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Arborant
un air entendu qui ne souffre pas la contradiction, il n’est pas rare
de rencontrer des connaisseurs qui d’un trait définitif
expédient un peuple dont ils ont fait le tour : les uns sont ceci, les
autres sont cela… C’est ainsi et pour toujours. Pour les
Japonais, c’est du même tabac : ils sont voués à
accepter passivement leur sort, en vertu de leur nature profonde.
Cela
prend pourtant dans l’immédiat un autre chemin. La remise en
marche du parc nucléaire japonais – seule une centrale est
encore active jusqu’au 5 mai prochain sur les 54 qui le constituent
– ne passe pas comme une lettre à la poste.
Le
gouvernement Noda, dont l’existence ne tient
qu’à un fil dans un contexte politique fait de jeux peu
maitrisés, tente un ballon d’essai en cherchant à
réactiver les réacteurs n°3 et 4 de la centrale d’Ohi, à l’arrêt pour maintenance, au
prétexte d’une pénurie d’électricité
allant affecter le pays cet été. Après avoir
édicté de nouveaux critères de sécurité,
puis organisé des tests de résistance tenant principalement de
l’opération de communication.
Ces
nouvelles normes comme l’approche de cette pénurie sont vivement
contestés par Greenpeace. Mais ce qui est nouveau – un
phénomène reflétant à chaque fois qu’il se
produit un changement d’état d’esprit parmi leurs lecteurs
– le ton des grands titres de la presse japonaise a changé.
L’Asahi Shimbun, qui a plus de huit millions d’abonnés et
diffuse à près de 12 millions d’exemplaires, regrette
« l’inconsistance » du premier ministre, Yoshihiko Noda, qui avait
initialement promis la déclunéarisation
du Japon, pour y revenir ensuite en annonçant qu’elle serait
engagée « autant que possible, sur le moyen et le long terme
». Le grand journal remarque que « il n’est pas certain que
le projet [de relance] soit accepté par les populations qui ont
soulevé des objections. »
Pour
le Mainichi Shimbun, qui publie deux éditions le matin et le soir et
totalise plus de six millions de lecteurs, « il est difficile de
comprendre pourquoi le gouvernement a hâte de redémarrer les
réacteurs ». Enfin, selon l’agence de presse Jiji press qui l’a
commandé, un sondage indique que 58,8% des Japonais refusent la remise
en service des réacteurs tandis que 16,2% sont favorables à
leur redémarrage.
Dans
la perspective des prochaines consultations électorales locales, les
gouverneurs élus ne se précipitent pas pour donner leur
autorisation à la relance des centrales présentes sur leur
territoire. Un autre signe indéniable de l’évolution de
l’opinion.
Les
spéculations à ce propos sont difficiles, car il faudrait
être sur place pour pouvoir répondre à deux questions
complémentaires : s’accoutume-t-on si facilement que cela
à vivre dans une atmosphère contaminée, même
faiblement, sans être sûr des conséquences sur sa
santé et celle de ses enfants ? une fois le doute installé vis
à vis de la vérité officielle, celui-ci peut-il se
résorber ? Le danger d’un nouveau rebondissement de la
catastrophe étant soigneusement dissimulé, ce sont ses
incidences actuelles sur la vie quotidienne des Japonais de la région
et sur l’état d’esprit de tous qui forment
désormais la toile de fond, imprimant sa marque à la suite des
événements. Les Japonais sont invités à faire
comme si de rien n’était, mais en multipliant les biais pour
parvenir à relancer les centrales à l’arrêt, le
gouvernement reconnaît implicitement que la résistance passive
est forte.
Les
déconvenues se poursuivent entretemps à la centrale de
Fukushima-Daiichi, avec des pannes à
répétition des installations permettant de stabiliser ce qui
peut l’être et est mis en avant. Mais les séries de
secousses sismiques qui se poursuivent continuent d’éprouver des
installations déjà très fragilisées.
L’alerte a été à nouveau sonnée à
propos de la piscine du réacteur n°4, qui contient 135 tonnes de
combustible nucléaire et a été renforcée, mais
dont l’effondrement éventuel aurait des conséquences
incalculables, impliquant l’évacuation du site qui serait
laissé à son sort. Une structure de 35 tonnes est tombée
dans la piscine du réacteur n°3, qui va faire obstacle au
déchargement du combustible, dont du MOX qui comprend 7% de plutonium
hautement radioactif, dont l’isotope 239Pu, dont la demi-vie est de
24.000 ans.
Ne
signalons enfin que pour mémoire le pire : ces trois coriums résultant de la fonte du combustible
nucléaire et de ses gaines, dont la localisation et
l’état restent un mystère. Un silence qui ne devrait
être accepté par aucune autorité de surveillance et de
sûreté nucléaire dans le monde entier, mais auquel elles
concourent toutes.
Billet rédigé par
François Leclerc
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