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Combien de fois
n'avez-vous pas entendu dire que le système public canadien de
santé est l'essence même de ce qui nous distingue des
Américains? Ce qui est sous-entendu, c'est que les Canadiens sont
d'une plus grande générosité, car leur système de
santé couvre tout le monde.
Or, la
générosité est la vertu du don et celui-ci n'est
possible qu'avec le consentement du donneur. Qualifier les Canadiens de
généreux car ils s'offrent un système public de
santé n'a aucun sens. Les payeurs de taxes n'ont pas donné leur
argent, le gouvernement leur a pris. Pour mieux dire, certains payeurs de
taxes ont donné leur consentement au gouvernement pour que celui-ci
puisse soutirer l'argent de ceux qui ne voudraient pas donner. Les premiers
contribuent, tandis que les seconds sont volés.
Donner vs se faire
prendre
Vous ne pouvez pas
dire que puisque ces derniers ont consenti à jouer le jeu de la
démocratie, ils doivent être bons joueurs et accepter la
défaite. Je vous accorde que l'apprentissage de la défaite est
plus riche d'enseignement que l'apprentissage de la victoire, mais la
démocratie n'est pas un jeu. Il y a des valeurs qui sont à ce
point importantes qu'elles ne doivent pas être soumises à un
vote, telles « ne pas agresser » et «
ne pas voler » autrui. Alors pourquoi qualifier de
généreux celui qui distribue des cadeaux avec l'argent des
autres?
Si vous dites que l'on doit se conformer aux désirs de la
majorité car la démocratie le veut ainsi, c'est que vous placez
la démocratie au-dessus de la morale. Lorsque vous dites qu'il en est
bien ainsi puisque avec cet argent vous pouvez vous offrir un système
de santé, vous faites de votre propre intérêt celui de
tous. Or, cela n'est pas de la générosité, mais de
l'égoïsme. Avec le temps nous avons fini par considérer la
démocratie comme étant un jeu où la majorité
avait droit à tous les bonbons qu'elle revendiquait. Le
problème, c'est que nous ne nous sommes jamais entendus sur la mise.
Ce qui caractérise un parti politique dit progressiste est la ponction
plus grande de nos revenus qu'il nous soutire. Toutefois, tous les partis
sont progressistes (sociaux-démocrates), car ils appliquent tous la
même logique collectiviste. Tous nous taxent pour ce qu'ils
considèrent, eux, comme étant notre Bien. Seule une question de
degré les différencie. Or, nous soutirer 70% de nos revenus
plutôt que 20% ne fait pas de nous des êtres plus
généreux.
Pour reprendre les mots de Christian Michel, les sociaux-démocrates
promettent une société généreuse comme la
prostituée promet l'amour. C'est à partir de ces mots
percutants que je me suis posé la question suivante: comment en
sommes-nous arrivés là? C'est que nous avons
élevé au rang de dogme la démocratie. Or, celle-ci peut
certes être utile à la prise de décision qui ne concerne
pas la propriété d'autrui, mais dès qu'elle franchit ce
seuil elle dépasse ses bornes. Lorsque, dans un jeu, on dit qu'il faut
s'entendre sur la mise, cela signifie que le montant en jeu est clair pour
tous. Or, en social-démocratie on ne s'entend pas du tout sur la mise,
car ce n'est pas d'elle dont on parle. On met plutôt en jeu ce qui
pourrait être acheté par son recours. Ainsi sont mis en jeu les
systèmes de santé et d'éducation, les subventions et
tous les biens collectifs qui composent la social-démocratie.
Malgré la prétention contraire des hommes de l'État, on
ne connaît pas les coûts de la mise en application de tous ces
programmes (biens communs), car ils impliquent beaucoup trop de monde et
beaucoup trop de temps. Pourtant on s'acharne à les mettre en
application. Au Québec, par exemple, plus de 40% des revenus de
l'État sont consacrés au seul système de santé.
On se dit que cela fait quelques décennies qu'on agit ainsi et que
l'on peut donc continuer sans problème. À mon avis, on va frapper
un mur.
