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L’Église et le libéralisme : histoire d’un malentendu (2). Le dualisme chrétien, matrice des libertés individuelles.

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Publié le 21 avril 2015
1167 mots - Temps de lecture : 2 - 4 minutes
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Rubrique : Editorial du Jour

 

 

 

 

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L’apport fondamental du christianisme à la civilisation a été d’établir une distinction entre le politique et le religieux, fondée sur deux phrases du Christ : « Mon royaume n'est pas de ce monde » et « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. ».

 

Dans son livre Le vrai génie du christianisme, le professeur Jean-Louis Harouel écrit : « La disjonction chrétienne du politique et du religieux constitue la source du succès de l’Occident. C’est d’elle qu’est née la liberté de l’individu, laquelle est à l’origine non seulement des libertés publiques européennes mais encore de la dynamique occidentale. C’est en effet à la désintrication du spirituel et du temporel, à la dissociation du sacré et du profane, qu’il faut rapporter l’invention par l’Europe occidentale – et non par d’autres grandes civilisations – du progrès technique et du développement économique, dont bénéficie aujourd’hui une grande partie de l’humanité. L’avènement de la science et de la technique moderne est certes un miracle européen, mais plus profondément encore un miracle chrétien[1]. »

 

Mais le dualisme chrétien entre le temporel et le spirituel n’est pas un long fleuve tranquille. C’est une longue marche qui fut souvent entravée par le retour du monisme, sous la forme de l'augustinisme politique et juridique (la loi de l’État est au service de la loi divine) ou du millénarisme (absorption messianique du politique par le religieux).

 

L’augustinisme politique et juridique

 

Ainsi au Moyen-âge, l’Église et les monarchies chrétiennes héritèrent du modèle politique des grands empires du passé, que les historiens de nos jours appellent le système théologico-politique. C’est un système de pouvoir sacral où le chef politique est aussi un chef religieux, un médiateur entre l’ici-bas et l’au-delà.

 

 

Dans les sociétés médiévales, le pouvoir politique fonde sa légitimité, son autorité et son unité sur la foi,  qu’elle soit chrétienne ou musulmane. Ce sont des sociétés caractérisées par l’unanimisme politico-religieux. Par conséquent, ceux qui ne sont pas de la même foi, ceux qui sortent de cette unanimité, sont traités comme des parias car ils mettent directement en danger l’autorité politique et religieuse à la fois.

 

Cette alliance de l’Église et de l’État pour imposer la foi et les mœurs fut également justifiée par une doctrine qui eut la faveur des théologiens pendant longtemps : « l’augustinisme politique ». Bien que cette doctrine soit une déviation de la pensée de Saint Augustin, elle fut longtemps enseignée. Il s’agit d’une forme de millénarisme qui part d’une vision pessimiste de l’homme : l’homme sans la grâce ne peut quasiment rien. L’ordre naturel est trop fragile, trop corrompu par le péché. Il faut que l’Église impose la foi et christianise la société par la force si nécessaire car les hommes sont trop faibles par eux-mêmes pour préparer leur salut. Chez Saint Augustin, l’idée était nuancée mais fut très vite interprétée faussement par certains théologiens : l’État devait devenir le bras séculier de l’Église pour instaurer une société parfaitement chrétienne et faire advenir le Salut. Il fallait éradiquer le mal par tous les moyens pour qu’enfin arrive le Jugement Dernier.

 

Le conflit de l’Église et de l’État

 

Cela n’a pourtant pas empêché l’Église de revendiquer très tôt son autonomie par rapport au pouvoir politique, tandis que celui-ci essayait de revendiquer sa suprématie par rapport au pouvoir religieux. C’est le fameux conflit du trône et de l’autel au Moyen-âge.

