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Les lois sur le salaire minimum

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Henry Hazlitt
Extrait des Archives : publié le 11 août 2014
1929 mots - Temps de lecture : 4 - 7 minutes
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Nous avons vu à quels résultats néfastes aboutissent les efforts des pouvoirs publics lorsqu'ils se mêlent d'élever les prix des denrées de première nécessité. Il faut s'attendre à des conséquences aussi désastreuses s'ils s'efforcent de faire des lois pour établir le salaire minimum. Cela ne saurait surprendre, car un salaire, en réalité, est un prix. Il est regrettable pour la clarté de la pensée économique que le prix des services ou du travail ait reçu un tout autre nom. C'est cette confusion dans les termes qui empêche tant d'esprits de reconnaître que ce sont les mêmes lois qui régissent les salaires et les prix.

 

En ce qui concerne les salaires, on se laisse troubler l'esprit par tant de considérations sentimentales ou par tant d'incidences politiques que, dans la plupart des discussions, on oublie les principes les plus élémentaires. Des gens qui nieraient fermement que l'on pût obtenir la prospérité en faisant monter artificiellement les prix, ou qui seraient les premiers à démontrer que les lois du prix minimum pourraient être grandement néfastes aux industries mêmes qu'elles ont choisi d'aider, se feront pourtant les défenseurs de lois de salaires minimum, attaquant sans hésitation ceux qui en démontrent la nocivité.

 

Pourtant, il devrait sembler évident qu'une loi sur le salaire minimum constitue une arme bien modeste pour lutter contre la plaie des salaires de famine, et que le bien qu'elle peut faire ne peut l'emporter sur ses inconvénients que dans la mesure même où son but reste modeste.

 

Plus une loi de ce genre est exigeante, plus le nombre de travailleurs qu'elle désire mettre à l'abri grandit, plus elle tente de faire monter leurs salaires, et plus il est probable que ses mauvais effets l'emporteront sur les bons.

 

Quand on vote une loi qui fixe le salaire de base à 30 dollars par exemple pour une semaine de 40 heures, il en résulte tout d'abord que tout travailleur qui ne pourra fournir à son employeur un travail équivalent à 30 dollars, perdra son travail.

 

Vous ne pouvez faire que le travail d'un homme vaille tel prix, simplement en décidant qu'on n'aura pas le droit de le payer à un prix inférieur. Vous le privez tout simplement du droit de gagner ce que ses capacités et sa situation lui permettent de gagner et, en même temps, vous privez la société des services modestes qu'il est capable de rendre. Finalement, vous n'aurez fait que remplacer un salaire bas par du chômage. Vous faites du mal dans tous les sens sans aucune compensation.

 

Il n' y a guère qu'une exception à ce tableau. Elle se produit quand un groupe de travailleurs reçoit un salaire nettement au-dessous du salaire normal qui a cours sur le marché. Mais cela n'a chance d'arriver que dans des circonstances particulières ou dans de petites communes, là où la concurrence ne joue ni librement ni convenablement. Pourtant, dans tous ces cas, le problème pourrait être résolu, d'une manière plus souple et moins nocive, simplement en groupant ces travailleurs dans un syndicat.

 

On peut penser que si la loi oblige une industrie à donner un salaire plus élevé à ses ouvriers, elle vendra ses produits plus cher, si bien que le poids de cette augmentation de salaire retombera finalement sur le consommateur. Mais ces transferts de charges ne se font pas si facilement, et l'on ne se débarrasse pas si aisément non plus des conséquences qu'entraîne une augmentation artificielle de salaires. Il se peut, par exemple, que le relèvement des prix soit impossible parce qu'il pousserait le client à chercher un produit de remplacement. Ou bien, si le client consent à payer plus cher, il achètera moins. Et tandis que certains ouvriers bénéficieront d'une augmentation de salaire, d'autres seront mis au chômage.

 

Enfin, si les prix ne sont pas relevés, les producteurs marginaux seront obligés de fermer leur usine, si bien que, finalement, par ce moyen nouveau, on aura provoqué une réduction de la production avec le chômage qui en est la conséquence.

