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Mariano Rajoy peut-il encore renverser le mauvais destin de l’Europe ?
Publié le 06 décembre 2011
1222 mots - Temps de lecture : 3 - 4 minutes
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On le dit ennuyeux, technocrate, sans charisme, et pourtant, cet homme a dans les mains les dernières cartes qui peuvent peut être, encore, sauver la situation européenne non pas d'une récession, là, c'est beaucoup trop tard, mais, à tout le moins, d'un écroulement généralisé.

Mariano Rajoy va prendre en mains le destin de l'Espagne. Avant même les premières heures de son mandat, il fera face à la menace d'une strangulation budgétaire par risque d'incapacité, pour son pays, d'emprunter à des taux soutenables, les dernières enchères de bons à 10 ans s'étant conclues autour de 7%. Pour l'instant, aucun signe ne montre que la hausse de ces taux pourrait s'arrêter. Avec un taux de chômage officiel excédent 21%, les perspectives de l'économie ibérique semblent sombres.

Une courte fenêtre de tir

Pourtant, fin 2011, la dette espagnole sera de "seulement" 67% de son PIB. Même si cela dépasse le défunt seuil indépassable fixé par le traité de Maastricht, cela reste nettement moins que pour la France et l'Allemagne, à plus de 80%. Pourquoi, alors, tant de craintes sur l'économie péninsulaire ?

Parce que l'Espagne est plombée par des anticipations particulièrement pessimistes sur son secteur financier. Cela est dû principalement à l'éclatement d'une bulle immobilière de dimensions spectaculaires, le taux officiel de prêts non performants dans les bilans bancaires atteignant 7%, et risquant fort d'augmenter encore. Ajoutons à cela que de nombreuses collectivités locales, qui ont très mal géré les revenus exceptionnels nés de la période de bulle immobilière, sont au bord de la faillite.

Aussi, les investisseurs sur la dette souveraine sont confrontés au risque d'un besoin de "sauvetage" massif, auquel l'état, de toute façon, ne pourrait pas faire face. L'Espagne semble financièrement piégée. Mais que cette peur d'un sauvetage bancaire disparaisse, et la dette espagnole redeviendrait certainement remboursable vue des investisseurs, et du coup, les taux demandés pourraient décroître.

Mariano Rajoy a un avantage sur la plupart des chefs de gouvernement nouvellement élus : il n'a fait aucune promesse démagogique pour arriver au pouvoir, et n'a promis qu'austérité, sueur et larmes. Par conséquent, M. Rajoy aura l'opportunité de prendre des décisions réellement innovantes qui pourraient effectivement enclencher un processus d'inversion de la spirale négative qui affecte non seulement l'Espagne, mais toute l'Europe. Comment cela ?

 

Eloigner le spectre d'un "bailout"

Tout d'abord, notons que l'austérité, à elle seule, ne suffira pas, si chaque point de PIB de coupe dans les dépenses est effacé par une hausse des taux d'intérêts sur les tranches d'emprunt arrivées à échéance.

En complément d'indispensables coupes dans les dépenses publiques, M. Rajoy doit impérativement casser ce cycle d'augmentation des taux. Le seul moyen d'y parvenir est de lever l'hypothèque, c'est le cas de le dire, d'un gigantesque écroulement désordonné d'un secteur bancaire too big to save, propulsant l'Espagne, et avec elle la zone Euro, dans un chaos financier sans précédent.

Comment peut il y arriver ? Simplement en introduisant une loi de gestion ordonnée des faillites bancaires sans implication du contribuable. Et comment de telles faillites sont-elles possibles ? Par échange de dettes contre capital, l'opération étant effectuée en un week-end sur toute banque insolvable sous supervision de l'autorité judiciaire gérant les faillites d'entreprises, selon des règles écrites à l'avance*. Le processus a été de nombreuses fois décrit ici, et permettrait d'éviter que les comptes bancaires des simples déposants et des entreprises ne soient gelés, évitant un choc fatal pour l'économie. Naturellement, si un détenteur d'obligations bancaires venait à être lui-même placé en faillite par la disruption de cash née de cette conversion, il subirait le même sort, ce qui initierait certainement une vague de faillite financières ordonnées qui éclabousserait le moins possible l'économie privée non financière ou immobilière.

