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Le QE de la BCE, une drogue qui fait disparaître les déficits budgétaires

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Publié le 10 avril 2015
554 mots - Temps de lecture : 1 - 2 minutes
( 7 votes, 4,7/5 ) , 2 commentaires
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Rubrique : Editoriaux

Mario Draghi a donc lancé son QE en mars, après de longues tergiversations, et il se monte à 60 milliards d’euros par mois, nous le savons. Mais il existe un aspect de ce plan dont nous n’avons pas vraiment pris conscience : il permet de financer en totalité, et même au-delà, le déficit budgétaire des principaux pays européens ! Le déficit des comptes publics devient totalement indolore : si les investisseurs fuyaient subitement un pays, la banque centrale pourrait sans problème prendre le relais.

Revenons aux chiffres. Les 60 milliards d’euros du plan d’assouplissement quantitatif sont répartis entre les différents pays de la zone euro en fonction de leur part au capital de la Banque Centrale Européenne (BCE). Pour la France, qui détient 14,22% des parts, cela représente donc 8,5 milliards d’euros par mois (14,22% de 60 milliards). Or, si l’on multiplie ces 8,5 milliards d’euros par les 12 mois de l’année, on arrive à 102 milliards d’euros, soit plus que le déficit budgétaire (85 milliards d’euros en 2014). Bien sûr, la France doit emprunter pour financer son déficit, mais aussi pour financer les emprunts arrivant à échéance, cependant le rapprochement est saisissant. Ces 102 milliards d’euros représentent le QE "national" en quelque sorte, comme si la France revenait au franc et faisait tourner sa planche à billets de façon à financer l’intégralité de son déficit budgétaire. Une politique en général digne des régimes au bord de la faillite (type Venezuela ou Argentine) mais ici, dans le cadre de la BCE, tout cela passe pour quelque chose de très sérieux…

Il en va de même pour l’Italie, qui possède 12,5% du capital de la BCE, ce qui donne un QE "local" de 7,5 milliards d’euros par mois, soit 90 milliards par an, c'est-à-dire presque le double de son déficit budgétaire (48 milliards en 2014). Idem pour l’Espagne (8,3% du capital) avec un QE de 60 milliards d’euros par an pour un déficit budgétaire de 33 milliards. On ne parle même pas de l’Allemagne qui peut s’autoriser un QE de 136 milliards d’euros par an alors que son déficit budgétaire a disparu !

Ce déluge de liquidité va contribuer à écraser encore plus les taux d’intérêt et à déresponsabiliser les gouvernements en place puisque le financement de leurs déficits ne leur coute plus rien. Au fur et à mesure que les anciens emprunts sont remplacés par de nouveaux émis à des taux proches de zéro, ou même négatifs, le coût de la dette va diminuer ; alors pourquoi se fatiguer à réduire les dépenses publiques, et à se fâcher avec ses clientèles électorales ? Ce phénomène se voit déjà en France, avec une dette qui augmente, un déficit qui ne baisse pas, mais un coût des emprunts qui reflue. Bulle obligataire et prix sans rapport avec la réalité, gouvernements déresponsabilisés refusant toute réforme structurelle, voici le résultat de ce QE !

Redisons-le : faire tourner la planche à billets pour un montant nettement supérieur au déficit budgétaire est une politique digne d’un pays en déroute. Aux Etats-Unis, le dernier QE se montait à 90 milliards de dollars par mois, soit 1080 milliards par an, c'est-à-dire tout de même un peu moins que le déficit budgétaire (sur la période 2009-2012) ; en Europe nous sommes largement au-dessus, il faut donc s’attendre à des effets délétères considérables.

Données et statistiques pour les pays mentionnés : Allemagne | Argentine | Espagne | Etats-unis | France | Italie | Venezuela | Tous
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Philippe Herlin est chercheur en finance et chargé de cours au Conservatoire National des Arts et Métiers à Paris. Il est également contributeur sur le site Goldbroker.com
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Il y a deux phénomènes intéressant dans ce QE-BCE. Le premier est un transfert d’une partie de la dette des débiteurs (états de la zone euro) vers la BCE, dette qui subsiste néanmoins, donc si la BC de chaque pays participe au rachat de dette de son propre pays, elle donne par la même occasion à son état la possibilité d’emprunter aux nouvelles conditions de taux (voisin de zéro) et aussi de renouveler son stock de dettes à échéance à taux bas, (trop bas) et ainsi de faire baisser artificiellement la charge de la dette (intérêts uniquement), donc de faire baisser le déficit public d’autant (les intérêts 2014 ont été de 46,65 M€). La dette continuera de croître compte tenu du manque de sérieux des gouvernements en place et qui se succéderont. Le second, est la reprise en mains de l’émission de monnaie par les banques centrales des différents pays de la zone euro comme indiqué par la BCE à raison de 80 % du QE, c’est un arrêt de mort de la monnaie unique :euro, mais est-ce l’avènement d’une monnaie commune : l’euro ? Reste à connaître l’échéance.
La monétisation accroît la monnaie et réduit la dette publique à l'actif des agents économiques et au passif de l'ensemble (Etat + Banque Centrale) dans le cas d'une BC non indépendante.
S'il y avait "vraie monétisation" dans la zone euro, il y aurait donc baisse de la dette publique et hausse de la quantité de monnaie, ce qui n'est pas le cas, les deux augmentant simultanément, puisque la dette publique est comptabilisée dans une banque centrale externe et indépendante (BCE) et doit toujours être remboursée par l'Etat. En réalité on assiste à un transfert de dette depuis les banques privés vers la BC en échange de liquidités en monnaie centrale.
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Il y a deux phénomènes intéressant dans ce QE-BCE. Le premier est un transfert d’une partie de la dette des débiteurs (états de la zone euro) vers la BCE, dette qui subsiste néanmoins, donc si la BC de chaque pays participe au rachat de dette de son prop  Lire la suite
CLAUDE F. - 11/04/2015 à 05:53 GMT
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