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Réflexions sur "Le capital au XXIe siècle" de Thomas Piketty

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Publié le 29 juillet 2014
1176 mots - Temps de lecture : 2 - 4 minutes
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Rubrique : Editoriaux

 

 

 

 

L'accroissement des inégalités de revenus et de richesse est-il une menace pour la survie du capitalisme comme le prétend T. Piketty ?

Le capital au XXIe siècle de T. Piketty fait un tabac, tant mieux pour lui. Ne l’ayant pas lu, je me garderai bien d’entrer dans la controverse au sujet de la pertinence de ses séries statistiques, à la base de son raisonnement et de ses conclusions. Ce qui m’intéresse davantage, c’est la croyance de M. Piketty dans l’idée que davantage de redistribution est non seulement une bonne chose pour ses bénéficiaires potentiels mais pour la survie même du capitalisme.

A mes yeux, l’une des plus grandes menaces pour la pérennité de notre système de coopération sociale par division du travail est le fait qu’une part grandissante d’actifs n’y prend plus part. Or, il y a un lien évident entre niveau de chômage et plus ou moins forte activité entrepreneuriale; par ailleurs, il est tout aussi évident que le niveau d'activité entrepreneuriale d'un pays est corrélé aux opportunités qu’on y trouve de s’enrichir par cette voie. Ainsi, si l’on souhaite réellement que le chômage recule massivement et durablement en France, il n’y a pas d’autre issue que de faire en sorte qu’il soit beaucoup plus profitable d'y faire des affaires que ça ne l’est aujourd’hui. Ceci n’implique pas de verser des subventions ni d’instituer un quelconque « cadeau » aux entreprises mais simplement d’instaurer un véritable régime de libre entreprise. Ce n’est qu’avec ce que les économistes classiques appelaient le « laissez-faire » que le facteur travail, le plus rare de tous les facteurs de production (parce que l’on ne peut pas s’en passer quelle que soit l’activité productrice et parce que c’est le moins spécifique de tous les facteurs de production), pourra être pleinement employé. Et de ce point de vue, l’idée de T. Piketty selon laquelle la solution passe au contraire par davantage de taxation du capital et davantage de redistribution semble bien être une illusion de plus, qu’il n’est malheureusement pas le seul à partager.

Ce qui est assez déroutant avec les personnes obnubilées par les inégalités de revenus et de richesse comme T. Piketty, c’est qu’on a parfois l’impression qu’à leurs yeux, un monde dans lequel les gens vivraient tous moins bien mais avec moins d’inégalités matérielles est préférable à un monde dans lequel les gens vivraient tous mieux mais avec plus d’inégalités.

Il est peut-être utile de relire ce qu’écrivait Ludwig von Mises au sujet de cette philosophie de la confiscation dans laquelle T. Piketty place tant d’espoirs.

L’action humaine, PUF, 1985, pages 846 & 847 :

« L’interventionnisme est guidé par l’idée que toucher aux droits de propriété n’affecte pas le volume de la production. La manifestation la plus naïve de cette erreur se présente sous la forme de l’intervention pour confisquer. Le fruit des activités de production est considéré comme une grandeur donnée indépendante des dispositions, purement contingentes, de l’ordre social de la collectivité. La mission du gouvernement est d’assurer la distribution « équitable » de ce revenu national entre les divers membres de la société.

Interventionnistes et socialistes soutiennent que toutes les marchandises sont produites par un processus social. Quand ce processus est à son terme et que les fruits sont mûrs, un second processus social, celui de la distribution de la récolte, vient ensuite affecter à chacun sa part. Le caractère distinctif de l’ordre capitaliste est que les parts distribuées sont inégales. Certaines gens — les entrepreneurs, capitalistes et propriétaires fonciers — s’approprient plus qu’ils ne devraient. En proportion, les parts des autres sont réduites. Le gouvernement devrait en bonne justice exproprier le surplus des privilégiés et le distribuer entre les sous-privilégiés.

Or, dans l’économie de marché, ce prétendu dualisme de deux processus indépendants, celui de la production et celui de la distribution, n’existe pas. Il n’y a qu’un seul processus continu. Les biens ne sont pas d’abord fabriqués, et ensuite distribués. Il n’intervient à aucun moment une appropriation de portions taillées dans un stock de biens sans maître. Les produits arrivent à l’existence déjà appropriés par quelqu’un. Si l’on veut les distribuer, il faut d’abord les confisquer. Il est assurément facile pour l’appareil gouvernemental de contrainte et de répression, de se lancer dans la confiscation et l’expropriation. Mais cela ne prouve pas qu’un système durable de vie économique puisse être ainsi édifié sur la confiscation et l’expropriation.

