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Une accélération de l’inflation est-elle inévitable?

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Thorsten Polleit
Extrait des Archives : publié le 13 juin 2014
2231 mots - Temps de lecture : 5 - 8 minutes
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Rubrique : Fondamental

 

 

 

 

Au vu de la crise financière et économique actuelle, nombreux sont les investisseurs à se demander si une hausse de l’inflation est inévitable. [1]

Au premier abord, cette question semble être rhétorique. Mais techniquement, l’inflation peut bien évidemment être prévenue.

L’inflation est, dans le sens économique du terme, une augmentation de la masse monétaire, qui débouche (nécessairement) sur un déclin du pouvoir d’achat de la devise.

Aujourd’hui, les banques centrales disposent du monopole de la création monétaire. Tout ce qu’il faudrait faire pour mettre fin à l’inflation (et la prévenir) serait donc pour les banques centrales de cesser d’imprimer plus la nouvelle monnaie.

En y regardant de plus près, la question de savoir si une hausse de l’inflation est inévitable peut être plus difficile à résoudre, en raison des conséquences économiques et politiques que l’arrêt de toute création monétaire par les banques centrales pourrait entraîner.

Pour mieux comprendre ces conséquences, il nous faut observer la nature et le fonctionnement du régime monétaire actuel. Milton Friedman, dans Money Mischief, nous en fait le portrait suivant :

Un système monétaire international a émergé sans aucun précédent historique : un système au sein duquel toutes les devises du monde sont… basées sur un étalon papier non-échangeable. [2]

Il continue ainsi : « Les conséquences ultimes de ce développement sont enveloppées d’incertitudes ». [3]

Friedman attire notre attention sur le fait que les devises actuelles – qu’il s’agisse du dollar, de l’euro, du renminbi ou de la livre sterling – sont des monnaies fiduciaires, des devises sans aucune valeur intrinsèque.

Les devises fiduciaires (ou devises papier ou politiques) ont trois caractéristiques majeures. Premièrement, elles sont produites par le monopole dont jouissent les banques centrales, subventionnées par leur gouvernement.

Deuxièmement, elles sont typiquement crées au travers de l’expansion du crédit bancaire. A chaque fois qu’un crédit est accordé à une société, un ménage ou un gouvernement, les banques font gonfler la quantité de monnaie. En ce sens, la monnaie fiduciaire d’aujourd’hui est une monnaie de crédit.

Et troisièmement, la monnaie fiduciaire entraîne un déséquilibre économique – les fameux cycles croissance-récession – et une hausse du niveau de dette excédant la croissance des revenus. Ces aspects seront expliqués plus en détails ci-dessous.

II.

Pour beaucoup de grands penseurs, la monnaie fiduciaire est une mauvaise chose. Par exemple, nous devons l’idée que la monnaie papier « retourne un jour à sa valeur intrinsèque – zéro » au philosophe français Voltaire (1694–1778).

L’économiste américain Frank A. Fetter (1863–1949) écrit dans Modern Economic Problems que la monnaie fiduciaire est généralement un sujet d’intrigues politiques et de malentendus populaires. C’est ce danger qui fait de la monnaie politique une monnaie faible. [4]

Irving Fisher (1867–1947), dans The Purchasing Power of Money, écrit que « la monnaie papier non-échangeable est une malédiction pour les pays qui l’emploient ». [5]

Il semble particulièrement remarquable que les devises fiduciaires soient établies partout dans le monde, et qu’elles soient perçues comme un régime monétaire de pointe.

Les économistes de l’école autrichienne en ont un point de vue différent. Leur travail mérite une attention toute particulière dans ce contexte, puisqu’ils sont ceux à avoir développé ce qui est peut-être la théorie la plus détaillée du rôle de la monnaie fiduciaire dans les cycles économiques, l’inflation  et les développements politiques.

Qu’ont donc à dire les plus importants représentants de l’école autrichienne - Ludwig von Mises (1881–1973) et Friedrich August von Hayek (1899–1992) – au sujet des devises fiduciaires ?

Selon eux, l’injection de monnaie fiduciaire au sein de l’économie au travers de l’expansion du crédit [6] fait baisser les taux d’intérêts plus bas que leur niveau naturel – comme l’appelait l’économiste suédois J.G. Knut Wicksell (1851–1926) – ou le taux d’intérêt qui serait de vigueur si les réserves de monnaie et de crédit n’avaient pas été artificiellement gonflées.

Les taux d’intérêts maintenus artificiellement bas poussent les sociétés à utiliser des ressources rares dans le cadre de processus de production de biens de capital plus longs, aux dépens de processus de production de biens à la consommation, ce qui génère des distorsions temporelles de la structure de production de l’économie et entraîne des mal-investissements.

