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La bulle de Buffet
Publié le 16 avril 2012
1454 mots - Temps de lecture : 3 - 5 minutes
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Mots clés associés :   Banqueroute | Etats-unis | Terrain |

 

 

 

 

Il semble que ceux qui s’opposent à l’or aient trouvé leur mentor parmi les hommes les plus riches du monde. Le conseiller financier Warren Buffet, surnommé ‘oracle d’Omaha’, a répétitivement et publiquement nié le rôle de l’or en tant qu’investissement, qualifiant les acheteurs d’or de ‘spéculateurs’ et de ‘personnes étant effrayées de toute autre forme d’actifs’. Dans l’esprit de Buffet, la hausse du prix de l’or présenterait des caractéristiques identiques aux bulles des marchés de l’immobilier et de la dotcom, et le renversement de sa tendance haussière ne serait qu’une question de temps. Il ne veut pas dire par là que le prix de l’or déclinera du fait des mesures d’austérité. Simplement, comme l’or est l’objet d’une bulle, cette dernière finira inévitablement par exploser.

Le monde financier aperçoit Buffet comme étant un observateur objectif, un investisseur qui, quand il parle, prend en compte les intérêts des hommes ordinaires. Chaque année, la lettre écrite par Buffet aux actionnaires de Berkshire Hathaway fait plus de raffut que l’année précédente. A chaque fois que Buffet fait la moindre déclaration, le monde financier tout entier roucoule et répète ses propos sans jamais les remettre en question.

Je reconnais que Buffet est un investisseur de talent et un très bon orateur. Il est clair qu’il ait su réussir et qu’il ait beaucoup à offrir. Mais cela ne devrait pousser personne à penser qu’il est un observateur de confiance. Il est un membre du capitalisme de copinage sachant parfaitement maquiller la réalité au service de son idéologie.

Au cours des premiers stages de la crise financière, alors que je faisais la promotion de mon livre Crash Proof, destiné à prévenir les investisseurs des troubles qui les attendent, Buffet accumulait les actions auprès de compagnies telles que Goldman Sachs, Wells Fargo, Bank of America, et General Electric. Je savais alors que ces sociétés étaient insolvables, et que je ne m’en approcherai pas, même muni de gants de jardinage. Lorsque le marché des crédits commença à rencontrer des difficultés, Buffet mit tout en œuvre, dans le plus grand secret comme au grand jour, pour que ces sociétés bénéficient de plans de sauvetage. Et ce n’était pas une coïncidence. En septembre 2008, Buffet a clairement indiqué qu’il n’aurait jamais investi auprès de Goldman Sachs si la société n’avait pas joui de l’assistance fédérale. En conséquence, il a pu tirer profit de la situation aux dépens des contribuables, dans le même temps que ces derniers perdaient leur épargne sur les marchés. Dans le même temps, de nombreux hommes politiques ont acheté des actions Berkshire, faisant dans le même leur révérence à Buffet. Buffet a récemment déclaré que si les gouvernements ne venaient pas en aide aux sociétés en banqueroute, il mangerait ‘son repas de Thanksgiving à McDonald’s plutôt que chez sa fille’. Il semblerait qu’il y ait eu deux dindes farcies à son dîner.

Si Buffet était réellement un capitaliste, il serait favorable à l’or. Il a pu constater que la valeur du dollar a chuté de 86% depuis qu’il ait été promu directeur de Berkshire Hathaway en 1965, et a lui-même indiqué dans sa dernière lettre aux actionnaires de la compagnie qu’il est ‘normal que les investisseurs aient peur de la monnaie papier’. Il continue cependant de s’en prendre à l’or. Il semblerait que les seules unités de compte approuvées par monsieur Buffet soient les actions de sa propre société !

L’adoption d’une mesure de valeur indépendante telle que l’or présente deux problèmes aux yeux de Buffet. Premièrement, cela réduirait les bénéfices nominaux de sa stratégie d’investissement basée sur le dollar. Deuxièmement, cela restreindrait la capacité de Washington à manipuler le système financier en sa faveur.

Au XIXe siècle, alors que l’or et l’argent étaient des changes légaux, les bénéfices extraordinaires auxquels Buffets s’est accoutumé étaient bien plus difficiles à gagner. La plupart des gens conservaient leur monnaie sous forme de métal physique ou auprès de banques – et en tiraient un revenu réel. Aujourd’hui, sous notre système de devises fiduciaires, les travailleurs sont forcés d’entrer le monde compliqué de l’investissement. Cela peut bien sûr générer de réels profits, mais c’est un terrain de jeu très compliqué pour les moins expérimentés.

