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Les petits coins sombres de la finance

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Publié le 08 mars 2012
901 mots - Temps de lecture : 2 - 3 minutes
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Rubrique : Editoriaux

 

 

 

 

Connaissez-vous la petite famille Ibor et ses enfants Libor, Euribor et Tibor ? Si ce n’est pas le cas, c’est bien dommage, car ces indices sont à la base de la pyramide des prêts et servent de référence pour déterminer les taux consentis lors des crédits immobiliers et de l’octroi de cartes de crédit. Plus décisifs encore, ils sont également utilisés avec la même fonction sur le marché des produits dérivés.


Le Libor est le plus important d’entre eux et concerne dix monnaies dont le dollar et la livre sterling. L’Euribor est dédié à l’euro et le Tibor au yen. À lui seul, le Libor gouverne un marché estimé à 350 mille milliards de dollars, ce qui donne toute son importance financière.


Tout allait bien dans le meilleur de ce monde jusqu’à ce qu’un terrible doute se soit insinué dans les têtes, selon lequel ce gigantesque marché pourrait être manipulé dans le cours du processus quotidien de fixation des indices qui le régissent. Enquêtons !


Ce processus est confié à trois grandes associations bancaires – British Banker’s Association, European Banking Federation et Japanese Bankers Association – et échappe au contrôle de tous les régulateurs. Comment fonctionne-t-il ? Dans les trois cas, des banques réunies en un panel communiquent quotidiennement, pour chaque échéance (maturité) et devise donnée, le taux auquel elles sont prêtes à prêter « en blanc » (sans garantie) à d’autres banques. Les offres extrêmes soustraites, la moyenne est ensuite calculée, qui représente le fixing.


Le décor étant planté, quel est l’argument de la pièce ? Révélée il y a juste un an et faisant l’effet d’un coup de tonnerre, une enquête a été engagée par les régulateurs américains, rejoints par leurs homologues britanniques, les japonais et européens (neuf au total), et elle suit actuellement son cours, comme on déclare quand on ne veut rien dire. Avec pour objet – restreint, étant donné l’impact plus global de ces indices du marché interbancaire – de vérifier si les traders de certaines banques n’essayent pas de les influencer et d’en tirer profit sur le marché des produits dérivés.


La responsabilité de banques n’est pas officiellement recherchée. Il a en effet été remarqué que si l’une d’entre elles devait être mise en cause et financièrement sanctionnée, les usages de la profession aboutiraient à des montants tels que cela ne serait pas applicable…


Les sanctions enregistrées à ce jour sont donc limitées, seulement une douzaine de traders ayant vocation de victimes sacrificielles ont été licenciés ou suspendus au sein de Citigroup, UBS, Deutsche Bank, JP Morgan Chase et Royal Bank of Scotland. Une belle brochette si l’on en juge. Il serait également apparu que la pratique de manipulations coordonnées pourrait être plus largement répandue et concerner non seulement le monde bancaire, mais aussi celui des hedge funds. Mais attendons la suite…


Que se passe-t-il du côté des associations bancaires responsables ? La British Banker’s Association, qui fait figure de chef de file, a entamé une réflexion qualifiée de « technique », menée conjointement avec de grandes banques non identifiées, sous les auspices de la Bank of England et du FSA, le régulateur britannique. Avec comme objectif d’aboutir pour 2015 à de nouvelles règles. Comme dans le cas de l’International Swaps and Derivatives Association, qui a été récemment mis en lumière à l’occasion de l’activation ou non des CDS sur la dette grecque, les acteurs de la détermination d’indices des marchés financiers à l’impact majeur règlent leurs petites affaires entre eux. Faisant la police a minima et engageant des réformes en recherchant le consensus. Signe encourageant que des règles de la démocratie sont toujours appliquées, même si elles ne concernent que les happy few dans leurs discrets cénacles.


Mais il serait dommage d’en rester là des conclusions que l’on peut d’ores et déjà tirer de cette affaire, et de ne pas poursuivre le chemin. Les jeux obscurs de la finance de l’ombre sont généralement attribués à ces desperados que sont les hedge funds, même s’il est attribué aux grandes banques un soupçon de responsabilité en raison des financements qu’elles leur accordent. Il ne s’agit plus de cela dans le cas de la petite famille Ibor : les acteurs du jeu sont les grandes banques internationales, les mégabanques. De la même manière que l’on est passé de la crise des produits exotiques de la finance à celle des obligations d’État – le fondement du système financier – le champ des présumés coupables de malversations s’est élargi. Il faut dire que, dans le cas des subprimes américaines, il l’a été déjà comme en témoignent les procès et les règlements à l’amiable en cascade qui rythment l’actualité aux États-Unis.


Circonstance aggravante, il pourrait être découvert – au grand jamais – qu’un cartel pourrait avoir été organisé. Car, qui dit coordination… La finance moderne a un fonctionnement de club très britannique, comment s’en étonner étant donné ses origines londoniennes et le statut très particulier de la City ? Comme le remarquait il y a quelque temps Gillian Tett dans l’un de ses articles du Financial Times, beaucoup reste à faire de ce point de vue, si l’on considère les processus de même nature régissant le monde des « repos », des swaps de produits dérivés (de gré à gré) ou bien encore la formation des références de prix de certaines matières premières… La finance est un monde fait de traditions, mais pas n’importe lesquelles.



Billet rédigé par François Leclerc


 

 

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Paul Jorion, sociologue et anthropologue, a travaillé durant les dix dernières années dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix. Il a publié récemment L’implosion. La finance contre l’économie (Fayard : 2008 )et Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte : 2007).
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