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Introduction aux Harmonies Economiques de Bastiat (2ème partie)

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Extrait des Archives : publié le 12 août 2013
1688 mots - Temps de lecture : 4 - 6 minutes
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Rubrique : Fondamental

 

 

 

 

L’harmonie sociale n’est pas donnée mais acquise : la perfectibilité humaine


Les Harmonies économiques ont connu  deux éditions. L'édition originale (Guillaumin et Cie, Paris, 1850) contient dix chapitres. Dans le tome VI des œuvres complètes, ces dix premiers chapitres ont été complétés grâce aux notes et aux ébauches laissées par Bastiat. Dans la conclusion de l'édition originale de février 1850, Bastiat nous avertit que son dessein est d'étudier le « mal social ».


Car la liberté ne signifie nullement que tous les intérêts humains sont toujours harmonieux. En effet, dit Bastiat, l'intérêt personnel crée tout ce par quoi l'homme vit et se développe : il stimule le travail, il engendre la propriété et les échanges. Encore faut-il préciser que ce développement n’est en rien automatique. Il ne s’agit nullement d’une sorte de déterminisme naturel ou historique, qui conduirait miraculeusement ou mécaniquement à l’harmonie et au progrès. Le même intérêt qui peut conduire à la propriété par le travail peut aussi conduire à la spoliation. Et engendrer aussi toutes sortes d’injustices. L'esclavage, la guerre, les privilèges, les monopoles, l'exploitation de l'ignorance et de la crédulité du public, les restrictions commerciales, les fraudes commerciales, les taxes excessives, constituent autant d'obstacles au développement économique des sociétés.




« Nous ne sommes certes pas assez aveugle dit Bastiat pour nier l'existence du mal; mais voici ce que nous pensons de son origine et de sa mission. Nous affirmons que le mal n'est pas la conséquence naturelle des grandes lois providentielles qui ont présidé à l'arrangement du monde moral aussi bien qu'à celui du monde matériel. Le mal provient, au contraire, de ce que ces lois n'agissent pas dans leur plénitude, de ce que leur action est troublée par l'action opposée des institutions humaines. »




À ses yeux, l'excellence du monde social ne consiste pas en ce qu'il est parfait, mais en ce qu'il est perfectible, ce qui signifie que l'œuvre d'harmonie n'y est jamais achevée. « En tout ce qui concerne l'homme, cet être qui n'est perfectible que parce qu'il est imparfait, l'Harmonie ne consiste pas dans l'absence absolue du mal, mais dans sa graduelle réduction. »


Le monde social n'est donc pas immuable. Bien au contraire, il est en voie d'évolution continuelle dans le sens de l'enrichissement des individus et dans celui du nivellement des inégalités qui les séparent. Mais les sociétés, précise Bastiat, ne réussiront jamais à se maintenir et à s'améliorer que par le travail et la liberté des échanges. 


La critique de Keynes


Le « laissez-faire » défendu par Frédéric Bastiat a été interprété par beaucoup comme la croyance que les conflits sociaux seraient résolus par l'intermédiaire d'un mécanisme « naturel » d’origine divine, et par conséquent indépendant des hommes. La critique de Keynes est typique de ce genre d’interprétation caricaturale :


« Débarrassons-nous tout de suite des principes métaphysiques et des principes généraux invoqués par moments pour justifier, le « Laissez-faire ». Il n'est pas vrai que les individus possèdent un droit imprescriptible à une « liberté absolue » dans leur activité économique. Il n'existe aucune convention accordant un privilège éternel à ceux qui possèdent ou à ceux qui acquièrent des biens. Le monde n'est pas ainsi fait, les forces divines qui le mènent ne veillent pas à ce que l’intérêt particulier coïncide toujours avec l'intérêt général. Les forces humaines qui y règnent, n'assurent pas davantage que ces intérêts coïncident toujours en pratique et on ne peut déduire avec raison d'aucun des principes d'économie politique que l'intérêt privé, même lorsqu'il est bien compris, assure toujours l'intérêt général ».[1]


En réalité, Bastiat est loin d’être aveugle. Il ne nie pas l'existence du mal comme nous l’avons indiqué plus haut. Il affirme simplement que le mal n'est pas la conséquence des grandes lois naturelles de l’ordre social. Le mal provient, au contraire, de ce que ces lois n'agissent pas dans leur plénitude, de ce que leur action est troublée par l'action opposée des institutions humaines.




Le véritable sens du Laissez-faire


« Tous les intérêts légitimes sont harmoniques » écrit Bastiat dès le début des Harmonies Économiques. Or l’utilisation de l'expression « intérêts légitimes » suggère bien que la poursuite des intérêts subjectifs ne produit pas toujours l'harmonie, et qu'une distinction doit être faite entre différents types d'intérêts, selon des critères objectifs.


Ainsi, pour prévenir toute équivoque, il précise bien que laissez faire s'applique ici aux choses honnêtes, l'État étant institué précisément pour empêcher les choses malhonnêtes. Cela posé, il ajoute : « Il n'est pas vrai que la liberté règne parmi les hommes; il n'est pas vrai que les lois providentielles exercent toute leur action, ou du moins, si elles agissent, c'est pour réparer lentement, péniblement l'action perturbatrice de l'ignorance et de l'erreur. — Ne nous accusez donc pas quand nous disons laissez faire; car nous n'entendons pas dire par là: laissez faire les Hommes, alors même qu'ils font le mal. Nous entendons dire: étudiez les lois providentielles, admirez-les et laissez-les agir. Dégagez les obstacles qu'elles rencontrent dans les abus de la force et de la ruse, et vous verrez s'accomplir au sein de l'humanité cette double manifestation du progrès: l'égalisation dans l'amélioration. » (Harmonies Économiques, Causes perturbatrices)


Autrement dit le mot  « laissez faire » doit être compris comme l’impératif de laisser agir ces lois, sans les troubler. Selon qu’on s’y conforme ou qu’on les viole, le bien ou le mal se produisent. Les intérêts sont harmoniques donc, pourvu que chacun reste dans son droit, pourvu que les services s’échangent librement, volontairement, contre les services. 


