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Pour 1,8 milliards de déficits, la Poste perd joyeusement vos colis

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Publié le 22 janvier 2021
987 mots - Temps de lecture : 2 - 3 minutes
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Rubrique : Editoriaux

Dans les années 80, il fallait bouger avec La Poste… Ce qui a probablement beaucoup fatigué la vénérable institution qui, dans les années 90, tenta de nous vendre une confiance qu’elle avait là aussi bien du mal à gagner. Heureusement, depuis 2017, la Poste a décidé de « simplifier la vie ».

Et par « simplifier la vie », il s’agit bien de celle de ce service public (que le monde est censé nous envier), et pas de ses clients de moins en moins nombreux qui, à la longue, interprètent probablement le dernier slogan d’une autre façon.

Car il faut bien le noter : à mesure que les avis de passage se multiplient même dans les boîtes de clients pourtant chez eux, à mesure que la société se numérise, à mesure que le marché des colis et la logistique afférente s’ouvrent à la concurrence, les volumes traités par la poussiéreuse vénérable institution s’effondrent.

Le terme n’est pas trop fort : déjà en 2019, les folliculaires du Monde observaient, les yeux humides, qu’une baisse de plus de 7% sur l’année frappait la Poste pour le volume de lettres et cartes qu’elle distribuait alors, l’obligeant à se recentrer vers le colis et ses innénarrables services financiers.

Avec les confinements et le télétravail, l’année 2020 n’a pas été plus tendre avec La Poste qui continue donc de simplifier sa vie en réduisant encore le volume de courrier qu’elle traite : 19% de baisse, voilà qui tend à faire réfléchir. Si c’était une autre entreprise, on serait en droit de se demander si l’abandon pur et simple de ce marché à un opérateur dédié, jeune, agile et adapté, ne serait pas une solution…

Rassurez-vous, la Poste a – évidemment – d’autres solutions complètement différentes.

Multiplier les services sans rapport

D’une part, on va commencer à éparpiller du solide facteur à casquette sur toute une amusante palanquée d’activités qui n’ont absolument rien à voir avec ses occupations initiales : on appellera ça diversification, et ça permettra de transformer un facteur en polyvalent du service à la personne par la magie du langage.

Très concrètement, il s’agit pour La Poste d’appliquer son slogan rigolo en soutenant « quoi qu’il en coûte » des emplois destinés à simplifier la vie de certains de ses clients de plus en plus variés par le truchement malin de services de plus en plus éloignés des compétences initiales de ses facteurs. Ainsi, avec un brio qu’on qualifiera pudiquement de mitigé et plutôt que d’adapter son cœur de métier aux nouvelles technologies et à une logistique efficace, la Poste, syntonisée avec la Gaïa des bobos, recycle à fond du cycliste postal à casquette : voilà qu’entre deux plis discrets, nos facteurs font passer le code de la route, recensent la population (succès garanti dans les kartchiers émotifs), veillent sur nos ancêtres mains propres et museaux masqués en appliquant le slogan si poétique « Je veille sur mes parents à partir de 19,90€ par mois » ou jouent les chefs de gare quand les recommandés peuvent attendre le prochain train.

Petit-à-petit, La Poste se transforme en une nouvelle série de Martine (Martine s’occupe des vieux, Martine s’occupe des trains, Martine recense la population, etc.) mais malgré tout, l’adéquation entre offre et demande laisse à désirer : difficile de penser à La Poste lorsqu’on a besoin d’une nounou, de passer le permis, de passer voir Mamie ou que sais-je.

En outre, les formations du personnel aux nouveaux métiers (pluriel de rigueur) laissent déjà présager d’une excellente couverture des besoins : dans un étonnant mouvement contraire aux derniers millénaires qui ont vu la spécialisation des hommes, la Poste se lance dans le mouvement inverse. Après tout, quoi de mieux qu’un professionnel d’un métier donné pour faire un autre métier sans rapport ? Qui n’a jamais utilisé les services d’un plombier pour faire de l’informatique, par exemple ?

une gestion au cordeau

D’autre part, quand un marché est tendu, que les parts de gâteau se réduisent, rien ne vaut une bonne gestion bien solide, bien comprise, serrée comme un café georgecloonesque : chaque sou dépensé l’est avec réflexion, chaque sou gagné est utilisé pour du productif. C’est, véritablement, le B.A.-BA de toute entreprise devant se reconvertir dans un marché rapidement changeant.

De surcroît, lorsqu’à cette saine gestion on ajoute assez subtilement les politiques gouvernementales elles-mêmes judicieuses et à la redoutable pertinence en ces périodes de réorientation énergétique (depuis « les énergies qui fonctionnent » vers « les énergies qui intermittent »), on en vient à prendre des décisions véritablement indispensables.

Dernier exemple en date et qui ne manque pas d’illustrer cette gestion exemplaire du Service Public Postal, et alors que l’ensemble du pays semble décidé à la fois à se passer d’électricité et à rouler au tout électrique dans d’amusantes voiturettes de golf, évoquons rapidement l’aventure de ces centaines de voitures postales, électriques, qui ont été rapidement mises à la casse (certaines encore flambant neuves).

Et sinon, pour les colis, paquets et lettres ?

Eh bien désolé, mais ça ne va pas trop fort. Si, on l’a vu, les lettres, les cartes et les recommandés baissent en volumes, les colis et autres paquets concentrent actuellement un nombre important de plaintes et les histoires d’horreur postale se multiplient avec fatalité, atteignant plusieurs milliers (ou dizaines de milliers) de clients insatisfaits de leur livraison… par jour.

Devant la gestion au cordeau, une logistique tip-top, un prix du timbre prohib-pardon étudié, et une multiplication des services annexes sans rapport, peut-on dès lors s’étonner de voir que l’entreprise publique accumule d’insolents bénéf… heu pardon déficits se soldant à 1,8 milliards d’euros, que, rassurez-vous ! l’État – c’est-à-dire vous – va prendre à sa charge.

Alors, heureux ?

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Source : h16free.com
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H Seize écrit sur http://h16free.com ses chroniques humouristiques d’un pays en lente décomposition, et apporte des solutions dans son livre, Egalité, Taxes, Bisous. Dans un monde toujours plus dur, et alors que la crise, la vilénie, les aigreurs et les misères allant de la maladie aux bières tièdes font rage, un pays fait courageusement face et propose toute une panoplie de mesures plaisamment abrasives qui permettront d'aplanir les aspérités, gommer les difficultés et arrondir les angles. Ce pays, rempli de gentils et d'aimables tous les jours mieux pensant, est devenu un véritable phare scintillant dans la nuit noire de l'obscurantisme des méchants et des vilains. Et pour mieux scintiller, il s'est doté d'une devise qui est parvenue à se hisser au rang de slogan, d'accroche et de modus vivendi : pour chacun et pour tous, il faudra de l'égalité, des taxes, et des bisous.
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