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« Annulons
la dette du vieux monde. »
Comment se
fait-il que personne n’ait eu avant lui l’idée pourtant
simple qu’Emmanuel Todd a jetée dans la marre lors d’un entretien
accordé par le démographe/anthropologue/historien/politologue
au Point ?
Mais oui
enfin ! Nous mesurons chaque jour la profondeur de l’abîme
dans laquelle nous plongent la dette publique et la gravité des
menaces qui pèsent sur nos économies, sur notre épargne,
sur notre monnaie ou sur notre travail. Si la dette est si dangereuse, annulons
tout simplement la dette ! Et ce sera un bon pied de nez à tous
les financiers cupides et autres agences de notations
malintentionnées, qui sont responsables de nos malheurs, et manipulent
nos hommes politiques et nos États comme des marionnettes !
On ne sait pas
s’il faut en rire ou en pleurer.
Chaque ligne
de l’entretien ubuesque du « prophète
certifié »
mériterait une correction sévère, mais le plus
grave est sans doute l’idée selon laquelle on pourrait faire
« disparaître » la dette. Il faut vraiment nager
dans la pensée magique pour ne pas concevoir qu’à chaque
euro de dette correspond un euro d’épargne.
En annulant un
euro de dette, on détruit donc mécaniquement un euro
d’épargne. L’euro du petit épargnant
français bien sûr, ou l’euro du fonds de pension
américain.
Le vrai
problème que pose la dette est moral, et il est double :
Tout
d’abord, il ne faut pas oublier que contracter une dette puis
décider unilatéralement de s’en défausser
s’apparente tout simplement à du vol. L’échelle et
la complexité de l’organisation des créances ne change
rien à la nature du vol. Les créanciers lésés
seraient ainsi en droit de saisir des tribunaux pour sanctionner le
non-respect du contrat passé au moment de l’achat de la dette.
La saisie de biens pure et simple étant difficilement envisageable, cela
reviendrait en réalité à isoler le pays mauvais payeur
de toutes les organisations internationales et à le marginaliser dans
toutes les relations diplomatiques. Sur le plan plus pratique de
l’émission d’obligations futures, les conséquences
d’un défaut de paiement sont tout à fait
prévisibles. Si vous prêtez mille euros à un ami et
qu’il vous annonce au bout d’une semaine qu’il ne vous
remboursera pas, il y a peu de chances que vous lui prêtiez à
nouveau un centime. L’exemple de l’Argentine
entre 1998 et 2002 offre une image tout à fait claire de ce qui attend
un État qui n’honore pas ses dettes :
L’impossibilité totale d’emprunter sur les marchés
pendant des années.
Mais en amont
de la gestion du défaut, se pose la question essentielle de la
légitimité d’un État à endetter les
contribuables, et plus encore les contribuables des générations
futures !
La question
ainsi posée, on peut légitimement se demander si l’on est
tenu d’honorer des engagements pris par d’autres ! Le
problème étant que les « autres »
d’hier sont ceux qui veulent aujourd’hui se débarrasser
des dettes accumulées sous le tapis en faisant peser la perte sur les
contribuables et sur les épargnants.
Ces deux point
moraux rendent la solution très difficile : Il est immoral de
faire peser l’inconscience des dirigeants politiques sur les
contribuables, et il est également immoral de faire table rase de la
dette pour que les dirigeants de demain puissent repartir de plus belle.
La
réponse est simple : On ne dépense pas l’argent des
autres (et encore moins à crédit).
C’est
donc seulement en limitant au maximum la taille et les prérogatives de
l’État que nous pourrons espérer limiter les
dégâts inhérents à son existence.
En attendant,
on peut espérer que la fuite des créanciers impose un
régime au pain sec à nos États, et que la
démocratie pourra endiguer leur gourmandise fiscale.
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