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Vol au secours des « prédateurs » financiers, 1ère partie

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Extrait des Archives : publié le 21 février 2012
1679 mots - Temps de lecture : 4 - 6 minutes
( 10 votes, 4,1/5 ) , 1 commentaire
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Rubrique : Histoire de l'or

 

 

 

 

Le probable candidat Républicain à l’élection présidentielle américaine, Mitt Romney, a récemment fait l’objet de critiques en raison de l’origine de sa fortune et de la supposée faiblesse de son taux d’imposition.


Des 200 millions de dollars de sa fortune familiale, l’essentiel provient en effet de la firme de capital-investissement (private equity firm) qu’il fonda en 1984, Bain Capital, et constitue un patrimoine dont les rentes rapportèrent aux Romney jusqu’à 37 millions de dollars en 2007. Pourtant, rétif à rendre publique sa feuille de déclaration, le possible opposant de Barack Obama ne serait imposé qu’à hauteur de 15%.


Il n’en fallait pas plus pour que l’ancien gouverneur du Massachusetts devienne le symbole du nouvel ennemi public nº1, ce « pourcent » des plus riches qui prospère outrancièrement, au détriment de la société, et sans jamais rien partager : comment accepter qu’un présidentiable se soit démesurément enrichi en licenciant les employés d’entreprises mourantes que la sienne rachetait pour revendre à profit ? Comment pardonner que son taux d’imposition soit inférieur à celui des classes moyennes ?


Bien entendu, cette narration courante est largement trompeuse. Ainsi, l’importance des revenus de Mitt Romney en 2007 tenait-elle à la liquidation de nombreuses positions jugées sensibles juste avant sa première tentative présidentielle. De même, les 15% d’impôts cités ne tiennent pas compte du fait que les dividendes perçus ont déjà été taxés une première fois, avant d’être versés, au niveau de l’entreprise. En réalité, selon l’étude la plus récente de la comptabilité nationale américaine, les 1% des plus riches sont taxés dans l’ensemble à 30% au niveau fédéral, soit le double des classes moyennes. Ce faisant, ils fournissent 40% de l’ensemble des recettes fiscales.


Mais ce sont surtout les attaques contre l’industrie dont provient la fortune de Mitt Romney qui sont critiquables, et démontrent, par leur résonnance dans l’opinion, la mécompréhension générale du capitalisme sous l’une de ses formes les plus pures.


Comme souvent, l’opposition la plus dure est venue d’un autre candidat Républicain, Newt Gingrich, lequel décrivait Bain Capital comme un groupe « de gens riches trouvant des moyens légaux de piller les richesses d’autres compagnies. » Malheureusement, c’est bien ainsi que les acteurs de cette branche de la finance sont représentés : des bandes de barbares mettant à sac des organisations productives, détruisant les emplois qu’elles offrent, et dilapidant leurs actifs. Que l’on pense à Gordon Gekko, le « héros » détesté du film Wall Street d’Oliver Stone qui s’en prend au fond de pension d’une petite compagnie aérienne…


Face à une telle propagande anticapitaliste, un peu de théorie et d’histoire économiques sont pourtant de mise. Toutes deux étant complexes, on les abordera ici, forcément partiellement, à travers le prisme de Bain Capital.


À ses débuts, l’activité de cette compagnie était tournée vers le capital-risque. Plus précisément, cette entreprise se spécialisait dans des projets naissants particulièrement risqués, mais apparemment prometteurs, auxquels elle apportait un capital initial. Dès 1986, Bain Capital participa ainsi au lancement de Staples, devenue depuis une grande chaîne de fournitures de bureau employant plus de 90 000 personnes dans 26 pays.


Puis, Bain Capital s’est progressivement tourné vers les acquisitions par emprunt (leveraged buy-outs, LBOs ci-après) - une pratique beaucoup plus sulfureuse, et cible de l’essentiel des attaques contre Mitt Romney.


Comme son nom l’indique, une telle pratique consiste à prendre le contrôle d’une compagnie en ayant recourt à un effet de levier, c’est-à-dire en finançant une grande partie de l’acquisition de ladite entreprise par des emprunts gagés sur les actions de celle-ci qu’ils permettent d’acheter. 


Les critiques à l’égard d’une telle opération sont multiples. D’une part, un LBO aurait pour conséquence de cribler de dettes l’entreprise achetée. Le but serait en fait d’en extraire des frais de management, ainsi que des dividendes, tout en la destinant à la faillite.


D’autre part, la nécessité de financer les frais et les dividendes, en plus des remboursements des prêts et de leurs intérêts, impliquerait une dilapidation des capitaux de l’entreprise, ainsi qu’une réduction majeure de ses effectifs.


Un bon exemple serait celui de GS Industries. Il s’agit d’un producteur d’acier né dans les années 90 et issu de la fusion de plusieurs compagnies, le tout initié par Bain Capital. Les licenciements furent immédiats dans les usines concernées, et ceux qui gardèrent un emploi, durent accepter des kits de rémunération moins généreux. Dans le même temps, Bain Capital reçevait près d’un million de dollars annuels en frais de gestion ainsi que d’importants dividendes. L’entreprise ne sera cependant pas remise à flot et fait  faillite en 2001, au détriment de ses 700 employés.


Or, une telle histoire n’est pas isolée. En 1996, Bain Capital investit 41 millions de dollars dans DDi Corp., un constructeur de circuits électroniques californien que la firme de capital-investissement revend 157 millions de dollars en 2000. Après avoir licencié près de la moitié de ses 3 200 employés, DDi fait pourtant finalement défaut sur certains de ses emprunts, et est mise en redressement judicaire en 2003.