Lorsque les Vikings laissaient derrière eux une communauté autarcique de paysans qu’ils venaient de piller, les victimes survivantes se mettaient au travail, à labourer et à reconstruire. Quand les pirates revenaient après quelques années, ils trouvaient à nouveau quelque chose à prendre. Mais le capitalisme ne peut supporter une répétition de raids prédateurs de ce genre. Accumulation de capital et investissement y sont fondés sur l’assurance que cette expropriation ne se produira pas. Si cet espoir est absent, les gens préféreront consommer leur capital au lieu de le conserver à l’intention des pillards. Telle est l’erreur inhérente de tous les plans qui visent à faire coexister la propriété privée et l’expropriation réitérée ».

L’économie de marché, lorsqu’elle fonctionne correctement, tend à récompenser les entrepreneurs qui emploient les facteurs de production dans les voies qui satisfont le mieux les besoins des consommateurs et à sanctionner les autres (« le mieux » du point de vue du consommateur). La fortune de l’entrepreneur qui a réussi est proportionnelle à son utilité sociale. Lorsqu’une fortune se fait au dépend des intérêts des consommateurs, elle est illégitime voire écœurante. Mais à mes yeux, ceci n’est possible que lorsque l’Etat sort de son rôle d’Etat gendarme. Le meilleur exemple moderne de ces fortunes illégitimes se trouve sans doute dans le secteur bancaire.

Les banques bénéficient en effet d’un privilège exorbitant (d’origine étatique) qui est celui du cours légal sur la monnaie. Sans ce privilège, les banques ne pourraient pas « grossir » aussi facilement car les consommateurs n’auraient pas l’obligation d’accepter la monnaie (privée) qu'elles créent par l’octroi de crédits (cf. toutes les études sur le système dit de « la banque libre »). Ajouté aux possibilités quasi illimitées de refinancement par la banque centrale ainsi qu’à une forte probabilité d’être secouru par l’Etat en cas de péril financier, la loi inhérente à l’économie de marché non entravée selon laquelle les facteurs de production ont tendance à se retrouver dans les mains de ceux qui savent le mieux s’en servir ne s’applique pas, ou s’applique très imparfaitement, au secteur bancaire. La faillite, mécanisme tellement essentiel au processus de sélection des entrepreneurs, a été empêchée, dans le secteur bancaire, par les pouvoirs publics en France et ailleurs à diverses reprises ces dernières décennies. Certains banquiers, grâce aux relations de proximité qu’ils entretiennent avec les banquiers centraux (qui les refinancent) et avec les hommes de l’Etat (à qui ils achètent la dette) peuvent se maintenir à leur poste et continuer à prospérer même quand leurs décisions entrepreneuriales s’avèrent catastrophiques pour leur établissement comme pour l’économie, là où les entrepreneurs de n’importe quel autre secteur de l’économie de marché auraient été ruinés et éjectés de leur poste.

 

 

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Laurent Mathieu a fait des études de droit avant de bifurquer vers la science économique. Il s’intéresse tout particulièrement à l’approche autrichienne de la science économique ainsi qu’à la doctrine classique du libéralisme. Il est chargé d’études économiques dans un cabinet d'études, spécialisé dans la filière agroalimentaire et la grande distribution.
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Décidément, Piketty est très commenté ces derniers jours :

http://www.24hgold.com/francais/contributor.aspx?article=5564590562H11690&contributor=Alex+Korbel
http://www.24hgold.com/francais/actualite-or-argent-inegalite-et-piketty.aspx?article=5467581694H11690&redirect=false&contributor=Alasdair+Macleod.&mk=2
J'ai pas lu l'article, mais je peux vous dire que ça ne vaut pas un clou.
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Au moins, il le dit clairement : je n'ai pas lu le bouquin.
ca et s'agripper à Mises et son opus magistral ne fait pas tres sérieux.

Un des reproches que fait Picketty (et d'autres dont M Allais, qui s'oppose au "laisser-faire" et prone un libéralisme régulé) aux inégalités est que ceci entraine une oligarchie.
On le constate tous les jours : une poignée de banquiers, de grands patrons possédent tous les leviers de décisions. On est loin de la démocratie.

On reverra les excellentes videos de H Guillemin, intitulé 'l'autre avant guerre' pour se donner une idée de ce qu'à engendré le systeme laissez-fairiste de la troisieme république. A coller en parallèle avec notre époque
Tres instructif : mise en coupe réglée des institutions par les 'honnêtes gens', presse sous la coupe des élites, comportement prédateur (les colonies).
Cela se finit en nationalisme exacerbé pour le plus grand bien d'industriel comme creusot Loire.
Avec au final une guerre civile européenne.
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Décidément, Piketty est très commenté ces derniers jours : http://www.24hgold.com/francais/contributor.aspx?article=5564590562H11690&contributor=Alex+Korbel http://www.24hgold.com/francais/actualite-or-argent-inegalite-et-piketty.aspx?article=5467581694  Lire la suite
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