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Travailleur américain contre travailleur indien ou
chinois: voilà un débat qui sévit depuis quelques mois
aux Etats-Unis où le Congrès a récemment
décidé de refuser les projets gouvernementaux aux entreprises
qui choisiraient de délocaliser une partie de leurs activités
à l'étranger. La logique voudrait que le Congrès
accompagne cette décision d'une loi interdisant à des
sociétés comme Toyota, Mercedes-Benz ou encore Nissan de
poursuivre leurs activités sur le marché américain. Ces
sociétés disposent, en effet, de sites de fabrication de
voitures aux Etats-Unis, mais le Congrès n'a pas osé,
jusqu'ici, proposer de renvoyer dans leur pays natal ces entreprises
étrangères.
Le problème de la délocalisation impliquerait que,
quelles que soient les économies que réalisent les
consommateurs en achetant des biens moins chers, elles ne pourraient
compenser – et de loin – la perte de revenu subie par les
travailleurs qui ont perdu leur emploi du fait de cette
délocalisation, ou par ceux qui ont perdu un revenu potentiel de
l'investissement qu'ils n'ont pas pu réaliser.
Ce que les opposants à la délocalisation
affirment, en fait, c'est que les économies réalisées
par le consommateur qui accède à des biens meilleur
marché importés de pays où la main-d'œuvre est
moins chère sont largement inférieures aux pertes dues à
la disparition au sein de l'économie de divers stades de production de
valeur ajoutée. Ils doivent dans ce cas prouver que le processus de
production dans une économie n'a d'autre but que lui-même,
c'est-à-dire qu'il ne vise pas la satisfaction des consommateurs.
Une courte leçon d'économie autrichienne, en la
personne de Carl Menger, permet de comprendre que, contrairement à ce
que beaucoup d'économistes ont pu affirmer, la valeur d'un produit
final ne résulte pas, en effet, d'une série de valeurs apparues
aux différents stades de production et ajoutées les unes aux
autres. Bien au contraire, la valorisation des facteurs de production trouve
sa source de façon ultime dans la valeur que les consommateurs donnent
au produit final. Ce sont les consommateurs qui, en valorisant un bien,
déterminent indirectement la valeur de chaque facteur de production et
de chaque niveau de production.
La valeur faible d'un baril de pétrole extrait mais non
raffiné ne provient pas du fait qu'il n'est pas utilisable en tant que
tel mais des services qu'on attend de lui une fois qu'il le sera.
L'imputation de la valeur ne se développe pas du haut vers le bas, des
facteurs vers le produit final mais de façon totalement
inversée. Cette leçon d'économie est l'antidote
nécessaire contre l'idée qu'une délocalisation est
dangereuse pour une économie. Les opposants à la
délocalisation affirment, en fait, que la source ultime de la richesse
se trouve dans les coûts de production. Plus ceux-ci sont
élevés, plus la société est supposée
devenir riche.
L'application du principe de Menger, en revanche, indique que
lorsqu'il existe un moyen moins coûteux de faire un produit, soit par
l'utilisation de capital ou par le versement de plus faibles salaires, alors
la valeur des facteurs utilisés pour ce bien change également.
Une économie ne gagne rien à forcer le prix vers le haut de
certains facteurs de production afin que leurs propriétaires puissent
réaliser un gain. Il s'agit alors ni plus ni moins de protectionnisme.
Par une telle action, l'économie entraîne au contraire une
baisse du niveau de vie et une hausse du chômage.
Cécile
Philippe
Institut Economique
Molinari
Cécile
Philippe est le directeur de l’Institut Economique Molinari, un
organisme de recherche et d'éducation visant à entreprendre et
à stimuler l'approche économique dans l'analyse des politiques
publiques. Il a été baptisé du nom de Gustave de
Molinari, économiste et journaliste franco-belge qui a oeuvré
toute sa vie à promouvoir cette approche.
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