 

Quand on expose ces résultats, quelques esprits ne manquent pas de répliquer : « Très bien, si vraiment telle industrie ne peut maintenir son usine qu'en payant des salaires de famine, ce sera tant mieux si le salaire de base l'oblige à disparaître. » Cette vigoureuse réflexion ne tient pas compte des réalités. On oublie d'abord que le client va être privé de la production de cette industrie. En second lieu, on ne réfléchit pas que cela revient à condamner au chômage tous les ouvriers de cette industrie. Finalement, on ne veut pas voir que les salaires payés dans cette industrie, si mauvais qu'ils fussent, étaient encore les meilleurs parmi ceux qui pouvaient s'offrir aux ouvriers de cette industrie ; sinon, ils seraient allés ailleurs. Si donc une industrie est anéantie par l'effet d'une loi sur le salaire minimum, ses ouvriers seront obligés d'entrer dans les places qu'ils avaient jugé trop peu payées auparavant. Leur concurrence dans la recherche de ces places va faire baisser les prix offerts primitivement, même dans ces industries qu'ils avaient dédaignées. Pas moyen donc d'échapper à la conclusion que la loi du salaire minimum accroîtra le chômage.

 

2

 

La loi sur le salaire minimum pose en outre un délicat problème, celui de remédier au chômage qu'elle va créer. En décrétant un minimum de salaire de, par exemple, 75 cents à l'heure, nous défendons à quiconque de travailler à moins de 30 dollars pour 48 heures par semaine. Supposons maintenant que nous ne donnions que 18 dollars par semaine comme allocation de chômage. Cela signifie que nous empêcherons un travailleur de faire un travail utile, à, mettons 25 dollars par semaine, et que nous lui donnerons 18 dollars par semaine à ne rien faire. Nous avons ainsi privé la société de la valeur de son travail. Nous avons privé l'ouvrier de son indépendance et du respect de soi-même qui découle du sentiment qu'on doit se suffire à soi-même et qu'on fait un travail utile, même s'il est mal payé, et, en même temps, nous avons réduit le gain qu'il eût pu recevoir par son effort personnel.

 

Telles sont les conséquences de l'allocation de chômage, aussi longtemps qu'elle est inférieure, ne fût-ce que d'un penny à la somme de 30 dollars. Plus nous augmenterons cette allocation et plus la situation empirera par d'autres côtés. Si nous donnons 30 dollars d'allocation au chômeur, alors nous donnons autant aux hommes qui ne travaillent pas qu'à ceux qui travaillent. En outre, quelle que soit l'indemnité allouée au chômeur, nous créons par là même une situation nouvelle telle que chacun ne travaille plus que pour la différence entre son salaire et l'indemnité de chômage.

 

Si l'indemnité de chômage est de 30 dollars par semaine, les ouvriers à qui l'on offre un dollar par heure ou 40 dollars par semaine ne sont en réalité payés que 10 dollars par semaine, puisqu'ils pourraient obtenir le reste, soit 30 dollars, en ne faisant rien.

 

On aura peut-être l'idée que, pour échapper à ces néfastes conséquences, on pourrait donner un secours de travail au lieu d'une allocation de chômage, mais on ne fait alors que modifier la nature de ces conséquences. Le salaire de secours signifie que l'on va donner au bénéficiaire plus qu'il ne recevrait sur le marché libre pour un même travail. Une partie seulement de cette indemnité récompense donc son travail (travail d'une efficacité parfois douteuse), l'autre n'est qu'une allocation de chômage déguisée.

 

Il eût sans doute mieux valu pour tout le monde que l'État, ouvertement, ait accordé une indemnité de travail à tous ceux qui étaient déjà embauchés. Nous ne développerons pas ce point plus longtemps, car cela nous entraînerait à considérer des problèmes trop éloignés de notre sujet. Mais il importe de garder en mémoire les difficultés que posent les indemnités de chômage, et les conséquences qu'elles entraînent quand il s'agit de voter la loi sur le salaire minimum ou l'augmentation de salaire minimum déjà fixé [1].

 

3

 

Ce qui précède n'a pas pour but de démontrer qu'il n'y a aucun moyen d'augmenter les salaires. Cela veut seulement prouver que la trop facile méthode de le faire par un ukase du Gouvernement est mauvaise, et même que c'est la pire.