*Mes lecteurs réguliers diront que je radote et que je recycle la même idée en boucle. J'assume. Nous ne sommes pas assez nombreux à défendre l'idée.

Les banques qui, malgré cette conversion des dettes financières, présenteraient un bilan trop dégradé pour pouvoir continuer, se verraient liquidées par la banque centrale espagnole selon la méthode expérimentée avec succès par l'ancien gouverneur de la banque centrale serbe Mladjan Dinkic au tournant du nouveau millénaire. Dans cette configuration, la banque déchue est fermée, et les comptes des déposants sont transférés pour une période courte à la banque centrale qui honore les instruments de paiement simples (virements électroniques, éventuellement chèques) et permet des retraits en liquide limités, le déposant ayant trois à six mois pour indiquer à l'autorité vers quelle nouvelle banque, cette fois assainie, transférer ses avoirs. Les actifs encore sains de la banque liquidée fourniraient le collatéral, les fonds assuranciels accumulés par les autorités, ou, au pire, et sous de très strictes conditions, une monétisation de dernier ressort, permettant de combler le probable léger écart entre avoirs transférés et valeur du collatéral.

Redresser la balance budgétaire

La seconde étape susceptible de sortir l'Espagne de ses problèmes budgétaires actuels, également en complément d'une coupe dans les dépenses, est de permettre une réintégration aussi large que possible de son important secteur informel dans son assiette taxable. Ceci n'aura pas seulement pour effet d'améliorer les rentrées fiscales, mais aussi et surtout de permettre à des dizaines de petites entreprises qui doivent aujourd'hui limiter leur croissance (ou acheter les autorités !) pour ne pas "se faire prendre", de concentrer leur gestion sur leur création de valeur et non sur les façons d'échapper au fisc.

Et pour cela, rien ne vaut la magie de ces impôts à assiette large et taux unique faibles que l'on nomme "flat tax", expérimentés avec succès par nombre de pays de l'Est pourtant sortis de crises bien plus dures que celle vécue par l'Espagne aujourd'hui, et qui ont pour principale caractéristique de renforcer considérablement les incitations au "civisme fiscal". Bien sûr, le gouvernement espagnol aura tout intérêt à coupler cette transformation de son imposition à des réformes plus profondes de ses modes d'action, mais je ne puis dire lesquelles vu de mon fauteuil ligérien.

Le sauvetage de l'Europe, encore possible ?

Un tel exemple de restructuration réussie des banques les moins solides sans ponction sur les contribuables, et un tel changement de paradigme fiscal, briserait les barrages érigés par le politiquement correct socialisant, qui a entravé la prospérité de la zone euro cette dernière décennie, et pourrait déclencher des réformes similaires dans d'autres pays. La Grèce et l'Italie, et leurs gouvernements de technocrates, pourraient alors plus facilement suivre l'exemple espagnol. Et même notre vieille France, malgré la sclérose de ses esprits et de ses politiciens, pourrait alors se dire que, peut-être, "la solution est ailleurs". Et tout cela, sans recours à des schémas de Ponzi tels que l'EFSF ou à une impression monétaire massive par la BCE.

Cela suffirait-il à sauver l'Europe d'un écroulement généralisé ? Je l'espère, mais je ne puis en être certain, car le temps manque et la situation est très dégradée. De plus, rien ne dit que Mariano Rajoy saura écouter les bons économistes de son pays. Le fait est que j'accorde au scénario qui précède moins de 10% de probabilités de se produire.

Mais si cela était le cas, alors cela nous permettrait d'envisager, sinon plus sereinement, du moins sans panique financière, des évolutions structurelles plus importantes au niveau européen : Etalon Or ? Vraie subsidiarité de la base vers le sommet, façon helvétique ? Mais c'est une autre histoire...

 

Vincent Bénard

 

 

 

 

 

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