Conclusion


Pris ensemble, ces arguments suggèrent que dans l'approche de Bastiat, l'harmonie ne peut être atteinte que progressivement par l'élimination progressive des erreurs humaines, sources du mal social : la découverte d'un comportement honnête et responsable dans la conduite de nos vies. Avec son projet de supprimer toute souffrance individuelle ou sociale, c’est en fait le socialisme qui construit une utopie optimiste. « L’homme, dit Bastiat, souffre et souffrira toujours. Donc la société souffre et souffrira toujours. Ceux qui lui parlent doivent avoir le courage de le lui dire. » Or nul n’a parlé avec plus de courage, avec plus de vérité, ni avec plus de profondeur, du mal social que Bastiat, répondant ainsi par avance à l’objection fallacieuse d’optimisme naïf.




Textes complémentaires


a) Contre l’accusation d’optimisme


« En vérité, il est difficile de comprendre comment on répète sans cesse ces banalités : « L’économie politique est optimiste quant aux faits accomplis ; elle affirme que ce qui doit être est ; à l’aspect du mal comme à l’aspect du bien, elle se contente de dire : laissez faire. » Quoi ! nous ignorerions que le point de départ de l’humanité est la misère, l’ignorance, le règne de la force brutale, ou nous serions optimistes à l’égard de ces faits accomplis ! Quoi ! nous ignorerions que le moteur des êtres humains est l’aversion de toute douleur, de toute fatigue, et que, le travail étant une fatigue, la première manifestation de l’intérêt personnel parmi les hommes a été de s’en rejeter les uns aux autres le pénible fardeau ! Les mots Anthropophagie, Guerre, Esclavage, Privilège, Monopole, Fraude, Spoliation, Imposture, ne seraient jamais parvenus à notre oreille, ou nous verrions dans ces abominations des rouages nécessaires à l’œuvre du progrès ! Mais n’est-ce pas un peu volontairement que l’on confond ainsi toutes choses pour nous accuser de les confondre ?


Quand nous admirons la loi providentielle des transactions, quand nous disons que les intérêts concordent, quand nous en concluons que leur gravitation naturelle tend à réaliser l’égalité relative et le progrès général, apparemment c’est de l’action de ces lois et non de leur perturbation que nous attendons l’harmonie. Quand nous disons : laissez faire, apparemment nous entendons dire : laissez agir ces lois, et non pas : laissez troubler ces lois. Selon qu’on s’y conforme ou qu’on les viole, le bien ou le mal se produisent ; en d’autres termes, les intérêts sont harmoniques, pourvu que chacun reste dans son droit, pourvu que les services s’échangent librement, volontairement, contre les services. » (Harmonies Économiques, chap. VIII, Propriété, communauté).


b) L’horrible nuit du pessimisme


Hélas! quand nous venons à jeter un coup d'œil sur le monde réel, où nous voyons se remuer dans l'abjection et dans la fange une masse encore si énorme de souffrances, de plaintes, de vices et de crimes; quand nous cherchons à nous rendre compte de l'action morale qu'exercent, sur la société, des classes qui devraient signaler aux multitudes attardées les voies qui mènent à la Jérusalem nouvelle; quand nous nous demandons ce que font les riches de leur fortune, les poètes de l'étincelle divine que la nature avait allumée dans leur génie, les philosophes de leurs élucubrations, les journalistes du sacerdoce dont ils se sont investis, les hauts fonctionnaires, les ministres, les représentants, les rois, de la puissance que le sort a placée dans leurs mains; quand nous sommes témoins de révolutions telles que celle qui a agité l'Europe dans ces derniers temps, et où chaque parti semble chercher ce qui, à la longue, doit être le plus funeste à lui-même et à l'humanité; quand nous voyons la cupidité sous toutes les formes et dans tous les rangs, le sacrifice constant des autres à soi et de l'avenir au présent, et ce grand et inévitable moteur du genre humain, l'intérêt personnel, n'apparaissant encore que par ses manifestations les plus matérielles et les plus imprévoyantes; quand nous voyons les classes laborieuses, rongées dans leur bien-être et leur dignité par le parasitisme des fonctions publiques, se tourner dans les convulsions révolutionnaires, non contre ce parasitisme desséchant, mais contre la richesse bien acquise, c'est-à-dire contre l'élément même de leur délivrance et le principe de leur propre droit et de leur propre force; quand de tels spectacles se déroulent sous nos yeux, en quelque pays du monde que nous portions nos pas, oh! nous avons peur de nous-mêmes, nous tremblons pour notre foi, il nous semble que cette lumière est vacillante, près de s'étendre, nous laissant dans l'horrible nuit du Pessimisme. (Harmonies Économiques ch. XXIV, Perfectibilité)


 

 





[1] La fin du Laissez-faire, in Essais de persuasion, 1931. Traduction française par Herbert Jacoby, Paris, Éditions Gallimard, 1933



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Damien Theillier est professeur de philosophie. Il est l’auteur de Culture générale (Editions Pearson, 2009), d'un cours de philosophie en ligne (http://cours-de-philosophie.fr), il préside l’Institut Coppet (www.institutcoppet.org).
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