De plus, le système fiduciaire gonfle artificiellement la part des services financiers dans l’économie. Au XIXe siècle, les fortunes étaient plus souvent formées par les chefs d’entreprises que par les simples investisseurs. Les gens étaient plus en mesure d’être récompensés pour leur service productif que pour leur accès direct aux faveurs de la Fed.

Un simple coup d’œil aux performances de Berkshire Hathaway par rapport à l’or depuis le début de la crise suffit à comprendre l’aversion de Buffet pour le métal jaune :

 

la bulle de buffet b
Source: Google Finance

Mais le manque de crédibilité de monsieur Buffet va bien plus loin qu’un simple différent de philosophie monétaire. Depuis août dernier, on a pu entendre partout dans la presse que Buffet paierait moins de taxes que sa secrétaire – et demander au passage au Congrès de voter une ‘loi Buffet’ fixant une taxe minimum de 30% pour les millionnaires. La réaction naturelle à cela serait de dire : ‘Si vous voulez payer plus, je vous en prie, ne vous gênez pas’. Mais Buffet a insisté sur le fait qu’il n’était pas suffisant pour lui de montrer l’exemple, mais que tous les millionnaires des Etats-Unis devraient porter avec lui le fardeau des dépenses excessives de Washington.

Le problème est que l’argument de Buffet est uniquement fondé sur une déception. Buffet est considéré être la troisième personne la plus riche du monde, avec des actifs d’environ 393 milliards de dollars, et une taxe s’élevant à seulement 17.4% de ses revenus. La raison à cela est que ses revenus annuels ne représentent pas plus d’1% de sa richesse, les 99% restants provenant de ses actions auprès de Berkshire Hathaway. Buffet dit conserver les revenus de ses actions pour les offrir à des associations caritatives après sa mort. Donc, ce n’est pas que les taux d’impositions soient bas, c’est simplement que Buffet désire offrir 99% de ses richesses.

Mais même en prenant en ligne de compte sa petite ruse fiscale, Buffet ne comprend toujours que grossièrement le système d’impositions. Il possède environ 1/3 des actions de Berkshire, dont les profits sont sujets à des taxes corporatives s’élevant à 29%. L’an dernier, Berkshire payait 5.6 millions de dollars de taxes – et la société devrait selon certaines sources payer un million supplémentaire ! En plus de ces taxes corporatives, Buffet est sujet à des taxes sur gain de capital de 15% sur ses actions lorsqu’il encaisse son argent, sans parler de ses taxes sur successions futures. Il semblerait que les taxes payées par Buffet soient en réalité bien supérieures à celles de sa secrétaire.

Vous pouvez vous demander pourquoi Buffet cherche à mieux comprendre son taux d’imposition. Pour répondre à cette question, il est nécessaire de comprendre le milieu idéologique dont provient Buffet. Son père, Warren Buffet, était un membre du Congrès connu pour être un libertaire. Comme ses biographes l’ont souvent énoncé, Buffet avait le sentiment d’avoir été déraciné de sa ville d’Omaha, NE et forcé de déménager à Washington, DC, et se sentait étouffé par son strict père. L’engagement de Buffet envers l’Etat-providence est très profond.

Comme je l’ai mentionné plus haut, Buffet bénéficie personnellement de la corruption. Les gains nominaux de ses actions sont la source de son prestige. Il obtient des plans de sauvetage afin de venir en aide aux sociétés sur lesquelles il investit.

Il n’est pas surprenant que notre pauvre Howard ait eu un faible pour l’or et l’argent – ni que notre riche Warren les rejette comme n’ayant aucune utilité.

Les médias font passer Warren pour un demi-dieu, un homme du Nebraska au franc-parler capable de défendre son propre parti face aux vipères de Wall Street. Mais il n’est autre qu’un homme ayant le talent de pouvoir faire de la monnaie, et ses idées ne devraient pas être exemptes d’analyses. Essaie-t-il de dire qu’il faudrait utiliser l’argent des contribuables pour payer les plans de sauvetage des sociétés en lesquelles il investit afin qu’il puisse continuer d’en tirer profit ? Comprend-il la monnaie ? Comprend-il le principe de cycles économiques ?

 Le prix de l’or ne diminuera pas avant que les gouvernements ne changent de façon de faire et réduisent significativement leurs dépenses. L’or n’est pas dans une bulle. Il est le seul moyen dont vous disposiez pour protéger votre patrimoine ; et compte tenu de la situation économique actuelle, il devrait grimper bien plus haut. Il est temps pour Buffet de prendre en considération les mots de son père : ‘Si la liberté humaine signifie survivre aux Etats-Unis, nous nous devons de remporter la bataille et de restaurer une monnaie honnête’.

 

Peter Schiff

 

 

 

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Peter Schiff est expert en économie politique et monétaire, et dans le conseil de la diversification internationale du patrimoine.
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