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Pas de travaux publics sans impôts

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Extrait des Archives : publié le 20 octobre 2012
2402 mots - Temps de lecture : 6 - 9 minutes
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Aucune foi au monde n'est plus tenace ni plus entière que la foi dans les dépenses de l'État.

 

De tous côtés, on les présente comme une panacée capable de guérir nos maux économiques. L'industrie privée est-elle partiellement somnolente ? On peut y remédier par les dépenses du budget. Y a-t-il du chômage ? Cela est évidemment dû à « l'insuffisance du pouvoir d'achat ». Et le remède est tout aussi évident : le Gouvernement n'a qu'à engager des dépenses assez fortes pour suppléer ce « manque à acheter ».

 

Une vaste littérature repose sur cette illusion et comme il arrive souvent pour des affirmations erronées de cette nature, chacune s'étayant sur l'autre et se confondant avec elle, elles finissent par former un entrelacs d'idées fausses aux nœuds serrés. Nous ne nous attacherons pas pour l'instant à en démêler les éléments, mais il nous est loisible de mettre en évidence l'idée-mère qui a donné naissance à toute une progéniture d'inexactitudes, et de déceler le nœud central de tout cet embrouillage.

 

En dehors des dons gratuits que nous dispense la nature, quels que soient les biens que nous avons le désir d'acquérir, il nous faut toujours les payer, de quelque manière que ce soit. Or le monde est rempli de soi-disant économistes qui, eux, sont remplis de théories d'après lesquelles on peut acquérir quelque chose pour rien. Ils nous affirment que le Gouvernement peut dépenser sans compter, et cela sans jamais nous faire payer d'impôts, qu'il peut accumuler des dettes sans jamais les acquitter parce que, soi-disant, « nous nous les devons à nous-mêmes ». Nous reviendrons un peu plus tard sur ces affirmations doctrinales vraiment extraordinaires. Mais pour l'instant je serai tout à fait catégorique et je soulignerai avec force que les rêves magnifiques de ce genre se sont toujours évanouis dans le passé, laissant après eux la banqueroute nationale ou l'inflation déguisée. Et je dirai crûment que les dépenses de l'État doivent être soldées au moyen de l'impôt, que reculer le jour fatidique du règlement de compte ne fait que compliquer le problème, que l'inflation elle-même n'est autre chose qu'une forme particulièrement vicieuse de l'impôt.

 

Puisque nous avons remis à plus tard l'étude de ce système d'idées fausses qui tournent autour des emprunts publics continus et de l'inflation, nous accepterons comme un axiome évident durant ce présent chapitre que, tôt ou tard, tout dollar dépensé par l'État doit nécessairement être obtenu par un dollar d'impôt. Si nous envisageons les choses sous cet angle, les soi-disant miracles des dépenses de l'État nous apparaissent sous un tout autre jour.

 

Pour assumer plusieurs de ses fonctions essentielles, l'État doit nécessairement procéder à certaines dépenses importantes. Il lui faut assurer l'exécution de nombreux travaux publics, tels que l'aménagement des rues, routes, ponts et tunnels, l'entretien des arsenaux et des ports, celui des bâtiments publics qui abritent les administrations d'État et assurent l'exercice des services publics essentiels : les chambres législatives, la justice, la police, etc.

 

Mais laissons ces travaux qui se défendent d'eux-mêmes. Nous n'avons à examiner ici que ceux qu'on nous présente comme indispensables pour « lutter contre le chômage » ou pour ajouter à la richesse publique quelque chose qui, sans cela, ne serait pas produit.

 

On construit un pont. Si on le fait pour donner satisfaction au public qui l'a réclamé avec insistance, s'il apporte une solution à un problème de transport ou de circulation qui sans lui serait insoluble, si, en un mot, il apparaît d'une utilité nettement plus évidente que les choses pour lesquelles les assujettis à l'impôt auraient dépensé leur argent si on ne les avait obligés à payer pour lui, pas d'objection. Mais un pont que l'on construit surtout « pour donner du travail » est un pont d'une toute autre espèce. Lorsqu'on a pour but de procurer du travail à tout prix, le besoin devient une considération très secondaire. On se met alors à inventer des projets. Au lieu de rechercher simplement à quel endroit il est indispensable de construire des ponts, les partisans de cette politique se demandent où il est possible de construire des ponts. Trouvent-ils des raisons plausibles pour construire un pont de plus entre Easton et Weston ? Alors ce nouveau pont devient indispensable. Ceux qui osent émettre un doute quant à sa nécessité sont aussitôt écartés comme réactionnaires ou comme faisant de l'obstruction.

 

L'on fait alors valoir deux arguments : l'un que l'on démontre avant que le pont soit construit, l'autre que l'on servira dès qu'il sera terminé. Le premier consiste à affirmer qu'il va donner du travail aux ouvriers. Il en emploiera mettons 500 pendant un an. Cela implique la croyance que, sans cela, ces emplois n'auraient pas été créés. Cela, c'est ce qu'on voit sur le moment. Mais si nous nous sommes entraînés à examiner, au-delà des conséquences immédiates, les conséquences plus lointaines, et à voir derrière ceux à qui ce projet gouvernemental rend momentanément service, ceux-là qui en subiront le contrecoup, un autre aspect des choses apparaîtrait.

