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Valeur des biens et coûts de production

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Extrait des Archives : publié le 28 mars 2012
2288 mots - Temps de lecture : 5 - 9 minutes
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Rubrique : Histoire de l'or

 

 

 

 

Extrait de Capital and Interest

 

(volume 2, page 173-176, dans l'édition anglaise de Libertarian Press,

 

traduite de l'allemand par Sennholz et Huncke)

 

Le passage suivant cherche à expliquer les cas dans lesquels les prix peuvent être déduits des coûts de production. C'est sur cet extrait que s'appuie George Reisman, qui le reproduit dans le chapitre 10 de son récent traité d'économie ("Capitalism", Jameson Books, 1046 pages) pour exposer pourquoi le mécanisme de fixation des prix ne suit pas le schéma d'égalisation des utilités marginales (exposé dans de nombreux textes d'introduction à l'économie, par exemple celui de Samuelson et Nordhaus).

 

Reisman fut un ancien élève de Ludwig von Mises (il fut son plus jeune élève avec Ralph Raico) et d'Ayn Rand (qui lui fut présentée par Murray Rothbard, qu'il fréquentait au sein du "Cercle Bastiat". Reisman rompit avec Rothbard pour rester avec Rand, les deux anciens amis ayant plusieurs points de désaccord en économie et en politique). Il essaie dans son ouvrage de réconcilier la philosophie objectiviste de Rand, l'approche économique de Mises, mais aussi certaines vues classiques de Ricardo (ce qui n'avait pas plu à Mises, voir la préface du livre de Reisman, d'où j'ai également tiré les renseignements figurant plus haut ) !

 

Reisman soutient ainsi que, pour des biens avec une demande très inélastique (il prend pour exemple les cigarettes), les prix peuvent légitimement se calculer par les coûts de production (et non en égalisant les utilités marginales), et que les hausses de taxes peuvent ainsi être répercutées sur les prix par une hausse de ces derniers (p. 413). Ceci sans renoncer à l'approche autrichienne.

 

Outre le livre de Reisman déjà cité, le lecteur pourra confronter ses idées sur la possibilité d'augmenter les prix suite à une hausse des taxes avec les passages de "Power and Market" de Rothbard (Institute of Humane Studies, 1970, p. 108), "L'arbitraire fiscal" de Pascal Salin (Éditions Slatkine, 1996, p. 195), ou encore "Action et taxation" de Philippe Lacoude et Frédéric Sautet (Éditions Slatkine, 1996, p. 290), ouvrages qui soutiennent que l'on ne peut pas faire passer la charge de l'impôt sur le consommateur. NdT.

 

[...]

 

Jusqu'à maintenant, la loi gouvernant la valeur des biens de production a été développée sous l'hypothèse simplificatrice que chaque ensemble de moyens de production ne peut être utilisé que pour un seul but donné. Dans la vie courante, cette hypothèse n'est que rarement en accord avec les faits. Ce sont surtout les biens de production, bien plus que les biens de consommation, qui se caractérisent par une très grande hétérogénéité. L'immense majorité des biens de production est capable de rendre des services dans plusieurs domaines productifs, certains pouvant s'adapter à des milliers de tels services productifs. Par exemple le fer, le charbon et, par-dessus tout, le travail humain. Bien sûr, nous devons tenir compte des circonstances réelles en menant nos recherches théoriques. Nous devons regarder quelles sont les modifications, s'il y en a, qui affectent la loi selon laquelle la valeur d'un ensemble de biens de production dépend de la valeur de leur produit.

 

Changeons donc les hypothèses de notre exemple typique en conséquence. Supposons que quelqu'un possède un assez grand stock de moyens de production du second ordre (G2). De chacun de ces ensembles, il peut produire à volonté un bien de consommation de la catégorie A, de la catégorie B, ou encore de la catégorie C. Il désire, bien entendu, prendre à l'avance des mesures afin de faire des approvisionnements en équilibre avec ses désirs variés. Il utilisera donc en même temps les diverses parties de son stock de moyens de production pour produire les biens de consommation des trois catégories. Et il produira des quantités de chacun en accord avec ses besoins. S'il y a un approvisionnement en parfait équilibre, les quantités produites seront ajustées de telle façon que des besoins d'importances à peu près égales dépendront du dernier exemplaire produit de chaque catégorie, et qu'ainsi les utilités marginales seront approximativement égales. Malgré cela, il n'est pas impossible qu'il y ait des différences - et même peut-être des différences assez grandes - entre les utilités marginales, parce que, comme nous le savons déjà, l'échelonnement des désirs concrets concernant une catégorie donnée n'est pas toujours uniforme ni continu. Le premier poêle de ma chambre m'apportera une utilité considérable, que nous pouvons choisir d'associer à un indice de 200. Un second poêle ne m'apportera aucune utilité. J'arrêterai très clairement de me procurer des poêles dès l'instant où j'en possèderai un exemplaire unique avec son utilité marginale de 200, bien que dans d'autres domaines l'approvisionnement des besoins puissent connaître une diminution de l'utilité marginale d'une valeur aussi faible que 120 ou même 100. Il est donc permis et nécessaire, si notre exemple est conforme à la nature, de supposer que l'utilité marginale d'un exemplaire sera différente pour chaque catégorie A, B et C. Appelons la 100 pour A, 120 pour B et 200 pour C.

