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(Suite
de La Pyramide de l’Ombre I)
L’hypocrisie de
l’économie conventionnelle
La question se pose de savoir pourquoi les
prix des produits agricoles peuvent effectivement être couverts sur les
marchés de futures sans qu’il soit besoin de construire une tour
infinie de couvertures d’ordres de niveau toujours plus
élevés. Ici, il me faut souligner le coté malsain de l’économie
conventionnelle. Celle-ci
enseigne que couvrir des actifs financiers comme les obligations n’est
pas différent en essence de couvrir les prix agricoles. Les
mêmes principes simples s’appliquent si l’on veut obtenir
les mêmes résultats. : des prix d’obligations stables
et des taux d’intérêts stables.
Cet enseignement est un mensonge
éhonté répandu par les économistes
conventionnels. La preuve est pourtant là : la
Babélisation des produits dérivés sur les taux
d’intérêts. Il n’y a besoin d’aucun
échafaudage de couverture pour stabiliser les prix des biens
agricoles, par opposition, une simple couverture ne va pas suffire pour
stabiliser les prix des obligations.
La raison en est que les risques encourus
dans les fluctuations des cours de l’or ou dans les cours des
obligations ou dans les fluctuations de taux d’intérêts ou
de cours de monnaies étrangères ont été
créés artificiellement. Ils sont d’origine humaine :
les mêmes risques que ceux des casinos de jeux. Comment le
savons-nous ? Eh bien, dans un système d’étalon-or
tous les risques cités plus haut seraient absents. En tout cas, les
variations de l’or et des obligations ou en intérêts ou
taux de change de monnaies étrangères seraient si minimes qu’aucune
spéculation ne pourrait démarrer spontanément par manque
d’une volatilité suffisante.
Spéculer ou parier
Par contraste, les risques liés
à la variation des prix des denrées agricoles sont
inhérents à leur nature. C’est la différence
fondamentale entre spéculer et jouer aux jeux de hasard. Les
spéculateurs font face à des risques qui existent dans la
nature. Mais les risques qui sont créés par l’homme ne
peuvent pas être amortis par la spéculation, tout comme les
risques créés dans un casino ne le peuvent pas non plus.
Au lieu de cela, les risques sont transférés ailleurs
(éventuellement après avoir été
saucissonnés de manière à les rendre
méconnaissables).
En détruisant
l’étalon-or, le gouvernement a créé toute une
gamme de risques artificiels, depuis les risques de taux de changes
jusqu’aux risques de taux d’intérêts variables, dont
aucun ne peut être maitrisé avec succès par la
spéculation comme peut l’être, en revanche, celui des prix
agricoles. En d’autres termes, tandis que la spéculation qui
s’occupe des risques naturels a un rôle stabilisateur, la
spéculation qui s’occupe des risques créés par
l’homme est déstabilisatrice. C’est exactement comme
à la roulette : une augmentation du nombre de joueurs ne limite
pas le risque encouru par le pari. C’est justement le contraire qui se
produit : la frénésie des paris va augmenter et avec elle,
l’exposition au risque va s’accroître aussi.
Le spéculateur habile diagnostique
correctement les chocs de l’offre qui s’amorcent. S’il
anticipe une mauvaise récolte, il achète tant que les prix sont
encore bas. Il revend après la mauvaise récolte, de ce fait
augmente l’offre et amortit la montée des prix. Le consommateur
en profite. Réciproquement, si le spéculateur anticipe une
récolte exceptionnelle, alors il vend tant que les prix sont encore
hauts et couvre sa position courte une fois l’excellente récolte
engrangée, et de ce fait augmente la demande et amortit la baisse des
prix. Le producteur en bénéficie. Le spéculateur est un
bienfaiteur de la société –mais seulement dans la mesure
où le risque de la fluctuation de prix est entièrement naturel.
Sélection naturelle contre banque
centrale
La situation est bien différente
si le risque est d’origine humaine.
