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Produits Dérivés : La pyramide de l’ombre (II)

 

 

Par : Antal E. Fekete

Université de l’étalon or

 

 

 

 

 

 

 

(Suite de La Pyramide de l’Ombre I)

 

 

L’hypocrisie de l’économie conventionnelle

 

La question se pose de savoir pourquoi les prix des produits agricoles peuvent effectivement être couverts sur les marchés de futures sans qu’il soit besoin de construire une tour infinie de couvertures d’ordres de niveau toujours plus élevés. Ici, il me faut souligner le coté malsain de l’économie conventionnelle.  Celle-ci enseigne que couvrir des actifs financiers comme les obligations n’est pas différent en essence de couvrir les prix agricoles. Les mêmes principes simples s’appliquent si l’on veut obtenir les mêmes résultats. : des prix d’obligations stables et des taux d’intérêts stables.

 

Cet enseignement est un mensonge éhonté répandu par les économistes conventionnels. La preuve est pourtant là : la Babélisation des produits dérivés sur les taux d’intérêts. Il n’y a besoin d’aucun échafaudage de couverture pour stabiliser les prix des biens agricoles,  par opposition, une simple couverture ne va pas suffire pour stabiliser les prix des obligations.

 

La raison en est que les risques encourus dans les fluctuations des cours de l’or ou dans les cours des obligations ou dans les fluctuations de taux d’intérêts ou de cours de monnaies étrangères ont été créés artificiellement. Ils sont d’origine humaine : les mêmes risques que ceux des casinos de jeux. Comment le savons-nous ? Eh bien, dans un système d’étalon-or tous les risques cités plus haut seraient absents. En tout cas, les variations de l’or et des obligations ou en intérêts ou taux de change de monnaies étrangères seraient si minimes qu’aucune spéculation ne pourrait démarrer spontanément par manque d’une volatilité suffisante.

 

 

Spéculer ou parier

 

Par contraste, les risques liés à la variation des prix des denrées agricoles sont inhérents à leur nature. C’est la différence fondamentale entre spéculer et jouer aux jeux de hasard. Les spéculateurs font face à des risques qui existent dans la nature. Mais les risques qui sont créés par l’homme ne peuvent pas être amortis par la spéculation, tout comme les risques créés dans un casino ne le peuvent pas non plus.  Au lieu de cela, les risques sont transférés ailleurs (éventuellement après avoir été saucissonnés de manière à les rendre méconnaissables).

 

En détruisant l’étalon-or, le gouvernement a créé toute une gamme de risques artificiels, depuis les risques de taux de changes jusqu’aux risques de taux d’intérêts variables, dont aucun ne peut être maitrisé avec succès par la spéculation comme peut l’être, en revanche, celui des prix agricoles. En d’autres termes, tandis que la spéculation qui s’occupe des risques naturels a un rôle stabilisateur, la spéculation qui s’occupe des risques créés par l’homme est déstabilisatrice. C’est exactement comme à la roulette : une augmentation du nombre de joueurs ne limite pas le risque encouru par le pari. C’est justement le contraire qui se produit : la frénésie des paris va augmenter et avec elle, l’exposition au risque va s’accroître aussi.

 

Le spéculateur habile diagnostique correctement les chocs de l’offre qui s’amorcent. S’il anticipe une mauvaise récolte, il achète tant que les prix sont encore bas. Il revend après la mauvaise récolte, de ce fait augmente l’offre et amortit la montée des prix. Le consommateur en profite. Réciproquement, si le spéculateur anticipe une récolte exceptionnelle, alors il vend tant que les prix sont encore hauts et couvre sa position courte une fois l’excellente récolte engrangée, et de ce fait augmente la demande et amortit la baisse des prix. Le producteur en bénéficie. Le spéculateur est un bienfaiteur de la société –mais seulement dans la mesure où le risque de la fluctuation de prix est entièrement naturel.

 

 

Sélection naturelle contre banque centrale

 

La situation est bien différente si le risque est d’origine humaine.