 

Il est exact qu'un certain groupe de travailleurs va recevoir plus de travail que si on ne construisait pas de pont. Mais ce pont, il faudra le payer par l'impôt. Pour chaque dollar dépensé pour lui, on prendra un dollar dans la poche des contribuables. S'il coûte 1 000 000 les contribuables devront payer 1 000 000. On les taxera de cette somme alors qu'autrement ils eussent pu la dépenser pour des objets dont ils ont le plus grand besoin.

 

Par conséquent, tout emploi créé pour la construction du pont empêche un emploi privé d'être offert quelque part ailleurs. L'argument que ces dépenses publiques donnent du travail est alors rendu évident à nos yeux, et fort probablement même, convaincant pour beaucoup.

 

Mais il y a bien d'autres choses que nous ne voyons pas, parce que, hélas, celles-là il ne leur a pas été loisible de se transformer en réalités. Ce sont tous les travaux réduits à néant par le million de dollars d'impôts prélevés sur les contribuables. Ce qui s'est passé, au mieux, c'est qu'il y a eu déplacement de travaux par l'effet de ce projet gouvernemental. Il y a eu davantage de main-d'œuvre affectée à construire des ponts et bien moins de mécaniciens pour autos et pour radios, moins de tailleurs et de fermiers.

 

Nous voyons poindre alors le deuxième argument. Le pont est construit, il existe. C'est, admettons, un beau pont, pas laid du tout. Il est né grâce à un coup de magie : une dépense publique. Que serait-il advenu de lui si les réactionnaires et les opposants avaient triomphé ? Le pont n'eût pas existé et le pays en eût été d'autant plus pauvre.

 

Là encore les partisans de ces dépenses gouvernementales utilisent au mieux cet argument auprès de tous ceux qui ne peuvent pas voir plus loin que le bout de leur nez. Ils peuvent voir le pont. Mais s'ils s'étaient entraînés à tenir compte des conséquences secondaires autant que des conséquences premières d'un acte économique, ils imagineraient une fois de plus toutes les choses possibles que l'on a ainsi empêché de naître. Ils se représenteraient les maisons non construites, les autos et les radios non fabriquées, les robes et les manteaux non coupés, et peut-être même les blés non semés ou les récoltes non vendues. Pour imaginer toutes ces choses qui eussent pu être et n'ont pas été, il faut une certaine sorte d'imagination dont peu de gens sont capables. Nous pouvons nous représenter toutes ces choses qui n'ont pas vu le jour une fois peut-être, mais nous ne pouvons pas les garder en mémoire de la même manière que pour le pont devant lequel nous passons quotidiennement en allant au travail. Le résultat final, c'est qu'un seul bien a été créé aux dépens de beaucoup d'autres.

 

2

 

Le même raisonnement s'applique naturellement à n'importe quelle espèce de travaux publics, par exemple aux habitations à bon marché créées, elles aussi, avec les fonds d'État. Ce qui se produit alors, c'est que, dans ce cas, l'argent des impôts est prélevé sur des familles aisées (peut-être aussi sur des familles modestes) qu'on oblige à subventionner les familles à revenus faibles afin de leur permettre de vivre dans des locaux plus sains pour un loyer sensiblement égal ou inférieur à celui qu'elles payaient auparavant.

 

Je ne veux pas entrer ici dans les controverses au sujet du logement. Je m'attache seulement à souligner l'erreur cachée dans les deux principales raisons mises en avant pour défendre la politique du logement. L'on dit que cette politique « crée du travail » et l'on ajoute : elle crée de la richesse qui sans cela n'aurait pas vu le jour. Or, ces deux raisons sont fausses car elles négligent tout ce que l'on perd du fait de l'impôt. L'imposition demandée pour la construction de ces habitations détruira autant d'emplois dans d'autres secteurs de l'économie qu'elle en crée pour celui de l'habitation. C'est autant de maisons bourgeoises qui ne seront pas bâties, de machines à laver ou de glacières qu'on ne fabriquera pas et de quantités d'autres marchandises ou services qui ne seront jamais produits.

 

Et si l'on vous démontre que la politique du logement ne doit pas se financer par une appropriation de capital faite d'un seul coup, mais seulement à l'aide de rentes annuelles, c'est là encore une mauvaise raison. Cela signifie simplement que le coût se répartira sur plusieurs années au lieu d'être dépensé en une seule fois. Mais cela signifie également que le prélèvement fait sur les contribuables s'étendra lui aussi sur plusieurs années au lieu de leur être enlevé d'un seul coup. Ces dispositions financières administratives n'ont rien à voir avec le sujet.