Prenons par exemple les taux de change de
monnaies étrangères. Ici les banquiers centraux affûtent leur
esprit contre celui des spéculateurs monétaires. On peut
être certain que l’intelligence des spéculateurs est plus
aiguisée. Finalement, c’est leur métier de jouer des
entourloupes aux banquiers centraux. Dans ce processus, ils risquent leur
capital. Les banquiers centraux, en revanche, savent que leurs pertes seront
couvertes par le Trésor. La « sélection
naturelle » qui modèle les qualités des
spéculateurs, permettant aux seuls génies parmi les
génies de survivre alors que les autres auront perdu leur capital en
chemin, ne s’applique pas aux banquiers centraux. C’est le
règne de la consanguinité et de la complaisance. Les banquiers
centraux sont salariés et ne risquent pas leur propre capital. Aucun
mécanisme n’existe qui puisse opérer une sélection
dans un troupeau de banquiers centraux obtus. Le bilan des interventions de
la banque centrale sur le marché des futures et des
dérivés est plus souvent un échec qu’un
succès. Les spéculateurs avisés et rusés gagnent
le plus souvent.
La Relance de l’économie
pour rendre la spéculation auto-satisfaisante
La parlotte ne va pas convaincre les
spéculateurs de continuer à acheter des bons du Trésor.
Ils y voient clair et vont vendre les obligations plutôt que d’en
acheter, s’ils pensent que les taux d’intérêt vont
monter.
Cependant, il y a quelque chose que le
gouvernement peut encore faire, même si c’est vicieux. Si le
gouvernement peut seulement démontrer que les taux
d’intérêts vont continuer leur chute, ce qui
équivaut à dire que les prix des obligations vont monter :
dans ce cas les spéculateurs vont naturellement converger sur le
marché haussier et les prédictions de la hausse de la valeur
des obligations vont se trouver auto-satisfaites. Des prix stables des
obligations ne suffisent pas. Il est nécessaire que le gouvernement
octroie des profits sans risque à ces obligations en hausse. Le
soutien d’un régime de taux d’intérêts en
baisse est essentiel.
Le problème pour le gouvernement
se résume finalement à inventer un biais initial pour faire
baisser les taux d’intérêt. C’est le problème
de l’amorce. Une fois que la chute a été établie,
les spéculateurs vont poursuivre l’œuvre entamée. Ils
vont perpétuer la tendance en pariant sur des obligations à la
hausse, hausse qui devient automatique. La relance est accomplie
« malhonnêtement» en légalisant les couvertures
d’ordre plus élevé sur le marché des obligations.
La demande de bons du Trésor est alors relancée
artificiellement.
Tout comme un schéma de Ponzi est frauduleux et condamné par le Code
Pénal, l’autorisation de la prolifération infinie de
couvertures d’obligations par des couvertures d’ordre plus
élevé est également frauduleuse. Il n’y pas de
différence sur le principe entre les deux schémas
d’action, il n’y a qu’une différence de forme. Un
retour sur investissement est promis à une population toujours plus
nombreuse et ne peut pas être honoré. Les deux schémas
mènent à une fin malheureuse quand il ne reste plus aucun
candidat à la duperie. Cette offre de candidats stupides, quelle que
soit sa grande taille, est toujours un nombre limité et il n’y a
aucun doute que cette Babélisation des produits dérivés
va finalement s’effondrer.
Sacrifice sur l’autel de Moloch
Pour récapituler, le marché
des produits dérivés a été créé
dans le seul but de perpétuer le régime de dollars
non-convertibles.
Il représente une demande
d’obligations libellées en dollars qui peut être
augmentée sans aucune limite, le gouvernement créeant
une pyramide infinie de créances qui ne peuvent être
liquidées que par une offre limitée d’obligations. Le
système du dollar aurait déjà dû s’effriter
au cours du 20ième siècle, s’il n’y avait pas eu
cette demande artificielle de bons du Trésor. Grâce
à la pyramide des produits dérivés, la demande d’obligations
est poussée dans une ronde qui semble ne jamais s’arrêter
de tourner. Le public n’est pas conscient que les bons du Trésor
sont pourris jusqu’au coeur. Ils sont dans
les termes de feu Dr. Franz Pick « des
certificats garantis de confiscation ».
Il y a longtemps de cela, les bons du
Trésors étaient les instruments de placement les plus
sûrs qui existaient. Les tuteurs en charge de la veuve et de
l’orphelin n’auraient pas recherché une autre forme de
placement pour investir l’héritage de leurs protégés.
L’épargne était sacro-sainte. Mais, c’était
une autre époque : l’âge d’or de
l’étalon-or où les taux d’intérêts et
les valeurs obligataires étaient stables.