 

Prenons par exemple les taux de change de monnaies étrangères. Ici les banquiers centraux affûtent leur esprit contre celui des spéculateurs monétaires. On peut être certain que l’intelligence des spéculateurs est plus aiguisée. Finalement, c’est leur métier de jouer des entourloupes aux banquiers centraux. Dans ce processus, ils risquent leur capital. Les banquiers centraux, en revanche, savent que leurs pertes seront couvertes par le Trésor. La « sélection naturelle » qui modèle les qualités des spéculateurs, permettant aux seuls génies parmi les génies de survivre alors que les autres auront perdu leur capital en chemin, ne s’applique pas aux banquiers centraux. C’est le règne de la consanguinité et de la complaisance. Les banquiers centraux sont salariés et ne risquent pas leur propre capital. Aucun mécanisme n’existe qui puisse opérer une sélection dans un troupeau de banquiers centraux obtus. Le bilan des interventions de la banque centrale sur le marché des futures et des dérivés est plus souvent un échec qu’un succès. Les spéculateurs avisés et rusés gagnent le plus souvent.

 

La Relance de l’économie pour rendre la spéculation auto-satisfaisante

 

La parlotte ne va pas convaincre les spéculateurs de continuer à acheter des bons du Trésor. Ils y voient clair et vont vendre les obligations plutôt que d’en acheter, s’ils pensent que les taux d’intérêt vont monter.

 

Cependant, il y a quelque chose que le gouvernement peut encore faire, même si c’est vicieux. Si le gouvernement peut seulement démontrer que les taux d’intérêts vont continuer leur chute, ce qui équivaut à dire que les prix des obligations vont monter : dans ce cas les spéculateurs vont naturellement converger sur le marché haussier et les prédictions de la hausse de la valeur des obligations vont se trouver auto-satisfaites. Des prix stables des obligations ne suffisent pas. Il est nécessaire que le gouvernement octroie des profits sans risque à ces obligations en hausse. Le soutien d’un régime de taux d’intérêts en baisse est essentiel.


Le problème pour le gouvernement se résume finalement à inventer un biais initial pour faire baisser les taux d’intérêt. C’est le problème de l’amorce. Une fois que la chute a été établie, les spéculateurs vont poursuivre l’œuvre entamée. Ils vont perpétuer la tendance en pariant sur des obligations à la hausse, hausse qui devient automatique. La relance est accomplie « malhonnêtement» en légalisant les couvertures d’ordre plus élevé sur le marché des obligations. La demande de bons du Trésor est alors relancée artificiellement.

 

Tout comme un schéma de Ponzi est frauduleux et condamné par le Code Pénal, l’autorisation de la prolifération infinie de couvertures d’obligations par des couvertures d’ordre plus élevé est également frauduleuse. Il n’y pas de différence sur le principe entre les deux schémas d’action, il n’y a qu’une différence de forme. Un retour sur investissement est promis à une population toujours plus nombreuse et ne peut pas être honoré. Les deux schémas mènent à une fin malheureuse quand il ne reste plus aucun candidat à la duperie. Cette offre de candidats stupides, quelle que soit sa grande taille, est toujours un nombre limité et il n’y a aucun doute que cette Babélisation des produits dérivés va finalement s’effondrer.

 

 

Sacrifice sur l’autel de Moloch

 

Pour récapituler, le marché des produits dérivés a été créé dans le seul but de perpétuer le régime de dollars non-convertibles. 

 

Il représente une demande d’obligations libellées en dollars qui peut être augmentée sans aucune limite, le gouvernement créeant une pyramide infinie de créances qui ne peuvent être liquidées que par une offre limitée d’obligations. Le système du dollar aurait déjà dû s’effriter au cours du 20ième siècle, s’il n’y avait pas eu cette demande artificielle de bons du Trésor.  Grâce à la pyramide des produits dérivés, la demande d’obligations est poussée dans une ronde qui semble ne jamais s’arrêter de tourner. Le public n’est pas conscient que les bons du Trésor sont pourris jusqu’au coeur. Ils sont dans les termes de feu Dr. Franz Pick « des certificats garantis de confiscation ».

 

Il y a longtemps de cela, les bons du Trésors étaient les instruments de placement les plus sûrs qui existaient. Les tuteurs en charge de la veuve et de l’orphelin n’auraient pas recherché une autre forme de placement pour investir l’héritage de leurs protégés. L’épargne était sacro-sainte. Mais, c’était une autre époque : l’âge d’or de l’étalon-or où les taux d’intérêts et les valeurs obligataires étaient stables.

