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Les Failles du système bancaire à réserves fractionnaires

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Extrait des Archives : publié le 09 février 2011
2339 mots - Temps de lecture : 5 - 9 minutes
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Le premier novembre 2010, un post sur le blog de Martin Wolf, éditeur en chef du département économie du Financial Times, portait le titre « le monde pourrait-il revenir à l’étalon or ? » et arrive à la conclusion que « nous ne pouvons et ne retournerons pas au système de l’étalon or ».

Parmi la quantité d’arguments proposée par les économistes « mainstream » contre la faisabilité et la désirabilité d’un étalon or, M. Wolf propose une ligne de raisonnement qui se prête tout à fait comme point de départ pour débattre de son point de vue. M. Wolf écrit en effet:

« Les économistes de l’école autrichienne souhaiteraient abolir le système bancaire basé sur les réserves fractionnaires. Mais nous savons que ce dernier est une conséquence naturelle des forces du marché libre. C’est du gaspillage de détenir des réserves de couverture de 100% pour une banque si les déposants n’ont pas besoin tout de suite de leur argent. Les banques possèdent une forte incitation à prêter l’argent qu’on leur confie et ainsi, elles font grandir l’offre globale de monnaie et crédit. »

Les économistes autrichiens ne veulent pas de l’établissement d’un étalon or par décret

Tirons les choses au clair : Les économistes autrichiens (en particulier ceux dans la tradition Misésienne et Rothbardiennne) appellent de tous leurs vœux le remplacement du système monétaire basé sur la monnaie à cours forcé par un système basé sur une monnaie libre, c'est-à-dire une monnaie produite grâce au libre jeu de l’offre et de la demande.

Une telle recommandation s’ancre dans un fondement éthique et économique solide: la monnaie du marché libre est le seul ordre monétaire compatible avec les droits de propriété, qui sont le principe gouvernant une société de marché libre.

Le fait de se concentrer sur les droits de propriété ne découle pas seulement de la théorie des droits naturels (dans la tradition de Locke) mais il trouve également sa justification en dernier ressort sur la base de l’axiome de l’action humaine, lui-même évident et irréfutable, ainsi que démontré par HhHH mmH ans-Hermann Hoppe. [1]

Les autrichiens argumentent en faveur de la privatisation de la production de monnaie, de la clôture des banques centrales et d’un libre choix au moyen des mécanismes de marché de la monnaie que les gens souhaitent utiliser. Le gouvernement ne devrait pas avoir à jouer un rôle actif dans les processus d’un système monétaire sur le marché libre.

On peut tenir pour très probable que les métaux précieux, en particulier l’or et l’argent, et dans une certaine mesure le cuivre, seraient choisis librement puis universellement acceptés comme moyens d’échange. En d’autres termes, ils pourraient devenir une monnaie parce que les gens auraient une liberté de choix dans le domaine monétaire.

Cependant les économistes autrichiens n’appelleraient pas à l’institutionnalisation d’un étalon or, et certainement pas d’un étalon or avec une banque centrale (cette dernière sponsorisée par le gouvernement) : Ils seraient en faveur d’un marché libre de la monnaie dans lequel l’or, probablement, deviendrait la monnaie librement choisie. [2]

Le système bancaire à réserves fractionnaires viole les droits de propriété

Penchons-nous maintenant sur le système bancaire à réserves fractionnaires. Cela signifie qu’une banque prête l’argent que les clients lui ont confié. Le système bancaire à réserves fractionnaires nous conduit à la situation dans laquelle deux individus sont rendus propriétaires du même bien [3].

Le système bancaire à réserves fractionnaires crée ainsi une impossibilité légale: par le biais du prêt bancaire, l’emprunteur et le dépositaire sont propriétaires du même argent. Le système bancaire à réserves fractionnaires conduit à des obligations contractuelles qui ne peuvent être honorées dès le départ.

Comme Hoppe, Block, et Hülsmann le remarquent “tout accord contractuel qui implique de présenter deux individus différents comme les propriétaires simultanés du même bien (ou si s’on veut qu’un seul et unique bien soit la propriété simultanée de plus d’une personne à la fois) est objectivement faux et constitue une escroquerie. [4] Un système bancaire à réserves fractionnaires n‘implique pas moins qu’une impossibilité et une escroquerie comme c’est le cas quand on prétend vendre des éléphants volants ou des cercles carrés.[5]

A la vérité, un système bancaire à réserves fractionnaires se réduit à violer la nature même de la loi sur les droits de propriété. Ainsi, l’argument selon lequel un système bancaire à réserves fractionnaires est celui d’une économie monétaire intelligente  –un argument que M. Wolf brandit contre le système d’étalon or- ne tient pas la route.

“Un système bancaire à réserves fractionnaires crée ainsi une impossibilité légale: par l’intermédiaire du crédit bancaire, l’emprunteur et le déposant sont les propriétaires du même argent ».

