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Introduction aux Harmonies Economiques de Bastiat (3ème partie)

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Publié le 27 août 2013
1495 mots - Temps de lecture : 3 - 5 minutes
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Rubrique : Fondamental

 

 

 

 

Nous avons déjà montré que Bastiat défendait le primat de l'individu sur la société, c’est-à-dire l’idée qu’il n’y a pas d'autre agent moral que l’individu et que tout bien et tout mal vient de lui, en tant qu’être pensant, capable de choix libres et rationnels.


La thèse de Frédéric Bastiat, dans Les Harmonies économiques, est que la responsabilité individuelle permet seule – par un processus de découverte – de   réduire les maux sociaux. C'est pourquoi on peut dire qu'elle est la grande éducatrice des peuples, la source de tout progrès.


La responsabilité est la clé du problème social


Il y a dans les Harmonies Économiques une tentative nouvelle et ingénieuse, pour élargir les cadres de l'économie politique. Dans une note trouvée dans ses papiers, Bastiat explique :




« J'avais d'abord pensé à commencer par l'exposition des Harmonies économiques et par conséquent à ne traiter que des sujets purement économiques : valeur, propriété, richesse, concurrence, salaire, population, monnaie, crédit, etc. Plus tard, si j'en avais eu le temps et la force, j'aurais appelé l'attention du lecteur sur un sujet plus vaste : les Harmonies sociales. C'est là que j'aurais parlé de la constitution humaine, du moteur social, de la responsabilité, de la solidarité, etc.» [1].




Dans la seconde partie inachevée et posthume des Harmonies économiques, Bastiat procède ainsi à l’analyse de l’action humaine en tant qu’elle peut conduire au bien comme au mal. L’homme est faillible, il est sujet à se tromper, à méconnaître le jeu des lois économiques ou à les détourner de leur fin. Mais s’il supporte les conséquences, bonnes ou mauvaises, de ses décisions, l’homme tendra à s’améliorer, à tirer les leçons de l’expérience. « L'homme étant fait ainsi, dit très bien Bastiat, il est impossible de ne pas reconnaître, dans la responsabilité, un ressort auquel est confié spécialement le progrès social. C'est le creuset où s'élabore l'expérience ».


Le rôle de la souffrance


Car, en supportant les conséquences, bonnes ou mauvaises, de ses décisions, l'homme tend à s'améliorer et à tirer les leçons de ses expériences. Le monde social n'est pas parfait et ne le sera jamais, mais il est perfectible. La responsabilité, par la sanction naturelle, est le ressort du progrès social.


La souffrance qu'engendre le mal fait comprendre ce qu'est le mal et remet celui qui le commet dans le droit chemin. Connaître le mal fait progresser vers le bien. Le libre arbitre est éclairé par la responsabilité. L'initiative et la prise de risque développent en chacun l'autodiscipline et la vertu de prévoyance.


En effet, par la souffrance qu'il s'impose à lui-même ou qu'il impose aux autres, l’homme est ramené à la vérité et au bien. L'erreur conduit à la souffrance, et la souffrance à la vérité. C’est parce que l’homme risque de se tromper ou de mal agir qu’il est incité à être responsable. Il s’efforcera d'anticiper les aléas qui pourront le frapper afin de s’en prémunir.



De cette observation, Bastiat réaffirme la loi de la responsabilité. L'homme tire les leçons des expériences qu'il vit lorsqu'il subit les conséquences de ses actes : la responsabilité est mère de la sagesse. À l’inverse, la suppression du risque dans une société administrée, où toute la responsabilité est transférée à ceux qui décident pour nous, produit des individus irresponsables et passifs.



La solidarité et ses abus au nom d’une fausse philanthropie


Il y a néanmoins une seconde loi qui entre en jeu dans le mécanisme de la perfectibilité, que Bastiat appelle la loi de Solidarité. Il y a une solidarité incontestable entre les hommes, dit-il. L’action d’un homme se répercute toujours d’une façon ou d’une autre, en bien ou en mal, sur les autres.


Le problème, c’est que chacun s’arrange pour que les conséquences utiles de ses actes lui reviennent et que les conséquences nuisibles retombent sur autrui.


La loi de solidarité, selon Bastiat, c’est la force de résistance de la masse contre les actes qui lui nuisent. Elle agit par la répulsion, la réprobation sociale, l’aversion publique.


Prenons l’exemple de la cigarette. Si un fumeur gène les autres, il s’expose à la réprobation. Un professeur qui enseigne le négationnisme et l’antisémitisme, confronté à la critique des historiens, perdra son public. Même chose pour la pollution. Celui qui rejette ses déchets dans la nature sera identifié et boycotté par les consommateurs. Un exemple récent est l’affaire Spanghero. Cette entreprise française de conserverie a commercialisé des lasagnes à base de viande de cheval sous l’étiquette viande de bœuf. L’entreprise a alors subi une baisse de 50% de son chiffre d'affaires en raison des réductions ou des suspensions de commandes de ses clients et distributeurs.