 

Ce n’est qu’après la décision unilatérale du gouvernement américain de démolir le système de l’étalon-or international que les taux d’intérêts ont commencé à faire du yoyo. A la grande honte du monde universitaire, le chœur des économistes conventionnels à commencer à répéter comme un perroquet la ligne de propagande selon laquelle, il était dans la nature même des taux d’intérêts de fluctuer de manière erratique, tout comme il est dans la nature des biens agricoles de varier selon la loi de  l’offre et de la demande, un véritable mensonge. Les bons du Trésor (et ainsi l’héritage de la veuve et de l’orphelin) sont devenus des jetons dans la main des joueurs au casino. Le bien-être d’enfants innocents a été sacrifié sur l’autel du Moloch. Et à la fin des temps, les universitaires et le régime de monnaie non-convertible vont être jugés à la lumière de l’admonition biblique d’épargner la veuve et l’orphelin.

 

 

Jouer avec le feu

 

Ce qui précède explique comment la spéculation obligataire à la hausse a été rendue pratiquement sans risque grâce à la pyramide inversée des produits dérivés. Le résultat est une tendance à la baisse dans le domaine des obligations à 30 ans, de 16 pour cent en 1981 à 4 pour cent  vingt-cinq ans plus tard. Chaque fois que le taux d’intérêt diminue de moitié, le prix des obligations double. Chaque fois que le taux d’intérêt diminue de trois quart, le prix des obligations quadruple, comme il l’a fait approximativement entre 1981 et 2006. C’est impressionnant, tout cela avec un revenu de 16% inclus en bonus. Des gains sur le capital comme ceux-ci ne peuvent pas être ignorés, surtout s’ils sont totalement sans risque.

 

La question reste ouverte de savoir si la tendance à la baisse des taux d’intérêts va se poursuivre d’elle-même ou s’il va falloir recommencer les tours de prestidigitation et d’imprimer une autre ardoise d’obligations à 30 ans avec des coupons à 16 pour cent qui y seraient rattachés. Permettez-moi de suggérer que l’existence de la pyramide d’ombre rend cela inutile. La pompe a déjà été lancée. L’ingrédient principal est la demande de bons du Trésor et elle est déjà existante.

 

Il est certain qu’en encourageant la spéculation obligataire à la hausse, le gouvernement joue avec le feu. La chute des taux d’intérêts pourrait tirer les prix des matières premières vers le bas, quelque soit le niveau de liquidité supplémentaire injectée. Déflation et dépression menacent à l’horizon. Les tentatives de baisser les taux d’intérêts alors que le dollar s’effondre démontre une capacité rare à une politique monétaire osée :  le gouvernement et la Banque Fédérale de réserve ont vendu le droit d’aînesse de la nation pour un plat de lentilles. Ils ont perdu le contrôle de la situation. Leur plan de faire tournoyer un chèque comme un cerf-volant est fichu. Ils font bruyamment monter et descendre le fil directeur, le manœuvrent de droite à gauche mais en vain : il n’est plus relié à rien du tout. Le futur dépend entièrement du jugement des spéculateurs obligataires, en particulier celui de ceux hors de la juridiction des Etats-Unis dans les mains desquels la destinée du dollar a glissé. Savoir ce qu’ils vont décider ressemble maintenant à un jeu de devinettes.

 

 

« La Chine a tremblé »

 

Il se peut que nous ne soyons pas encore arrivés à la fin de l’ère du dollar. Il y a encore le puzzle chinois enveloppé de mystère à l’intérieur d’une énigme à résoudre. Je compterais certainement les chinois parmi, non seulement les plus importants, mais aussi les plus fins et les plus adroits spéculateurs obligataires qu’il n’y ait jamais eu, couverts par leur encaisse sans précédent de milliers de milliards de dollars en bons du Trésor. J’irai même plus loin, en suggérant qu’une grande partie de cette encaisse a son origine, non pas dans les excédents commerciaux mais bien dans la pure spéculation obligataire. Après tout, les chinois ont été des joueurs assidus depuis le début des années 80 à la table de blackjack sur laquelle les jetons sont des obligations US. Ils y ont joué assez adroitement. Ce ne serait pas logique que tout d’un coup, ils se transforment en parfaits idiots. Comment expliquer le fait, mentionné par Edmund L. Andrews, dans le New York Times du 10 Octobre 2007 (cf. l’article intitulé : « Les USA scellent la faiblesse de leur monnaie d’un lourd silence») que la Chine a augmenté ses achats déjà considérables de valeurs libellées en dollars. Selon des données récentes, les réserves de la Chine en monnaie étrangères ont crû à un rythme de 40 milliards par mois, soit deux fois plus vite que l’année passée. Ne croyez pas l’argument ridicule selon lequel la Chine est en train de protéger ses parts de marché au Etats-Unis en revendant ses biens pour presque rien. Les achats continuels chinois de titres obligataires américains ressemblent plus à une ouverture de gambit aux échecs qu’à une stupide erreur.