L'injection de monnaie fiduciaire au sein de l’économie favorise la consommation plus que l’épargne, et génère des investissements plus importants. L’économie entre dans une phase de croissance inflationniste et vit au-dessus de ses moyens.

Si l’injection de monnaie créée au travers de la création de crédit bancaire à partir de rien était exceptionnelle, il ne faudrait pas longtemps à la croissance artificielle pour s’essouffler. Une récession pourrait restaurer l’équilibre économique à mesure que les gens se tourneraient de nouveau vers leur équilibre consommation-épargne-investissement préféré (déterminé par la préférence temporelle).

Dans un régime fiduciaire, en revanche, le gonflement de la monnaie et du crédit n’a rien d’exceptionnel. Dès que les signes d’une récession apparaissent à l’horizon, l’opinion publique appelle à des contre-mesures, et les banques centrales font de leur mieux pour « combattre la crise » en augmentant la masse monétaire au travers de l’expansion du crédit, forçant ainsi les taux d’intérêts toujours plus bas.

En d’autres termes, les politiques monétaires – qu’applaudissent généralement les économistes grand public – combattent la correction du problème de l’économie en se tournant vers ce qui est à l’origine même du problème.

Une telle stratégie ne pourra pas être employée indéfiniment. Lorsque l’expansion du crédit prendra brutalement fin – quand les banques cesseront de prêter – des ajustements seront inévitables. Les emprunteurs feront défaut, les sociétés liquideront leurs investissements toxiques et supprimeront des emplois.

Plus la croissance artificielle du crédit et de la monnaie se prolongera au travers d’injections monétaires répétées, plus il y aura de mal-investissements qui devront être corrigés, et plus il y aura de suppressions d’emplois.

Il en est ainsi parce que les injections de monnaie fiduciaire au travers de l’expansion du crédit bancaire ont deux conséquences distinctes. Premièrement, elles empêchent les investissements non-profitables d’être liquidés. Les taux d’intérêts très bas les font apparaître comme profitables, puisqu’ils peuvent être refinancés à faible taux d’intérêt.

Deuxièmement, les taux d’intérêts maintenus artificiellement bas encouragent des investissements additionnels – qui n’auraient pas été imaginables si le marché n’avait pas été forcé à la baisse par les actions des banques.

En conséquence, la dette de l’économie ne cesse de gonfler à un taux bien plus élevé que les revenus, ce qui génère un surendettement. Ce processus est bien évidemment accompagné de l’accumulation d’une importante dette par le gouvernement, qui est particulièrement facile à financer sous un régime fiduciaire.




Mises savait que forcer les taux d’intérêts à la baisse ne pourrait pas résoudre le problème, mais ne ferait qu’en générer de plus gros :

Il n’y a aucun moyen de contourner l’effondrement final d’une croissance générée par l’expansion du crédit. La seule alternative est de laisser s’installer la crise aussitôt que possible en abandonnant volontairement toute expansion supplémentaire du crédit, ou d’attendre que la catastrophe s’abatte sur le système de devises impliqué. [7]

Les paroles de Mises impliquent à la fois l’hyperinflation et la déflation en tant que conséquences potentielles de l’effondrement de la monnaie fiduciaire. Une hyperinflation apparaîtrait si le gouvernement tentait d’imprimer toujours plus pour régler ses problèmes, et une déflation découlerait de la contraction de la masse monétaire par l’encaissement de leurs prêts par les banques ou leur défaut sur leurs obligations, et donc de la destruction d’une partie de la masse monétaire fiduciaire.

Si l’on choisissait de suivre le diagnostic proposé par l’école autrichienne, deux importantes observations sont à faire. Premièrement, émettre toujours plus de crédit et de monnaie fiduciaire à des taux d’intérêts toujours plus bas ne pourra pas résoudre le problème qui a été généré par l’expansion du crédit.

Deuxièmement – et cet aspect peut ne pas immédiatement attirer l’attention – les tentatives des gouvernements à combattre la correction économique grâce à des politiques interventionnistes (telles que des régulations, des interdictions, etc.) ne pourront qu’endommager l’ordre du marché libre.

C’est quelque chose qui ne peut pas, et ne devrait pas, être pris à la légère. Les marchés libres sont au cœur de la prospérité économique. Les marchés libres permettent une coopération économique productive et pacifique à l’échelle nationale comme internationale.

III.

La sévérité de la crise monétaire internationale actuelle est représentée par les débats autour d’une réforme monétaire. Le FMI, en février 2011, a par exemple demandé une réforme du système monétaire international. [8]

« Une réforme monétaire (quelle qu’elle soit) est inévitable d’un point de vue autrichien – un système monétaire fiduciaire ne peut pas perdurer indéfiniment ».