 

Peut-être est-ce ici le meilleur moment pour souligner que ce qui différencie pas mal de réformateurs de ceux qui n'acceptent pas leurs projets, ce n'est pas leur plus grande philanthropie, mais surtout leur plus vive impatience. La question n'est pas du tout de savoir si nous voulons voir tout le monde aussi heureux et florissant que possible. Entre hommes de bonne volonté cela va de soi. La véritable question est de savoir comment s'y prendre pour atteindre ce but. Et pour ce faire, il ne faut jamais perdre de vue quelques vérités élémentaires : il est impossible d'abord de distribuer plus de richesse qu'il ne s'en crée. Et il est impossible ensuite de rétribuer le travail, dans son ensemble et à la longue, plus que ne vaut ce qu'il produit.

 

La meilleure façon de hausser les salaires est donc d'accroître la productivité du travail. Plusieurs méthodes peuvent y être employées : accroître le capital investi, c'est-à-dire le nombre des machines qui soulagent le travail de l'ouvrier ; perfectionner l'outillage et le renouveler par des inventions et transformations ; veiller à une meilleure conduite de l'usine de la part des chefs et des cadres ; obtenir un meilleur rendement de la part des ouvriers ; améliorer la formation professionnelle. Plus le travailleur de l'usine accroît sa production, plus s'accroît la richesse totale de la communauté. Plus il produit, plus son travail a de valeur pour les consommateurs, et par conséquent pour les employeurs eux-mêmes. Et plus son travail aura de valeur pour son employeur, mieux il sera payé.

 

Les hauts salaires, on le voit, naissent de la production et non pas des décrets du Gouvernement.

 

Note

 

[1] En 1938, quand le salaire horaire moyen payé dans toute l'industrie des États-Unis était d'environ 63 cents de l'heure, le Congrès établit un minimum légal de seulement 25 cents. En 1945, le salaire moyen avait monté jusqu'à 1,02 $ de l'heure et le Congrès porta le minimum légal à 40 cents. En 1949, le salaire moyen s'était élevé à 1,40 $ de l'heure et le Congrès augmenta à nouveau le minimum pour l'instituer à 75 cents. En 1955, le salaire moyen avait grimpé à 1,88 $ et le Congrès établit le minimum à 1 $. En 1961, avec un salaire moyen de 2,30 $ de l'heure, le minimum fut porté à 1,15 $, puis fut augmenté en 1963 à 1,25 $. Pour résumer la suite, le salaire minimum fut porté à 1,40 $ en 1967, à 1,60 $ en 1968, à 2,00 $ en 1974, à 2,10 $ en 1975 et à 2,30 $ en 1976 (alors que le salaire moyen de toute l'industrie, agriculture exceptée, était de 4,87 $). Puis, en 1977, alors que le salaire horaire moyen effectif de l'industrie non agricole était de 5,26 $, le salaire minimum fut augmenté à 2,65 $ de l'heure, avec une clause pour l'augmenter encore lors de chacune des trois années suivantes. Ainsi, quand les salaires horaires en cours montent, les avocats du salaire minimum décident d'augmenter le minimum légal en conséquence. Bien que la législation suive la hausse du taux des salaires ayant cours sur le marché, on entretient encore le mythe selon lequel c'est la loi sur le salaire minimum qui aurait conduit à faire monter les salaires du marché (Note de l'édition de 1979, traduite par Hervé de Quengo).

Remerciements : Hervé de Quengo, et traduction par Mme Gaëtan Pirou

 

 

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Henry Hazlitt (28 novembre 1894 - 8 juillet 1993) est un philosophe, essayiste, et journaliste libertarien américain. Journaliste au Wall Street Journal, à Newsweek et au New York Times, il s'est fait connaître grâce à son livre L'Économie en une leçon (en), un ouvrage de vulgarisation sur les principes de l'économie de marché, basé sur Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas de Frédéric Bastiat. Auteur prolifique, il est aussi l'auteur d'une œuvre majeure sur l'éthique, The Foundations of Morality.
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