 

Dans le cadre de ce conflit, la Magna Carta de 1215 est l’une des avancées juridiques les plus importantes de l’histoire occidentale en faveur d’un gouvernement représentatif et limité. Un groupe de barons s’opposa au roi Jean Sans Terre à Runnymède et le força à signer la Magna Carta Libertatum – ou la Grande Charte. La Magna Carta garantissait à tout homme libre la sécurité contre toute ingérence illégale envers sa personne ou sa propriété et la justice pour tous. La capacité du roi à augmenter ses revenus fut limitée, l’Église obtint la garantie d’une certaine indépendance et les libertés des municipalités furent confirmées.

 

Paradoxalement, ce conflit entre le pape et le roi permit progressivement une séparation des sphères temporelle et spirituelle et donc une plus grande liberté. Mais, malgré cette concurrence bénéfique, il y eut encore une très forte unanimité sociale en Europe et il était considéré comme intolérable que des gens puissent s’exclure de la foi commune, c’est-à-dire de la communauté culturelle. C’est pourquoi, les principes énoncés dans cette charte excluaient de leurs garanties les non-chrétiens, qui étaient traités comme des citoyens de seconde zone. Il n’y avait pas encore de pluralisme possible dans un tel système politico-religieux, hérité de l’empire romain.

 

Au XIVe siècle, Guillaume d’Occam mobilise les Évangiles pour contester le pouvoir temporel du pape. Mais il faudra attendre le XXe siècle pour voir se clarifier la doctrine originelle du christianisme, longtemps occultée par l’augustinisme politique : le dualisme du politique et du religieux.

 

Une interprétation erronée du christianisme : la religion d’État

 

Selon Jean-Louis Harouel, « Il y a deux conceptions religieuses de la manière de changer le monde : la manière chrétienne et la manière millénariste. La manière chrétienne de changer le monde consiste à se changer soi-même pour se consacrer aux autres (…) Toute autre est la manière dont les esprits millénaristes pensent pouvoir changer le monde. Ils prétendent le faire en changeant la société, ce qui veut dire concrètement, en changeant les autres ! En les changeant par la contrainte, voire par la violence. Le projet d’établissement du Royaume de Dieu sur terre vise à construire une sainteté collective par des méthodes totalitaires[2]. »

 

En effet, les valeurs évangéliques sont des valeurs individuelles de progrès moral, de perfection, de sainteté. Elles ne sont pas destinées à régir la vie sociale. L’éthique biblique crée un devoir de traiter l’autre comme son semblable. Mais ce devoir reste purement éthique, il n’entraîne pas d’obligation juridique, ni de sanction pénale. Or ces valeurs, une fois laïcisées et transformées en religion séculière d’État, deviennent des règles de droit imposées sous la menace de lourdes sanctions judiciaires. Un exemple parmi d’autres, souligné par Jean-Louis Harouel, est la pénalisation de toute forme de discrimination au travers des lois Pleven, Gayssot et Taubira. Selon lui, « l'antiracisme est une religion séculière, qui a pris le relais du socialisme et du marxisme. C'est une nouvelle figure de l'égalitarisme absolu, au nom de la réalisation du paradis sur terre. » Et il ajoute : « La punition judiciaire du blasphème et du sacrilège est de retour. C'est une immense régression par rapport au droit pénal du XIXe siècle et du premier XXe siècle, qui ignorait délibérément les fautes contre la religion, au nom de la distinction du spirituel et du temporel[3]. »

 

Dans cette perspective, l’actuelle religion séculière étatique est la négation de la distinction du politique et du religieux. Elle est un nouvel avatar du monisme païen et une menace pour la liberté.

 

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[1] Jean-Louis Harouel, Le vrai génie du christianisme, éditions Jean-Cyrielle Godefroy, 2012

[2] Ibid.

[3] Ibid.

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Damien Theillier est professeur de philosophie. Il est l’auteur de Culture générale (Editions Pearson, 2009), d'un cours de philosophie en ligne (http://cours-de-philosophie.fr), il préside l’Institut Coppet (www.institutcoppet.org).
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Cornucopiae - 21/04/2015 à 14:15 GMT
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