Si l'on n'agit pas
légitimement, c'est-à-dire que si l'on a de cesse de justifier
le vol par la démocratie, non seulement fait-on preuve
d'immoralité, mais on s'appauvrit. Conserver la santé est
important, mais se nourrir l'est encore plus. Or, le processus de production
et d'échange de la nourriture dans un système capitaliste
fonctionne à merveille, alors que dans un système communiste
vous faites la queue pour vous la procurer. Plus le système se
socialise, plus il se dégrade. Il en est ainsi dans nos
social-démocraties avec la distribution des logements et des soins de
santé. Libéralisez-les et ils deviendront aussi accessibles que
vos céréales. Cessez d'avoir peur du capitalisme, car bien que
le terme ne soit pas des plus heureux, il ne signifie rien d'autre que la
liberté d'échanger. Cette liberté nous a permis de nous
enrichir et son manque nous appauvrit.
Les cadeaux du
très honorable
À la veille du
dernier Noël où il aura encore une certaine influence, le
très honorable premier ministre du Canada veut démontrer
combien il est généreux en vous offrant un système de
santé amélioré. C'est sa façon à
lui de vous souhaiter la santé et la prospérité.
Établir un Bien nouveau ou amélioré chaque année
depuis près d'un siècle ne rend pas le geste légitime
pour autant. Quelle est la source de ces cadeaux? Voilà la question
que l'on doit se poser. Pourquoi devrait-on se réjouir de cadeaux
payés par l'argent qu'on nous soutire? À force de se faire
voler, arrivera un jour où on ne pourra plus financer le
système de santé. Trop longtemps de cette médecine et ce
n'est pas seulement le système que vous perdrez, mais la santé
également.
Puis-je vous rappeler comment sont payés les politiciens et
fonctionnaires qui vous préparent ces cadeaux? Ils sont payés
entièrement de l'argent qu'ils vous soutirent. Ce sont des taxes sur
deux pattes. Plus il y en a, plus vous avez de chance de vous appauvrir. De
plus, étant donné qu'ils s'engagent eux-mêmes pour les
administrer, vous n'avez pas fini de payer. Dans l'ex-URSS pratiquement tout
le monde était employé de l'État. On connaît le
résultat!
Il est temps que vous vous interrogiez à savoir si les politiciens et
fonctionnaires vous rendent service ou, au contraire, ce n'est pas
plutôt vous qui leur rendez service. À l'exception du
bénévolat, un service est rendu contre
rémunération volontairement. Toutefois, au gouvernement, on
vous prend d'abord votre argent pour vous rendre service ensuite. Dès
lors, les services gouvernementaux ont plus en commun avec le racket qu'avec
la serviabilité. Ce qui amène Christian Michel à dire: «
Ce n'est pas combien vous gagnez, mais comment vous le gagnez qui
qualifie l'exploitation. Faites-vous votre argent par des moyens politiques
ou économiques? Est-il gagné ou extorqué? »(1)
À ceux qui veulent maintenir le système public de santé,
je réponds que ce n'est pas le système qui est important mais
la santé. Si vous voulez la conserver, il vous faudra cesser
d'injecter votre épargne dans ce système, car c'est un gouffre.
Et vous aurez beau continuer à forcer les autres, par l'entremise de
la social-démocratie, à y mettre la leur, cela n'y changera
rien.
Le seul système juste est celui qui est libre des contraintes
gouvernementales. L'État comme l'Église n'ont aucune
légitimité à vous imposer le Bien. Vous l'avez compris
avec l'Église, il vous reste à appliquer la même
compréhension à l'État. C'est-à-dire le
privatiser. Si vous en êtes incapable, c'est que vous considérez
que votre morale est supérieure et qu'elle doit être
imposée à tous. Cette pseudo morale qu'est la social-démocratie
est notre réalité, mais elle est le résultat de la
dictature de quelques-uns. C'est très désagréable et je
ne peux que me réjouir du départ de l'un d'entre eux.
Toutefois, il me serait encore plus agréable que celui-ci ne soit
jamais remplacé, car de leurs cadeaux je m'en passerais.
Un vrai libéral n'a que faire de l'État, du politique et de la
démocratie. La liberté lui suffit. Le Droit lui rend justice et
l'Éthique l'épanouit. Homme de paix, tout ce qu'il exige est la
non-agression de sa propriété.
1.
Il s'agit d'une traduction libre d'un extrait de The Class
Struggle is not Over: Why Libertarians should read Marx and Engels. Cet
article est disponible sur le site de la Libertarian Alliance.
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André Dorais
André
Dorais a étudié en philosophie et en finance et vit à
Montréal.
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