En fait, les exemples abondent. Bain Capital collecte ainsi 100 millions de dollars de dividendes d’American Pad & Paper, dans laquelle elle avait investi $5 millions, et qui déclare faillite en 2000. La même année, Stage Stores, que Bain Capital avait rendue publique pour 20 fois plus qu’elle ne lui avait initialement coûté, connait le même destin. Même chose, en 2003, pour Details, une firme dont les actions rapportèrent à Bain Capital deux fois plus que son acquisition ne lui avait coûté.


D’une manière plus générale, une étude officielle  américaine a mis en évidence le fait que les entreprises achetées par des fonds de capital-investissement connaissent rapidement plus de pertes d’emplois que les autres. De même, le Wall Street Journal estime que plus de 20% des compagnies dans lesquelles Bain Capital a investi entre 1984 et 1999 sont finalement passées par la faillite.


Ces exemples ne peuvent cependant donner qu’une vue partielle de la réalité. Un exemple est toujours particulier. S’il parle à l’imagination et aux émotions, tout en semblant ancré dans la réalité, il peut bien souvent être biaisé. Ainsi la faillite de GSI précédemment évoquée doit-elle être comparée à la réussite spectaculaire de Steel Dynamics, dans laquelle Bain Capital investit en 1994, et qui est aujourd’hui le cinquième plus grand producteur d’acier aux États-Unis, salariant plus de 6 400 personnes, et permettant l’emploi de plus de 25 000 autres par l’intermédiaire de ses fournisseurs.


En réalité, le cas de GSI doit lui-même être revu. En plus d’un investissement initial de près de 25 millions de dollars, l’un de ses dix plus gros paris à l’époque, Bain Capital y investit ensuite plus de 100 millions de dollars afin d’en moderniser les équipements. Cette « cible » n’était donc pas une manne à piller, mais un fonds à développer. Et si la firme fait finalement faillite, c’est au moment où plus de 40 producteurs d’acier connaissent le même sort.


D’une manière plus générale, les banqueroutes précédemment décrites ont toutes eu lieu dans les  années 2000, période de crise aux États-Unis. Tel est clairement le cas de DDi, victime parmi d’autres de l’éclatement de la bulle Internet. 

Un taux de faillite supérieur à 20% peut tout de même sembler élevé. Mais les statistiques peuvent être aussi trompeuses que les exemples. D’une part, le pourcentage tombe à 12% si l’on considère le destin de ces entreprises 5 ans, et non 8 ans, après leur acquisition par Bain Capital. D’une manière plus générale, les recherches académiques montrent que le taux de faillite parmi les entreprises acquises par le biais de LBOs s’élève à 5% (contre 1% pour les autres entreprises.) Une telle différence tient évidemment à l’endettement supérieur des premières, mais il ne faut pas perdre de vue que celles-ci sont la cible de telles acquisitions précisément parce  que leurs performances sont médiocres.


L’argument, ici, est double. Pour certaines, les entreprises rachetées sont véritablement en difficulté, et donc à risque. Pour d’autres, elles semblent simplement moins créatrices de richesses qu’elles ne pourraient l’être. Leur acquisition est alors un pari sur la possibilité, non pas tant de les redresser que de les améliorer, et cela en prenant le risque de s’endetter. Une telle stratégie est hautement spéculative, mais aussi extrêmement efficace si on considère les résultats dans leur ensemble et pas au cas par cas. Car, cette stratégie connaît évidemment des succès et des échecs et ne  reste bénéfique que si  les gains excèdent les pertes.


Gains et pertes pour qui, demandera-t-on. Pour les actionnaires des entreprises-cibles, tout d’abord. Typiquement, une acquisition par endettement s’accompagne d’un rachat de leurs titres à 150%, voire beaucoup plus, de leur valeur de marché. Un tel premium est justifié par le fait qu’une LBO ne vise pas à piller une richesse déjà accumulée, mais au contraire à redéployer des actifs jugés insuffisamment mis en valeur.


Dans un second temps, les profits de l’opération reviennent évidemment aux clients-investisseurs de Bain Capital, et des autres compagnies de ce type, lesquels sont bien souvent des universités, ou encore des fonds de pension publics, c’est-à-dire au final, monsieur et madame tout le monde, ainsi que leurs enfants. 


Créée en 1984 avec un peu moins de 40 millions de dollars, Bain Capital en gère aujourd’hui plus de 66 milliards, une réussite permise par des retours sur investissement annuels bien souvent supérieurs à 80% !


Tout cela ne se fait-il pas au détriment des emplois et des salaires ? Si les entreprises acquises par emprunt connaissent des licenciements rapides et relativement importants, elles sont aussi, à terme, plus créatrices d’emplois que les autres.


Que l’on pense, par exemple, aux dizaines de milliers d’emplois créés après le rachat, en 1999, de Domino’s Pizza par Bain Capital. En investissant près de 190 millions de dollars, la firme de capital-investissement a pu multiplier sa mise par 5 et remettre la chaîne sur la voie du succès et de la croissance.


Une étude récente d’un professeur d’université californien, Joshua Rosett, a même mis en évidence, à partir de plus de mille cas, que les acquisitions hostiles se traduisaient en moyenne par des augmentations de salaires au cours des années suivant l’opération.

 

 

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Jérémie Rostan enseigne la philosophie et l'économie à San Francisco. Il est l'auteur, en plus de nombreux articles pour mises.org et le quebecois libre, de guides de lecture aux travaux de Condillac et de Carl Menger, ainsi que d'un ouvrage , Le Capitalisme et sa Philosophie, et de la preface a la reedition de l'ethique de la liberte de Rothbard (Belles Lettres)
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Intox et contre-intox, c'est notre pain quotidien ! Il faut toujours se méfier des évènement expliqués d'une manière trop simple. Cet article est un très bon travail de Jérémie T. Rostan. Bravo !
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