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Nous avons tous en
mémoire l'expérience ancienne vécue par nos
ancêtres du “dollar continental”. Certains ont même
prétendu que nous avions “retenu” la leçon pour
toujours. Je n'en crois rien. J'en veux pour preuve le fait que les gens du
Sud n'ont conservé aucun souvenir de la période où leur
propre monnaie avait perdu toute sa valeur : à nouveau, les Yankees
étaient parvenus à les assujettir à une nouvelle monnaie
de papier de leur création. Il est clair que leurs
arrière-grand-pères n'ont jamais transmis à leurs
descendants les histoires concernant la façon dramatique dont ils
avaient été ruinés. S'ils l'ont fait, j'en déduis
que ces histoires n'ont pas réussi à perdurer dans la mesure
où au Nord comme au Sud – peut-être même davantage
au Sud – c'est l'ignorance qui domine lorsqu'on parle de monnaie du
temps où elle était une véritable marchandise. Dans une
communauté de la taille de Charleston, qui comprend facilement plus de
250000 habitants, on ne trouve PAS UN SEUL marchand de monnaie. Alors que les
gens du Sud sont intarissables lorsqu'il s'agit des pillages et autres
atrocités occasionnés pendant la période de la Reconstruction
sous l'égide des Nordistes, peu d'entre eux se sont
préparés pour l'éventualité prochaine où
leurs dollars vont inéluctablement conduire à leur
appauvrissement comme leurs ancêtres s'en aperçurent. Oui,
l'histoire se répète et les gens du Sud sont condamnés
à la répéter. Si on leur donnait une nouvelle chance,
vous et moi savons que leurs ancêtres agiraient différemment :
ils se rueraient sur la moindre pièce en argent de 20 dollars. Lorsque
vous demandez partout et à tue-tête la
“liberté”, comprenez bien que la liberté est
indissociable de la responsabilité individuelle : et cela signifie se
prendre soi-même en charge et ne pas attendre d'un Etat-nounou qu'il
vous serve d'agent et qu'il dépouille pour vous de leurs
économies les autres individus plus responsables.
L'inflation des
Etats confédérés
Le diagramme de la
figure 4 présente l'évolution du prix, en dollars “grayback”, du dollar-or. Une légende
accompagne les mouvements importants du prix de la monnaie “grayback” et ces mouvements sont rattachés
aux événements militaires, fiscaux et politiques afin de
déterminer les événements marquants aux yeux des
contemporains de la Guerre
civile. Les prix du “grayback” subirent
une dépréciation après la défaite d'Antietam et celles de Gettysburg et de Vicksburg. Le prix
de l'or subit également une hausse suite à la loi
américaine sur le financement de la conscription qui augmenta la
capacité des Nordistes à financer la guerre et à payer
les conscrits. Le gouvernement confédéré mis un terme
à cette dépréciation à la fin du printemps de
1864 en supprimant un tiers des réserves de monnaie au moyen d'une loi
de réforme de la monnaie. Les effets positifs de cette
législation monétaire sur les prix de la monnaie ne firent
pourtant pas long feu : le gouvernement confédéré
recommença à faire tourner la planche à billets à
l'automne de la même année. Les “graybacks”
se déprécièrent à nouveau pour continuer de
s'échanger jusque début février 1865. C'est à
cette période que de nombreux banquiers et marchands d'or
chargèrent leurs chariots afin de fuir la capitale
assiégée (Weidenmier, 2002a).
 
Lerner
(1954, 1955, 1956) a recours à la théorie quantitative de la
monnaie afin d'analyser l'inflation des Etats
confédérés. La théorie quantitative de la monnaie
peut être décrite au moyen de l'équation suivante :
M = K*(P*Y), (1)
où P
correspond au niveau des prix, Y correspond à la production
réelle (c'est-à-dire, la production recalculée en tenant
compte de l'inflation) et M à la monnaie. L'équation (1)
suppose que les individus possèdent une fraction, K, de leurs revenus
nominaux, P*Y, sous la forme de monnaie. Ainsi, par exemple, si votre revenu
est de 10000 $ par an et que K=1/5, alors vous possédez 2000 $ sous la
forme de monnaie. Afin d'étudier l'inflation, il est commode
d'exprimer l'équation (1) en termes de taux de croissance, au moyen de
l'équation (2) :
p = m - y - k (2)
Lerner
décompose ensuite l'influence des changements de la monnaie, de la
vitesse de circulation - le nombre de fois qu'un billet de banque permet de
régler des transactions pendant la durée d'un an
(mathématiquement, la vitesse de circulation est l'inverse de k)
– et de la production réelle sur le taux d'inflation, soit le
taux auquel les prix augmentent. Lerner montre que
le stock de monnaie des confédérés a été
multiplié par 11,5 entre janvier 1861 et octobre 1864 tandis que le
prix des marchandises a été multiplié par 28 durant la
même période (voir également Godfrey,
1978). L'augmentation de la vitesse de circulation a contribué
à la hausse galopante du niveau des prix en raison de la
volonté des gens de se débarrasser d'une partie de leur monnaie
afin d'acheter des marchandises et des actifs non-monétaires. Lerner a également pu établir à
partir de rapports périodiques émis par le Trésor que le
Sud a connu une diminution de la production réelle de l'ordre de 40%
durant la guerre.
 
Par : Charleston
Voice
Charleston Voice
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