En novembre 2010, le président de la Banque Mondiale, Robert Zoellik, expliquait qu’un successeur de ce qu’il appelle « Bretton Woods II » serait bientôt nécessaire :

Le nouveau système devrait considérer l’utilisation de l’or comme point de référence internationale pour l’inflation, la déflation et la valeur des devises. [9]

En mars 2009, Zhou Xiaochuan, gouverneur de la banque de Chine, a écrit ceci :

L’objectif d’une réforme du système monétaire international… est de créer un système de devise de réserve international déconnecté de toute nation individuelle et capable de demeurer stable sur le long terme, nous débarrassant ainsi des déficiences causées par les devises nationales basées sur le crédit. [10]

En opposition avec ces concepts – qui sont, sans surprise, interventionnistes par nature – les économistes autrichiens ont mis en avant des recommandations et des stratégies de réforme qui permettraient à la création d’un système monétaire basé sur les principes du marché libre.

Selon eux, les crises financières et économiques ne sont pas inhérentes au capitalisme, mais résultent de l’interventionnisme des gouvernements dans les affaires monétaires, par le biais du monopole de la création monétaire. Hayek l’a expliqué succinctement en 976 :

L’instabilité passée de l’économie de marché est la conséquence de l’exclusion du important régulateur du mécanisme de marché, la monnaie, de la régulation par le processus de marché. [11]

Les économistes autrichiens pensent  que la résolution de la crise financière et économique actuelle nécessiterait un retour à une monnaie saine. Par « monnaie saine », ils entendent une monnaie compatible avec les principes d’une économie de marché libre.

Une monnaie saine est une monnaie de marché libre, qui est le résultat d’une demande libre et d’une offre libre en monnaie. Elle est une monnaie produite sur des marchés libres, où les banques centrales ne font pas l’objet de privilèges légaux.

Dès 1953, Ludwig von Mises a demandé un retour à une monnaie saine grâce au rattachement du dollar à l’or, sur la base d’un prix de l’or déterminé par le marché libre, et l’abolition des banques centrales. Mises demandait la mise en place d’un étalon or et d’un système de réserves bancaire garanties à 100%. [12]

Hayek, dans Denationalization of Money, explique que nous pourrions même faire mieux que de nous en retourner à l’or, en autorisant une compétition entre les devises. Selon lui, les lois sur le change légal devraient être abolies, ce qui pourrait permettre aux utilisateurs de monnaie de choisir la monnaie qu’ils préfèrent utiliser, offerte par des producteurs libres d’offrir de la monnaie. La meilleure de toutes les monnaies finirait par gagner.

Murray N. Rothbard (1926–1995), prenant exemple sur le concept de réforme de Mises, a demandé le retour à un étalon or grâce au rattachement de la monnaie fiduciaire aux réserves d’or des banques centrales – en réévaluant le prix de l’or en fonction des unités de devise en circulation pour permettre un système de réserves bancaire garanties à 100%. [13]

IV.

A l’heure actuelle, les chances de voir le système monétaire international se tourner vers une monnaie de marché libre – comme un étalon or sans banques centrales – peuvent paraître maigres, et pour plusieurs raisons.

La plus importante d’entre elle est peut-être l’idée que l’économie grand public a réduit le nombre d’avocats du retour d’une monnaie saine à un groupe restreint dont la voix a du mal à porter. Le public ne sait peut-être pas qu’il a tout à gagner d’une monnaie saine.

Dans tous les cas, trouver une solution économiquement viable au problème actuel est une chose à laquelle les sociétés qui ont adopté une devise fiduciaire ne pourront échapper.

Une chose est certaine : les injections incessantes de monnaie à l’économie n’ont rien d’une politique prometteuse en termes de restauration de la santé économique. Elles ne feront qu’engendrer plus de dévaluations sans pour autant se confronter à la source du problème.

Quelles seraient les conséquences d’une réforme monétaire orientée vers les marchés ? Si les gouvernements décidaient de rattacher les devises fiduciaires à l’or, les devises seraient dévaluées si le prix de l’or était fixé à un niveau reflétant l’augmentation des réserves de monnaie – ce qui peut paraitre comme tant une décision tentante pour ceux qui pensent qu’il y a aujourd’hui « trop de dette ». [14]

Alternativement, une dévaluation substantielle – voire une érosion totale – du pouvoir d’achat de la monnaie fiduciaire pourrait apparaître si une réforme monétaire basée sur les forces du marché était mise en place : les gens commenceraient à échanger leurs unités de devise fiduciaires (non-échangeables) contre de l’or ou de l’argent, ce qui ferait baisser la valeur de la monnaie fiduciaire (jusqu’à la faire disparaitre).

Une réforme monétaire est (d’une manière ou d’une autre) économiquement inévitable du point de vue autrichien – une régime fiduciaire ne peut pas durer indéfiniment. En conséquence, il nous faut conclure que la dévaluation des devises existantes est devenue quasiment inévitable.

 

  

 

 

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