Ce n’est qu’après la
décision unilatérale du gouvernement américain de
démolir le système de l’étalon-or international
que les taux d’intérêts ont commencé à faire
du yoyo. A la grande honte du monde universitaire, le chœur des
économistes conventionnels à commencer à répéter
comme un perroquet la ligne de propagande selon laquelle, il était dans
la nature même des taux d’intérêts de fluctuer de
manière erratique, tout comme il est dans la nature des biens
agricoles de varier selon la loi de l’offre et de la demande, un
véritable mensonge. Les bons du Trésor (et ainsi
l’héritage de la veuve et de l’orphelin) sont devenus des
jetons dans la main des joueurs au casino. Le bien-être d’enfants
innocents a été sacrifié sur l’autel du Moloch. Et
à la fin des temps, les universitaires et le régime de monnaie
non-convertible vont être jugés à la lumière de
l’admonition biblique d’épargner la veuve et
l’orphelin.
Jouer avec le feu
Ce qui précède explique
comment la spéculation obligataire à la hausse a
été rendue pratiquement sans risque grâce à la
pyramide inversée des produits dérivés. Le
résultat est une tendance à la baisse dans le domaine des
obligations à 30 ans, de 16 pour cent en 1981 à 4 pour
cent vingt-cinq ans plus tard. Chaque fois que le taux
d’intérêt diminue de moitié, le prix des obligations
double. Chaque fois que le taux d’intérêt diminue de trois
quart, le prix des obligations quadruple, comme il l’a fait
approximativement entre 1981 et 2006. C’est impressionnant, tout cela
avec un revenu de 16% inclus en bonus. Des gains sur le capital comme ceux-ci
ne peuvent pas être ignorés, surtout s’ils sont totalement
sans risque.
La question reste ouverte de savoir si la
tendance à la baisse des taux d’intérêts va se
poursuivre d’elle-même ou s’il va falloir recommencer les
tours de prestidigitation et d’imprimer une autre ardoise
d’obligations à 30 ans avec des coupons à 16 pour cent
qui y seraient rattachés. Permettez-moi de suggérer que
l’existence de la pyramide d’ombre rend cela inutile. La pompe a
déjà été lancée. L’ingrédient
principal est la demande de bons du Trésor et elle est
déjà existante.
Il est certain qu’en encourageant
la spéculation obligataire à la hausse, le gouvernement joue
avec le feu. La chute des taux d’intérêts pourrait tirer
les prix des matières premières vers le bas, quelque soit le
niveau de liquidité supplémentaire injectée.
Déflation et dépression menacent à l’horizon. Les
tentatives de baisser les taux d’intérêts alors que le
dollar s’effondre démontre une capacité rare à une
politique monétaire osée : le gouvernement et la Banque
Fédérale de réserve ont vendu le droit
d’aînesse de la nation pour un plat de lentilles. Ils ont perdu
le contrôle de la situation. Leur plan de faire tournoyer un
chèque comme un cerf-volant est fichu. Ils font bruyamment monter et
descendre le fil directeur, le manœuvrent de droite à gauche mais
en vain : il n’est plus relié à rien du tout. Le
futur dépend entièrement du jugement des spéculateurs
obligataires, en particulier celui de ceux hors de la juridiction des
Etats-Unis dans les mains desquels la destinée du dollar a
glissé. Savoir ce qu’ils vont décider ressemble
maintenant à un jeu de devinettes.
« La Chine a
tremblé »
Il se peut que nous ne soyons pas encore
arrivés à la fin de l’ère du dollar. Il y a encore
le puzzle chinois enveloppé de mystère à
l’intérieur d’une énigme à résoudre.
Je compterais certainement les chinois parmi, non seulement les plus
importants, mais aussi les plus fins et les plus adroits spéculateurs
obligataires qu’il n’y ait jamais eu, couverts par leur encaisse
sans précédent de milliers de milliards de dollars en bons du
Trésor. J’irai même plus loin, en suggérant
qu’une grande partie de cette encaisse a son origine, non pas dans les
excédents commerciaux mais bien dans la pure spéculation
obligataire. Après tout, les chinois ont été des joueurs
assidus depuis le début des années 80 à la table de
blackjack sur laquelle les jetons sont des obligations US. Ils y ont
joué assez adroitement. Ce ne serait pas logique que tout d’un
coup, ils se transforment en parfaits idiots. Comment expliquer le fait,
mentionné par Edmund L. Andrews, dans le New York Times du 10 Octobre
2007 (cf. l’article intitulé : « Les USA
scellent la faiblesse de leur monnaie d’un lourd silence»)
que la Chine a augmenté ses achats déjà
considérables de valeurs libellées en dollars. Selon des
données récentes, les réserves de la Chine en monnaie
étrangères ont crû à un rythme de 40 milliards par
mois, soit deux fois plus vite que l’année passée. Ne
croyez pas l’argument ridicule selon lequel la Chine est en train de
protéger ses parts de marché au Etats-Unis en revendant ses
biens pour presque rien. Les achats continuels chinois de titres obligataires
américains ressemblent plus à une ouverture de gambit aux
échecs qu’à une stupide erreur.