 

Le grand argument psychologique qui plaide en faveur de la politique du logement c'est que l'on peut voir les ouvriers au travail tandis que se bâtissent les maisons, et que l'on peut voir aussi ces maisons lorsqu'elles sont terminées. Des gens les habitent et fièrement en font visiter l'intérieur à leurs amis. Mais on ne voit pas les travaux que les impôts payés pour les construire ont empêché d'entreprendre ailleurs, non plus que les marchandises ou services qu'on n'a jamais pu produire ni se faire rendre. Il y faudrait quelque effort de réflexion, et un effort renouvelé pour chaque maison construite ou pour chaque visite qui en est faite, pour dénombrer d'autant les richesses qui n'ont pas vu le jour. Doit-on s'étonner dès lors que si l'on fait cette objection à ces défenseurs d'une politique du logement, ils l'écartent comme purement imaginaire ou théorique, tout en vous montrant du doigt les maisons qui sont là, devant vos yeux, bien réelles ? Ils font penser à l'un des personnages de la Sainte Jeanne de Bernard Shaw qui, alors qu'on lui expliquait que la terre est ronde et qu'elle tourne autour du soleil, selon la théorie de Pythagore, répliquait « quel triple sot, ne peut-il se servir de ses yeux ? »

 

Appliquons, une fois de plus, ce même raisonnement aux grands travaux de la vallée de Tennessee [1]. Là, à cause de ses dimensions mêmes le danger de l'illusion optique est plus grand que jamais. On a construit un puissant barrage, c'est un prodigieux arc d'acier et de béton « il est de dimensions telles que jamais aucune entreprise privée n'aurait pu le construire ». C'est la coqueluche des photographes, la panacée des socialistes, le symbole le plus fameux des miracles dus aux travaux publics, à la propriété et à la gestion publiques. C'est là qu'on trouve les dynamos et les turbines les plus puissantes. C'est là qu'on peut voir toute une région élevée à un niveau économiquement supérieur, c'est là qu'on été attirées des usines et des manufactures qui n'auraient jamais pu s'y édifier autrement. Et tout cela est présenté dans les panégyriques des admirateurs de cette entreprise comme un gain économique net, sans passif.

 

Nous ne discuterons pas ici des mérites de la T.V.A. ou d'autres travaux publics du même genre. Mais ici, pour apercevoir le passif du bilan de l'opération, il nous faut faire un effort d'imagination dont peu de gens sont capables. Si l'on a fortement imposé les contribuables privés et les sociétés et drainé partout ces sommes énormes pour les dépenser en un seul point déterminé du pays, pourquoi s'étonner et pourquoi crier au miracle si cet endroit devient plus riche qu'un autre où l'on a rien fait. Les autres secteurs moins favorisés que celui-là sont forcément plus pauvres en comparaison. Ce puissant travail d'art que « les capitaux privés auraient été dans l'impossibilité de construire », ce sont bien, en réalité, ces capitaux privés qui l'ont construit, c'est le capital privé que l'impôt a prélevé (ou, si l'on fait un emprunt, c'est le capital qu'il aurait bien fallu prendre par l'impôt). Ici encore il nous faut faire un effort d'imagination pour nous représenter les travaux de l'économie privée, les maisons bourgeoises, les machines à écrire et les radios qui n'ont jamais été bâties ou fabriquées, puisque l'on a pris tout l'argent dont disposaient les contribuables dans le pays tout entier pour construire le barrage de Morris si merveilleusement photographié.

 

3

 

J'ai choisi délibérément les exemples de travaux publics les plus probants et les plus coûteux, c'est-à-dire ceux qui sont le plus souvent et le plus impérieusement réclamés par les doctrinaires des dépenses budgétaires, ceux que le public honore de sa plus grande considération. Je n'ai rien dit des centaines de projets de moindre envergure dans lesquels on s'embarque sans hésiter du moment qu'il s'agit surtout de « donner du travail au peuple » ou de « faire travailler les gens ». Dans ce cas, nous l'avons vu, l'utilité devient une considération d'ordre tout à fait secondaire. Au surplus on vous dira que plus le travail est inutile, plus il est dispendieux, mieux il remplit son but, car il emploie alors la plus grande main-d'œuvre possible. Lorsqu'il en est ainsi, ces travaux publics créés de toutes pièces par les bureaucrates, ne se solderont vraisemblablement pas par un gain actif en faveur de la richesse et du bien-être publics par dollar dépensé, comme c'eût été le cas si les contribuables, au lieu d'être forcés d'abandonner une part de leurs économies à l'État, avaient été laissés libres de faire individuellement ce qu'ils voulaient de leur argent, et d'acheter les objets dont ils avaient besoin.

 

Note

 

[1] Tennessee Valley Authority, populairement connue sous l'abréviation T.V.A. (N.d.T.).

 

Remerciements : Hervé de Quengo, et traduction par Mme Gaëtan Pirou

 

 

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Henry Hazlitt (28 novembre 1894 - 8 juillet 1993) est un philosophe, essayiste, et journaliste libertarien américain. Journaliste au Wall Street Journal, à Newsweek et au New York Times, il s'est fait connaître grâce à son livre L'Économie en une leçon (en), un ouvrage de vulgarisation sur les principes de l'économie de marché, basé sur Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas de Frédéric Bastiat. Auteur prolifique, il est aussi l'auteur d'une œuvre majeure sur l'éthique, The Foundations of Morality.
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