Ici la société civile a un rôle à jouer selon Bastiat. Elle est l’interface entre l’individu et l’État et peut servir de contrepoids à la fois aux comportements nuisibles de certains individus irresponsables et à l’emprise d’un pouvoir centralisateur et bureaucratique, donc irresponsable lui aussi.


L’erreur par contre, serait de multiplier les interdits législatifs, chaque fois qu’il y a des victimes. De même, pour répondre à la misère, au chômage, on multiplie les droits économiques et sociaux : droit à la santé, droit au logement, droit à l’éducation etc. C’est ainsi qu’on en vient à imposer la charité et à institutionnaliser la solidarité.


« Il ne faut pas étendre artificiellement la Solidarité de manière à détruire la Responsabilité. Or, c'est précisément là la tendance non-seulement de la plupart de nos institutions gouvernementales, mais encore et surtout de celles qu'on cherche à faire prévaloir comme remèdes aux maux qui nous affligent. Sous le philanthropique prétexte de développer entre les hommes une Solidarité factice, on rend la Responsabilité de plus en plus inerte et inefficace. On altère, par une intervention abusive de la force publique, le rapport du travail à sa récompense, on trouble les lois de l'industrie et de l'échange, on violente le développement naturel de l'instruction ». (Harmonies Économiques, À la jeunesse française)


L’accroissement de l’action collective, au nom d’une fausse philanthropie, se traduit par le déplacement de la responsabilité et son transfert de l’individu à l’État. Le résultat c’est la perte d’indépendance et d’initiative de la société civile et l’anéantissement de la responsabilité comme de la solidarité naturelle.


« La charité gouvernementale indépendamment de ce qu'elle viole les principes de la liberté et de la propriété intervertit encore la loi de la responsabilité en ce qu'elle ôte à l'aisance le caractère de récompense, à la misère le caractère de châtiment que la nature des choses leur avait imposé. La loi ne doit donc pas édicter une solidarité obligatoire, car pour la réaliser, il faudra disposer d'une partie de la fortune des uns en faveur des autres ». (Lettre à M. de Lamartine, 1845). Autrement dit, il appartient à la société civile et non à l’État d’organiser cette solidarité.


Conclusion


L’initiative et la prise de risque développent ainsi en chacun l’autodiscipline et la vertu de prévoyance. L’importance de la responsabilité personnelle réside « dans son caractère expérimental, correctif et par conséquent progressif », nous dit Bastiat.


En d’autres mots, l'individu est imparfait mais perfectible, c’est-à-dire capable de commettre des erreurs mais doté d'une raison qui lui permet, par un processus de découverte, d'en tirer les leçons. L’erreur et l’échec découlent de la liberté mais la perfectibilité aussi. « La responsabilité, mais c'est tout pour l'homme : c'est son Moteur, son professeur, son rémunérateur et son vengeur. Sans Elle, l'Homme n'a plus de libre arbitre, il n'est plus perfectible, il n'est plus un être moral, il n'apprend rien, il n'est rien. Il tombe dans l'inertie et ne compte plus que comme une unité dans un troupeau ».


Texte complémentaire


« Quand l'État se charge de tout, il devient responsable de tout. Sous l'empire de ces arrangements artificiels, un peuple qui souffre ne peut s'en prendre qu'à son gouvernement. (...) Quel triste spectacle offre maintenant la France! Toutes les classes souffrent, et, au lieu de demander l'anéantissement, à tout jamais, de toute spoliation légale, chacun se tourne vers la loi, lui disant: «Vous qui pouvez tout, vous qui disposez de la Force, vous qui convertissez le mal en bien, de grâce, spoliez les autres classes à mon profit. Forcez-les à s'adresser à moi pour leur achats, ou bien à me payer des primes, ou bien à me donner une instruction gratuite, ou bien à me prêter sans intérêt, etc.» C'est ainsi que la loi devient une grande école de démoralisation. (...) La spoliation (...) finit par devenir toute une savante théorie qui a ses professeurs, ses journaux, ses docteurs, ses législateurs. (...) Malheureuse, trois fois malheureuse la nation, où les questions se posent ainsi; où nul ne songe à faire de la loi la règle de la justice; où chacun n'y cherche qu'un instrument de vol à son profit, et où toutes les forces intellectuelles s'appliquent à trouver des excuses dans les effets éloignés et compliqués de la spoliation! » (Harmonies Économiques, Service privés, Services publics)


 

 



[1] Notice sur la vie et les Écrits de Frédéric Bastiat, par Roger de Fontenay

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Damien Theillier est professeur de philosophie. Il est l’auteur de Culture générale (Editions Pearson, 2009), d'un cours de philosophie en ligne (http://cours-de-philosophie.fr), il préside l’Institut Coppet (www.institutcoppet.org).
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