économie moderne d'échange, on obtiendra le maximum de travail tant que les prix de vente, les coûts de production et les salaires seront en relations harmonieuses les uns par rapport aux autres. Comment obtenir l'harmonie entre ces relations, c'est ce que nous aurons à considérer plus loin.

 

Remerciements : Hervé de Quengo, et traduction par Mme Gaëtan Pirou

 

 

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Henry Hazlitt (28 novembre 1894 - 8 juillet 1993) est un philosophe, essayiste, et journaliste libertarien américain. Journaliste au Wall Street Journal, à Newsweek et au New York Times, il s'est fait connaître grâce à son livre L'Économie en une leçon (en), un ouvrage de vulgarisation sur les principes de l'économie de marché, basé sur Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas de Frédéric Bastiat. Auteur prolifique, il est aussi l'auteur d'une œuvre majeure sur l'éthique, The Foundations of Morality.
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