 

C'est alors que se pose la question : "Quelle est la valeur, dans ces circonstances, d'un ensemble de moyens de production, G2 ?"

 

Nous avons eu une si grande pratique des décisions sélectives de nature similaire que nous pouvons donner la réponse sans hésitation. Leur valeur sera de 100. Car, si un ensemble de moyens de production était perdu, le propriétaire déplacerait la perte vers le domaine le moins sensible. Il ne réduirait pas la production de la catégorie B où il devrait sacrifier une utilité marginale de 120, et certainement pas celle de la catégorie C, où le sacrifice serait de 200. Il produirait simplement un exemplaire de moins dans la catégorie A, où la réduction de bien-être n'est que de 100. Exprimons ceci en termes généraux. La valeur d'une unité de biens de production est gouvernée par l'utilité marginale et la valeur du produit qui possède l'utilité marginale la plus faible de tous les produits pour lesquels cette unité de biens de production pourrait être légitimement utilisée.

 

Toutes les relations que nous avons dit s'appliquer entièrement, en ce qui concerne la valeur des moyens de production et celle de leurs produits, sous l'hypothèse simplificatrice d'une unique application possible, sont donc valables de manière générale entre la valeur des moyens de production et celle de celui de leurs produits qui a le moins de valeur.

 

Et qu'en est-il pour ce qui concerne les autres catégories de produits, B et C ? Cette question nous ramène à l'origine de la "loi de coûts".

 

Si, en toute circonstance, l'utilité marginale que peut atteindre un bien dans sa propre catégorie était déterminante, alors les catégories B et C devraient recevoir une valeur qui diverge non seulement de celle de la catégorie A, mais aussi de celle de ses coûts G2. B aurait une valeur de 120 et C une valeur de 200. Cependant, nous sommes ici confrontés à l'un des cas où, grâce à la substitution, une perte possible dans une catégorie est transférée vers une autre, et par conséquent l'utilité marginale de la dernière devient également déterminante pour l'autre. Ainsi, si un exemplaire de la catégorie C est perdu, il n'est pas nécessaire de renoncer à l'utilité marginale de 200 que donnerait directement cet exemplaire. Au lieu de cela, il est possible de convertir une unité des moyens de production G2 pour produire un exemplaire de C, et de produire à la place un exemplaire de moins dans la catégorie pour laquelle l'utilité marginale, et donc la perte d'utilité, sont moindres. Et, de fait, cette possibilité devient une réalité. La catégorie en question est dans notre exemple la catégorie A. Grâce à l'occasion de substitution qu'offre la production, un exemplaire C n'est donc pas évalué selon sa propre utilité marginale de 200, mais selon l'utilité marginale du produit associé ayant le moins de valeur : le produit A ; sa valeur est ainsi de 100. Le même raisonnement s'applique, naturellement, à la valeur de la catégorie B, et s'appliquerait de manière générale à toute catégorie de bien qui serait "associé dans la production" à A, et dont l'utilité marginale directe serait également plus grande que celle de la catégorie A.

 