Comme Atlas portant le globe sur ses
épaules, les chinois portent le dollar globalisé sur les leurs.
Laissons les autres se débarrasser de leurs obligations dans la
déroute. Les chinois énigmatiques vont entrer dans la bataille,
plus tard, pour tout nettoyer. « La Chine a
tremblé ». La Banque centrale chinoise est un grand
spéculateur de bons du Trésor américain : le plus
important de l’histoire. Sans fanfare, elle suit un script qui promet
un retour sur investissement énorme sur les bons du Trésor–
au vu d’une pénurie croissante, et alors que la pyramide
d’ombre des dérivés arrive à maturité et
que la demande de bons du Trésor s’intensifie. Aussi longtemps
que le retour sur investissement est plus grand que la
dépréciation du dollar, les chinois s’en sortent bien.
Qui détient qui en otage ?
A partir de maintenant, le jeu des
chaises musicales va continuer avec les chinois pour chef d’orchestre.
Le dollar va se stabiliser, bien qu’à un niveau reflétant
de grandes pertes, mais sans mettre en danger la montagne de profits papier
que les chinois ont amassée durant ces 25 dernières
années. Grâce à leur contrôle de la pyramide
d’ombre, les chinois rançonnent le Trésor
américain en dépit des apparences, c'est-à-dire
l’inverse, que les USA rançonnent les chinois. Ceci, c’est
la bonne nouvelle. La mauvaise nouvelle, c’est que cela implique une
déflation aux Etats-Unis et en Occident, confirmant les
prévisions glauques d’Exter :
baisse des prix de l’immobilier, faillites bancaires, chômage en
hausse.
Ne maudissez pas les spéculateurs
d’obligations. Ne maudissez pas les chinois. Maudissez les managers des
monnaies non-convertibles pour le désastre. En tout premier lieu, il
faut blâmer ceux aux Etats-Unis qui ont bafoué la Constitution
pour émettre des promesses intenables [les billets] comme moyens de
paiement. Les billets émis en dollars non couverts par de l’or
et les bons du Trésor sont exactement cela : des promesses
intenables explicitement exclues par la Constitution.
Au premier abord, il semble que ce soit
une chose intelligente d’en inonder le monde, tant que les
étrangers montraient un appétit insatiable pour ces promesses
intenables. Mais comme il arrive souvent, à malin, malin et demi. Les
jetons ont commencé à s’accumuler dans une seule main,
celle d’un type intelligent qui savait mener la danse. Nous
n’avons pas besoin de nous inquiéter pour savoir si les chinois
vont récupérer la valeur totale de leurs exportations ou non,
mais en revanche, il faut nous inquiéter fortement des
conséquences des sottises du trésor américain.
La manière dont les managers du
dollar ont laissé la direction du dollar échapper des mains des
Etats-Unis est un acte criminel.
Les managers du dollar sont des criminels
d’avoir exclu l’or. Il est criminel de leur part d’avoir
autorisé la dette gouvernementale à pousser comme un champignon
tout en laissant l’épargne privée se déliter. Il
est criminel de voir comment la dette américaine est concentrée
dans des mains étrangères en particulier dans les mains
d’énigmatiques chinois. Il est criminel de voir comment ils ont
permis la prolifération illimitée de produits
dérivés sur les taux d’intérêts afin de
protéger leur pouvoir d’inonder le monde de papier sans valeur,
méprisant même la possibilité que les taux
d’intérêts en baisse puissent entraîner le monde
dans la dépression.
Antal E. Fekete
Professor, Intermountain Institute of Science
and Applied Mathematics, Missoula, MT 59806, U.S.A.
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