Défendre le système bancaire à réserves fractionnaires reviendrait de fait à dire qu’il est légal (voire juste ou bien même légitime) qu’un quidam A puisse faire ce qu’il veut avec la propriété d’un quidam B sans le consentement de ce dernier.

Que se passe-t-il cependant si la banque et le déposant sont d’accords pour que les sommes d’argent déposées soient utilisées pour des transactions de crédits par l’intermédiaire de l’émission de monnaie fiduciaire ? Et bien, même un tel accord serait une violation de la loi sur les droits de propriété.

Alors que banque et le déposant bénéficient de ce type de commerce (ou en tout cas l’anticipe), qu’en est-il de ceux qui reçoivent ce média fiduciaire? Ils seraient enclins à échanger des biens et des services contre un bien (un media fiduciaire) qui constitue déjà la propriété d’autres personnes, une chose que le vendeur n’aurait probablement pas accepté s’il avait seulement eu connaissance de la véritable nature de l’échange.

Que se passe-t-il si tous les agents sur le marché se mettent d’accords pour s’engager dans système bancaire à réserves fractionnaire ? La conclusion ci-dessus ne changerait pas : un système bancaire à réserves fractionnaires est toujours de par sa nature même, intrinsèquement en violation de la loi des droits de propriété privés, même s’il repose sur la base du consentement de tous les acteurs impliqués. Il va forcément produire un chaos économique à très grande échelle.

Le système bancaire de réserves fractionnaire n’a pas émergé “naturellement”

Il est certain que le système bancaire à réserves fractionnaires n’est pas, comme le note M. Wolf « une conséquence naturelle des forces du marché ». Il est le résultat et a été soutenu par une loi gouvernementale.

Dans un système de marché libre, la pratique du système bancaire à réserves fractionnaires serait illégale par nature. Et ainsi, on mettrait un terme au système bancaire à réserves fractionnaires (et cela plutôt plus tôt que plus tard) sous les auspices d’un système de lois de droits de propriétés qui fonctionnent bien.

La raison pour laquelle le système bancaire à réserves fractionnaires existe depuis un certain temps maintenant est due à la loi gouvernementale, qui bien sûr, doit être distinguée d’une loi naturelle des droits de propriété. Bien sûr, les gouvernements peuvent rendre le système bancaire à réserves fractionnaires légal au sens formel. Cependant, même si le gouvernement ne change pas la nature des choses, comme Murray N. Rothbard le note succinctement,

« les banques à réserves fractionnaires… créent de la monnaie à partir d’air pur… En essence, ils le font de la même manière que les faux-monnayeurs. Les faux-monnayeurs eux aussi créent de la monnaie à partir de rien du tout en imprimant et en contrefaisant de la monnaie ou des reçus de stockage équivalent à de la monnaie. De cette manière, ils extraient frauduleusement des ressources du public, de personnes qui ont gagné honnêtement et véritablement de l’argent. De la même manière, les banques du système bancaire à réserves fractionnaires émettent de faux certificats pour de la monnaie qui circulent ensuite exactement comme de la véritable monnaie dans le public. Il existe une exception à cette analogie : la loi ne reconnait pas ces certificats comme étant des faux. [6]


Le système bancaire de réserves fractionnaires avec une monnaie marchandise par contraste avec une monnaie à cours forcé

Dans le cas d’un système de monnaie marchandise- tel que l’étalon or- le système bancaire à réserves fractionnaires est bien, comme les économistes autrichiens le montrent, une forme de contrefaçon. Cependant, qu’en est-il si l’on se penche sur le système bancaire à réserves fractionnaires fonctionnant avec de la monnaie à cours forcé ?

Sous le système de monnaie à cours forcé, les obligations des banques vis-à-vis des clients (en ce qui concerne la demande de dépôts) est remboursable sous forme de monnaie de base ou monnaie de la banque centrale, un type de monnaie qui ne peut être produit que par les banques centrales (soutenues par le gouvernement).


Les banques centrales détiennent le monopole de la production de monnaie de base. Elles peuvent augmenter la quantité de cette dernière à n’importe quel moment et du montant qu’elles jugent approprié. C’est la banque centrale qui détermine éventuellement si oui ou non les banques peuvent accéder à leurs obligations de paiement.

Il se peut que la banque centrale décide, lorsque les clients d’une banque décident d’exiger leurs dépôts de liquidités, de procurer à la banque concernée suffisamment de billets de banques en les lui prêtant et/ou bien en achetant une partie des actifs de cette dernière.