Ceci conduit à des conséquences importantes. La première est que, de cette façon, la valeur des biens possédant une utilité marginale individuelle plus élevée occupent le même rang que la valeur du "produit marginal" [1] et donc aussi le même rang que le moyen de production dont il émane. L'identité qui existe en principe entre "valeur" et "coûts" s'applique également ici. Mais il faut noter soigneusement que la coïncidence est obtenue ici d'une manière assez différente de celle qui se produit entre les coûts et le produit marginal. Dans ce dernier cas, valeur et coûts coïncident parce que la valeur des biens de production s'aligne sur la valeur du produit. La valeur du produit est le facteur déterminant, celle du moyen de production est le facteur qui est déterminé. Dans le cas qui nous préoccupe, c'est le phénomène inverse, et c'est la valeur du produit qui doit s'adapter. Au final, elle s'adapte uniquement à la valeur d'un autre produit. Mais elle s'adapte aussi à la valeur du moyen de production dont le produit émane et qui fournit le lien de substitution avec le produit marginal. La transmission de la valeur avance, pour ainsi dire, le long d'un d'une ligne brisée. Premièrement, elle part du produit marginal vers les moyens de production, fixe la valeur de ces derniers, puis descend dans la direction opposée depuis les moyens de production vers les autres produits qu'il est possible d'obtenir à partir d'eux. Dans la production finale, par conséquent, les produits d'utilité marginale plus élevée tirent leur valeur depuis les moyens de production. Traduisons cette formulation abstraite en termes d'application concrète. Le bien B (ou le bien C) est, en général, un bien possédant une utilité marginale immédiate plus élevée. Si nous considérons maintenant ce que vaut le bien B (ou C) pour nous, notre première réponse est de dire "exactement autant que valent pour nous les moyens de productions qui permettent de remplacer le produit à tout instant." Si nous cherchons alors plus loin et que nous nous demandons combien valent les moyens de production eux-mêmes, nous arrivons à l'utilité marginale du produit marginal A. Mais, en plusieurs occasions, nous pouvons économiser une telle recherche. A maintes reprises nous connaissons déjà la valeur des biens qui font les coûts, sans nécessité aucune de devoir la calculer à partir de ses origines. Et dans tous ces cas, nous déterminons simplement la valeur des produits à partir de leurs coûts, et ce faisant tirons avantage d'un raccourci qui est aussi précis que pratique.

 

Nous pouvons ainsi comprendre la complète vérité de la célèbre loi des coûts. Il est en fait assez correct de dire que les coûts gouvernent la valeur. Il est seulement impératif de rester conscient des limites dans lesquelles cette "loi" est valable et de la source dont elle tire ses mérites. En premier lieu, ce n'est qu'une loi particulière. Elle n'est valable que tant qu'il existe la possibilité de fournir, au travers de la production, des substituts dans n'importe quelle quantité et à tout instant où on le désire. S'il n'y a pas de possibilité de substitution, alors la valeur doit être déterminée pour chaque produit par son utilité marginale directe, dans sa propre catégorie. Dans ce cas, sa valeur ne coïncide plus avec celle du produit marginal et celle du moyen de production intermédiaire. C'est ici que réside l'explication du principe, établi de manière empirique, selon lequel la loi de coûts ne vaut que pour des biens "reproductibles à volonté," et que sa validité n'est qu'approximative. Car elle ne relie pas les biens auxquels elle s'applique et les coûts par une adhérence servilement méticuleuse. Au contraire, elle permet des fluctuations au-dessus et en dessous de tels coûts, selon que la production du moment se trouve en avance ou en retard sur la demande.

 

Une deuxième et encore plus importante considération est le fait que, même lorsque la loi des coûts s'applique, ces coûts ne sont pas la cause finale, mais seulement une cause intermédiaire de la valeurs des biens. En dernière analyse, ils ne donnent pas les valeurs aux produits, mais la reçoivent d'eux. Ceci est clair comme du cristal dans le cas des biens de production pour lesquels n'existe qu'un usage productif. Il est évident que personne ne pourra nier qu'il est erroné de dire que le vin de Tokay a de la valeur parce que les vignes de Tokay possèdent une valeur. Tout le monde acceptera le fait que la vérité est dans la relation inverse, et que ces vignes n'ont une grande valeur que parce que leur produit est évalué à un niveau élevé. Il est tout aussi désespéré de nier le fait que la valeur d'une mine de mercure dépend de celle du mercure, la valeur d'un champ de blé de celle du blé, la valeur d'un four à briques de celle des briques, et non vice versa. Ce n'est qu'à cause des emplois multiples de la plupart des biens de production que la situation se présente sous l'apparence contraire. Tout comme la lune reflète la lumière du soleil vers la Terre, les biens de production à usages multiples reflètent sur leurs autres produits la valeur qu'ils reçoivent de leur produit marginal.

 

Note

 

[1]. En citant ce passage dans son livre Capitalism, Reisman fait judicieusement remarquer que la notion de "produit marginal" se réfère chez Böhm-Bawerk à un produit distinct d'un type différent et ne doit pas être confondue avec l'acception actuelle du terme (qui est une augmentation ou une diminution d'une unité de produit d'un type donné, associée à une augmentation ou à une diminution d'une unité de facteurs de production). NdT

 

Traduction :  Hervé de Quengo

 

 

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Eugen von Böhm-Bawerk (Brno, Moravie 12 février 1851 - Víden, Autriche-Hongrie, 27 août 1914) est un économiste autrichien.
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