 

Comme Atlas portant le globe sur ses épaules, les chinois portent le dollar globalisé sur les leurs. Laissons les autres se débarrasser de leurs obligations dans la déroute. Les chinois énigmatiques vont entrer dans la bataille, plus tard, pour tout nettoyer. « La Chine a tremblé ». La Banque centrale chinoise est un grand spéculateur de bons du Trésor américain : le plus important de l’histoire. Sans fanfare, elle suit un script qui promet un retour sur investissement énorme sur les bons du Trésor– au vu d’une pénurie croissante, et alors que la pyramide d’ombre des dérivés arrive à maturité et que la demande de bons du Trésor s’intensifie. Aussi longtemps que le retour sur investissement est plus grand que la dépréciation du dollar, les chinois s’en sortent bien.

 

Qui détient qui en otage ?

 

A partir de maintenant, le jeu des chaises musicales va continuer avec les chinois pour chef d’orchestre. Le dollar va se stabiliser, bien qu’à un niveau reflétant de grandes pertes, mais sans mettre en danger la montagne de profits papier que les chinois ont amassée durant ces 25 dernières années.  Grâce à leur contrôle de la pyramide d’ombre, les chinois rançonnent le Trésor américain en dépit des apparences, c'est-à-dire l’inverse, que les USA rançonnent les chinois. Ceci, c’est la bonne nouvelle. La mauvaise nouvelle, c’est que cela implique une déflation aux Etats-Unis et en Occident, confirmant les prévisions glauques d’Exter : baisse des prix de l’immobilier, faillites bancaires, chômage en hausse.

 

Ne maudissez pas les spéculateurs d’obligations. Ne maudissez pas les chinois. Maudissez les managers des monnaies non-convertibles pour le désastre. En tout premier lieu, il faut blâmer ceux aux Etats-Unis qui ont bafoué la Constitution pour émettre des promesses intenables [les billets] comme moyens de paiement. Les billets émis en dollars non couverts par de l’or et les bons du Trésor sont exactement cela : des promesses intenables explicitement exclues par la Constitution.

 

Au premier abord, il semble que ce soit une chose intelligente d’en inonder le monde, tant que les étrangers montraient un appétit insatiable pour ces promesses intenables. Mais comme il arrive souvent, à malin, malin et demi. Les jetons ont commencé à s’accumuler dans une seule main, celle d’un type intelligent qui savait mener la danse. Nous n’avons pas besoin de nous inquiéter pour savoir si les chinois vont récupérer la valeur totale de leurs exportations ou non, mais en revanche, il faut nous inquiéter fortement des conséquences des sottises du trésor américain.

 

La manière dont les managers du dollar ont laissé la direction du dollar échapper des mains des Etats-Unis est un acte criminel.

 

Les managers du dollar sont des criminels d’avoir exclu l’or. Il est criminel de leur part d’avoir autorisé la dette gouvernementale à pousser comme un champignon tout en laissant l’épargne privée se déliter. Il est criminel de voir comment la dette américaine est concentrée dans des mains étrangères en particulier dans les mains d’énigmatiques chinois. Il est criminel de voir comment ils ont permis la prolifération illimitée de produits dérivés sur les taux d’intérêts afin de protéger leur pouvoir d’inonder le monde de papier sans valeur, méprisant même la possibilité que les taux d’intérêts en baisse puissent entraîner le monde dans la dépression.

 

 

 

Antal E. Fekete

Professor, Intermountain Institute of Science and Applied Mathematics, Missoula, MT 59806, U.S.A.

Université de l’étalon or

 

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