Le point essentiel en tout cas, est cependant que les banques s’engagent dans un système bancaire à réserves fractionnaires dans un système de monnaie à cours forcé qui crée des obligations contractuelles qu’elles ne peuvent pas remplir du départ. Rothbard note que :

« cela ne fait aucune différence que ce l’on considère comme monnaie ou liquidité dans la société, que ce soit l’or, le tabac ou bien même la monnaie à cours forcé du gouvernement. La technique qui consiste pour les banques à monter un château de cartes demeure la même.[7]

La vérité qui dérange sur le système bancaire à réserves fractionnaires

Les économistes autrichiens et Ludwig von Mises en particulier, ont montré que système bancaire à réserves fractionnaires cause nécessairement des problèmes économiques à grande échelle. C’est parce que les banques s’engagent ensuite dans une expansion du crédit de circulation, c'est-à-dire qu’elles émettent de la monnaie en prêtant de l’argent qui n’est pas couvert par de l’épargne réelle. [8]

Le crédit de circulation est inflationniste, il cause des déséquilibres économiques et un surendettement du secteur privé en particulier de la part des gouvernements. C’est la cause même des cycles de « boom and bust » (croissance et récession).

Ce dernier ouvre grand la porte à un interventionnisme encore plus grand du gouvernement, régulation, nationalisation, contrôle des prix etc. et au fil du temps, érode et puis détruit les principes mêmes sur lesquels repose une société de marché libre. 

Cette conclusion ne change pas si le système bancaire à réserves fractionnaires fonctionne avec une monnaie à cours forcé. La monnaie à cours forcé, ou pour être plus précis, sa production est déjà en soi une violation des principes du marché libre, et le système bancaire à réserves fractionnaires permet de faire jouer un effet de levier sur les conséquences économiques de la monnaie à cours forcé.

Afin de préserver une coopération sociétale paisible et prospère, c’est l’opposé même de la conclusion proposée par M. Wolf qui doit être tenue pour vraie : c’est uniquement en revenant à une monnaie saine, et l’étalon or en est une forme particulière tout à fait acceptable d’un point de vue éthico-économique, que l’on applique le choix libre d’un peuple.


Notes

[1] Hans-Hermann Hoppe, "On the Ultimate Justification of the Ethics of Private Property," in The Economics and Ethics of Private Property: Studies in Political Economy and Philosophy, 2nd ed. (Auburn, Alabama: Ludwig von Mises Institute, 2006), pp. 339–45.

[2] Murray N. Rothbard était pour un retour au dollar couvert à 100% par l’or. Cependant cela ne contredit pas l’affirmation faite plus haut, parce que la recommandation de Rothbard repose sur la condition préalable que si “les gens aiment et tiennent à leurs francs ou dollars, il n’existe qu’un seul moyen de séparer la monnaie de l’Etat, de véritablement dénationaliser la monnaie d’une nation. Et c’est de dénationaliser le dollar (ou le mark ou le franc) lui-même. Seule la privatisation du dollar peut permettre de mettre un terme à la dominance inflationniste du gouvernement sur l’offre de monnaie d’une nation. Voir  Murray N. Rothbard, "The Case for a Genuine Gold Dollar," in The Gold Standard: Perspectives in the Austrian School, Llewellyn H. Rockwell, Jr., Ed. (Auburn, Alabama: Ludwig von Mises Institute, 1992), p. 5. La recommandation de Rothbard pour redéfinir le dollar comme une unité de poids sur un marché de matière première, en en particulier l’or repose sur (i) les propriétés que possèdent les métaux précieux, en particulier l’or, à être utilisés comme monnaie et (ii) par le fait que le gouvernement américain avait confisqué l’or en 1933- et donc, redéfinir le dollar en or devrait constituer une option naturelle.

[3] Pour une discussion plus élaborée voir Jesús Huerta de Soto, Money, Bank Credit, and Economic Cycles (Auburn, Alabama: Ludwig von Mises Institute, 2006), en particulier  le chapitre 3, "Attempts to Legally Justify Fractional-Reserve Banking," pp. 115–65.

[4] Hans-Hermann Hoppe, Jörg Guido Hülsmann et Walter Block, "Against Fiduciary Media," in the Quarterly Journal of Austrian Economics, vol. 1, no. 1, pp. 21–22.

[5] Ibid, p. 26.

[6] Murray N. Rothbard, The Mystery of Banking, 2nd ed. (Auburn, Alabama: Ludwig von Mises Institute, 2008), p. 98.

[7] Ibid, p. 100.

[8] Crédit de circulation  (ou Zirkulationskredit) signifie que les banques quand elles prolongent un crédit octroyé à un consommateur ou une société augmentent le stock de monnaie. Par opposition, par un crédit sur les matières premières (ou Sachkredit) signifie que la banque prolonge un prêt octroyé à un consommateur ou une société en transférant de la monnaie qui existe déjà d’un épargnant vers un producteur. Pour une explication détaillée voir Ludwig von Mises, The Theory of Money and Credit (Indianapolis: Liberty Fund, 1981), pp. 296–310.


 

Thorsten Polleit

 

Thorsten Polleit est professeur honoraire à l’Ecole de Finance et Management de Francfort. 


Article publié sous sa forme originale sur le site : www.Mises.org. Traduit avec autorisation.

 

  

 

 

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Un excellent article qui dénonce la fraude institutionnalisée, un article de salut public qui devrait être distribué et commenté dans les universités.
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